16 août 2018 par Monsieur Bulles
Masi Modello Dans le grand bain du Prosecco qui a dépassé le demi milliard de bouteilles vendues annuellement dans le monde, il y a encore quelques artisans, mais il y a aussi de gros joueurs essentiellement connus pour leurs vins secs. L'incontournable maison vénitienne Masi se devait d'avoir son Prosecco et c'est avec sa série Modello qu'elle est à présent sur le marché des bulles à la mode. Les vins effervescents des grandes marques sont souvent plus édulcorés que ceux des vignerons récoltants. Elles détiennent des marchés plus vastes dont le sucre est souvent l'attraction commune première. Et qui dit volume, dit forcément tarif compétitif. Est-ce le cas des saveurs ?
Commentaire du Prosecco DOC Modello de Masi :

Plus sec que bien d'autres proseccos (et plus pâle aussi), je dois reconnaître que je m'attendais à un effervescent davantage axé sur un fruité blanc surmûri qu'un fruité blanc frais. 

Non dégusté à l'aveugle, j'étais conditionné par la marque, par l'étiquette... 
J'attendais des bulles banales, j'ai dégusté un Prosecco sérieux.

Les fleurs sont bien là, les notes de poires se laissent saisir, on devine un peu de miel, bref, on déguste un Prosecco typique, simple et bien fait, avec toutefois ce petit plus qui n'est pas du sucre justement, mais une pointe de minéralité finale qui tranche et qui fait du bien.

Ce Modello effervescent est un apéritif évident qu'on pourra aussi découvrir en spritz, en bellini ou toute sorte de cocktails qui fleurissent désormais... si vous avez la dent sucrée.


Contre étiquette Modello
16,95 $ / Code SAQ : 13572729

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3 août 2018 par Monsieur Bulles
Cuvée Manuel Raventos I Blanc Trop de champagnes et de mousseux sont commercialisés trop tôt. Certes, les élaborateurs respectent le cahier des charges de leur appellation en lançant les vins après le temps sur lattes prescrit; ce temps étant souvent prolongé de quelques mois, parfois doublé, voire triplé. Pourtant, beaucoup de mousseux sont encore grossiers et incisifs lorsqu'on les consomme. Ils se distingueront au niveau aromatique, selon les cépages employés, mais tous auront le même comportement sans profondeur, sans longueur, sans personnalité, simplement parce que la priorité est dans la gestion de leur stock et de leur commercialisation. Parfois, on tombe sur une pépite parce qu'elle est commercialisée au bon moment. Et l'on découvre que c'est encore l'oeuvre des Raventos!
Commentaire de dégustation de la cuvée Manuel Raventos Negra 2010  Raventos I Blanc : 

Le nez est particulièrement expressif, ce qui est tout à fait normal puisque ce vin a 8 ans et qu'il a séjourné sur lattes pendant au moins 6 années. 
Il a donc le comportement et les saveurs des grands vins effervescents sur lesquels l'effet du temps est imparable. 
Un précédent article explique ce fait.
Il a donc les notes qu'on perçoit traditionnellement dans les champagnes qui ont séjourné longtemps en cave; ici, ces notes rappellent le beurre, les viennoiseries, la frangipane et les noix. L'ensemble se présentant dans la subtilité, la nuance, la suggestion. On a pourtant une impression de force tranquille, d'une vinosité qui s'impose avec grâce, car l'énergie s'exprime intensément dans la durée, davantage que dans la puissance. 
Dès la première gorgée, on se dit : "Ah oui. En effet..." 
On déguste un vin d'exception qui entre sans doute parmi les dix meilleurs effervescents dans le monde, au moment de leur commercialisation.
On ne peut qu'être conquis, presque soumis. Je vous invite donc à la soumission Raventos. 
Elle ne fait pas mal, loin de là, croyez-moi.
Étiquette Manuel raventos
80 $ / Code SAQ : 12936455 / millésime 2008 et millésime 2010

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2 août 2018 par Monsieur Bulles
chocolat et champagne ? C'est un billet que j'aurais pu appeler "du mariage forcé au divorce consenti"... En effet, consommeriez-vous un verre de vin blanc sec avec un morceau de chocolat noir ? Non. Alors, pourquoi penser que le champagne est un bon accord avec le chocolat noir ? Le champagne est un vin blanc, qu'on rend effervescent. Le mythe de la belle harmonie entre ces deux produits, le chocolat et le champagne, est presque une histoire d'erreur de distribution commerciale...
Pourquoi le champagne s'est-il acoquiné au chocolat ? 

