18 mars 2019 par Monsieur Bulles
Intense de AR Lenoble Un patronyme né par amour de la noblesse du champagne que son créateur, Armand-Raphaël Graser aimait véhiculer. Il quitta son Alsace natale en 1915, pour venir s'établir et fonder sa maison à Damery. Ce sont aujourd'hui ses arrières petits enfants, Antoine et Anne Malassagne (frère et soeur) qui gèrent le domaine de 18 hectares, permettant un apport de 60 % à l'approvisionnement général. Peu dosées et orientées vers le chardonnay, les cuvées de cette maison se caractérisent par la tension et l'ampleur.
Commentaire de la cuvée Intense Brut de AR Lenoble :

C'est la seule cuvée de la maison où les pinots dominent l'assemblage et en effet, leur intensité est nette ! 
Je parlerais même d'énergie puisqu'à travers les trois cépages classiques réunis, tout apparaît blanc et fougueux, sans rien d'agressif : agrumes, poires et pommes chaudes, puis anis, s'échelonnent au sein d'une effervescence frémissante et longue en bouche. Cette longueur débouche en finale, à condition de laisser son verre respirer quelques minutes, sur des accents d'acacia et de réglisse, peut-être issus de vins de réserve ayant séjourné en futaille...
En un mot : délicieux. 
Ce champagne est le dernier arrivé au Québec, précipitez vous, c'est une pépite créée par une petite maison qui monte, qui monte, qui monte...
intense
44,75 $ / Code SAQ : 13630571 / Agence Les Divines

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14 mars 2019 par Monsieur Bulles
Hommage de Deutz "Hommage à William Deutz" est une série de flacons de champagnes millésimés, issus de parcelles de pinot noir d'Aÿ, village où William Deutz s'installa avec ses associés en 1838. En 2017, le premier millésime lancé fut un 2010, nommé Parcelles Aÿ, qui combinait la parcelle La Côte Glacière et la parcelle Meurtet. La première est un coteau abrupt qui donne toujours des pinots noirs chaleureux et expressifs, tandis que ceux de la deuxième, certes tournés vers l'est, sont plus pointus, plus crayeux. Leur assemblage apparaissait évident pour un premier "Hommage". Reçu en 2018, j'ai préféré attendre quelques mois pour le déguster, car le temps est un gage de plénitude et je soupçonnais aussi que ces deux parcelles seraient, un jour, proposées seules... Et c'est en effet, sur le millésime 2012, que chacune peuvent, aujourd'hui, présenter leurs qualités. Voici donc ces trois cuvées d'exception dégustées et comparées.
2010 en Champagne :  

Année délicate, analogue à la morale de la fable "Le lièvre et la tortue" : rien de ne sert de courir, il faut partir à point. Et justement, 2010 fut une année de parcelles ! Jusqu'au printemps, le millésime s'annonçait excellent, mais le mois de juin, froid et mouillé, retarda la floraison, provoqua quelques maladies et l'été, orageux et destructeur, acheva l'opiniâtreté des vignerons. Bref, un tri homéopathique fut appliqué à la vigne et aux tables durant les vendanges et seules, quelques parcelles, en raison de leur situation géographique particulière, donneront des résultats plus heureux. Ce fut le cas sur Aÿ...

2012 en Champagne : 

C'est la même fable, mais à l'envers. Comme si le lièvre gagnait quand même ! Car l'année part mal avec un hiver rude et long qui freine les cycles, consolide les maladies, effraie les vignerons jusqu'en juillet où le miracle du soleil corrige tout. Les vendanges seront copieuses et équilibrées, 2012 s'inscrit parmi les grands millésimes de ce début de siècle. Aÿ rigole...

