22 sep. 2017 par Monsieur Bulles
William Deutz et Amour de Deutz Deutz fait partie de ces maisons de champagne aussi discrètes que somptueuses, tant par l'image que par les étiquettes créées. C'est le joyau caché au coeur de l'écrin d'Aÿ. Certes, elle est passée de 500 000 à 2,2 millions de bouteilles commercialisées en vingt ans; pourtant, sa personnalité est restée la même: élégante, sobre, distinguée. La grande classe, quoi... Ne la cherchez pas en boîte de nuit ou sur une plage "tabloïdée", ne l'envisagez pas séduire les plate-formes électroniques ou les réseaux sociaux, Deutz charme parce qu'elle s'écrit encore sur le papier, parce qu'elle est à sa place dans les salons au parquet qui craque, parce qu'elle connaît les bonnes manières, les vraies... Ce n'est pas une mondaine du 21è siècle, c'est une mondaine du 19è siècle : elle n'est pas bling bling Deutz, elle est éduquée. Comme ses cuvées.
Deutz en un coup d'oeil : 

42 hectares en propriété 
200 hectares en approvisionnement dont 80 % en Grand Cru et Premier Cru
2,2 millions de bouteilles commercialisées annuellement
Aucune futaille pour l'élaboration des vins
Jusqu'à 40 % de vin de réserve "jeune" (max 3 ans) pour les cuvées non millésimées.

Deutz Brut Classic Brut :

Une cuvée symbole de fraîcheur et d'onctuosité qui présente toujours une grande pureté de fruit. Une trentaine de crus composent ce vin équitablement partagé des 3 cépages classiques de la Champagne. Assez fine dans son effervescence, elle est axée sur des flaveurs d'agrumes, de raisins mûrs, puis de fruits jaunes, rafraîchis par des notes de fenouil et de tisane mentholée. Ce n'est pas un champagne puissant, toutefois il présente une vinosité élégante, légèrement briochée. Toujours fiable et exquis quand on aime les champagnes au caractère printanier.

Deutz Brut Classic Brut Rosé :

Rosé d'assemblage, pimpant et léger, ce champagne offre des notes de petites baies rouges acidulées (groseilles, canneberges). L'effervescence est maîtrisée, les bulles sont de calibre moyen, elles terminent rapidement leur course en bouche avant d'offrir un volume aérien, très digeste. C'est un vin peu corsé, plus athlétique que charnu, que je préconise à l'apéritif.

Deutz Blanc de Blancs 2011 Brut :

Après environ 5 minutes d'aération, ce vin se présente comme un Chablis Grand Cru jeune où les notes calcaires cachent d'abord celles de fruits blancs, légèrement confits, pour mieux les offrir ensuite en bouche. L'effervescence foisonne, à la fois légère et tapissante, c'est elle qui rappelle qu'on est en Champagne, tandis que les saveurs nous guident définitivement vers Beaune. Somptueux tout simplement.

Deutz Amour de Deutz 2007 Brut :

Nez particulièrement expressif qui rappelle le pain de mie grillé blond, le croissant frais, puis les épices indiennes après quelques minutes dans le verre. Les mêmes saveurs avec le même crescendo se laissent capter en bouche au sein d'une effervescence aérienne qui, finalement, apporte de l'équilibre à un ensemble plus beurré que tendu. 
Une très fine note de citron apparaît quand même en finale, elle nous rappelle le chardonnay de ce champagne qui semble avoir amorcé une première évolution. Superbe à consommer aujourd'hui, il devrait pouvoir se glisser sur les clayettes jusque 2022.

Deutz Amour de Deutz 2007 Rosé Brut :

Le deuxième millésime déclaré de cette cuvée - le premier était le 2006 - se montre aussi discret au nez que loquace en bouche. On devine des notes de pain grillé au nez, elles sont nettes et franches une fois le vin en bouche. 
Puis, l'acidité de petites baies rouges se laissent occulter par des parfums de pain d'épices; on plonge alors dans des saveurs moyen-orientales pour revenir, en finale, sur des parfums plus classiques, plus champenois où les pâtisseries avec du chocolat blanc se présentent. 
Ce champagne a le charme déroutant des grands rosés expressifs dans le bouquet et élégant dans le comportement.
Amour Rosé 2007
Cuvée Classic Brut disponible au Québec à 58,75 $ / toutes les autres cuvées mentionnées seront disponibles en novembre 2017.

