20 sep. 2018 par Monsieur Bulles
Bouteilles sur pointes La bouteille de champagne a la particularité de ne pas être seulement un contenant, mais un outil de travail. Elle a été conçue pour résister à la surpression, au stockage et à la manipulation. Si les premières bouteilles qui accueillent du vin blanc champenois dans le but de le faire pétiller, sont les mêmes flacons que les vins tranquilles d'alors, ce sont justement les effets de l'effervescence qui engendrent la recherche de ce qui deviendra LA bouteille de champagne.
C'est à partir de 1730 qu'une véritable industrie de cristallerie voit le jour en Champagne dans le but d'aider le négoce à embouteiller son vin à la pétillance embryonnaire.
Les Anglais ont un siècle d'avance, ils embouteillent le vin de leurs comptoirs commerciaux portugais et méditerranéens qui arrivent en tonneaux, à Londres ou dans les ports de la Manche, depuis 1630. 
Les bouteilles sont alors des instruments de service, davantage que des contenants de transport. L'effervescence qui apparaît naturellement dans les flacons et que l'Aristocratie britannique désirent conserver vers 1660, puis guider au début du XVIIème siècle, ouvre la voie aux recherches sur la fonte du verre et des opercules adaptés pour conserver au mieux cette première.

En France, dès les années 1740, l'Académie royale des Sciences organise des concours dans le but de parfaire le moulage et la solidité des bouteilles, même si cette dernière a déjà été, en partie, réglée par les Anglais, grâce à l'emploi du manganèse.
Les archives de certaines grandes maisons de Champagne qui n'ont pas brûlé dans des incendies ou qui n'ont pas disparu lors des conflits franco-germaniques nous apprennent que jusqu'au Premier Empire, plus de 50 % des bouteilles éclatait durant les phases fermentaires.

L'industrie verrière met un point d'honneur dans la recherche des bouteilles champenoises, particulièrement différentes des bouteilles traditionnelles : le ventre se gonfle, car la piqûre, plus prononcée, forme un culot concave épais, qui doit résister à la surpression du gaz dont on ne maîtrisera tout à fait l'atmosphère qu'à la fin du XIXème siècle. La piqûre pouvait monter jusqu'à la moitié de la bouteille.
L'impact sur le coût brut d'une bouteille vide est réel. La Bordelaise vaut 15 fr, tandis que la Champenoise peut grimper à 30 fr. 

Les négociants réclament des bouteilles lourdes, car le poids les rassure, mais les dégâts sont pires dans les caves, lors des explosions. Les archives rapportent fréquemment des décès chez les ouvriers cavistes, malgré la protection de leur tablier et de leur masque de cuir.

Sous le Consulat sont décrétées de nouvelles normes qui déclassent les anciennes bouteilles, mais lorsque le négoce tombe sur un lot de bouteilles qui lui convient, il réitère la même commande au fournisseur verrier, même si elle ne respecte pas le nouveau cahier des charges qui continue d'évoluer jusque 1808 où l'état instaure deux volumes théoriques : le litre et le demi-litre. 

Les bouteilles portent alors un sceau sur leurs épaules qui indique ce volume. Cependant, lorsqu'on analyse aujourd'hui ces bouteilles anciennes, on s'aperçoit que celles d'un litre avaient une capacité qui oscillait de 91 cl à 96 cl, selon les fournisseurs; et celles d'un demi-litre oscillaient de 42 cl à 58 cl. L'épaisseur et la régularité des parois étaient le facteur de précision volumique, elles ne seront véritablement maîtrisées qu'à la fin du XIXème siècle. La silhouette s'allongera, entraînant d'abord une déformation des cols qui se courberont pour finalement obtenir la bouteille qu'on connaît aujourd'hui, tristement appelée syndicale (l'adjectif est aujourd'hui repris au gré des interprofessions viticoles)... De 1800 à 1950, le poids variera de 800 gr à 1 200 gr la bouteille et le volume évoluera de 93 cl (pinte de Paris de 1735) à 75 cl.