Commentaire de "Hommage à William Deutz - Parcelles d'Aÿ - Pinot Noir 2010 - Brut :

Le nez est mature, les notes d'hydromel sont nettes, voire enveloppantes, car elles couvrent celles de fruits plus provençaux que normands (abricots, coing). Il faut une vigoureuse agitation du verre pour aller chercher la fraîcheur anisée d'Aÿ, étonnamment encore présente.
Je m'attends donc à un vin mature, pâtissier en bouche, et curieusement, l'attaque est davantage boulangère : levure et farine s'entremêlent sans aucune touche beurrée. 
Les arômes sont jeunes, alors que la texture est à la fois riche et énergique : une énergie marine. Pas iodée, juste balnéaire ! Comme une plage chaude Bretonne en été (ne rigolez pas, même en Bretagne, ça existe) !
Quelques amers s'installent en bouche, le pinot noir parle et l'on ressent l'ADN des deux parcelles, la minéralité de Meurtet semble refroidir l'opulence de la Côte Glacière qui, ici, porte mal son nom... 
Et c'est tant mieux, car finalement, cette conjugaison est un gage d'endurance. Cet "Hommage à William Deutz 2010" est encore jeune au compteur; il est en 2019 comme un adolescent longiligne, plus destiné à l'athlétisme qu'au rugby, un perchiste qui peut voir haut dans une carrière, sans doute courte, mais olympique ! 

Commentaire de "Hommage à William Deutz - La Côte Glacière - Pinot Noir 2012 - Brut :

Expressif, ce champagne dégage à l'aération un soupçon aromatique de griottes qui supplante le caractère floral du premier nez. Une grande fraîcheur se dégage au nez, elle rappelle un muesli de petit déjeuner, car il y a quelques notes de fruits secs et grillés.
Le vin est jeune et fougueux en bouche, malgré des bulles menues qui construisent une texture tapissante et longue. 
Son comportement déroute, car les saveurs restent sur l'acidité de fruits rouges, sans note maltée du temps qui passe, cependant le volume apparaît riche et compact. 
Le fruité est en dormance, l'ensemble sur la retenue aromatique.
"La Côte Glacière 2012" est, en 2019, comme un adolescent imposant et maladroit, qui ne sait pas où se placer, mais dont on voit l'immense potentiel le prédisposant à devenir, non pas un pilier, mais le trois quart aile d'une équipe de rugby, solide et virevoltant.

Commentaire de "Hommage à William Deutz - Meurtet - Pinot Noir 2012 - Brut :

Net, précis, étiré, pur, jeune et blanc, seraient les qualificatifs de cette cuvée où le fruité rappelle celui d'une salade de fruits d'automne (poire, pomme, clémentine) où l'on aurait glissé quelques lamelles de fenouil.
L'énergie n'est pas dans le volume, mais dans la tension. On pourrait presque penser à du chardonnay bien mûr. 
La texture est plus aérienne que celle de La Côte Glacière. La minéralité râpe un peu, elle est davantage calcaire que marine, plus marneuse que saline.
Meurtet 2012 est, en 2019, un adolescent comme sa parcelle voisine, mais ce n'est pas un joueur de rugby. C'est un triple sauteur et l'on revient à l'athlétisme pour boucler la boucle, rendre logique la décision d'avoir d'abord assemblé les deux parcelles en 2010, pour mieux les connaître. 
Des trois sauts à amorcer, Meurtet 2012 a déjà fait le premier, le plus long. 
Il lui en reste deux, pour s'accomplir vers 2027.  Étiq H de D
SAQ code : 13657992 / 130 $ / Maison de champagne Deutz

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12 mars 2019 par Monsieur Bulles
P N organic L'habillage est le même que celui de la version non Bio, mais le doré à laissé la place au vert parce que cette couleur est désormais celle des produits élaborés selon l'agriculture biologique. Il rappelle un portail de la Pedrera à Barcelone, édifice dessiné par Antonio Gaudi. Parmi la vingtaine de marques appartenant au groupe Garcia Carrion, Pata Negra est l'une qui offre des cavas particulièrement accessibles. Ce n'est pas parce qu'il est Bio qu'il est meilleur, toutefois, voilà pourquoi j'ai effectivement trouvé ce cava Organic meilleur que le grand frère non Organic !
Commentaire du Pata Negra Brut Organic - Cava - Espagne :