D'abord parce que pendant des décennies, l'un et l'autre étaient servis en dehors des repas, puis au dessert. Le chocolat était âcre et le champagne était sucré ! Plus sucré qu'un vin blanc contemporain demi-sec, voire plus sucré qu'un moelleux, donc harmonieux avec un met à l'amertume prononcée, ainsi couverte par la sucrosité. 

Ensuite, parce que l'industrie des deux produits a véhiculé leur mariage heureux auprès des commerçants, puis des consommateurs. Jusqu'à la fin du XIXème siècle, le vin mousseux de Champagne est un vin sucré qui, selon les marchés destinataires, présente un taux de sucre plus ou moins élevé.    
 
Dès les années 1870, certaines maisons commercialisent les cuvées selon leur taux de sucre plus ou moins défini : le style anglais offrant de 30 à 60 grammes de sucre résiduel, le style français de 60 à 90 grammes, le style américain de 90 à 130 grammes et le style russe jusqu'à 200 de sucre, voire plus! 

Et le chocolat me direz-vous ?   
Il s'est popularisé en même temps que le champagne, à la fin du XVIIème siècle ! 
Et comme lui, il ne fut accessible qu'aux nantis, c'est à dire à l'aristocratie régnante et à ceux qui côtoyaient les cours royales d'Europe du Nord. Comme on le sucrait et qu'on l'épiçait excessivement puisque le cacao (le grué) était encore mal travaillé, on le consomma d'abord seul, en breuvage, en dehors des repas, comme une curiosité qui n'avait pas sa place à table, dans un service. 
Et c'est parce qu'il entrait alors, comme le champagne mousseux, parmi les nouveaux produits rares et chers que progressivement, les épiceries fines s'en attribuèrent la distribution. 
 
Institutionalisé à la cour d'Espagne dès le XVIème siècle, apprécié par Louis XIII à la cour de France, le chocolat fut toutefois éconduit par Louis XIV qui ne l'aimait pas. Néanmoins, il autorisa la généralisation de son usage en accordant lettre patente exclusive pour 29 ans à un certain David Chaillou - premier valet de chambre du comte de Soissons - qui ouvrît la première boutique à Paris en 1659 (ses clients furent des médecins et des religieux). 

Le cacao gagna donc en popularité, surtout nobiliaire, sous Louis XV, à la même période exactement que le champagne (c'est sous Louis XV que le champagne est embouteillé en Champagne). 

100 ans plus tard, sous Napoléon III, champagne et cacao seront réunis chez les marchands de produits fins et d'épices qui les placeront côte à côte pour mieux les vendre et les acoquiner abusivement. En effet, le cacao est alors devenu du chocolat en poudre et en barre, grâce au travaux conjoints de Van Houten en Hollande qui a inventé la solubilisation et les frères Fry en Angleterre qui ont créé la plaque de chocolat.

Le champagne va rester un vin de luxe, donc dispendieux, pendant que le chocolat va se populariser et devenir accessible au XXème siècle. Cependant, en même temps que les premiers commerces de pâtisseries voient le jour, le champagne devient un vin sec et définitivement effervescent (70 % de sa production fut tranquille jusque 1870). 
Il se prête alors mieux en apéritif ou sur les entrées, mais les créateurs de douceurs boulangères vont continuer de véhiculer son agréable mariage avec leurs gâteaux au chocolat.

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30 jui. 2018 par Monsieur Bulles
Lors d'une récente visite au Québec, Emmanuel Cazes des Vignobles Cazes dans le Roussillon a visité le vignoble des Négondos dans les Basses-Laurentides, une occasion de rencontrer leurs propriétaire Carole Desrochers et Mario Plante, et de discuter sur le thème de la viticulture biologique.