Pendant deux siècles, en fait, les cristalleries expérimenteront toutes les sortes de formats, de silhouettes et de poids dans le seul but d'aider le commerce des vins. De la piqûre cruciforme jusqu'à la bague à trois lèvres, de l'apparence d'oignon à celle de l'aubergine, de la couleur noire opaque à la couleur feuille morte translucide, la bouteille de champagne va surtout évoluer au gré de deux facteurs : l'entreposage et la sécurité. 
Tandis que la bouteille à vin tranquille va évoluer - plus rapidement - au gré de deux autres facteurs : le transport et la manipulation.

Enfin, c'est sous le Second Empire qu'apparaissent les formats inusités, aujourd'hui devenus classiques. Le Magnum voit le jour en 1859 à Folembray dans l'Aisne et le Double-Magnum (qu'on appellera plus tard Jéroboam) en 1890. Le quadruple magnum (Mathusalem) est lancé en 1900.

Bouteille 1680

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6 sep. 2018 par Monsieur Bulles
Les Terres Fines de DG Quand on roule vers le sud, sur la D9 qui longe la Côte des Blancs en Champagne, on regarde surtout sur la droite, car c'est là que s'échelonnent les Chouilly, Cramant, Avize, Oger et Le Mesnil-sur-Oger, les célèbres crus du champagne. On ne regarde pas sur la gauche, car la plaine est vaste, l'horizon s'y étire et aucun village ne pointe. Aucun village sauf un : Flavigny. Et c'est dans ce village qu'on ignore, que l'on ne traverse pas, qu'Adrien Dhondt-Grellet élabore des bijoux grâce aux quelques hectares qui se trouvent de l'autre côté de la D9, sur les célèbres crus. Jusqu'au milieu des années 1980, ses parents Éric et Edith ont vendu leurs raisins aux grandes maisons avant d'avoir leur propre étiquette. Aujourd'hui, Dhondt-Grellet est le nom à retenir...
Commentaire de la cuvée Les Terres Fines - 1er cru - Extra-Brut :

Comment dire... Tout apparaît blanc et étiré dans cette cuvée : les arômes rappellent la craie, la pluie bretonne (celle qui se mêle à l'océan lorsqu'elle tombe), puis le zeste de citron lorsque le fruité vient à parler. 
On s'attend alors à un vin qui va réveiller les papilles par une attaque incisive et pointue, plus lime que citron et pourtant, c'est jaune. 
Poire pour la délicatesse, mirabelle pour la chair et bergamote pour l'intensité, bref, le terme qui vient en tête après deux ou trois gorgées, c'est énergie. 
Mais une énergie qui a du volume et qui reste en bouche pour mieux donner envie d'en reprendre !
Un champagne de chardonnay qui ne mord pas donc, mais qui mordille et laisse une trace qu'on voudrait indélébile.DG Extra Brut
En importation au Québec (agence Lieux-Dits) : 74,75 $ / en octobre en SAQ...

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30 août 2018 par Monsieur Bulles
Grand Assemblage de Jeeper La marque Jeeper est au Québec depuis un an avec sa cuvée Grande Réserve dont j'ai déjà parlée sur ce site. Elle est parmi la trentaine de nouveaux champagnes qui ont été sélectionnés en 2017 par les acheteurs du monopole. La plupart des agences d'importation de vins de la province disposent d'une marque de champagne dont au moins une cuvée est sur les tablettes officielles. Toutefois, pour découvrir les autres cuvées, il faut passer par l'importation privée. Démarche aujourd'hui très facile puisqu'il suffit seulement d'appeler l'agence de représentation. C'est ce qu'il faudra faire pour découvrir le Grand Assemblage de Jeeper !
J'ai présenté la maison sur une autre page, je ne reviens pas sur son histoire... 
Sa renaissance est palpable, cette cuvée Grand Assemblage le démontre une fois de plus.