Le même vin non bio avait été commenté ici. 
Moins minéral au nez, moins axé sur les hydrocarbures que le non Bio et surtout, plus orienté vers des arômes de maturité, comme la croûte de pain ou les amandes fraîches (serait-il resté plus longtemps sur lattes ?).
Sa couleur jaune doré indique aussi une certaine plénitude. C'est donc grâce à ces saveurs boulangères qui n'occultent pas la fine acidité citronnée, présente tout au long de la dégustation, que ce cava se démarque. 
Pas complexe, mais bien construit et juste assez mûr pour sortir du lot dans une gamme de tarifs où le combat commercial est rude.
Pour moins de 15 $, l'apéritif ne vous ruinera pas et je suis sûr que vos invités remarqueront la bouteille.Portail Gaudi
Code SAQ : 13483339 / 14,95 $ / Agence Divin Paradis

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9 mars 2019 par Monsieur Bulles
Camul Brut Élaboré par la société Tonon, créée dans les années 1930, ce prosecco porte le nom d'une parcelle de la marque qui offre un portefeuille conséquent de vins tranquilles et effervescents vénitiens, à la fois en DOCG, en DOC et en IGP. Le Bianco del Camul, un assemblage de chardonnay et de pinot gris, disponible également en SAQ est, à ce titre, aussi intéressant que ce mousseux, à découvrir.



Commentaire du Prosecco Superiore 2017 Camul :


L'attaque est très fruitée, le dosage appuyé soutient les arômes d'agrumes jaunes. C'est un Brut au dosage généreux. 
Les notes d'amandes fraîches initialement perçues au nez sont nettes, on les perçoit également en bouche, enveloppées d'une fine touche citronnée qui apportent une fraîcheur bienvenue.
Les bulles sont comme des perles, elles créent une texture particulièrement crémeuse qui perdure jusqu'à la finale de dégustation où s'expose alors des notes florales.
Un prosecco de facture classique, offrant la palette complète des saveurs de l'appellation, qu'on prendra par exemple, en apéritif avec une guacamole au jus de lime mesuré.CE Camul
22,15 $ / Code SAQ : 12797846 / Agence Vins Fins

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9 mars 2019 par Monsieur Bulles
J. Faria 3 agricultures se superposent sur l'île de Madère : la banane, la canne à sucre et le raisin. Les Anglais, devenus propriétaires de l'archipel en 1662 (jusque 1685), grâce au mariage de Catherine de Bragance et de Charles II, ont vite compris les avantages de cette possession puisque les premiers madères et portos auraient été mutés avec l'eau-de-vie locale, plus facile à acheminer sur le continent que depuis les îles de la Caraïbe. Dès le 15ème siècle, les planteurs locaux employaient le jus de canne en tant que sucre. Ce n'est, en outre, que lorsque les étapes de la distillation furent maîtrisées et que la cristallisation du sucre fut possible avec d'autres plantes, au 19ème siècle, que Madère devînt une vraie productrice de rhum. Le rhum blanc de J. Faria est un pur jus de canne, donc un agricole.
Commentaire du Rhum Blanc Selecao 2017 de J. Faria & Filhos :

Nez net et expressif de jus frais de canne, puis de citron à l'aération. Cette dernière ne met pas la puissance en avant, elle ne vient pas étouffer les arômes, le degré d'alcool ne brûle pas en bouche.
La texture est souple, les saveurs rappellent celles initialement perçues, c'est un rhum blanc simple et bien fait, court et peu pointu en finale.
À employer pour un ti'punch ou en cocktail traditionnel.
45,50 $ / code SAQ 13855518 / 700 ml / Agence Global International

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6 mars 2019 par Monsieur Bulles
Petit Albet I Noya Brut Depuis 10 ans, les bulles catalanes traversent une crise d'identité qui a poussé quelques vignerons à revoir leur façon de travailler pour offrir de meilleurs vins. Ainsi est née l'appellation Classic Pénédès, pour l'élaboration de bulles, propres à cette région. Elle dépend de la DO Pénédès et son initiateur, Josep Maria Albet I Noya a convaincu plusieurs de ses collègues à embarquer dans cette aventure. La famille Albet I Noya a été parmi les premières, en Espagne, à convertir ses parcelles en culture biologique. Son domaine existe depuis le début du 20ème siècle, toutefois, il s'est fait connaître pour ses vins au début des années 1980.
Commentaire du Petit Albet Brut Reserva de Albet I Noya - Classic Pénédès - Organic :

Nez très légèrement minéral (hydrocarbure), plus axé sur la poire, puis la pomme verte à l'ouverture, qu'on retrouve à l'attaque, en bouche.