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15 sep. 2017 par Monsieur Bulles
Sabrage avec le pied d'un verre / crédit Photo Charles-Henri Debeur Dit-on sabler le champagne ou sabrer le champagne ? Les deux existent, mais ils n'ont pas la même signification ! Beaucoup de gens les confondent d'ailleurs ! Et leur histoire n'est pas si affirmative que cela.

  





L'expression « sabler le champagne » a eu plusieurs interprétations. 

Elle a d'abord porté deux sens dont l'image se rejoint : elle a signifié boire d'un seul coup ou boire beaucoup (de champagne) lors des manifestations de la cour de France à la fin du XVIIème siècle et au début du XVIIIème siècle. 
Et dans le même temps, on l'a utilisé pour exprimer seulement le fait de verser en une seule fois le champagne dans un verre, ce qui exacerbait l'effervescence, alors très discrète. 

Le terme sablage étant une opération utilisée en sidérurgie depuis le XVIIIème siècle qui consiste à couler d'un seul coup le métal en fusion dans un moule, l'image fut ainsi trouvée.  
Au même siècle, certains écrits rapportent qu'on mettait la bouteille de champagne dans du sable afin de mieux la maintenir ; rien ne confirme que cela servait aussi à la rafraîchir.    
Enfin, la dernière explication est que l'effervescence et la mousse ayant été irrégulières pendant des décennies, on humectait les parois internes du verre à la vapeur ou par l'haleine (!), puis on les enduisait de sucre pour mieux faire pétiller le champagne. Les verres donnaient ainsi l'impression d'être sablés. 
Cette pratique fut courante dans les Années Folles. 
   
L'expression « sabrer le champagne » rappelle la manière d'ouvrir la bouteille de champagne avec un sabre ou un autre objet tranchant en la décapitant, au lieu de faire sauter naturellement le bouchon, en tournant délicatement la bouteille. 

Après avoir dénoué le muselet, la lame du sabre doit longer rapidement la couture de la bouteille, puis cogner sèchement le rebord du goulot qui saute avec le bouchon emprisonné. 
Si l'opération est réussie, les deux parties se séparent en laissant le souvenir d'un biseau net. Les régiments de cavalerie des armées napoléoniennes ou prussiennes utilisaient ce mode d'ouverture avec le revers d'un sabre. 
Par ailleurs, des archives du Premier Empire rapportent que cette façon d'ouvrir était réservée à l'usage exclusif des officiers de cavalerie lors des cérémonies. 

Notez que le sabrage d'une bouteille de champagne n'a absolument rien à voir avec la surpression de gaz contenue dans le vin. La vidéo ci-dessous le démontre. 
L'opération peut facilement se faire avec une bouteille vide puisqu'elle résulte seulement de la fragilité du point d'impact situé au sommet de la couture de la bouteille, juste au-dessous de la première lèvre du goulot. Sabre de Monsieur Bulles

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13 sep. 2017 par Monsieur Bulles
Dépôt accumulé Toutes les étapes de la construction d'un champagne, depuis la récolte jusqu'à l'embouteillage, sont importantes. Pourtant, il en est une au cours de la seconde fermentation en bouteille, qui est plus complexe que les autres : l'autodestruction des cellules de certains micro-organismes qui se transforment ensuite en dépôt dans le vin. On appelle ce phénomène l'autolyse.



Ce procédé qui apporte davantage de complexité au vin se déclenche après quelques semaines de conservation sur lies et correspond à une autodégradation enzymatique des levures avec restitution au vin d'un certain nombre de constituants cellulaires: composés azotés, polysaccharides, glycoprotéines. 