Commentaire de dégustation du Jeeper - Grand Assemblage - Brut :

Plus traditionnel dans l'assemblage (60 % ch / 25 % pn / 15 % pm) que les autres cuvées de la marque, celle-ci est un champagne d'école, car elle sent LE champagne : malt blond, biscuit spéculoos, pomme cuite et soupçon de frangipane. 
Tout y est avec, peut-être, une puissance (eau-de-vie de mirabelle) qui vient exacerber ces arômes, se montrant ainsi plus expressifs au sein de la texture crémeuse à souhait, comme se doit de l'être l'effervescence d'un champagne.

Bref, le Grand Assemblage de Jeeper est un must dans les frigos des écoles de sommellerie !
Comme dans le vôtre d'Ici peu !GA Jeeper
IP au Québec auprès de l'agence Tanium Vins / 68 $

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28 août 2018 par Monsieur Bulles
Grande Réserve de Vilmart & Cie Une maison familiale établie depuis 1890, aujourd'hui administrée par Laurent Champs, descendant de Désiré Vilmart qui vendait alors son raisin issu de deux hectares au négoce. Le domaine s'est agrandi, le chardonnay et les pinots ont pris la place des cépages d'autrefois sur une surface qui atteint à présent 11 hectares. Avec des vins vinifiés sous bois qui n'ont pas fait de fermentation malolactique, les cuvées Vilmart se montrent toujours pures et très endurantes, à point nourries par la futaille. Aussi discret qu'efficace, Vilmart est un champagne de connaisseur.
Commentaire de la cuvée Grande Réserve Brut de Vilmart & Cie :

Le premier nez est à la fois intense et curieux, car plutôt tertiaire, il rappelle le moût de café frais. Puis, à l'aération, on perçoit des notes davantage primaires de citron et de brise marine. 

L'attaque est vive, orientée vers les agrumes, l'effervescence est aussi fine qu'abondante; le dosage est réussi, il transporte des notes beurrées, voire briochées si on prend le temps de laisser son verre reposer quelques minutes. 

C'est un excellent champagne à l'énergie à la fois intense et profonde qui gagne à être attendu deux à trois années après son achat, afin qu'il s'accomplisse. 
Impatient ou sans cellier ? Essayer-le avec quelques dés de jeune cheddar en apéritif ou sur un fromage de type Brie peu crayeux.
66,25 $ / Code SAQ : 12341419

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20 août 2018 par Monsieur Bulles
Esprit de H. Giraud Claude Giraud me dit : "Tu sais, j'ai pris ma retraite, je suis moins souvent là." Pourtant, si vous allez en Champagne et que vous sonnez au 71, boulevard Charles de Gaulle à Aÿ, c'est peut-être lui-même qui viendra vous ouvrir ! Bien sûr que c'est la maison Henri Giraud, mais c'est bien l'esprit de Claude, son fils, qui est présent désormais dans les vins. Et même si cette cuvée Esprit Nature est la moins bavarde de toute la gamme, bon sang qu'elle la ramène ! Bientôt 30 ans que l'inox aura quitté les chais pour laisser la place à l'argile et au bois d'Argonne qui nourrissent les vins lors des fermentations. 30 ans de foi au 100% champenois, depuis la terre jusqu'à bouteille, en passant par la forêt, qui font aujourd'hui des champagnes de Claude Giraud, une exception champenoise.
Commentaire de la cuvée Esprit Nature de H. Giraud - Brut :

Nez à la fois expressif et délicat aux notes blondes (poire, muesli, acacia, malt) et pourtant minérales (iode et sable chaud) dès qu'on agite le verre avec ce petit côté anisé qui ressort souvent dans les vins blancs agéens. 
C'est à la fois riche et gourmand, et pourtant pur et tranchant. Et cette sensation olfactive désarmante se retrouve en bouche, dès la première gorgée ! 
Un volume énorme, mais léger; une impression de plénitude aérienne, une sorte de zeppelin ! 
L'effervescence est soyeuse, son enveloppe est juste assez pointue pour titiller les papilles et apporter la fraîcheur attendue : la séduction est interminable.
Plusieurs fois dégustée, à des périodes et en des endroits différents, cette cuvée est d'une remarquable constance de saveurs et de comportement qui en fait un champagne d'entrée de gamme, digne d'une cuvée de prestige, qu'aucun amateur de bulles ne devrait contourner. 
Code SAQ : 13332274 / 63,75 $