La chair est dense, construite par les longs mois d'élevage sur lattes : les bulles sont menues, réussies; un beau volume se dessine en bouche.

Une fine acidité citronnée titille les papilles en fin de course, juste assez mordante pour les réveiller et donner le goût d'en reprendre !

Un Classic Pénédès très fiable, équilibré et pimpant qu'on peut découvrir seul en apéritif ou accompagné de quelques chips ou de bouchées-maison, à base de fromage de chèvre, de crevettes panées, de radis au beurre salé ou d'omelette froide aux herbes.
CE Albet
Code SAQ : 13905319 / 21,40 $

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4 mars 2019 par Monsieur Bulles
R de Lambert La Savoie élabore des bulles depuis des décennies, toutefois, les vins étaient vendus sous les appellations Pétillant de Savoie ou Savoie Méthode Traditionnelle. En 2015, le Crémant de Savoie est devenu officiel, rejoignant ainsi la famille des 7 autres crémants de l'hexagone. La Belgique, le Luxembourg et l'Allemagne ont également le droit d'élaborer du crémant selon un cahier des charges, propre à leurs régions. "Les Caves de Seyssel" ont été fondées dans les années 1930, pour être reprises en 1988 par Gérard Lambert et son épouse qui leur ont donné une seconde vie ! Leur Crémant de Savoie "R" est disponible au Québec, une occasion de déguster des cépages à forte personnalité : la jacquère et l'altesse.
Commentaire du R de Lambert 2014 - Crémant de Savoie :

Les deux cépages emblématiques de la région, l'altesse et la jacquère dominent largement l'assemblage, toutefois la petite touche de pinot noir apporte un certain maintien dans le comportement en bouche du vin, ainsi que quelques notes de noyaux de cerises, en finale de dégustation.
On pourra y percevoir d'abord, à l'attaque, un côté floral très expressif, soutenu par un dosage raisonnable qui met de l'avant une touche d'agrumes. 
Les bulles menues foisonnent dans un volume aérien, la texture est plus élégante que riche, bref, tout est délicat.
Un Crémant de Savoie à découvrir à l'apéritif avec quelques dés de fromages variés, à pâtes fermes. 
Contre étiquette savoie
Importation privée au Québec à 32 $ auprès de l'agence Bénédictus (‭514 913 5405‬)

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25 fév. 2019 par Monsieur Bulles
Blanc de meunier Brut par Heucq Pendant longtemps négligé sur un plan promotionnel en Champagne, le pinot meunier regagne des lettres de noblesse depuis une dizaine d'années dans la Marne au point où certaines maisons lancent des cuvées élaborées seulement avec ce cépage. Puis, il y a des récoltants s'associant autour de sa cause, comme "Meunier Institut" qui regroupe des vignerons ayant en commun le pinot meunier majoritaire dans la création de leurs cuvées. André Heucq est parmi ceux-la et les 5 hectares de vignes qu'il conduit en viticulture biologique à Cuisles, lui permettent de sortir 50 000 bouteilles annuellement, à découvrir absolument.
Commentaire de la cuvée Héritage - Blanc de Meunier - Brut Nature - Champagne André Heucq :