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27 jui. 2018 par Monsieur Bulles
Jeeper En recevant une Jeep de la préfecture, en guise de cadeau pour avoir aider l'armée américaine en 1944 lorsque celle-ci est entrée en Champagne, Armand Goutorbe a l'idée de lancer la marque Jeeper et de conquérir le marché du champagne en pleine reconstruction. En 2007, Pressoirs de France rachète la maison qui, bousculée par une gestion malheureuse, est sur le point de disparaître 5 ans plus tard. L'homme d'affaire Michel Reybier (Groupe Aoste, Château Marbuzet, Cos d'Estournel, Goulée by Cos, Lencsés Dülö, Impérial Hétszölö) vient alors à la rescousse de la marque pour la faire renaître. La silhouette des bouteilles change, se fait plus charnelle, davantage liée au style des vins; les étiquettes sont plus sobres et surtout plus distinctes. Jeeper vient de sauter dans le troisième millénaire, un style se dessine enfin !
Les facteurs déterminant le style Jeeper : 

Des sélections précises des raisins dans les parcelles (40 ha en propriété, 200 ha en approvisionnement);
Une majorité de Chardonnay dans tous les assemblages; 
Des vinifications où l'oxydation n'est pas évitée, mais ménagée sous bois;
Un vieillissement modéré en fûts des vins.

Commentaire de la cuvée Grande Réserve Brut de Jeeper :

Un champagne blanc de blancs classique dans le comportement et les arômes, toutefois plus savoureux que d'autres cuvées grâce à une onctuosité particulièrement crémeuse qui transporte les notes beurrées, caractéristiques de l'appellation. 
Quelques minutes d'attente dans le verre et un soupçon aromatique de baklavas se laissera saisir, dont seule l'impression de miel sera perçue en bouche.
L'enveloppe fine et acidulée prédispose ce champagne au cellier domestique entre 2 et 5 ans après son achat. 
Les gourmands seront ravis de le déguster immédiatement avec une sole meunière, une timbale de crevettes à la lime ou un fromage de type double-crème. Un champagne savoureux en apéritif aussi, bien sûr...
Ne le manquer pas, il y en a peu en SAQ. 

Toute la gamme Jeeper est disponible en importation privée (agence Tanium) aux Québec (article à venir)Jeep Willys 1944
16/20 dans le Guide Revel - 73,50 $ au Québec / Code SAQ : 13547216

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24 jui. 2018 par Monsieur Bulles
Blanc et rosé de La seigneurie de Liret Jeune, La Seigneurie de Liret sur l'île d'Orléans au Québec profite du travail de deux décennies que les autres domaines viticoles locaux avaient entamé au niveau des vinifications pour vins effervescents. En somme, les écueils ont été évités : on a osé la vinifiera sans délaisser les hybrides, on a évité des acidités aigües, on s'est montré patient en laissant le vin presque 3 années sur lattes et on a dosé sans excès. La famille Demers n'est vigneronne que depuis 8 ans à peine et elle vient de lancer 2 mousseux qui, déjà, séduisent par leur qualité. Les voici présentés.
Mousse des vents - Brut Rosé - 29 $ au domaine et en épiceries fines

"Mousse des vents" est un mousseux rosé élaboré selon la méthode traditionnelle. Trois cépages du Québec sont assemblés : on y reconnaît les notes de miel du cépage frontenac blanc et le fruité jaune exotique, voire cuit, du vidal. Le baco noir est employé ici pour donner de la couleur. 
Digne d'être présenté dans des concours internationaux, ne serait-ce que pour y présenter un style Québécois aussi typé que soigné dans les saveurs, ce rosé effervescent joue davantage la carte de l'élégance que celle de l'affirmation. Les arômes de fraises sont légers, mais nets, et la fine amertume qui pointe en finale apporte une certaine mâche bienvenue.
Bref, pour un premier coup (millésime 2014), c'est une réussite et j'ai bien hâte de déguster les prochains lots puisque seul le temps est juge de la qualité chronique.

Nuage effervescent - Brut - 37 $ au domaine et en épiceries fines :

Européenne dans le style, la cuvée "Nuage effervescent" est un mousseux qu'on peut comparer à un crémant de Bourgogne, outre le tarif un tantinet excessif pour une cuvée qui doit prendre sa place sur le marché de plus en plus riche en bulles, et en bulles locales !
Reste un vin étonnamment savoureux qui présente les trois cépages champenois classiques, bien assemblés et surtout suffisamment élevés pour qu'on y perçoivent un caractère plus biscuité que fruité en bouche, ce qui n'est pas fréquent comparativement aux autres effervescents de la province. 
L'acidité rappelle celle du zeste de citron, elle apporte de la fraîcheur mordante qui, conjuguée à la vinosité construite par le temps sur lattes, procure beaucoup de plaisir en dégustation. 
Est-il dû aux cépages employés, est-il dû aux étapes de la vinification ? Là encore, le temps nous apportera de nouvelles pistes sur la durabilité du plaisir...
Ce Nuage Effervescent entre, en tous cas, cet été au Québec, parmi les meilleurs mousseux blanc de la province, voire du Canada.