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2 août 2018 par Monsieur Bulles
chocolat et champagne ? C'est un billet que j'aurais pu appeler "du mariage forcé au divorce consenti"... En effet, consommeriez-vous un verre de vin blanc sec avec un morceau de chocolat noir ? Non. Alors, pourquoi penser que le champagne est un bon accord avec le chocolat noir ? Le champagne est un vin blanc, qu'on rend effervescent. Le mythe de la belle harmonie entre ces deux produits, le chocolat et le champagne, est presque une histoire d'erreur de distribution commerciale...
Pourquoi le champagne s'est-il acoquiné au chocolat ? 

D'abord parce que pendant des décennies, l'un et l'autre étaient servis en dehors des repas, puis au dessert. Le chocolat était âcre et le champagne était sucré ! Plus sucré qu'un vin blanc contemporain demi-sec, voire plus sucré qu'un moelleux, donc harmonieux avec un met à l'amertume prononcée, ainsi couverte par la sucrosité. 

Ensuite, parce que l'industrie des deux produits a véhiculé leur mariage heureux auprès des commerçants, puis des consommateurs. Jusqu'à la fin du XIXème siècle, le vin mousseux de Champagne est un vin sucré qui, selon les marchés destinataires, présente un taux de sucre plus ou moins élevé.    
 
Dès les années 1870, certaines maisons commercialisent les cuvées selon leur taux de sucre plus ou moins défini : le style anglais offrant de 30 à 60 grammes de sucre résiduel, le style français de 60 à 90 grammes, le style américain de 90 à 130 grammes et le style russe jusqu'à 200 de sucre, voire plus! 

Et le chocolat me direz-vous ?   
Il s'est popularisé en même temps que le champagne, à la fin du XVIIème siècle ! 
Et comme lui, il ne fut accessible qu'aux nantis, c'est à dire à l'aristocratie régnante et à ceux qui côtoyaient les cours royales d'Europe du Nord. Comme on le sucrait et qu'on l'épiçait excessivement puisque le cacao (le grué) était encore mal travaillé, on le consomma d'abord seul, en breuvage, en dehors des repas, comme une curiosité qui n'avait pas sa place à table, dans un service. 
Et c'est parce qu'il entrait alors, comme le champagne mousseux, parmi les nouveaux produits rares et chers que progressivement, les épiceries fines s'en attribuèrent la distribution. 
 
Institutionalisé à la cour d'Espagne dès le XVIème siècle, apprécié par Louis XIII à la cour de France, le chocolat fut toutefois éconduit par Louis XIV qui ne l'aimait pas. Néanmoins, il autorisa la généralisation de son usage en accordant lettre patente exclusive pour 29 ans à un certain David Chaillou - premier valet de chambre du comte de Soissons - qui ouvrît la première boutique à Paris en 1659 (ses clients furent des médecins et des religieux). 

Le cacao gagna donc en popularité, surtout nobiliaire, sous Louis XV, à la même période exactement que le champagne (c'est sous Louis XV que le champagne est embouteillé en Champagne). 

100 ans plus tard, sous Napoléon III, champagne et cacao seront réunis chez les marchands de produits fins et d'épices qui les placeront côte à côte pour mieux les vendre et les acoquiner abusivement. En effet, le cacao est alors devenu du chocolat en poudre et en barre, grâce au travaux conjoints de Van Houten en Hollande qui a inventé la solubilisation et les frères Fry en Angleterre qui ont créé la plaque de chocolat.

Le champagne va rester un vin de luxe, donc dispendieux, pendant que le chocolat va se populariser et devenir accessible au XXème siècle. Cependant, en même temps que les premiers commerces de pâtisseries voient le jour, le champagne devient un vin sec et définitivement effervescent (70 % de sa production fut tranquille jusque 1870). 
Il se prête alors mieux en apéritif ou sur les entrées, mais les créateurs de douceurs boulangères vont continuer de véhiculer son agréable mariage avec leurs gâteaux au chocolat.

