7 déc. 2019 par Monsieur Bulles
Volaille et Champagne - © Photo Philippe Exbrayat - Comité Champagne L'idée reçue que le champagne n'est pas un vin de garde est tenace. Elle est due à l'histoire commerciale du champagne puisque ses élaborateurs (récoltants et maisons) ont toujours vendu leur vin "prêt à boire", négligeant ou soustrayant, à dessein, son potentiel d'endurance et de bonification en cellier domestique. Pourquoi ? Parce qu'avec la production qui va s'accroître et les marchés qui vont s'ouvrir au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, la Champagne va véhiculer - comme au XIXème siècle - le champagne plaisir, le champagne festif et frivole, donc le champagne qui précède la table plutôt que celui qui l'accompagne...
Pourtant, le champagne se garde avantageusement et le champagne est l'un des meilleurs vins taillés pour la table. Mais, il n'a jamais été vendu en tant que tel.

Si, en effet, toutes les cuvées de champagne sont prêtes à boire dès leur commercialisation, certaines gagnent à être attendues selon les caractéristiques gustatives qu'on s'attend à découvrir. Les cuvées issues d'un seul millésime, de prestige ou non, ont généralement des potentiels de garde de plus de 20 années. Et certains BSA s'améliorent nettement avec le temps...

Un grand champagne évolue comme un grand vin de bourgogne blanc. 
Si un Puligny-Montrachet peut être attendu 20 ans, pourquoi un grand cru d'Aÿ ou de Cramant ne pourrait-il l'être également ?

Les maisons de champagne véhiculent depuis peu cette réalité. Les arguments de vente de leurs commerciaux visent aujourd'hui davantage la table que la fête: le champagne est avant tout un vin blanc dont les paliers d'évolution gustative s'accordent adéquatement à table, sur des mets précis et travaillés. 

Cependant, les publicités de champagne "popé" ont été tellement efficaces pendant un siècle que le produit est devenu naturellement, génération après génération, le détonateur de la fête ou le symbole de son accomplissement : on ouvre le champagne à l'apéritif ou au dessert, mais il n'accompagne pas le repas.

Les bulles sont demandées dans le monde entier; les marchés asiatiques, russes et sud-américains se développent de façon exponentielle, au point que l'offre ne répond déjà plus à leur demande. Le Prosecco et le Cava ont tellement accru leur production pour y répondre qu'ils en oublient actuellement leur identité. 
Les mousseux de toute sorte se multiplient sur des appellations de vins a-priori tranquilles qui justifient leur acte de naissance pétillant à travers des arguments plus stériles que sincères. Pourquoi ? Parce qu'il y a des marchés à conquérir.

Quelle est la parade pour la Champagne ?

Pour mieux démontrer les effets agréables du temps sur leurs vins, certaines maisons de champagne mettent en marché de vieux millésimes tardivement dégorgés, des assemblages longtemps conservés ou vendent leurs cuvées millésimées avec une invitation à l'attendre quelques années avant sa consommation.

Cette mise en marché de flacons spéciaux est encore secondaire, certes. Elle est périphérique à la vente traditionnelle du champagne "à poper". Toutefois, cette mise en marché est pédagogique, et sans doute stratégique à long terme. En effet, si l'avantage de la Champagne sur les appellations de vins tranquilles, est qu'elle peut laisser mûrir son vin dans ses caves pour l'offrir à point au consommateur, elle doit, pour des raisons économiques, vendre du vin pour amortir cette attente et vendre l'esprit de la fête pour rassurer la filière.

Que peut-elle donc faire face aux autres bulles ?
S'étendre pour accroître sa production ? C'était prévu depuis 10 ans. La Champagne viticole devait couvrir 45 000 hectares en 2025. Ses représentants viennent d'émettre un statu quo. Dossier à suivre...
Augmenter ses rendements ? Ils sont déjà suffisamment élevés.  
Bousculer son cahier des charges en matière de vente de bouteilles proportionnellement au stockage ? Ce serait la révision de l'identité même du vin de Champagne. 

Que doit donc faire la Champagne pour répondre et s'adapter aux nouvelles habitudes de consommation dans le monde ?
Elle doit véhiculer une nouvelle image et laisser aux mousseux d'ailleurs celle qui a fait sa gloire au XXème siècle. On ouvrira du cava ou du prosecco à Shangai, Moscou ou Tokyo pour l'apéritif, puis on poursuivra la fête à table avec du champagne.
Elle doit laisser ses concurrents s'engouffrer dans le guet-apens de la surproduction qui dénature n'importe quelle image pour mieux consolider celles qu'elle a toujours eues: le modèle, l'inspiratrice, la convoitée. 
Sa production n'a jamais été aussi élevée en qualité qu'aujourd'hui.
Le champagne du XXème siècle était mondain, celui du XXIème siècle sera culinaire, taillé pour la gastronomie.
25 oct. 2019 par Monsieur Bulles
vins oranges Ils étaient marginaux il y a une dizaine d'années, ils sont à la mode aujourd'hui. Les vins oranges n'envahissent pas encore les menus des restaurants, toutefois, il y sont bien présents. Pourquoi ? Parce que les bons vignerons en font désormais. Pourquoi un tel engouement ? Sont-ils donc tous bons, ces vins oranges ? Non, puisqu'il y en a déjà des mauvais. Pourquoi cet intérêt alors ? Parce qu'ils plaisent à une génération de consommateurs qui ne peuvent pas acheter les grands noms classiques du vin. À moins que ce soit parce que cette génération n'en ait jamais bu, de ces grand vins ! Formatées au vin "nature", au vin bio, au vin orange, les papilles de ces nouveaux consommateurs seraient-elles unidimensionnelles ? La Y et les milléniaux se détournent des grandes signatures. Toutefois, ce n'est pas une question de goût, c'est une question de coût.
Il y a trois semaines à Montréal se tenait Le Jugement de Montréal, une dégustation annuelle lancée par le Raspipav il y a 9 ans. 
Le Raspipav est l'association des agences de vins d'importation privée au Québec qui tient son salon chaque fin d'octobre à Montréal au Marché Bonsecours. C'est lui qui a permis de faire connaître aux consommateurs québécois la plupart de ces vins encore marginaux; les biody, les macérations pelliculaires, les pet'nat et j'en passe. C'est lui qui a poussé la SAQ à s'y intéresser.
Je ne vais pas revenir ici sur les résultats de cette dégustation 2019 de vins oranges, vous pouvez les découvrir ici.