Un pinot meunier plus discret au nez qu'en bouche. On s'attend à percevoir les habituelles notes de pommes et de prunes jaunes du cépage employé et pourtant, il faut attendre plusieurs minutes et une certaine aération pour que cette cuvée se révèle...
La patience est récompensée, car on déguste alors de la matière et de la pureté, ce qui, loin d'être paradoxal, est ici plutôt complémentaire. 
Les notes de fruits jaunes se confirment, enveloppées d'un côté floral séduisant, tandis que la fraîcheur attendue, n'est pas la traditionnelle minéralité saline de la région, mais plutôt celle d'une rosée matinale qui s'évaporerait d'un sol d'argile.
C'est un champagne qui bouge, qui déroute, qui se ferme pour mieux revenir à l'assaut des papilles. Pas complexe, juste intriguant.
Dans tous les cas une cuvée aux amers impeccablement placés, un Blanc de Meunier qui donne faim et surtout, où chacune de ses gorgées en appelle une suivante ! 
Non disponible au Québec, malheureusement... jusqu'à aujourd'hui.

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18 fév. 2019 par Monsieur Bulles
Expression 2016 Françoise Antech-Gazeau dirige aujourd'hui avec son père, Georges Antech, une entreprise créée en 1933, qu'ils ont héritée d'Edmond Antech. Profitant de 65 hectares de vignes en propriété qui leur offrent 60 % de l'approvisionnement total, la production frôle le million de bouteilles. Les méthodes de travail se sont évidemment modernisées depuis les années 1930, elles n'ont pas entaché, au contraire, l'excellence des vins. Expression est le nom donné au Québec pour la cuvée commercialisée sous celui de Eugénie en France.


Lieu : Domaine de Flassian  11300 Limoux 
Téléphone : 04 68 31 15 88 

Cuvée Expression - Brut 2016 - Crémant de Limoux 
(assemblage de chardonnay, chenin et mauzac)
     
Le nez est très expressif, d'abord axé sur des fruits blancs (pomme, poire, citron), pour se faire davantage boulanger (mie de pain, croûte de baguette) à l'aération, après plusieurs minutes dans le verre.
Cette impression demeure une fois le vin en bouche qui, sans être beurrée, rappelle quelque peu le pain au lait et le miel. 
L'équilibre entre les amers et l'acidité est net, la structure soutient la fraîcheur jusqu'à la finale, et l'onctuosité de l'effervescence construit une texture ronde. 
C'est un crémant distingué et accompli, particulièrement accessible pour autant de qualité, que je préconise avec une entrée de fruits de mer ou en sortie, avec un fromage à croûte fleurie, assez jeune.Contre étiquette Expression 2016
19,55 $ au Québec - Code SAQ : 10666084

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15 fév. 2019 par Monsieur Bulles
Copyright Fred Laurès pour la Villa Bissinger Dans l'univers du vin, il n'y a pas un seul auteur non anglophone qui démentira ce fait : écrire en anglais est l'unique gage de succès dans sa vie professionnelle, l'unique vecteur de reconnaissance populaire, hors de son pays. Que vous soyez français, allemand, italien, espagnol, russe ou même chinois, si vous écrivez dans votre langue maternelle, vous vivrez mal de votre plume. Elle ne sera qu'une légitimation, une valorisation modestement alimentaire qui accompagne un revenu connexe, plus solide et régulier. Alors que si vous écrivez en anglais, vous augmentez les chances de vivre de votre plume et surtout, vous gagnez l'estime de l'intelligentsia internationale du vin. La preuve ? Internet.
À l'exception de deux ou trois auteurs non anglophones qui faisaient traduire leurs ouvrages en anglais dans les années 1980 - tout en sachant les faire distribuer aussi - il a fallu attendre internet et les médias sociaux pour voir des auteurs non anglophones jusqu'alors reconnus uniquement dans leur pays, percer sur le marché international, afin de s'y faire reconnaître grâce à l'anglais qu'ils ont librement employé comme idiome.

Si internet n'a fait qu'amplifier le phénomène de l'hégémonie anglaise en littérature (de toute sorte), en facilitant la libre diffusion d'écrits d'auteurs qui désirent se faire connaître sans éditeurs traditionnels, il a aussi accentué la domination de l'anglais chez ces mêmes éditeurs.

La preuve ? 