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27 jui. 2018 par Monsieur Bulles
Jeeper En recevant une Jeep de la préfecture, en guise de cadeau pour avoir aider l'armée américaine en 1944 lorsque celle-ci est entrée en Champagne, Armand Goutorbe a l'idée de lancer la marque Jeeper et de conquérir le marché du champagne en pleine reconstruction. En 2007, Pressoirs de France rachète la maison qui, bousculée par une gestion malheureuse, est sur le point de disparaître 5 ans plus tard. L'homme d'affaire Michel Reybier (Groupe Aoste, Château Marbuzet, Cos d'Estournel, Goulée by Cos, Lencsés Dülö, Impérial Hétszölö) vient alors à la rescousse de la marque pour la faire renaître. La silhouette des bouteilles change, se fait plus charnelle, davantage liée au style des vins; les étiquettes sont plus sobres et surtout plus distinctes. Jeeper vient de sauter dans le troisième millénaire, un style se dessine enfin !
Les facteurs déterminant le style Jeeper : 

Des sélections précises des raisins dans les parcelles (40 ha en propriété, 200 ha en approvisionnement);
Une majorité de Chardonnay dans tous les assemblages; 
Des vinifications où l'oxydation n'est pas évitée, mais ménagée sous bois;
Un vieillissement modéré en fûts des vins.

Commentaire de la cuvée Grande Réserve Brut de Jeeper :

Un champagne blanc de blancs classique dans le comportement et les arômes, toutefois plus savoureux que d'autres cuvées grâce à une onctuosité particulièrement crémeuse qui transporte les notes beurrées, caractéristiques de l'appellation. 
Quelques minutes d'attente dans le verre et un soupçon aromatique de baklavas se laissera saisir, dont seule l'impression de miel sera perçue en bouche.
L'enveloppe fine et acidulée prédispose ce champagne au cellier domestique entre 2 et 5 ans après son achat. 
Les gourmands seront ravis de le déguster immédiatement avec une sole meunière, une timbale de crevettes à la lime ou un fromage de type double-crème. Un champagne savoureux en apéritif aussi, bien sûr...
Ne le manquer pas, il y en a peu en SAQ. 

Toute la gamme Jeeper est disponible en importation privée (agence Tanium) aux Québec (article à venir)Jeep Willys 1944
16/20 dans le Guide Revel - 73,50 $ au Québec / Code SAQ : 13547216

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22 jui. 2018 par Monsieur Bulles
Le déjeuner d'huîtres par Jean-François de Troy Dès le début du XVIIIème siècle, dès que le négoce des bulles champenoises est né, les bouteilles saute-bouchon ont été destinées aux nantis, aux communautés privilégiées, issues du clergé et de l'aristocratie européenne. Le champagne d'alors n'était pas bu par les Français, mais par les Anglais, les Russes, les Allemands, et plus tard, les Américains. Dès sa naissance, le champagne a été vendu comme une rareté, comme un produit de luxe. Et qui dit luxe, dit superficialité. Mais qui dit luxe, dit aussi authenticité. Cette dernière lorsqu'on parle de champagne, c'est son terroir et la diversité qui le compose. Toutefois, la Champagne n'a jamais vendu son terroir, la Champagne a toujours vendu du champagne. Ainsi est née sa dichotomie...
Depuis une petite vingtaine d'années, depuis le début de ce siècle en fait, les chefs de cave voyagent, les alchimistes des grandes maisons sont devenus des globe-trotteurs... Alors qu'on les laissait autrefois dans l'humidité de leur cave et sur le carrelage de leur laboratoire parmi la centaine de béchers et d'éprouvettes, on les envoie aujourd'hui au bout du monde expliquer leur travail, valoriser leur savoir, vendre leur nectar.

Est-ce par attrait du voyage, est-ce pour prendre du bon temps ? Non. Évidemment non.

Les chefs de cave sont devenus des oiseaux migrateurs afin de crédibiliser leur créations, afin de démontrer que la Champagne a un terroir aussi complexe et riche que sa voisine la Bourgogne. 
Elle l'a oublié pendant 200 ans, qu'elle avait un terroir, la Champagne. 
Du moins, elle n'a pas vendu son vin en parlant de son terroir - sauf de sa craie - , mais en parlant seulement de célébrations, de festivités et de partages. 
C'est bien. Il en faut.