Par contre, je reviens sur les échanges du jury qui ont eu lieu après cette compétition. Plusieurs constats ont été faits :
- les vins oranges sont encore méconnus du grand public, 
- ils font saliver la jeune sommellerie actuelle parce que c'est à elle que les vignerons s'adressent,
- les vins oranges ont une polyvalence en matière d'harmonies culinaires qui facilite le travail du sommelier face à au client qui ne sait pas se décider pour un blanc ou pour un rouge.

Alors qu'il était délicat de le soulever, j'ai suggéré à mes collègues journalistes et sommeliers présents, que le vin orange était peut-être attrayant auprès des jeunes sommeliers et des nouveaux consommateurs parce que, plus simplement, ces derniers n'avaient jamais pu déguster les grandes signatures de vins dit classiques ! 
Vous savez, tous les grands crus classés du Bordelais ou de la Bourgogne, les grands noms toscans, piémontais, castillans, rhodaniens ou ligériens, les étiquettes illustres de Californie, d'Australie ou du Chili. 
Je ne vais pas les citer, vous les connaissez par coeur...

Ils n'en ont jamais bu de ces vins là ! 
Que ce soit au cours de leurs études ou actuellement, dans leur début de carrière professionnelle, ils ne peuvent pas les déguster ces grands noms. 

Simplement parce qu'ils sont devenus inabordables ces grands noms, indécemment inaccessibles ces grandes étiquettes renommées !

Alors que certaines écoles hôtelières trouvaient encore le budget pour faire découvrir à leurs élèves un pinot noir du Clos de Vougeot, un merlot signé de St Émilion, un Premier Cru classé du Médoc, une pointure toscane ou même, une syrah bien née de la Barossa ou un nebbiolo d'une ancestrale famille piémontaise, il est aujourd'hui impossible d'initier avec les vins qui ont séduit les générations antérieures de sommeliers.

Il n'y aura jamais de grands vins oranges, il y en aura des excellents et des mauvais. 
On en verra de très rares. Toutefois, cette rareté aura été acquise par le prix affiché et demandé. 
Pas par leur constance de qualité et de style. Certains sont déjà excessivement dispendieux. 
Leur rareté ne sera pas établie par leur histoire dans le temps...

Comme les vins effervescents, les vins oranges sont, selon moi, une solution pratique, fiable et solide pour remplacer un vin blanc ou un vin rouge dans un accord délicat à table. 
Et c'est bien pour cela que le vin orange a de l'avenir. 
Parce qu'il étonnera toujours le dégustateur ouvert d'esprit.
Qu'il soit salin ou oxydatif le vin orange, il soulèvera la curiosité, il provoquera les conversations. 
Et rien que pour cela, il a sa place à table. 
N'est-ce pas là que les meilleurs échanges se font ?

20 juin 2019 par Monsieur Bulles
Sortie Die C'est une histoire typiquement gauloise. Celle d'une querelle de chapelles futile dont les français ont le secret et l'exemplaire expertise ! Et l'exemplaire bêtise aussi, au point de freiner l'économie locale d'une région viticole et de ruiner un savoir-faire reconnu et disons-le, ancestral. Parce qu'il s'agit justement de la méthode ancestrale, modernisée ici : celle employée pour élaborer la Clairette de Die. Blanche depuis des lustres, les vignerons du Diois l'ont envisagée en rosé il y a quelques années. Lenteur de l'administration oblige, on a finalement abouti à un décret en novembre 2016 : la Clairette de Die Rosé était née. Aujourd'hui, elle est morte. Pas de sa belle mort. Tuée. Presque un coup de poignard dans le dos. Tuée par son voisin !
En France, le grand manitou du vin s'appelle l'INAO (Institut National de l'Origine et de la Qualité). Globalement, toutes les appellations dépendent de ses validations et de ses décisions après les tentaculaires palabres dont l'administration a le secret. Cependant, au-dessus du grand manitou, il y a le Conseil d'État, institution publique qui peut réexaminer un dossier et l'annuler.

En janvier 2018, le Conseil d'Etat français a annulé l'arrêté du Ministre de l'Agriculture homologuant l'extension du cahier des charges de la Clairette de Die au rosé, signé le 16 novembre 2016. Une annulation due à la demande trois fois répétée du syndicat viticole du Bugey-Cerdon.
Plus simplement, les vignerons du Bugey-Cerdon ont réussi à convaincre des fonctionnaires de l'administration politique, au pouvoir plus élevé que celui des fonctionnaires du vin, qu'il fallait tirer un trait sur la création d'un vin rosé effervescent élaboré par leur voisin de la Clairette de Die.
Pourquoi ?
Parce que la "tradition historique de vinification d'une Clairette rosée en méthode ancestrale n'existe pas".

Ce qui revient à dire qu'en France - et ce qui est plus grave, ce qui revient à entériner légitimement - que si votre ancêtre n'a pas eu une idée ou une habitude dans son travail, vous n'avez pas le droit de l'avoir !

La créativité, la création et l'innovation seraient-elles des droits acquis, des monopoles dans l'hexagone ?
Si je reste sur ce principe de la tradition historique, seule Limoux est donc en droit de faire des bulles en France, non ? (quoique Die en faisait déjà à la même époque.)
Ce qui est curieux, c'est que Bordeaux fait du crémant, Saint-Péray de la méthode traditionnelle et la Champagne en est l'impératrice. Pourtant, ces appellations n'ont même pas 3 siècles de tradition vinique en la matière.

