"J'adore Veuve Cliquot." / "Ah? Moi, je préfère Laurent-Perrier. Clicquot, c'est plus comme avant"

23 oct. 2015 par Monsieur Bulles
Alignement de bouteilles J'aurais pu remplacer le nom de ces deux grandes marques de champagne par Bollinger, Moët, Pommery, Deutz ou Mumm et bien d'autres encore. Bref, par n'importe quelles autres marques, car mon sujet ne concerne pas l'attachement à une marque, mais le constat que les saveurs d'une cuvée d'une marque donnée peuvent varier au point d'entraîner la désorientation du consommateur... Toutefois, ce billet prône la fidélité!


Tout le monde a ses préférences en matière de goût, toutefois, lorsqu'on aborde le champagne, ce goût est souvent conditionné par le message véhiculé par la marque, par la forme de la bouteille, le design de l'étiquette, la couleur dominante, bref, par l'enveloppe et son traitement "markété"...

C'est du moins ce que je constate en tant "qu'intermédiaire" entre le consommateur et le champagne...

Il m'arrive de faire des expériences auprès d'amis ou collègues en leur offrant des dégustations d'une seule cuvée, issue de deux ou trois bouteilles différentes qui n'ont pas, toutefois, été conservées de la même façon. 

Non pas pour les tester ou les tromper, mais pour valider cette thèse: 

si l'on connaît la traçabilité de l'élaboration et de la commercialisation d'un champagne, il est très facile de le faire apprécier ou non à un consommateur dont on connaît les goûts, en le proposant à un moment donné.

Certes, les styles existent et les maisons de champagne travaillent à les construire solidement. Toutefois, il y a des facteurs qui les déforment, notamment dans les phases finales de cette construction: jetting, stockage, transport, entreposage, commercialisation.

Blanc de blancs, blancs de noirs, temps sur lattes, année de dégorgement, extra-brut, brut, millésimé ou rosé sont évidemment parmi les paramètres déterminants de l'identité d'un champagne. 
Cependant, ils sont "dosmestiquables" une fois les vins expédiés.

Les dégustations "à l'aveugle" offertes à la presse spécialisée le prouvent. 
Il n'y en a pas une seule sans qu'un ou plusieurs dégustateurs affirment, une fois les vins révélés, qu'ils ne reconnaissent pas le "style" de tel ou tel échantillon dégusté. 
Et malheureusement, ce sont souvent des constats de déception...

Mais est-ce vraiment un laisser-aller de la marque de champagne ou un véritable changement de style amorcé par la marque de champagne ?
Selon moi, ni l'un, ni l'autre. Le laisser-aller est à exclure: le champagne n'a jamais été aussi bon depuis 20 ans. Quant au style, lorsqu'une maison fait évoluer son vin, elle l'annonce publiquement, car des paramètres d'élaboration ont pu changer (approvisionnement, sélection des tailles, vin de réserve, etc). 

Pourtant, j'entends régulièrement en dégustation: "c'est plus comme avant".
Il n'y a pas de bon vin, il n'y a que de bonnes bouteilles, dit-on. Cette formule est aussi valable pour le champagne que les vins tranquilles.

La Champagne viticole est la région la plus pointue en matière de traçabilité depuis la récolte jusqu'à l'expédition des bouteilles. Les maisons et les récoltants connaissent la date de l'embouteillage et d'expédition de leur vin grâce à un code inscrit sur les bouchons. Ils peuvent donc supposer la cause du souci lorsqu'il y en a un, au moment d'une dégustation, pour mieux l'analyser et le corriger.

Si, par exemple, trois bouteilles d'une seule cuvée d'une même marque dégustées en même temps, présentent des saveurs différentes même si elles sont issues du même lot d'expédition (de la même caisse), c'est qu'un accroc s'est effectivement produit au cours des étapes de leur élaboration et il y a une forte probabilité qu'on le trouve au moment du bouchage des vins.

Si, par contre, trois bouteilles d'une seule cuvée d'une même marque dégustées en même temps, issue chacune de caisses, d'expéditions et/ou de marchés différents, présentent des saveurs différentes, cela n'est que logique et explicable: condition d'achat, condition de conservation et de durée en cave personnelle, etc... Bref, une traçabilité, dans ce cas, connue seulement du consommateur qui pourra envisager la raison des variances alors que l'élaborateur n'en aura plus les moyens précis. 

"C'est plus comme avant" est donc une réflexion qui se doit d'être approfondie en testant plusieurs fois le même champagne... Et si, en effet, elle se confirmait, on optera pour une nouvelle marque, en envisageant aussi que nos goûts évoluent avec le temps qui passe...

Le terme champagne peut ici être changé par une autre appellation établie de bulles.
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