Les concours de dégustations sommelières s'assoupliraient-ils...?

5 fév. 2020 par Monsieur Bulles
Le sommelier Depuis une vingtaine d'années, je suis invité à être membre de jury lors de concours de sommellerie de tous les niveaux (scolaire à international). Au-delà des modalités de chacun d'entre eux qui peuvent varier, mais qui, généralement, se rejoignent pour mieux converger vers le règlement du Concours du Meilleur Sommelier du Monde, je remarque une situation depuis quelque temps : les concurrents nomment une multitude exagérée, et parfois irrationnelle, d'arômes perçus dans les épreuves de dégustations dites, à l'aveugle...




Oui, certains cépages ont des personnalités si abouties qu'ils dégagent un, deux, voire trois arômes évidents.
Mais pas 36 !
Dans tous les cas, pas autant au moment d'une dégustation.
Sur le papier, oui.  
Un ou des cépages assemblés, développe une multitude d'arômes...
Mais dans le temps !! 
Parce que c'est justement le temps qui imprègne le vin et fait évoluer ses arômes.

"On décèle des notes de citron, d'agrumes variés, de pommes, de gâteau au fromage qu'on aurait aromatisé aux zestes, puis de miel à l'aération, d'hydromel qu'on aurait laissé trop longtemps sur la table. Il y a une touche beurrée aussi, un peu caramélisée qui rappelle les bonbons butter scotch. C'est un vin d'une belle minéralité. Qui me rappelle la mine de crayon, un peu la coquille d'huîtres... J'y perçois aussi un caractère humide qui rappelle le grenier de ma grand-mère..."

Voilà le genre de commentaire court de l'analyse olfactive seulement, que j'ai déjà entendu dans une épreuve !
Imaginez ce qui a suivi lorsque le candidat à donné son avis après avoir pris le vin en bouche !

Entre les paradoxes aromatiques de cette description et la personnalisation d'un arôme perçu (le grenier de la grand-mère dont je n'ai que faire ! Je ne suis jamais monté dans le grenier de ta grand-mère ! Comment le jury peut-il connaître les parfums de ce grenier !), il est clair que le candidat a ici, joué, d'une certaine habileté. 

Mais il a manqué de perspicacité. Ou il prend les membres du jury pour des truffes.
Pourquoi ?

Parce que pour mieux montrer son savoir, pour mieux se protéger aussi, il énonce en fait, des arômes primaires, secondaires et tertiaires (comme on dit), et même des notes qui connotent un défaut.
Forcément, il y a bien un ou deux arômes mentionnés qui auront été effectivement présents.
"Je vais étaler ma science, je vais y glisser un peu d'originalité, et le tour sera joué." se disent certains sommeliers compétiteurs.

Et bien non.
Je suis désolé, un verre de vin présenté dans un concours ne peut pas présenter autant d'arômes.

En règle générale, le jury a testé le vin avant l'épreuve, noté les arômes évidents pour s'attendre à les lui voir présentés simplement, par les candidats, sans fioriture, sans poésie.

Cependant, les feuilles de correction du jury ne semblent pas proposer des retraits de point face à ce genre de commentaire de vin puisqu'au cours de trois compétitions sommelières auxquelles j'ai assisté en 2016, en tant que spectateur, tous les candidats ont adopté le même comportement avec, évidemment, des nuances dans les analyses et tous, ce sont vus félicités et obtenir la majorité des points pour cette partie d'épreuve.

Pourquoi cela m'a t-il interpellé ?
Parce que nous avons pu, avec quelques collègues du milieu, déguster par la suite, les vins de l'épreuve...
Aucun n'aurait pu recevoir les commentaires pléthoriques entendus. Cela m'a fait penser à la contre-étiquette d'une bouteille qui suggère une profusion de mets incongrus avec le vin qu'elle contient. 
J'apprécie Kafka et Proust, mais je suggèrerais Camus en la matière...
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