Un autre point qui prête à sourire : La production totale annuelle, et de Cerdon et de Clairette de Die Rosé, aurait peut-être culminée à 2 millions de bouteilles. 
Sur l'échiquier viticole mondial qui fait plus de 2 milliards de flacons de bulles par année, quelque chose me dit que la concurrence aurait pu venir d'ailleurs... 
Si l'on parle de concurrence bien entendu, parce que dans les faits, ces deux appellations vendent 90 % de leur production chez elles, de part et d'autre du Rhône et du Vercors !

Et pendant ce temps, je connais des vignerons du côté de Venise et de Barcelone qui en sourient et qui se fichent pas mal de la "tradition historique" dans leur conquête des marchés, préférant s'occuper des modes de consommation, bien contemporaine...

Bravo à l'AOC Bugey-Cerdon (AOC depuis 10 ans faut-il le rappeler), merci de prendre le consommateur en otage et d'oublier le simple plaisir du vin. 
Ne changez rien.
Continuez de regarder les rangs de vignes de votre voisin français au lieu de vous informer sur ce qui se fait au bout du monde : vos enfants vous remercieront !
Et vive la France dont la jeunesse se barre à l'étranger !chemin de la clairette
2 juin 2019 par Monsieur Bulles
portrait "Notre domaine est le premier à avoir fait ceci, à avoir fait cela... Nous sommes les seuls à travailler ainsi..." Combien de fois ai-je entendu cette façon de mettre en valeur le travail, de vendre la qualité d'un produit ? Et pourquoi suis-je persuadé que je l'entendrai encore? Comme-ci le fait d'être le premier ou le seul dans une étape ou un choix de travail pour un vigneron garantit systématiquement que son vin est bon, voire meilleur ou le meilleur. Si la primauté en matière de conception était LE gage de qualité et de fiabilité éternelles, il n'y aurait pas de diversité. D'autant plus qu'une innovation ne réside que dans son amélioration...
J'ai toujours été contrarié par les superlatifs en matière de goût. 

Ce que je trouve bon ne l'est pas forcément pour mon voisin. Et si je prétends qu'un vin est meilleur qu'un autre, mes arguments doivent être solides ou justifiés par une grille de valeurs, acceptée de tous (comme dans le cas des concours de dégustation).

Écrire ceci lorsqu'on commente des vins, lorsqu'on écrit des guides de consommation paraît paradoxal. Cependant, le chroniqueur qui s'exprime sur un vin n'est là que pour orienter, offrir une piste, guider. 

Il n'impose rien, même s'il affirme et défend un point de vue.

Le chroniqueur vin n'est finalement qu'un GPS qui ne propose qu'une seule route plaisante au consommateur qui apprécie un certain environnement dans sa conduite de consommation et qui se reconnaîtra sur cette voie du plaisir.

Le commentaire d'un chroniqueur n'est pas meilleur que celui de son confrère, il est différent. Il s'expose parmi la diversité des commentaires dont la valeur de chacun n'est validée que par le lecteur satisfait qui sera - peut-être - le consommateur du vin recommandé.

Sauf que... 

Sauf que cette valeur doit être tout de même justifiée; du moins plus justifiable par la compétence, l'expérience et la chronicité du travail. 
N'est-ce pas ce qu'on appelle l'expertise?

Le même principe doit donc s'appliquer pour le vigneron et son vin. 
Ce n'est pas parce qu'il a été le premier ou qu'il est le seul à élaborer son vin d'une certaine façon qu'il est le meilleur.

Il est, c'est tout. 
Et cet état est tout aussi louable qu'un autre, sauf qu'en la matière, il sera davantage considéré si la fameuse expertise est en amont. 

Compétence, expérience et chronicité. 

La compétence, c'est la reconnaissance par une instruction officielle ou par ses pairs; 
l'expérience, c'est la reconnaissance d'une durée dans l'exercice; 
et la chronicité, c'est le témoignage par un revenu principal plutôt que sporadique.

Et pourtant, comme l'a si bien écrit Pierre Corneille: "Aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années."

On commence le débat ?
19 mai 2019 par Monsieur Bulles
Borne Recaredo Un mini cataclysme s'est abattu cet hiver en Catalogne : 9 vignerons de renom ont quitté l'appellation DO Cava. Cela signifie qu'ils n'associeront plus leur nom à une bouteille de Cava, vin effervescent espagnol, mondialement célébré. Est-ce que cela va bouleverser la vie du consommateur profane de vin ? Aucunement. Est-ce que cela va bouleverser l'industrie viticole espagnole ? Certainement. C'est un peu comme le jeu des dominos alignés : on pousse le premier de la ligne qui entraîne dans sa chute tous ceux qui sont devant lui. Parfois, parce que l'alignement a été mal établi, la chute progressive s'arrête, laissant des dominos debouts. Cava et Corpinnat, c'est le jeu des dominos.
Tout d'abord, qu'est-ce que Corpinnat ? 

Corpinnat (contraction catalane de "nescut al cor del Penedes" = Cor-Pinnat = Né au coeur du Pénédès) est la marque d'une association de 6 vignerons renommés (Associació d'Elaboradors i Viticultors Corpinnat / AVEC) de Catalogne - aujourd'hui 9 vignerons - enregistrée en 2017, lancée en 2018, dans le but de valoriser un vin effervescent, véritablement catalan. 

On y trouve jusqu'à ce jour, les domaines Recaredo, Gramona, Nadal, Sabaté i Coca, Llopart, Can Feixes, Julia Bernet, Mas Candi et Torelló. 

Pourquoi une valorisation ? 