Parmi les composants azotés libérés dans le vin, on notera des acides aminés dont la teneur peut augmenter de 60 % dans les vins qui ont été bâtonnés. 
D'autres constituants apparaissent dans le vin au cours de l'autolyse: les glucanes (polysaccharides) et les mannoprotéines qui proviennent de la dégradation des parois cellulaires. 
Si l'autolyse est longue, elle peut donc être la source d'une certaine signature gustative désirée par son élaborateur.  

En effet, un vieillissement prolongé en cave se traduira par une hydrolyse partielle de ces colloïdes. Les polysaccharides de levures jouant un rôle important sur les caractères sensoriels du vin, c'est eux qui apportent la sensation moelleuse à la texture. 

Enfin, les glycoprotéines ayant des interactions avec les composés volatils, ils modifient la perception aromatique du vin. La libération de nombreux composants (esters, alcools, aldéhydes, acides, composés soufrés, lactones, parmi lesquels le sotolon qui rappelle les arômes de noix et de curry) parfume de façon distincte le vin. 

C'est ainsi qu'en règle générale, champagnes et mousseux millésimés qui sont commercialisés au-delà de 8 années et plus, présentent des flaveurs de fruits secs et de rancio délicat.
Cristal de Roederer sur pupitres

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11 sep. 2017 par Monsieur Bulles
Régence Brut de Brimoncourt La marque ne disposait que de 30 000 bouteilles à la vente en 2008 ! Installés dans une ancienne imprimerie qu'ils ont rachetée, Alexandre Cornot et Arnaud Dupuy-Testenoire la dirigent depuis 2007. En 10 années à peine, ils ont su la positionner dans les plus beaux établissements européens. Elle est enfin au Québec...
 






Commentaire de la cuvée Régence - Brut :

Solide et intense, cette cuvée entremêlent les saveurs attendues d'un bon champagne, bien construit : pommes brunes, poires chaudes, pâte feuilletée. 

L'effervescence conjugue crème et fraîcheur grâce à quelques accents de minéralité qui l'entourent, la finale file vers le citron confit, histoire de garder les papilles en éveil ; en un mot, c'est délicieux et les huîtres seront de pimpantes maîtresses.     
 
Une étiquette qui se glisse parmi les classiques en attendant la cuvée de prestige de la marque pour davantage de profondeur et de complexité...
16/20 selon le barème du Guide Revel / 57,25 $ / code 13349586

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9 sep. 2017 par Monsieur Bulles
Santa Margherita Le pinot gris de ce domaine vénitien est un incontournable au Québec et ailleurs depuis des lustres; toutefois, comme il élabore des bulles depuis une cinquantaine d'années, d'abord sous l'appellation Prosecco DOC, puis désormais, sous l'appellation DOCG, je vous les présente ici. Très simplement.
Commentaire du Santa Margherita Valdobbiadene Prosecco Superiore DOCG - Italie - 

Léger, suave, délicatement parfumé (meringue, amandes, agrumes), les bulles caressent les papilles et forment la crème attendue en bouche. 
La fine amertume propre au glera, le cépage de l'appellation, enveloppe le volume qui se forme progessivement. 
La finale est courte, fraîche, fruitée.
Rien à redire pour le prix. Des bulles efficaces à souhait !
Code SAQ 12509154 / 18,55 $

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8 sep. 2017 par Monsieur Bulles
Carafe à eau, verres et champagne Mon opinion sur le passage en carafe d'un champagne ou d'un mousseux est plutôt catégorique : c'est un geste purement esthétique et inutile au regard de la nature seule du produit.







Tout d'abord, le verbe « carafer » n'existe pas; du moins, pas encore. 
Le terme « carafe » vient de l'italien caraffa, qui lui-même viendrait d'un dialecte arabe dans lequel garafa signifiait « verser à la louche ». On passe en carafe pour aérer le vin et l'on décante un vin lorsqu'on veut éliminer les sédiments qu'il peut contenir. 

Je ne vois pas l'intérêt de verser du champagne dans une carafe, d'autant moins lorsqu'on me tend l'argument que cela permet de l'aérer, de le rendre moins gazeux et plus digeste ! 