Aucun éditeur britannique (ou nord-américain) ne traduit un ouvrage vinique de langue étrangère vers l'anglais pour le distribuer sur son marché, tandis que les ouvrages anglophones continuent d'être traduits dans une autre langue, pour être distribués dans le pays visé.

L'anglais reste l'idiome autocratique, celui grâce auquel on peut communiquer quel que soit sa langue maternelle, sa culture, ses moeurs, son message... L'anglais est l'unique véhicule possible du verbe sur notre planète quand on veut communiquer avec l'ensemble de cette planète. 
Parfait. 
La langue de Shakespeare a balayé celle de Molière, elle est devenue la langue de la diplomatie et des affaires au début du siècle dernier. Dont acte.

Ce qui est alarmant, c'est que les références non anglophones ne sont plus écoutées, ne sont plus lues, perdent presque de leur crédibilité dans leur propre pays. 
On s'en prive alors que certaines sont plus pertinentes que l'anglophone mondialisante. 
Non seulement la soumission est acceptée, mais elle est de plus, alimentée; alimentée à la fois par le protectionnisme éditorial anglophone et renforcée parce que des éditeurs non anglophones traduisent de l'anglais vers leur langue, mais ils ne font jamais l'inverse, prétextant les difficultés ou les interdictions de distribution et la course vaine à la rentabilité. Ils jugent leur propre langue futile !

Internet n'a fait que confirmer cet état de fait. 

Aujourd'hui, les chroniqueurs qui, comme moi, ont débuté avec du papier et un crayon pour ensuite pianoter devant un écran, tâtonnent dans le cyberespace attractif où même les dégustations sont devenues virtuelles et... anglophones !
Même les grands noms classiques du vin français, espagnol ou italien se sentent obligés de donner des rendez-vous sur le net pour une dégustation virtuelle, toujours offerte en anglais. Eux qui sont les premiers à parler des valeurs du vin, du vin qui rapproche, qui noue, qui humanise, ils sont forcés de jouer les équilibristes en communication électronique, à travers les froids artifices que sont instagram, twitter, facebook et tous les autres que je ne connais pas (encore). Ce rapprochement se faisant bien entendu en anglais !

Quel paradoxe ! Quel contradiction ! 
Mais quelle évidence, aussi ! Quel modernisme !

Comme le vigneron avec son vin, si je veux que mes opinions soient connues au-delà de mon petit périmètre franco-culturel, je me dois d'être virtuel et anglophone. 
Je ne suis pas naïf. 
L'autorité du vin est passée au verbe anglais en 30 ans. Jusqu'aux années 1980, les référents du vin, très rares certes, étaient français ou originaires du pays duquel et dans lequel ils écrivaient. 
L'anglais les a occultés simplement parce que le marché du vin s'est multiplié, qu'il s'est internationalisé et qu'il l'a fait en anglais. Et comme tout au bout de la chaîne vinique, il y a le commentaire du vin, le critique anglophone est né. 
Comme le vin, il s'est multiplié avec la complicité des vignerons, désireux d'être adoubés en anglais, fiers de présenter leur vin commenté et noté en anglais parce qu'il y avait des marchés à conquérir. 
"Nul n'est prophète en son pays" allait être l'adage des journalistes non anglophones...

Dire ou écrire quelque chose en anglais aura toujours davantage de lectorat, d'écoute et d'impact.
Internet, depuis 15 ans, le prouve et ne fait qu'amplifier ce fait.

Même au Québec, les références de la critique vinique ont été anglophones pendant des années, alors qu'elles n'étaient pas locales. 
Il a fallu que quelques voix s'élèvent au milieu des années 2000 pour qu'on crédibilise enfin les avis de Michel Phaneuf, de Jacques Benoît, de Claude Langlois, de Jean Aubry ou de Jacques Orhon, plumes aiguisées et compétentes en la matière, qui s'illustraient depuis la fin des années 1980. 
Ils connaissaient mieux que quiconque le comportement des consommateurs québécois. Pourtant, tous les vins étaient sélectionnés et valorisés à travers la critique et le pointage anglophone. 
Le système dans la belle province a évolué, la critique francophone est montée sur le podium... Sur la deuxième marche.