Simplement parce que les administrateurs de la DO Cava n'ont pas su, depuis 20 ans, faire évoluer leur cahier des charges et niveler par le haut, en tenant compte des avis de leurs meilleurs adhérents vignerons. 
Les alertes à l'interne, administratives et viticulturelles, avaient été envoyées. Rien n'a bougé dans le bon sens. 
Associée à des prix dérisoires (4 euros la bouteille de cava), l'appellation a été discréditée, malgré les efforts de qualité d'une poignée de familles, dont certaines ont d'ailleurs préféré joindre les rangs de l'appellation Classic Pénédès, créée en 2013.

Des lanceurs d'alerte non écoutés.

La sortie de la famille Raventos de la DO Cava en 2010 a été l'étincelle d'un feu assez lent à prendre, mais qui aujourd'hui, embrase une région. 
La création de Corpinnat a été la conséquence logique du laxisme de la DO Cava; Les deux entités ont vécu ensemble quelques mois, cependant, elles ne parlaient plus la même langue. La mention Corpinnat souhaitée par ses initiateurs sur des étiquettes de DO Cava était une revendication d'excellence et d'autonomie. Le message envoyé au consommateur aurait été clair : si vous lisez Corpinnat sur une bouteille de cava, c'est qu'il est excellent. Si Corpinnat n'apparaît pas sur l'étiquette, vous achetez des bulles anodines. 
Le divorce était prévisible.
On parle de sortie de Corpinnat de la DO Cava, mais y a t-il eu réellement une entrée ? 
Car d'un point de vue commercial, les effets de Corpinnat sur le marché des DO Cava ont été pratiquement nuls.
Ce n'est pas une sortie. 
C'est l'annonce officieuse d'une nouvelle appellation vinique, au coeur d'un terroir ancestral.
Elle témoigne des enjeux économiques et politiques dans le secteur agricole local et elle confirme les limites bureaucratiques du système des appellations en Europe. 

Le règlement Corpinnat résumé :

Corpinnat a été créé en vue de simplifier une démarche tout en la précisant. C'est en fait un mousseux européen «Vi Escumós de Qualitat» (VMQ / Vin Mousseux de Qualité) que n'importe quel vigneron a le droit d'élaborer sous certaines conditions : Seulement 46 villages appartenant à la région de l'Alt Penedès, du Baix Penedès, de l'Alt Camp, d'Anoia et du Baix Llobregat peuvent faire du Corpinnat (ce qui représente 22 000 ha). Le vigneron utilise ses propres raisins (il est propriétaire des parcelles), récoltés manuellement, issus de la viticulture biologique, spécifiques à la région historique du Pénédès (Xarel·lo, Macabeu, Parellada, Malvasia en blanc / Grenache, Monastrell, Sumoll et Xarel·lo Vermell en rouge) dans le but d'élaborer son propre vin tranquille et de le transformer en vin effervescent par seconde fermentation en bouteille, chez lui, et de l'élever au moins 18 mois sur lattes (9 mois pour le Cava). 
Il lui est strictement interdit d'élaborer des bulles pour un autre (1/3 de la production du cava n'est pas élaboré par la marque qui est sur l'étiquette). 
Aussi, Corpinnat a instauré une valorisation du prix au kg du raisin, vendu dans le Pénédès, avec un minimum de 0,70 euros / kg, ce qui représente le double du tarif des raisins, employés sur la DO Cava. 
Enfin et c'est, selon moi, le point névralgique de ce dossier : Corpinnat est une appellation de lieu, alors que la DO Cava est une appellation d'élaboration. Si cette dernière avait été une appellation comme celle du champagne ou du franciacorta, la situation serait ô combien différente.

La situation actuelle de la DO Cava.

Globalement, 230 millions de bouteilles sont produites annuellement et commercialisées sous la DO Cava, dont 85 % est contrôlé par trois marques, qui s'échangent la direction de l'appellation périodiquement : Freixenet, Codorníu et García Carrión. Même si les derniers chiffres commerciaux de la DO Cava sont flatteurs, le règlement de Corpinnat empêche logiquement la plupart des acteurs de l'appellation de se joindre aux neuf vignerons. 
Certes, la création du Cava de Paratge au sein de la DO Cava, en 2017, aurait pu freiner le mouvement séparatiste, mais il était trop tard. Recaredo et Gramona réfléchissaient déjà, suite à la sortie de Raventos I Blanc, a une solution bienveillante et restructurante. De plus, l'instauration des Paratge a été quelque peu baclée, rapidement pensée pour éteindre un feu déjà trop important, comme si on avait placé la charrue avant les boeufs : on a élevé au rang de références une quinzaine de lieux-dits dont les cavas qui en seraient issus, seraient élaborés avec plus de soin que tous les autres. 
Ce qui revient à dire qu'en-dehors des Cava de Paratge, le terroir et la qualité sont absents. De plus, en considérant les qualités d'un domaine hors de Catalogne, autorisé à faire du Cava, il pourrait revendiquer le terme Paratge, ce qui rend presque caduque l'essence de ce dernier. 

L'avenir de Corpinnat.
 
Si les instaurateurs ont proposé le nom Corpinnat comme une appellation de terroir avec des limites géographiques définies, sur le modèle d'une AOC régionale, qui permettra de faire évoluer son cahier des charges, le point qui m'apparaît délicat pour une reconnaissance publique future est tout simplement le nom : Corpinnat.
À moins de parler le catalan - et encore -, ce nom ne dit strictement rien à personne, car il n'existe pas ! Ce n'est pas une parcelle, ce n'est pas un lieu-dit, ce n'est pas un village, ce n'est pas une région. 
Cherchez le sur une carte du Pénédès, vous ne le trouverez pas. 
Or, donner le nom d'un lieu à un vin, l'ancre immédiatement dans le subconscient populaire, facilite sa reconnaissance et construit progressivement sa renommée parce que le consommateur y trouve facilement un repère. 
En revendiquant Conca del Riu Anoia en 2010, la famille Raventos ne s'est pas trompée sur ce point, même si elle attend toujours la reconnaissance officielle de ce lieu en tant qu'appellation vinique...
A moins donc, que Corpinnat ne devienne une nouvelle entité géographique validée par les instances politiques espagnoles, les vignerons qui l'incarneront ont davantage un travail de marketing à faire aujourd'hui, qu'un travail de vigneron, car de ce côté là, nous savons déjà qu'ils font effectivement les meilleurs vins effervescents d'Espagne.