Les chefs de cave mettent quinze mois à trois ans (bien plus pour certaines cuvées) à élaborer leur vin afin que des bulles naissent naturellement dans le vin. Si un consommateur désire une carafe pour atténuer le gaz, retirer des bulles ou mieux digérer, qu'il boive un vin tranquille, il aura davantage de plaisir ! 
Et si la carafe est un argument visant à réduire la sucrosité des cuvées demi-sec à doux, offrez-vous plutôt un vin blanc moelleux !

La carafe est, selon moi, un argument de vente et de marketing créé par les responsables commerciaux des marques - qui la conseillent -, et je ne pense pas que les chefs de cave de ces marques appuient cette démarche, car elle est méprisante envers leur travail. 

Au demeurant, si un vin présente effectivement une effervescence peu soignée et excessive, la carafe peut être une option, même si je pense que le seul fait d'attendre cinq minutes, une fois le vin versé dans le verre, sera aussi efficace que l'oxygénation de l'esthétique carafe. 

Opinion également valable pour les champagnes âgés qu'on veut aérer : un verre bien adapté se révèle le contenant le plus sûr.

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5 sep. 2017 par Monsieur Bulles
B de B de Pierre Peters Oui, le champagne est un grand vin de garde ! Il faut toutefois savoir comment il évolue et ce que le consommateur peut apprécier de lui... Alors comment savoir distinguer les saveurs du temps qui passe dans le Champagne ?
  


Dans l'univers des vins effervescents et en particulier dans celui du champagne, on parle de Blanc de Blancs lorsque le vin ne comporte que du chardonnay (et/ou de l'arbane et/ou du pinot blanc) et de Blanc de Noirs lorsque le vin ne comporte que du pinot noir et/ou du pinot meunier et/ou du petit meslier.  
Si ces 2 catégories offrent deux palettes aromatiques et gustatives différentes, elles évoluent chacune de leur côté avec le temps qui passe et ce sont ces étapes que je vous présente ici, pour mieux apprécier la richesse du champagne.  
Sachant qu'en général, les bons champagnes non millésimés sont commercialisés 3 ou 4 ans après la récolte du vin de base, les fourchettes de durée mentionnées en tiennent compte.   

Blanc de Blancs : moins de 4 années après achat   
La robe sera de couleur ivoire à jaune très pâle aux reflets verts, le nez sera axé vers les fleurs blanches ou roses, les fruits blancs et jaunes acidulés et les notes herbacées. En bouche, l'acidité, la nervosité et la fraîcheur qui rappellent souvent le sel (minéralité) seront nettes et expressives. L'effervescence sera fougueuse ou aérienne.   

Blanc de Blancs : 4 ans à 8 ans après achat   
La robe présentera une couleur jaune or pâle, plus soutenu si le vin a connu un séjour en fût. Le nez sera axé sur les fruits blancs et jaunes très mûrs, quelques notes de fruits séchés se laissant facilement capter, un caractère qui rappelle le beurre frais et les pâtisseries feuilletées sera également perceptible. En bouche, l'acidité sera moins tranchante, toutefois décelable en finale de dégustation, le caractère de l'effervescence se fera plus charnel.   

Blanc de Blancs : au-delà de 8 ans après son achat.   
La robe présentera une couleur dorée aux reflets qui rappellent les nuances du bronze.  Le nez se montrera cuit ou grillé avec toutes les nuances également, en fonction de la nature de l'arôme perçu: pain, fruits, graines, noyau, pâtisseries, champignons, etc... En bouche, la texture sera ronde et enveloppante, elle pourra toujours être marquée par une fine acidité quand le vin sera de grande qualité.

Blanc de Noirs : moins de 4 années après son achat   
La robe sera de couleur chair à jaune pâle aux reflets blonds, le nez sera axé vers l'anis, le fenouil, les feuilles d'arbustes, les baies rouges et les fleurs blanches. En bouche, l'acidité sera enrobée par la rondeur du vin. Les flaveurs pourront rappeler le thé aux fruits rouges, les agrumes confits, voire la réglisse. L'ensemble sera plus consistant que tendu, la texture sera accrocheuse.   