Brut Blanc Nuage effervescent

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22 jui. 2018 par Monsieur Bulles
Le déjeuner d'huîtres par Jean-François de Troy Dès le début du XVIIIème siècle, dès que le négoce des bulles champenoises est né, les bouteilles saute-bouchon ont été destinées aux nantis, aux communautés privilégiées, issues du clergé et de l'aristocratie européenne. Le champagne d'alors n'était pas bu par les Français, mais par les Anglais, les Russes, les Allemands, et plus tard, les Américains. Dès sa naissance, le champagne a été vendu comme une rareté, comme un produit de luxe. Et qui dit luxe, dit superficialité. Mais qui dit luxe, dit aussi authenticité. Cette dernière lorsqu'on parle de champagne, c'est son terroir et la diversité qui le compose. Toutefois, la Champagne n'a jamais vendu son terroir, la Champagne a toujours vendu du champagne. Ainsi est née sa dichotomie...
Depuis une petite vingtaine d'années, depuis le début de ce siècle en fait, les chefs de cave voyagent, les alchimistes des grandes maisons sont devenus des globe-trotteurs... Alors qu'on les laissait autrefois dans l'humidité de leur cave et sur le carrelage de leur laboratoire parmi la centaine de béchers et d'éprouvettes, on les envoie aujourd'hui au bout du monde expliquer leur travail, valoriser leur savoir, vendre leur nectar.

Est-ce par attrait du voyage, est-ce pour prendre du bon temps ? Non. Évidemment non.

Les chefs de cave sont devenus des oiseaux migrateurs afin de crédibiliser leur créations, afin de démontrer que la Champagne a un terroir aussi complexe et riche que sa voisine la Bourgogne. 
Elle l'a oublié pendant 200 ans, qu'elle avait un terroir, la Champagne. 
Du moins, elle n'a pas vendu son vin en parlant de son terroir - sauf de sa craie - , mais en parlant seulement de célébrations, de festivités et de partages. 
C'est bien. Il en faut.

Sauf que pendant ce temps là, les vignerons, ceux qui possèdent le pétrole et qui, pendant des décennies, l'ont vendu aux émirs de la Marne, ils sont devenus des viticulteurs, les vignerons. 

Puis un jour, plutôt à partir des années 1970, ils sont devenus des élaborateurs de champagne, les vignerons. Certes, ils ont continué à vendre leurs raisins aux maisons. 
Mais, ils en ont gardé un peu pour eux. Pour faire leurs bulles. Pour avoir leur propre étiquette.

Ils n'y connaissaient rien à la vente, la vente de bouteilles; par contre, la vente de leurs raisins au kilo, ça ils savaient faire... Ils ne connaissaient pas non plus les marchés et leurs ficelles, et ils ne parlaient pas anglais. 

L'Anglais, vous savez, cette langue qui ouvrent toutes les portes, la langue du vin, celle qui fait vendre n'importe quel flacon pourvu qu'il y ait l'ivresse...
En gros, le vigneron qui avait décidé de vendre ses flacons ne connaissait rien. 
Sauf une chose. 
La plus importante. 
La plus crédible pour vendre du vin : le terroir.

Et ça, il a su parfaitement le transmettre à ses enfants. 
Il a su impeccablement lui faire aimer l'argile, le sable, le calcaire et tout ce qu'il y a autour, au gamin. 
Et oui, il n'y a pas que de la craie en Champagne, l'éternelle craie qu'ont toujours vendue les grandes maisons parce qu'il fallait bien parler de sous-sol entre deux flûtes mondaines...
Et dans les années 1990, après que le fiston ou la fistonne du vigneron ait bien couru dans les galipes et fréquenté le Viti Campus d'Avize, on l'a envoyé en stage en Australie ou en Californie pour apprendre la langue de Bob le gourou des pourcentages. 

À son retour, il a joué au chef de cave et sont apparues des bouteilles aux noms bizarres, aux étiquettes marginales, avec des chiffres, des noms de cépages, des noms de parcelles.

Les émirs n'avaient jamais vu ça !
Eux, ils vendaient la fête, des belles bouteilles, des flûtes, du tralala, la superficialité. 
Du champagne quoi.

Les vignerons, ils ont débarqué avec leurs parcelles, leurs tonneaux, leurs tirages, leurs  dégorgements, leurs dosages...