À court terme, c'est une lutte juridique qui s'ouvre. David a terrassé Goliath, paraît-il...Montserrat, la chaîne de montagnes
14 mai 2019 par Monsieur Bulles
millénaires 1995 de ch Est-ce que le champagne vieillit bien ? Aussi bien que les vins tranquilles ? Et peut-on le glisser dans notre cellier plusieurs années ? Absolument ! Je dirais même qu'il a un potentiel d'endurance bien plus élevé que certains vins blancs ou rouges, supposément de garde... Mais comme pendant des décennies, la Champagne n'a pas commercialisé son vin comme un vin de garde, mais comme un vin de célébration, personne ne devine l'endurance de ce vin. Et pourtant...

Oui, le champagne et les mousseux de certaines appellations se gardent. 
Ils se conservent en cellier et se bonifient aussi bien que les vins tranquilles. 
Cependant, comme les vins effervescents ont toujours été commercialisés comme des vins de célébrations, des vins à consommer dès leur achat - qu'il soit de Champagne ou d'une belle appellation de bulles - aucune marque n'a véhiculé leur potentiel de garde.

Bien sûr, des nuances sont à apporter. Et comme avec les vins tranquilles, tous les effervescents ne peuvent se conserver avantageusement. 

En outre, si tous les vins effervescents sont prêts à boire dès leur commercialisation, certains gagnent à être attendus un certain temps selon les caractéristiques gustatives aspirées. 
Les cuvées issues d'un seul millésime, de prestige ou non, ont généralement des potentiels de garde de plus de 20 ans. 

Celles de Champagne vont évoluer comme un grand vin de Bourgogne blanc tandis que les mousseux d'appellation évolueront comme un vin blanc donné, dont le point commun sera le cépage ou l'assemblage des cépages.

Certaines grandes maisons de champagne véhiculent d'ailleurs, actuellement, cette réalité... ce potentiel de garde.
Alors que pendant des décennies, elles se sont attachées à vendre leurs cuvées pour être consommées de façon frivole, lors de réceptions et de fêtes où l'on tend son verre sans demander ce qu'on y verse, elles prônent aujourd'hui que le champagne est avant tout un vin blanc à part entière dont les paliers d'évolution gustative s'accordent adéquatement à table, sur des mets précis et travaillés. 

Et pour mieux démontrer les effets agréables du temps sur le champagne, certaines maisons mettent en marché de vieux millésimes, tardivement dégorgés.  
Moet & Chandon propose depuis 10 ans ses vieux millésimes dégorgés quelques mois avant leur commercialisation, Veuve Clicquot a sa gamme de Cave Privée, De Telmont se fait connaître avec sa collection Héritage, Lanson offre ses "Vintage Collection" dégorgés à la demande depuis plus de 30 ans et ses Extra-Âge font le bonheur des amateurs. 
Quant aux Plénitudes de Dom Pérignon, elles sont les ambassadrices de cette évidence. 

Toutefois, ses cuvées restent rares et dispendieuses. 
Et puis, il y a une nuance à apporter : elles ont attendue en cave champenoise avant leur dégorgement tardif. Elles ont donc attendue en tant que vin blanc en phase de champagnisation. Ce sont des vins qui sont prêts à boire pratiquement juste après leur dégorgement.

Les Brut Sans Année, ces cuvées qui composent 90 % de la production et qui passent 15 à 40 mois sur lattes avant leur dégorgement et leur commercialisation, sont aussi à découvrir comme des vins de garde, de moyenne garde certes.
Ce sont elles qu'il faut oser glisser une dizaine d'années dans nos celliers personnels pour mieux apprécier leur comportement et leurs saveurs d'évolution. 

Faites l'essai chez vous: acheter le BSA de votre maison préférée et oubliez-le au moins 8 ans. Vous le retrouverez arrondi par le temps et ce dernier lui aura transmis des arômes insoupçonnables à travers des bulles, certes moins vibrantes que dans leur jeunesse, mais tout aussi persistantes, si la qualité initiale était là.

Bref, même non issue d'un millésime ou d'une particularité qui en fait une cuvée spéciale, une bouteille de champagne a une endurance remarquable.

Dernièrement, j'ai eu le plaisir d'ouvrir la Cuvée des Millénaires Blanc de Blancs 1995 de Charles Heidsieck. 
Plusieurs fois dégustée, elle restera parmi mes plus grands souvenirs de dégustation de champagnes et je considère que cette cuvée est parmi les meilleures de la décennie 1990 de la région. 
Mais pourquoi cette ultime cuvée m'a encore ému ? 
Simplement parce que ce vin a été commercialisé à différents stades de dégorgement au cours des vingt dernières années, afin d'offrir au consommateur une fraîcheur contrôlée et un plaisir précis.
Et il se trouve que la bouteille consommée fut l'une de la première commercialisation (l'habillage de la bouteille a d'ailleurs changé au cours des années). 
Elle a donc attendue, déjà dégorgée, dosée et définitivement bouchée, dans mon propre cellier pendant 18 ans. 
On aurait pu s'attendre à un champagne fatigué, aux bulles éteintes et au rancio marqué. Or, ce Blanc des Millénaires 1995 a été à la hauteur des meilleurs Corton-Charlemagne ! Et le plus surprenant aura été son effervescence, toujours vive et étonnamment perdurante.

