Corona blocus, journal d'un citoyen cloisonné chez lui / Partie 1

16 mars 2020 par Monsieur Bulles
virus Au jour le jour ou à la semaine, je tiens ce journal un peu spécial, d'une période particulière dans une époque qui va entrer dans l'histoire. Comme toutes les époques, certes. Sauf que la porte d'entrée de celle-ci est unique. La planète a connu des pandémies. Toutes rapportées avec des chiffres sans doute erronés. La pandémie actuelle est une pandémie 2.0. Vécue à la minute sur tous les écrans. Impressionnante, terrifiante et fascinante. Plus seulement commentée par les savants. Commentée par l'humanité entière. Commentée par un humain confiné dans son bureau. Con fini peut-être... Simplement pour vivre. Pour continuer de vivre.
Semaine du 11 mars 2020 
Le président des États-Unis d'Amérique a sous-entendu que le responsable de la pandémie était son prédécesseur. Le livre guinness des records ne suffit plus à Donald. 
Comme dans « le dîner de con », on détient un champion toute catégorie. 

Mi-Mars 2020 
La plupart des gouvernements dans le monde ont décrété une mise en quarantaine de leur population. 
Des pays fantômes se dessinent peu à peu. 
La planète se dégarnit. 
Ça fait peur, mais c'est beau. 
Surtout vu d'en haut. 
Nu de nous, le monde est beau. 

C'est beau une ville chinoise de 15 millions d'habitants, sans ses 15 millions d'habitants. 
Les prises de vue qui défilent à la télé donnent l'impression de villes maquettes qu'on survole. 
Puis on les voit mieux, parce que le voile gris qui les couvre habituellement, semble s'être retiré naturellement. 
Un virus et plus de pollution ! 
Ça fait réfléchir. 
Est-ce que cela fera réfléchir ?  

C'est beau Venise sans ses troupeaux de touristes. 
On voit mieux sa splendeur architecturale. 
La lagune respire, ses eaux sont au niveau de la mer, pas au niveau de la terre. 
Les paquebots ne noient plus la place Saint-Marc. 
À quai d'entrepôts les paquebots vides; loin des rivages les paquebots pleins. 
Vous vouliez une croisière ? 
Tenez, on vous offre 3 semaines de plus en cabine. 
Gratuites. 
Au large. Pour vous protéger. Pour nous protéger.
 
Sur Rome plane un silence monacal. 
Les soutanes ne tournent plus sur la Place Saint-Pierre. 
François prie et exhorte façon 2.0. 
La Kaaba ressemble à un dé posé sur un drap blanc. 
Les lamentations sont filtrées par des masques à Jérusalem. 
C'est beau aussi le vide religieux. 
Encore saint, mais tout seul sur son île le Vendredi.  

Le printemps va sonner dans une semaine. 
On va l'accueillir derrière nos fenêtres, entre quatre murs. 
Avec nos enfants. 
Ah tiens, c'est vrai, on avait des enfants. Là, on doit les garder. Forcément. 
On fait comment déjà pour s'occuper des enfants ? 
On les éduque comment ? 
Ce ne sont pas les profs qui devaient faire ça ? 
Ah non. Un prof, ça instruit. Ça n'éduque pas. Vous aviez oublié ? 
Depuis longtemps, c'est vrai. 
La parentalité est en quarantaine chronique depuis des années. 
Une quarantaine de parentalité, ça peut faire du bien à l'humanité, non ? 

En même temps, on n'a plus à s'occuper de nos vieux. 
Vu que l'état les isole désormais pour les protéger. 
Finalement, ce n'est pas si mal. 
Les plus vieux, ben ils seront peut-être encore là... 
Puis, les moins vieux, on va les appeler par skype ou face time. 
Après tout, c'est facile à faire fonctionner un écran, non ? 
On va leur dire que c'est pour leur bien qu'ils sont seuls. 
Maintenant.  

Y'a un virus qui se promène dans l'air. 
Mais ce n'est pas une promenade. Plutôt une invasion. 

En Orient, il a frappé en lâche. Sans prévenir. Sournoisement. 
Fièvre, toux, suffocation, décès. 
Alerte générale, couvre-feu, réquisition, cloisonnement. 
Stupeur et méfiance. 

En Occident, il a d'abord frappé le cerveau humain. 
Papier-toilette, essuie-tout, boîte de conserve, détergent. 
L'homme naît con, c'est évident. 
Il le reste ou il devient intelligent. 
Le corona est comme un examen : certains l'ont eu avec sérénité, certains l'ont échoué avec leur chariot. 

Plus de sport, plus de championnat.
Ça c'est vraiment angoissant. 
Nos millionnaires de vingt ans vont retrouver leur console de jeu. 
Un peu de lecture pendant votre quarantaine ? 
La Peste d'Albert Camus, vous connaissez ? 
Qui ? Il porte quel numéro ? 
Il joue pour qui ? 

Plus de sport, plus de championnat. À la télé.
Les nostalgiques vont être contents.
En boucle les anciennes victoires. 

L'UFC poursuit ses activités ! 
Elle a consulté D.Trump pour cette décision.
Entre abrutis, on se comprend toujours. 

Ah. L'Europe retrouve ses frontières. 
Solidarité, quand tu nous tiens. 
C'est vrai qu'en 1986, la radioactivité de Tchernobyl n'a pas franchi celles de l'Ukraine. 
Corona, il est pareil. Éduqué. Passeport en règle, mais interdiction de voyager. 
Tu n'as rien compris, ce n'est pas un nuage le corona, c'est un virus. 
Ah oui. 
Comme celui de la grippe espagnole il y a 100 ans.
100 ans.
100 millions de morts.
100 frontières pourtant. 

Des médecins trop âgés pour soigner en hôpital ! 
On n'y avait pas pensé à celle-là. 
C'est un peu le serpent qui se mord la queue. 

Côté discipline et hygiène domestique, le corona ne touche pas les ados. 
Les chaussettes restent célibataires dans un coin de la maison, les serviettes sèchent en boule, par terre, dans la salle de bain et les verres sales traînent sans identité sur les comptoirs. 
« Papa, on peut inviter nos amis ce soir ? Y'a personne qui tousse ». 
Définitivement, le corona ne bouscule pas encore nos ados. 
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