Déboussolés qu'ils étaient les émirs. 
Heureusement, ils avaient leurs vizirs : les chefs de cave.

Alors dans les années 2000, ils les ont envoyés faire le tour de la planète avec le directeur commercial. Lui, il connaissait déjà bien le marché. Son discours était bien huilé. On lui a dit de mettre sa cassette en mode pause et de laisser parler le chef de cave. 
Ainsi est né la promotion du champagne au XXIème siècle : on assume désormais sa supercialité historique tout en revendiquant la véracité et l'authenticité de son terroir. 
Main dans la main, le négoce et le vignoble chantent le champagne et parfois, entre deux avions, il arrive qu'un chef de cave en cravate croise un vigneron en tee-shirt. 

Ils font le même travail et depuis une dizaine d'années seulement, leur propos se ressemblent...


Bouchon à agrafe
Cet article été publié dans le numéro de décembre 2016 du magazine Vins & Vignobles

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12 jui. 2018 par Monsieur Bulles
B. Bridge 2004, B.Cusiné 2009, Croser 2005, Mumm R. Lalou 1999 Le champagne a la particularité d'être construit par le temps et c'est ce dernier qui lui donne ses saveurs particulières de toasts, de biscuits ou de pâtisseries. Le cahier des charges de l'appellation oblige le respect de paramètres qui créent l'identité marquée du champagne. Sauf exception (comme le Franciacorta), le cahier des charges d'autres appellations de bulles dans le monde est souvent plus souple, entraînant une personnalité moins prononcée au niveau du vin. Alors pourquoi le temps permet-il ce rapprochement identitaire ?
Les fameuses notes de pains beurrés, de croissants ou de toasts blonds, bref, tous ces parfums qui nous rappellent ceux d'une boulangerie ou d'une pâtisserie, sont créés au cours de l'élaboration du champagne par l'étape qu'on appelle autolyse, déjà expliquée ici, dans un précédent billet. 

Il est amusant de constater que ce sont les levures qui sont l'origine et le point commun entre une création pâtissière et la création naturelle des arômes qui se développent dans le vin !

Il est encore plus singulier de constater que si vous laisser une pâtisserie beurrée, sécher sur le comptoir ou ramollir dans un sachet, les sucres et le beurre qui la parfument, seront davantage marqués.
 
Un rancio aromatique d'évolution s'amorce exactement comme pour un vin qu'on aura laisser vieillir en cave; la différence entre le solide et le liquide est que pour le premier, la pourriture gagne et finit par occulter ce rancio à cause de l'oxygène, tandis que pour le liquide, l'alcool et sa protection dans un contenant permettent de le conserver.
Ainsi, lorsqu'on déguste et compare de vieux champagnes avec de vieux crémants, de vieux cavas, de vieux franciacortas ou d'autres mousseux âgés de qualité, on se rend compte que la palette aromatique est toujours tertiaire (empyreume, torréfaction, pâtisserie, etc) et subtile : c'est le temps qui imprègne ces vins de ses saveurs pour en faire des cousins, voire des frères, à la ressemblance souvent édifiante.
    
Faites l'expérience chez vous, en comparant un champagne avec une appellation de vin effervescent dont le temps sur lattes aura été conséquent (au moins 36 mois) ou que vous aurez conservé plus de 5 années dans votre cellier, après son achat : leur goût et leur comportement ne seront pas si éloignés que cela.

Et si vous avez la chance de faire la même expérience avec des bulles qui ont plus de 15 ans, vous ne saurez pas identifier le champagne du franciacorta, du cava ou du crémant.

Le temps les aura, tous, définitivement paré du même habit... Mais l'homme moderne étant impatient, rare est celui qui a goûté à cette expérience.

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11 jui. 2018 par Monsieur Bulles
Carafe à eau, verres et champagne Mon opinion sur le passage en carafe d'un champagne ou d'un mousseux est plutôt catégorique : c'est un geste purement esthétique et inutile au regard de la nature seule du produit. Tout d'abord, le verbe « carafer » n'existe pas; du moins, pas encore. Le terme « carafe » vient de l'italien caraffa, qui lui-même viendrait d'un dialecte arabe dans lequel garafa signifiait « verser à la louche ». On passe en carafe pour aérer le vin et l'on décante un vin lorsqu'on veut éliminer les sédiments qu'il peut contenir.

Je ne vois pas l'intérêt de verser du champagne dans une carafe, d'autant moins lorsqu'on me tend l'argument que cela permet de l'aérer, de le rendre moins gazeux et plus digeste ! 