Blanc de Noirs : 4 ans à 8 ans après achat.     
Comme pour un Blanc de Blancs, la robe présentera une couleur jaune or pâle, plus soutenu si le vin a connu un séjour en fût. Le nez sera axé sur les fruits jaunes très mûrs, les petites baies rouges et les fruits secs tels que les amandes, les noisettes, voire les pistaches, ainsi que les céréales sucrées ou grillées. Si un caractère pâtissier se laisse saisir, il rappellera les tartes à la crème pâtissière et aux fruits blancs et les feuilletés peu beurrés. En bouche, les arômes seront légèrement toastés - plus blonds que bruns - ou cuits, la texture sera satinée et présentera une fine acidité dans son enveloppe.   

Blanc de Noirs : au-delà de 8 ans après son achat.   
La robe présentera une couleur dorée ou ambrée aux reflets qui rappellent les nuances du vermeil.  Le nez se montrera expressif, plus grillé que toasté, voire puissant et rappelant les eaux-de-vie. Les arômes seront légers ou marqués, souvent axés sur les fruits en compote, le miel, le sirop d'érable, les notes de  sous-bois, les feuilles mortes mouillées, les champignons, la torréfaction de grain. En bouche, la texture sera ronde et enveloppante, l'impression de plénitude et de gourmandise sera nettes et longues.   
B de N de E. Barnaut

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31 août 2017 par Monsieur Bulles
Goulot Perrier-Jouët Le champagne dit "Brut" n'a qu'un siècle. Il fut surtout un vin sucré pendant 150 ans. Jusque les années 1860, plus de 2/3 de la production de vin en Champagne était tranquille et non effervescente ! Et jusque les années 1910, le vin de Champagne effervescent était un vin sucré et non sec ! Bref, le champagne tel qu'on le connaît aujourd'hui n'a qu'un siècle !





En effet, s'il a fallu 3 siècles pour que le champagne existe, celui que l'on consomme aujourd'hui ne ressemble en rien à celui qu'ont pu déguster Louis XVI ou Napoléon 1er. Et il a fallu le tournant du XXème siècle pour qu'il devienne définitivement mousseux et sec !
 
Les Britanniques sont les premiers à vouloir apprécier le vin d'Argonne dès l'apéritif ou tout au long du repas, c'est pourquoi ils demandent des vins peu dosés dans la deuxième moitié du 19ème siècle. Les maisons de champagne vont répondre tardivement à cette demande, car la plupart des autres pays le boivent nettement moins sec. 

À partir des années 1880, les dosages sont organisés en fonction des marchés destinataires. Le dosage est alors exprimé en pourcentage par litre.

Il y a le goût anglais: 2 à 6 %, soit de 22 à 66 gr de sucre par bouteille. 
Il y a le goût américain: 10 à 15 %, soit 100 à 165 gr de sucre par bouteille.
Il y a le goût allemand: 15 à 18 %, soit 165 à 200 gr par bouteille.
Il y a le goût français: 19 à 25 %, soit 200 gr à 275 gr par bouteille.
Il y a enfin le goût russe: 25 à 30 %, soit 275 à 330 gr par bouteille (autrement dit un véritable sirop avec un tiers du volume de la bouteille constitué de sucre !)

En France, c'est à partir des années 1920 que le champagne fortement dosé cèdera le pas au "Brut"; puisque même si des cuvées peu dosées étaient commercialisées sous la Belle Époque, La Grande Guerre freinera pendant une grosse décennie les ventes et l'évolution du dosage du champagne.

On peut donc dire que le champagne "brut" est d'inspiration britannique !