Le champagne est un immense vin de garde.
3 mai 2019 par Monsieur Bulles
alignement de verres Les réseaux sociaux sont les meilleurs supports médiatiques pour analyser le comportement du consommateur et du lecteur contemporain. Et quel que soit le sujet abordé, on s'aperçoit que les articles les plus lus sont les articles les plus courts; les articles qu'on lit en 30 secondes. Logique me direz-vous. La forme et le sensationnalisme prévalent au fond et à la réflexion. Dans notre société de consommation compulsive où l'on prend pour aussitôt jeter, il semble dès lors paradoxal que le vin et ses attraits attirent de plus en plus d'amateurs. Car dans le fond, s'il y a bien un domaine qui nécessite du temps pour apprécier et pour mieux comprendre, n'est-ce pas celui du vin ? Pourtant, tout est devenu kleenex, même dans l'univers du vin...
Depuis les dégustations journalistiques personnalisées jusqu'aux grands salons viniques en passant par les lunchs avec vigneron, tout est devenu kleenex. 
Il faut aller vite, il faut déguster rapidement, il faut multiplier les verres, il faut tout goûter !

Dans les grandes cérémonies commerciales et publiques où le verre de dégustation est offert à l'entrée, je peux comprendre ce comportement avide du visiteur profane (ou avisé) à qui ont offre des centaines de vins différents. 
Son excitation additionnée aux sollicitations des agents commerciaux lui font tourner la tête rapidement et les tests de vins la lui font perdre, parfois...

Toutefois, même lorsqu'une verticale de vin est offerte - pourtant coûteuse et délicate à monter - le temps ne s'arrête pas, il continue de courir. 
Et dieu sait que s'il y a bien des vins à accueillir posément, c'est bien ceux qui ont été enfermés longtemps dans leur parois de verre. 

Mais l'époque est à la consommation compulsive; même avec le vin, produit qui pourtant, demande peut-être plus d'attention qu'un autre.
Ce comportement frénétique pourrait-il changer ? 
Je ne le pense pas parce que le vin, c'est une religion. 
Et quelle que soit la nature théiste de cette dernière, elles sont toutes altérées.

Il y a de plus en plus de salons des vins, plus ou moins pertinents, plus ou moins structurés, plus ou moins orientés. 
Cependant, il y en a de trop.
Il y a de plus en plus d'offres et la méthode pour le faire savoir est de plus en plus envahissante et répétitive parce que désormais, elle se fait à travers les réseaux sociaux.

Les grandes messes d'autrefois sont moins achalandées. 
On y retourne pour les soirées avec les vignerons, pour la poignée de main amicale serrée devant la table de dégustation, pour la photo souvenir, mais pas forcément pour le vin parce qu'on l'a déjà dégusté au cours de l'année; dans une autre assemblée. 

Ce sont vraiment des messes : elles se répètent, on y va par habitude, mais sans réelle foi et l'on pense surtout au coup qu'on va prendre tous ensemble, après.

Les salons des vins sont devenus nos églises.
Salon des vins
23 avril 2019 par Monsieur Bulles
les réseaux sociaux Sans internet, ils n'existeraient pas. Et avant internet, ils existaient peu, ils n'avaient pas de crédibilité, certains ne connaissaient ni le vin, ni la gastronomie. La plupart ne travaillaient pas dans le vin ou la gastronomie, et la majorité ne travaille toujours pas dans ce milieu. Qui ça ? Les influenceurs (-ceuses). Leur force ? Le culot et l'ambition. Leur faiblesse ? Le culot et l'ambition.
Aujourd'hui, leur crédibilité est validée par leurs "selfies" et le nombre de "likes" sur leurs publications. Ils ne vantent pas leur pertinence lorsque vous les croisez, ils vantent leurs "likes"; qu'ils peuvent acheter, puis monnayer, pour pouvoir se faire de nouveau inviter dans les dégustations, les soirées, les évènements ou mieux, pour négocier un voyage, tous frais payés !

Le but est de se montrer. Et de montrer qu'on vous a regardé, qu'on vous a "liké" !

Car il n'est pas utile d'être compétent pour être influenceur (-ceuse). 
Il suffit d'être au bon endroit, au bon moment, et de le faire savoir. Et parfois, de copier/coller !

Et si vous postez un selfie avec une personnalité, souvent plus gênée qu'enjouée d'avoir été alpaguée, vous devenez l'influenceur (-ceuse) du moment, de la semaine, du mois, de l'année. 
L'influenceur des influenceurs, ouah ! 

A vrai dire, tout cela ne me dérange pas. 
Notre société vit à travers les petits écrans qui donnent l'illusion à ceux qui en abusent qu'ils ont la reconnaissance d'un public, même s'ils ne le connaissent pas, ce public. 
Ces petits écrans miroirs font du bien à l'égo; on se sent suivi, aimé, reconnu, voire désiré. 
Ils sont devenus essentiels pour nos ados qui traversent justement une période où tout doit se rapporter à leur égo. 
Les parents, les adultes, comprennent cette période, ils la subissent, ils en rient, ils laissent le temps faire son oeuvre. 
La vie est ainsi.

Cependant, les réseaux sociaux confirment un état d'esprit, propre à ce début de siècle : l'état "adulescent". 
Un adulte à l'esprit adolescent.
Y en aurait-il beaucoup chez les influenceurs (-ceuses) du vin et de la gastronomie ?

Ils n'affichent pas l'étiquette du vin, le verre de vin, la bouteille ou le vigneron. 
Ils s'affichent avec l'étiquette du vin, le verre de vin, la bouteille ou le vigneron. 
Et bien sûr, leur visage ou leur silhouette est bien plus visible que le produit montré.
Tout cela n'est que formel. Tout est dans la façade. 
À une époque où le poids des mots est occulté par le choc des photos, c'est bien normal. 
Que Paris-Match se le tienne pour dit !

Les réseaux sociaux sont des flatteurs d'égo et depuis qu'ils existent, on accepte ces manifestations, souvent pathétiques, qui illustrent une société en manque d'amour et, paradoxalement, en manque de communication. 
Parce que j'entends souvent l'influenceur (-ceuse) se défendre, en me répondant qu'il communique, qu'il donne son opinion, lorsque je lui manifeste mon avis au sujet de ses likes vantards. 
La preuve, me répond t-il, qu'il communique : ses milliers de "followeurs" attendent son opinion. Ses followeurs spontanés et... achetés.
Et pour mieux se justifier, il affiche aussi tous les "Award" qu'il a reçus, tous les pseudo diplômes accrédités seulement par l'entreprise qui les donne !  Et parfois, cette entreprise n'est que virtuelle, elle n'existe que sur internet ! Ben oui, autant s'auto-congratuler entre nous !