Sauf que pendant ce temps là, les vignerons, ceux qui possèdent le pétrole et qui, pendant des décennies, l'ont vendu aux émirs de la Marne, ils sont devenus des viticulteurs, les vignerons. 

Puis un jour, plutôt à partir des années 1970, ils sont devenus des élaborateurs de champagne, les vignerons. Certes, ils ont continué à vendre leurs raisins aux maisons. 
Mais, ils en ont gardé un peu pour eux. Pour faire leurs bulles. Pour avoir leur propre étiquette.

Ils n'y connaissaient rien à la vente, la vente de bouteilles; par contre, la vente de leurs raisins au kilo, ça ils savaient faire... Ils ne connaissaient pas non plus les marchés et leurs ficelles, et ils ne parlaient pas anglais. 

L'Anglais, vous savez, cette langue qui ouvrent toutes les portes, la langue du vin, celle qui fait vendre n'importe quel flacon pourvu qu'il y ait l'ivresse...
En gros, le vigneron qui avait décidé de vendre ses flacons ne connaissait rien. 
Sauf une chose. 
La plus importante. 
La plus crédible pour vendre du vin : le terroir.

Et ça, il a su parfaitement le transmettre à ses enfants. 
Il a su impeccablement lui faire aimer l'argile, le sable, le calcaire et tout ce qu'il y a autour, au gamin. 
Et oui, il n'y a pas que de la craie en Champagne, l'éternelle craie qu'ont toujours vendue les grandes maisons parce qu'il fallait bien parler de sous-sol entre deux flûtes mondaines...
Et dans les années 1990, après que le fiston ou la fistonne du vigneron ait bien couru dans les galipes et fréquenté le Viti Campus d'Avize, on l'a envoyé en stage en Australie ou en Californie pour apprendre la langue de Bob le gourou des pourcentages. 

À son retour, il a joué au chef de cave et sont apparues des bouteilles aux noms bizarres, aux étiquettes marginales, avec des chiffres, des noms de cépages, des noms de parcelles.

Les émirs n'avaient jamais vu ça !
Eux, ils vendaient la fête, des belles bouteilles, des flûtes, du tralala, la superficialité. 
Du champagne quoi.

Les vignerons, ils ont débarqué avec leurs parcelles, leurs tonneaux, leurs tirages, leurs  dégorgements, leurs dosages...

Déboussolés qu'ils étaient les émirs. 
Heureusement, ils avaient leurs vizirs : les chefs de cave.

Alors dans les années 2000, ils les ont envoyés faire le tour de la planète avec le directeur commercial. Lui, il connaissait déjà bien le marché. Son discours était bien huilé. On lui a dit de mettre sa cassette en mode pause et de laisser parler le chef de cave. 
Ainsi est né la promotion du champagne au XXIème siècle : on assume désormais sa supercialité historique tout en revendiquant la véracité et l'authenticité de son terroir. 
Main dans la main, le négoce et le vignoble chantent le champagne et parfois, entre deux avions, il arrive qu'un chef de cave en cravate croise un vigneron en tee-shirt. 

Ils font le même travail et depuis une dizaine d'années seulement, leur propos se ressemblent...


Bouchon à agrafe
Cet article été publié dans le numéro de décembre 2016 du magazine Vins & Vignobles

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12 jui. 2018 par Monsieur Bulles
B. Bridge 2004, B.Cusiné 2009, Croser 2005, Mumm R. Lalou 1999 Le champagne a la particularité d'être construit par le temps et c'est ce dernier qui lui donne ses saveurs particulières de toasts, de biscuits ou de pâtisseries. Le cahier des charges de l'appellation oblige le respect de paramètres qui créent l'identité marquée du champagne. Sauf exception (comme le Franciacorta), le cahier des charges d'autres appellations de bulles dans le monde est souvent plus souple, entraînant une personnalité moins prononcée au niveau du vin. Alors pourquoi le temps permet-il ce rapprochement identitaire ?
Les fameuses notes de pains beurrés, de croissants ou de toasts blonds, bref, tous ces parfums qui nous rappellent ceux d'une boulangerie ou d'une pâtisserie, sont créés au cours de l'élaboration du champagne par l'étape qu'on appelle autolyse, déjà expliquée ici, dans un précédent billet. 