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28 août 2017 par Monsieur Bulles
Le Lude Brut / Le Lude Brut Rosé Revenu d'une tournée en Afrique du Sud, j'ai pu tester une vingtaine de marques locales qui élaborent des MCC (Méthode Cap Classique), l'appellation officielle de la méthode traditionnelle, de plus plus en plus populaire localement. Certaines maisons se détachent nettement du lot, toutefois, la majorité de leurs cuvées restent citriques, axées sur un fruité blanc ou jaune, souvent mono-aromatique. Cela s'explique par l'absence presque systématique de vins de réserve ou d'un élevage sur lattes trop court. Dans les deux cas, le vin manque de profondeur, de gras et de longueur. Le Lude se détache de ses concurrents parce que justement, ces deux paramètres d'importance dans la construction d'un bon mousseux, sont étudiés...
Villiera, Krone, Kleine Zalze, Weltevrede, Simonsig, Graham Beck, L'Avenir, Boschendal, etc... Ces marques sont devenues aujourd'hui des incontournables en matière de bulles sud-africaines, toutefois, Le Lude est un cran au-dessus de celles-ci actuellement, tant au niveau des saveurs que du comportement de l'effervescence.

C'est pendant, mais en dehors des épreuves du concours Michelangelo Award 2017 qui a eu lieu dernièrement à Stellenbosch, que j'ai demandé à des collègues sud-africains de m'organiser une dégustation à l'aveugle d'une sélection de qualité de MCC (Méthode Cap Classique).  
J'ai ainsi pu tester une vingtaine de marques et que ce soit en Brut blanc ou en Brut rosé, millésimé ou non, j'ai cru qu'une cuvée piège de champagne avait été glissée dans le lot, puisque par deux fois, les vins de Le Lude ont été perçus comme tel : non par des notes salines ou minérales, mais par un caractère subtilement brioché, sans rancio d'évolution, sans la lourdeur beurrée qu'on trouve sur des mousseux du nouveau monde, certes bien élaborés, cependant souvent sans complexité.

Sur le Blanc Brut comme sur le Rosé Brut de Le Lude, l'effet pâtissier conjugué à la finesse des bulles persistantes - deux paramètres apportés par le temps sur lattes - est juste assez présent, en parfaite harmonie avec l'enveloppe fraîche et pointue.
 
La cuvée Rosé offre des accents de mandarines et de pamplemousses roses, entremêlés de quelques amers qui signent les bons mousseux, tandis que l'autre cuvée propose des notes de nougat et de panna cotta. 
Dans les deux cas, la construction du vin apparaît solide et endurante, permettant un certain temps de garde dans le cellier, après achat.
La plupart des autres cuvées testées étaient bien construites, toutefois, elles avaient un caractère mordant à l'attaque et une consistance trop frêle pour apporter une longueur estimable en dégustation. 

Seules les cuvées Le Lude avaient une texture enveloppante, digne d'excellentes bulles Marnaises...



Le Lude Brut
17/20 pour les deux cuvées selon le barème du Guide Revel

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24 août 2017 par Monsieur Bulles
Bouchon Stoppeur Rares sont les noms propres qui sont passés dans l'univers des noms communs pour désigner leur fonction initiale. On peut penser à frigidaire, à kleenex, à vespa, à pyrex, à tupperware et à quelques autres... Dans l'univers du vin, champagne est devenu le terme qui désigne un mousseux, même si le vin n'est pas un vrai champagne, c'est à dire un vin issu de la méthode traditionnelle, provenant de la Champagne viticole. Alors que celle-ci a mis deux siècles pour récolter cette rançon du succès, la Vénétie et le prosecco l'ont obtenue en à peine 20 ans ! Le terme prosecco est, en effet, utilisé aujourd'hui pour désigner des vins effervescents élaborés selon la méthode de la cuve close, ailleurs que dans l'Europe communautaire, comme en Asie ou en Océanie. En général, les pays usurpateurs ne respectent pas non plus l'essence du vin marnais. 20 années seulement pour voir le prosecco conquérir le monde et devenir un phénomène « viti-culturel ».
L'avaient-ils calculé ? 
Les acteurs de la filière viticole vénitienne avaient-ils programmé ce succès lorsque dans les années 1990, ils décidèrent d'édifier leurs bulles locales, surtout consommées dans leur région, donc vaguement reconnues à l'extérieur, en un vin blanc effervescent facile à élaborer, facile à commercialiser, facile à boire et surtout, internationalement plaisant ? 
Non, évidemment non. 
Du moins pas autant, puisque lorsqu'on analyse les chiffres et même si on peut les faire parler comme on veut, un seul mot les résume : édifiant ! 
Le prosecco est une DOC depuis 1969, toutefois, sa reconnaissance populaire en tant que vin mousseux est apparue dans les années 1990 suite à une décision de ses instances de mettre en place une politique commerciale liée à l'image de la dolce vita. Et ce n'est pas aux Italiens qu'on allait donner des leçons en la matière ! Le démarrage fut lent pour devenir exponentiel dans les années 2000. 
Rappelez-vous, le monde entier devait fêter au champagne l'arrivée du troisième millénaire, or il a fêté aux bulles, le monde ; aux bulles du monde entier, car le champagne n'a plus suffi. 
Seuls les nantis fêtent au champagne. Mais sur une planète en crise qui combat son angoisse à travers l'exutoire de l'effervescence, il faut des bulles accessibles. Le prosecco est devenu ainsi, l'ambassadeur du « Pop » facile.   