Les chefs de cave mettent quinze mois à trois ans (bien plus pour certaines cuvées) à élaborer leur vin afin que des bulles naissent naturellement dans le vin. Si un consommateur désire une carafe pour atténuer le gaz, retirer des bulles ou mieux digérer, qu'il boive un vin tranquille, il aura davantage de plaisir ! 
Et si la carafe est un argument visant à réduire la sucrosité des cuvées demi-sec à doux, offrez-vous plutôt un vin blanc moelleux !

La carafe est, selon moi, un argument de vente et de marketing créé par les responsables commerciaux des marques - qui la conseillent -, et je ne pense pas que les chefs de cave de ces marques appuient cette démarche, car elle est méprisante envers leur travail. 

Au demeurant, si un vin présente effectivement une effervescence peu soignée et excessive, la carafe peut être une option, même si je pense que le seul fait d'attendre cinq minutes, une fois le vin versé dans le verre, sera aussi efficace que l'oxygénation de l'esthétique carafe. 

Opinion également valable pour les champagnes âgés qu'on veut aérer : un verre bien adapté se révèle le contenant le plus sûr.

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3 jui. 2018 par Monsieur Bulles
Taillefer-Lafon Cidre Je ne reviens pas sur l'engouement des vins mousseux chez les vignerons du Québec, il est bien là et la production de bulles locales qui a triplé en une décennie le démontre. Le château Taillefer-Lafon est l'un des acteurs majeurs de la province et depuis 15 ans, sa production s'est diversifiée, qu'elle soit à base de pommes ou de raisins. Les produits ne sont pas disponibles à la SAQ, on peut les découvrir sur place et jouir du domaine, aussi saisissant que ses étiquettes de vins effervescents.
Il y a 5 ans déjà, je mentionnais dans un article, la bonne tenue du Rosé Brut de ce domaine. Il y a 5 ans également, je déplorais le choix sur l'étiquette de la mention Méthode Champenoise pour signifier la seconde fermentation en bouteille, employée dans l'élaboration de ce vin.
Forcément, je réitère ici mon propos en étant davantage désabusé sur la façon de valoriser le vin pétillant puisque le même domaine offre un cidre pétillant, au demeurant excellent, qui affiche lui, la légitime et sincère mention Méthode Traditionnelle pour signifier également la seconde fermentation en bouteille, employée dans l'élaboration...
Donc, quand Taillefer-Lafon fait du cidre, c'est en méthode traditionnelle et quand Taillefer-Lafon fait du vin, c'est en méthode champenoise !
Je comprends d'autant moins cette obstination d'abus que les propriétaires du domaine s'enorgueillissent d'être les premiers au Québec à pouvoir afficher le terme Château en se comparant aux grandes exploitations européennes. 
Quitte à flirter avec les références viniques et à viser les sommets de la respectabilité, pourquoi ne pas le faire sans cynisme ?. 
Deux poids, deux mesures...

La notion de terroir commençant aussi par la notion de respect des appellations et de leurs règlements, le Québec viticole sera internationalement crédible le jour où tous ses représentants s'entendront de façon démocratique au sujet d'une éthique de travail et d'image à tenir. 
En 2018, le Québec viticole n'est donc toujours pas crédible, même si de plus en plus de produits sont bons, comme le mousseux blanc du Château Taillefer-Lafon.

Commentaire de la cuvée Brut (blanc) :

Comme la plupart des mousseux du Québec, ce sont des arômes de pommes brunes (vidal) qui dominent nettement ceux de musc, de lavande aussi, après un certain temps dans le verre (vandal-cliche). 
L'effervescence est réussie, les bulles sont menues et perdurantes, elles construisent une agréable chair qui tourne en bouche; la sensation est agréable. 
Si l'attaque apparaît quelque peu sucrée, une légère amertume vient contrer celle-ci en cours de dégustation et la finale se montre fraîche, sans lourdeur. 
Le dosage semble avoir été baissé comparativement aux précédentes cuvées testées. Si tel est le cas, il est réussi. 
Ce Brut ne présente par contre aucune saveur du temps sur lattes, aucune note biscuitée ou beurrée; la complexité aromatique est absente, elle cède la place aux notes fruitées des vins blancs qu'on boit jeune, sitôt leur commercialisation. 

C'est donc un bon mousseux dans une gamme de prix intéressante sur le marché des bulles locales.Taillefer-Lafon Brut Blanc

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