Peut-on s'entendre sur le fait que balancer 50 fois la même photo de soi-même, habillé ou en déshabillé, avec un steak frites, un verre de vin, une crème de jour ou un sac à main, debout, assis ou à quatre pattes, n'est plus une transmission d'information, mais bel et bien une transmission de sa névropathie. Presque un appel au secours...

L'influenceur (-ceuse) ne cherche que la reconnaissance d'autrui, aussi éloigné et inconnu, soit-il. Il pense communiquer, mais il communique avec son miroir, ses selfies. C'est plus rassurant. Et ça fait tellement du bien de compter les "likes" qui apparaissent. C'est le prozac du 21 ème siècle !

Je vous assure, tout cela ne me dérange pas. Non, ce n'est pas cela qui me dérange.

Ce qui me dérange aujourd'hui avec eux, c'est l'absence d'humilité et le désir de plaire à tout prix ! 
Au prix de dégrader leur propre image, sans même sans rendre compte. 
Parce qu'il y en a des honnêtes et des compétents, des influenceurs (-ceuses). Mais ils sont devenus minoritaires. 
Et cette minorité n'ose pas dénoncer la majorité. Elle est obligée de suivre, voire de subir les excès de cette dernière. La solidarité est un principe chez l'influenceur (-ceuse). Plaire à n'importe quel prix.

Au prix, par exemple, de dégrader le vin qu'il montre, sans même que le vigneron ou son représentant ne s'en rende compte. 

Comment ?
Par le plus vieux procédé du monde que l'homme ou la femme connaisse. 
En dévoilant sa plastique, en affichant ses courbes !

Le produit est devenu une excuse pour s'afficher de quelque bonne ou mauvaise manière que ce soit et surtout, coûte que coûte ! Glissez les bidous par ici...

Oui, je sais, certains lecteurs vont me répondre : "tu le fais aussi, on te voit avec tes bouteilles dans tes voyages, entouré de vignerons ou d'autres journalistes privilégiés".
En effet, je le fais aussi. Je me suis adapté. J'ai évolué avec mon temps. Un temps passablement bousculé, soit dit en passant, dans les métiers de l'information.
Et j'en suis plutôt fier parce que je suis issu de cette génération, née sous De Gaulle, qui a commencé au stylo ! Même pas à la machine à écrire ! J'ai touché mon premier clavier d'ordinateur à 25 ans ! Vous imaginez donc le grand écart d'adaptation : passer de l'encre à l'écran !

Alors oui, j'assume tout.

Mais vous ne me verrez jamais les fesses à l'air ou autre chose à l'air, avec une  bouteille à la main.
Et pourtant, je vous jure que je peux avoir les services du meilleur photographe au monde pour les mettre en valeur... ces bouteilles !

Les derniers billets de Marc Chapleau - celui-la - et de Marc-André Gagnon - celui-la - parlent clairement de Joanie Métivier qui, malgré la régulière couverture des dégustations auxquelles elle participe, prouvant sa bonne volonté professionnelle, ne gomme pas la façon aguichante et dérangeante de faire valoir cette dernière. 

D'où la controverse de ces derniers jours...

Dans tous les cas, Joanie Métivier doit avoir la caution et la considération de bien des agences de vins puisqu'elle reçoit régulièrement de leur part, des bouteilles et des invitations à luncher et à voyager avec son conjoint. 

Et elle s'est vue récemment offrir la rédaction en chef du magazine Vins & Vignobles, publication de référence dans notre domaine depuis 20 ans, au Québec. 
Elle l'a naturellement annoncé sur les réseaux sociaux. 

Quelqu'un a donc bien dû lui trouver de la compétence, au-delà de ses courbes dévoilées ! Non ?

Donc, à moins que ce magazine ne se glisse dans les prochains mois, dans le rayon des librairies où l'on place habituellement les revues de la catégorie "Adultes", laissons à la jeune femme le temps et la réflexion pour démontrer sa responsabilité, sa pertinence et sa légitimité à travers cette nouvelle fonction.

Comme la formule le dit : laissons-lui une chance.
Car, en ce qui me concerne, je préfère me convaincre - en fait, je l'espère - que Joanie Métivier traverse seulement sa crise d'adulescence...
12 avril 2019 par Monsieur Bulles
faux sirop Depuis bientôt 10 ans maintenant, des distilleries s'érigent au Québec et offrent des eaux-de-vie originales où la créativité est la signature de chaque marque. Les meilleures sont généralement celles issues de céréales, puis celles de pommes ou de poires, de petites baies et enfin d'érable. Et puis, il y a les rhums ! Et oui, dans un pays où la canne à sucre est logiquement absente, on fait du rhum ! En fait, certains arrivent - déjà élaborés - des Antilles en conteneur pour être retravaillés ou épicés, d'autres sont issus de mélasse qu'on fait venir du bout du monde, pour être distillée dans la belle province. Toutefois, ne trouvez-vous pas curieux de faire du rhum au Québec ? Car, ce qui me chiffonne le plus, c'est qu'on nous les présente comme des produits 100 % Québec !


