De la futilité d'être le premier ou le meilleur, lorsqu'on parle de goût...

2 juin 2019 par Monsieur Bulles
portrait "Notre domaine est le premier à avoir fait ceci, à avoir fait cela... Nous sommes les seuls à travailler ainsi..." Combien de fois ai-je entendu cette façon de mettre en valeur le travail, de vendre la qualité d'un produit ? Et pourquoi suis-je persuadé que je l'entendrai encore? Comme-ci le fait d'être le premier ou le seul dans une étape ou un choix de travail pour un vigneron garantit systématiquement que son vin est bon, voire meilleur ou le meilleur. Si la primauté en matière de conception était LE gage de qualité et de fiabilité éternelles, il n'y aurait pas de diversité. D'autant plus qu'une innovation ne réside que dans son amélioration...
J'ai toujours été contrarié par les superlatifs en matière de goût. 

Ce que je trouve bon ne l'est pas forcément pour mon voisin. Et si je prétends qu'un vin est meilleur qu'un autre, mes arguments doivent être solides ou justifiés par une grille de valeurs, acceptée de tous (comme dans le cas des concours de dégustation).

Écrire ceci lorsqu'on commente des vins, lorsqu'on écrit des guides de consommation paraît paradoxal. Cependant, le chroniqueur qui s'exprime sur un vin n'est là que pour orienter, offrir une piste, guider. 

Il n'impose rien, même s'il affirme et défend un point de vue.

Le chroniqueur vin n'est finalement qu'un GPS qui ne propose qu'une seule route plaisante au consommateur qui apprécie un certain environnement dans sa conduite de consommation et qui se reconnaîtra sur cette voie du plaisir.

Le commentaire d'un chroniqueur n'est pas meilleur que celui de son confrère, il est différent. Il s'expose parmi la diversité des commentaires dont la valeur de chacun n'est validée que par le lecteur satisfait qui sera - peut-être - le consommateur du vin recommandé.

Sauf que... 

Sauf que cette valeur doit être tout de même justifiée; du moins plus justifiable par la compétence, l'expérience et la chronicité du travail. 
N'est-ce pas ce qu'on appelle l'expertise?

Le même principe doit donc s'appliquer pour le vigneron et son vin. 
Ce n'est pas parce qu'il a été le premier ou qu'il est le seul à élaborer son vin d'une certaine façon qu'il est le meilleur.

Il est, c'est tout. 
Et cet état est tout aussi louable qu'un autre, sauf qu'en la matière, il sera davantage considéré si la fameuse expertise est en amont. 

Compétence, expérience et chronicité. 

La compétence, c'est la reconnaissance par une instruction officielle ou par ses pairs; 
l'expérience, c'est la reconnaissance d'une durée dans l'exercice; 
et la chronicité, c'est le témoignage par un revenu principal plutôt que sporadique.

Et pourtant, comme l'a si bien écrit Pierre Corneille: "Aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années."

On commence le débat ?
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