Quel est son secret ? Pourquoi plaît-il à ce point ? Parce qu'il est abordable ? Parce qu'une bouteille ne coûte que 7 euros en moyenne de l'autre côté de l'océan et 18 $ ici ? Sans aucun doute. 

« Ce n'est même pas bon. » entends-je souvent d'amateurs de vin éclairés, dédaigneux. 
Peut-être, mais c'est une histoire de goût ; donc un argument de mépris pour les millions de consommateurs. 

« Ce vin n'a aucune histoire. » me dit-on. Et alors ? On s'en fiche complètement de son histoire, certes banale, lorsqu'on est en boîte de nuit, sur la plage ou sur une terrasse à le siroter en cocktail. 

« Il a toujours le même goût. » Un point. Je l'admets. Ce serait hypocrite de ma part d'étaler la grande diversité des saveurs du prosecco, car en effet, elle n'existe pas. 
Et il est justement là le secret du prosecco : dans son homogénéité aromatique, dans sa fiabilité de comportement ! Que vous soyez à Berlin, à Montréal, à Chicago ou à Athènes, vous êtes certain d'obtenir le goût que vous recherchez quand vous commandez un prosecco. Fleur, poire, pomme et salade de fruits blancs sont les parfums classiques que vous retrouverez tout le temps, quelle que soit la marque. 
Et si vous le commandez en cocktail, c'est parce que vous savez que ses fines bulles qui construisent une texture tendre, s'adaptent au mieux aux alcools et aux sirops mélangés, le juste temps nécessaire pour le consommer. 
Alors, ne me lancez pas l'argument du manque de persistance de son effervescence parce que oui, je le sais ; oui, le prosecco n'est plus un vin mousseux après 20 minutes dans un verre. 
Elle est également là sa victoire: dans cette éphémère effervescence qui fait qu'on en demande un deuxième, puis un troisième verre !    
Le prosecco n'aura jamais les notes maliques, les notes de levures, de beurre ou de pâtisseries qu'on est en droit d'attendre d'un champagne, d'un crémant ou d'un cava. 
Il n'a pas été élaboré dans ce but. 
Sa construction ne lui permet même pas de les avoir. Le prosecco n'est pas construit par le temps et ce n'est pas non plus un vin de garde. Il est comme un vin nouveau effervescent. C'est même le seul vin mousseux qu'il est préférable de boire jeune, de boire immédiatement. 

Il est aussi là son succès : dans la maîtrise d'une méthode d'élaboration devenue facile, parce que seulement technologique. L'auto-clave est devenue l'expertise des vénitiens et une part de cette prospérité est aussi dans le fait qu'ils assument cette façon de construire des bulles. Alors que le champenois ou le catalan reste tributaire de facteurs naturels, parfois incontrôlables malgré les connaissances précises de la méthode traditionnelle, le vénitien suit simplement un mode d'emploi physico-chimique dès que son vin est en cuve, à l'abri d'éventuels soucis naturels.   