Il est amusant de constater que ce sont les levures qui sont l'origine et le point commun entre une création pâtissière et la création naturelle des arômes qui se développent dans le vin !

Il est encore plus singulier de constater que si vous laisser une pâtisserie beurrée, sécher sur le comptoir ou ramollir dans un sachet, les sucres et le beurre qui la parfument, seront davantage marqués.
 
Un rancio aromatique d'évolution s'amorce exactement comme pour un vin qu'on aura laisser vieillir en cave; la différence entre le solide et le liquide est que pour le premier, la pourriture gagne et finit par occulter ce rancio à cause de l'oxygène, tandis que pour le liquide, l'alcool et sa protection dans un contenant permettent de le conserver.
Ainsi, lorsqu'on déguste et compare de vieux champagnes avec de vieux crémants, de vieux cavas, de vieux franciacortas ou d'autres mousseux âgés de qualité, on se rend compte que la palette aromatique est toujours tertiaire (empyreume, torréfaction, pâtisserie, etc) et subtile : c'est le temps qui imprègne ces vins de ses saveurs pour en faire des cousins, voire des frères, à la ressemblance souvent édifiante.
    
Faites l'expérience chez vous, en comparant un champagne avec une appellation de vin effervescent dont le temps sur lattes aura été conséquent (au moins 36 mois) ou que vous aurez conservé plus de 5 années dans votre cellier, après son achat : leur goût et leur comportement ne seront pas si éloignés que cela.

Et si vous avez la chance de faire la même expérience avec des bulles qui ont plus de 15 ans, vous ne saurez pas identifier le champagne du franciacorta, du cava ou du crémant.

Le temps les aura, tous, définitivement paré du même habit... Mais l'homme moderne étant impatient, rare est celui qui a goûté à cette expérience.

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11 jui. 2018 par Monsieur Bulles
Carafe à eau, verres et champagne Mon opinion sur le passage en carafe d'un champagne ou d'un mousseux est plutôt catégorique : c'est un geste purement esthétique et inutile au regard de la nature seule du produit. Tout d'abord, le verbe « carafer » n'existe pas; du moins, pas encore. Le terme « carafe » vient de l'italien caraffa, qui lui-même viendrait d'un dialecte arabe dans lequel garafa signifiait « verser à la louche ». On passe en carafe pour aérer le vin et l'on décante un vin lorsqu'on veut éliminer les sédiments qu'il peut contenir.

Je ne vois pas l'intérêt de verser du champagne dans une carafe, d'autant moins lorsqu'on me tend l'argument que cela permet de l'aérer, de le rendre moins gazeux et plus digeste ! 

Les chefs de cave mettent quinze mois à trois ans (bien plus pour certaines cuvées) à élaborer leur vin afin que des bulles naissent naturellement dans le vin. Si un consommateur désire une carafe pour atténuer le gaz, retirer des bulles ou mieux digérer, qu'il boive un vin tranquille, il aura davantage de plaisir ! 
Et si la carafe est un argument visant à réduire la sucrosité des cuvées demi-sec à doux, offrez-vous plutôt un vin blanc moelleux !

La carafe est, selon moi, un argument de vente et de marketing créé par les responsables commerciaux des marques - qui la conseillent -, et je ne pense pas que les chefs de cave de ces marques appuient cette démarche, car elle est méprisante envers leur travail. 

Au demeurant, si un vin présente effectivement une effervescence peu soignée et excessive, la carafe peut être une option, même si je pense que le seul fait d'attendre cinq minutes, une fois le vin versé dans le verre, sera aussi efficace que l'oxygénation de l'esthétique carafe. 

Opinion également valable pour les champagnes âgés qu'on veut aérer : un verre bien adapté se révèle le contenant le plus sûr.

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