Puis les blogues sont apparus. 

Désormais, dans le microcosme 2.0 vinique québécois et euro-francophone, les blogues francophiles sont anglophones ! Les blogueurs véhiculent leurs avis en anglais parce qu'ils recherchent un lectorat conséquent, au-delà de leur province; d'abord parce qu'ils savent le faire, parce qu'ils veulent en vivre, et surtout, parce qu'ils savent monnayer leurs écrits. 
Car c'est bien là qu'est la différence avec leurs aînés gratte-papier qui n'ont pas vécu de leur plume : le blogueur peut vivre de ce qu'il diffuse. Et comme le système permet l'achat d'un lectorat potentiel - plus fictif et indéchiffrable que tangible - les blogues affichent leur succès.
La question n'est pas "qui est ton lectorat?"
La question est "how many followers do you have ?" 
"Followeur". Qu'on prononce ainsi, en français aussi. 

Ce terme qui n'existait pas il y a seulement 10 ans est sans doute le plus répété aujourd'hui lorsque j'assiste à des dégustations de vin, entouré d'influenceurs, de relayeurs d'opinion. On parle même, désormais, de décideurs !
Le message doit être court, percutant, ce qui ne signifie pas pertinent, mais subjectif et approximatif; et si possible... en anglais. 
Pourquoi approximatif ? Parce que le blog permet justement de nourrir le propos plus tard. 
Après. 
Après l'avoir lancé sur le web, après avoir analysé son effet... 
Elle est là la force des réseaux sociaux, elle est double : en anglais pour multiplier mon lectorat et en toute liberté, pour maîtriser ce lectorat. 
J'exerce de l'influence, car je peux m'exprimer rapidement, confirmer ou effacer, corriger et répondre en dix secondes, selon les réactions. 
J'alimente selon les besoins. 
Et j'alimente selon mes besoins, car il est facile d'aller emprunter une ligne ou un paragraphe sur internet. Je copie, je colle et le tour est joué. 
Si je suis honnête, je rends à César ce qu'il a écrit en le mentionnant; l'hommage suprême étant le lien électronique. 
Si je suis malhonnête, je change un nom, un verbe ou un adjectif, j'emploie des synonymes et je diffuse sans scrupule.

À votre avis, sont-ils nombreux les scrupuleux de ce merveilleux univers de la plume virtuelle et vinique ? 
Peut-on les démasquer ces blogueurs, curieusement prolixes lorsqu'on lit leur blogue, et étonnement creux, lorsqu'on engage une vraie conversation, de visu ? 
Sans doute. Surtout sur une maladresse...

Récemment, dans un voyage de presse en Europe où l'anglais était forcément la langue des échanges, une conversation au sujet des "Wine Blog", de leur influence et des dérapages qu'ils entraînent, s'est improvisée avec la dizaine de journalistes et de blogueurs invités...

Un blogueur scandinave que je ne connais pas, et qui ne me connaît pas, m'interpelle :
"Do you know the french website MonsieurBulles.com ? I think it's a canadian website. It's about sparkling wines in the world. Unfortunately, it's only in french and i don't understand french language. "
"Indeed" ai-je le temps de glisser avant qu'il poursuive et avoue naïvement :
"So, i copy and translate in english some of his article for my blog. I'm sure he would like that, cause after all, it's advertising him. Could you find his email for me ? We could share our talent to be more effective."

En lui donnant ma carte, je lui ai répondu, certes irrité, dans un anglais approximatif : 
"You do have the talent to use the talent of others and if i only write in french, it's because I'm fluent in that language and I'm not, in english. I have a perfect command of french language in writing, fortunately for you. Do you know Le Misanthrope of Molière, a french author ? I can not tell you in english, but i'm sure you could translate this sentence : "Qu'en termes galants, ces choses là sont mises". That's sum up pretty much the debate we just had."

Il a depuis retiré de son blogue ses traductions charitables... 
Parce qu'elle est là, la puissance de l'anglais : son emploi est toujours perçu comme un don de charité.

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