« Ce vin n'a pas d'avenir! » ai-je entendu dernièrement. 
Une réflexion presque philosophique sur la pérennité d'une appellation vinique dont le débat serait intéressant, toutefois pour l'heure, le prosecco est entrain de séduire les milléniaux à travers la mixologie. 
N'est-ce pas la preuve d'une adaptation ? 
Depuis une dizaine d'années, les cocktails sont devenus les rois du 5 à 7 et des soirées festives ; les mixologues entrent en scène derrière leur zinc et deviennent les pourvoyeurs des eaux-de-vie blanches ou ambrées, mélangées aux fines bulles de Trévise qui scintillent dans les flûtes. 
Même l'empereur champagne et ses marques qui flirtent avec les paillettes nocturnes ont du mal à suivre la tendance ou à prendre la place d'un prosecco à la silhouette blanche ou dorée, dans un seau glacé. Le contenu n'est pas le même, certes, mais le contenant est aussi attirant, aussi rutilant, aussi bling bling... 

On se fiche du terroir sur une piste de danse ou accoudé dans un bar dont les décibels couvrent les paroles. 
 « Donne-moi un Spritz. » dit la voix à peine sortie de l'adolescence ; 
« Je vais essayer un Bellini. » dit la voix devenue posée ; 
« Quel est le cocktail du jour ? » dit la voix habituée. 
« Il y a du prosecco dedans ? Je vais prendre ça. » dit la voix conquise. 

Le mot est lâché, le prosecco sonne, le prosecco chante, il rime avec écho. Il est partout ; dans tous les bars, dans les avions, dans les paquebots, sur toutes les cartes de vins, proposé au verre, en cocktail, à midi, à minuit, même à l'heure du thé en Angleterre ! Forcément, il agace.    

Je m'intéresse au monde des bulles depuis plus de 20 ans et j'ai compris qu'il devenait un phénomène au début des années 2010, au cours de périples européens où je devais sauter d'un aéroport à un autre : les publicités qui autrefois vantaient une marque de champagne, de façon périodique, c'est-à-dire seulement avant les fêtes de fin d'année, étaient désormais consacrées, à l'année longue, au mousseux vénitien. 

Bref, le prosecco prenait déjà toute la place. 

60 % d'augmentation des ventes de Prosecco en France en un an ! En France ! 
Le pays viticole le plus conservateur, le plus chauvin et sans doute le plus réfractaire au vin de son voisin transalpin !   

« On n'arrive même pas à l'expliquer » de me signifier Luca Gavi, directeur du Consorzio di tutella della DOC Prosecco. 
« Aucune stratégie commerciale n'a été pensée pour la France, nous sommes les premiers surpris. Les ventes de prosecco augmentent toutes seules dans le pays qui élabore le plus gros volume de vins effervescents, majoritairement en méthode traditionnelle. Le même phénomène arrive au Mexique, en Grèce, en Pologne et en Ukraine. Nous avons doublé la production de prosecco DOC en 5 ans, nous sommes passés de 195 millions de bouteilles en 2012 à 410 millions de bouteilles aujourd'hui. »   

Aucune autre appellation dans le monde n'a connu un tel phénomène. Où donc est le danger pour le prosecco ? Les succès rapides sont souvent des feux de paille. L'industrie le sait. 
Les consorzi le savent. 
Le vignoble flambe, les raisins coûtent chers aujourd'hui autour de Trévise. Le paysan est conscient que les billes jaunes de son jardin sont convoitées. Parce que le système est le même qu'en Champagne : des récoltants d'un bord, des marchands de l'autre ; des surfaces qui s'étendent, des rendements qu'on pousse et des tarifs au kilo qui s'envolent. La spéculation guette. 

Attention donc au miroir aux alouettes, aux bulles qui font tourner la tête. 
Il est là le succès pérenne du prosecco, il n'est plus dans la gestion d'une technologie, il est désormais dans la transmission et la gestion d'un mode économique, car il nourrit une région déjà rassasiée qui doit aujourd'hui faire attention à l'indigestion.     paysage vénitien

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