Je pense les avoir tous goûtés. 
Du moins, jusqu'à la semaine dernière, car à la vitesse où les alcools québécois sont lancés sur le marché depuis 2 ans, il se peut qu'il en sorte un nouveau aujourd'hui ou demain.
Je parle ici des rhums du Québec; élaborés au Québec !
Et le simple fait d'écrire rhum du Québec, c'est comme écrire ananas de Suède, citron d'Islande ou papaye d'Angleterre ! 
C'est incohérent. 
C'est incohérent parce que c'est naturellement impossible.
Pourtant, quand j'ai exprimé cette opinion à des élaborateurs de rhum au Québec, ils ont froncé les sourcils. 
On m'a regardé comme un naïf, un conservateur, un pointilleux. 
Je touchais à l'esprit créatif en formulant l'absence d'authenticité, donc j'étais un rabat-joie. Même si je reconnaissais la qualité du produit transformé...
Elle est pourtant bien tangible cette absence d'authenticité ! Il n'y a absolument rien de Québécois dans ces rhums ! Rien !
Sauf la créativité de leurs élaborateurs. 
Et je reconnais ici qu'elle est remarquable.
Il y a certes de la foi dans ces rhums du Québec, mais c'est de la mauvaise foi. 
Oui, je lis sur certaines bouteilles les précisions "affiné", "épicé", "vieilli", signifiant que le produit est transformé ou achevé ici, au Québec. 
Et oui, le consommateur - bien averti seulement - sait que Bacardi, Captain Morgan, Carioca ou Lamb's sont des rhums d'ailleurs, embouteillés au Canada. 
Mais ne jouons-nous pas trop sur les mots, sur la calligraphie, sur la mention d'un pays ou d'une marque en petits caractères qui infusent dans le subconscient du consommateur une authenticité finalement sournoise ?
Appelons-les eau-de-vie de mélasse, eau-de-vie à base de rhum ou eau-de-vie de plantes, mais s'il vous plaît, n'allons pas ternir l'image du rhum, car ces créations, parfois, n'ont pas le goût du rhum. 
Ou lorsqu'elles l'ont, c'est grâce à un embouteillage de vrai rhum, sans artifice ajouté, qui vient d'une île des Caraïbes ou d'Amérique du Sud, avec une étiquette qui elle seule, est Made in Québec
Très peu de distilleries québécoises, aujourd'hui, distillent réellement de la mélasse importée. 
Et aucune ne distille du pur jus de canne à sucre, simplement parce que ce n'est pas possible.
Qu'ils soient agricoles ou traditionnels, il y a suffisamment de vrais rhums ordinaires sur la planète. 
Dispensons-nous d'en allonger la liste. Élaborons des gins, des vodkas, des whiskys, des eaux de vie d'érable ou de petits fruits locaux car là, nous sommes originaux, attirants, compétents, authentiques et faciles à promouvoir. 
Là, nous sommes vraiment 100 % Québec.
Avec le rhum, on brouille les cartes et nous sommes tous naïfs.
"Oui, mais la demande est là" me répond t-on. "Le consommateur est satisfait de ce qu'on lui offre. Il y a un marché".
Certes. Et je reconnais qu'il y a des transformations délicieuses, élaborées dans la province.

Dans ce cas, que l'origine géographique du rhum embouteillé ou de la mélasse transformée soit inscrite sur l'étiquette de la bouteille !

Arrêtons de marcher sur la tête.
Parce que le jour où l'on verra arriver dans nos épiceries du sirop d'érable aux couleurs des Havana Club, Trois Rivières, Saint-James, La Mauny, Dictador ou Diplomatico de ce monde, évidemment produit au Québec, mais "encanné" sous le soleil des tropiques "parce qu'il y a un marché", j'en connais plus d'un, ici, qui manifesteront leur colère, en brandissant un petit drapeau fleurdelisé au nom du respect de l'authenticité.

Et quoiqu'il arrive, si la Martinique élabore demain du sirop d'érable, le buzz est assuré, comme disent les Français. 
Il est certain que le monde entier voudra y goûter ! 
Moi le premier !


2 eaux-de-vie Québécoises issues de mélasse de sucre de cannes à sucre, affichant le terme Rhum, s'approchent par leurs saveurs et leur comportement de  "vrais" rhums : Le Sainte-Marie et le Rosemont. 
Rhum Rosemont
15 fév. 2019 par Monsieur Bulles
Copyright Fred Laurès pour la Villa Bissinger Dans l'univers du vin, il n'y a pas un seul auteur non anglophone qui démentira ce fait : écrire en anglais est l'unique gage de succès dans sa vie professionnelle, l'unique vecteur de reconnaissance populaire, hors de son pays. Que vous soyez français, allemand, italien, espagnol, russe ou même chinois, si vous écrivez dans votre langue maternelle, vous vivrez mal de votre plume. Elle ne sera qu'une légitimation, une valorisation modestement alimentaire qui accompagne un revenu connexe, plus solide et régulier. Alors que si vous écrivez en anglais, vous augmentez les chances de vivre de votre plume et surtout, vous gagnez l'estime de l'intelligentsia internationale du vin. La preuve ? Internet.
À l'exception de deux ou trois auteurs non anglophones qui faisaient traduire leurs ouvrages en anglais dans les années 1980 - tout en sachant les faire distribuer aussi - il a fallu attendre internet et les médias sociaux pour voir des auteurs non anglophones jusqu'alors reconnus uniquement dans leur pays, percer sur le marché international, afin de s'y faire reconnaître grâce à l'anglais qu'ils ont librement employé comme idiome.

Si internet n'a fait qu'amplifier le phénomène de l'hégémonie anglaise en littérature (de toute sorte), en facilitant la libre diffusion d'écrits d'auteurs qui désirent se faire connaître sans éditeurs traditionnels, il a aussi accentué la domination de l'anglais chez ces mêmes éditeurs.

La preuve ? 

Aucun éditeur britannique (ou nord-américain) ne traduit un ouvrage vinique de langue étrangère vers l'anglais pour le distribuer sur son marché, tandis que les ouvrages anglophones continuent d'être traduits dans une autre langue, pour être distribués dans le pays visé.

L'anglais reste l'idiome autocratique, celui grâce auquel on peut communiquer quel que soit sa langue maternelle, sa culture, ses moeurs, son message... L'anglais est l'unique véhicule possible du verbe sur notre planète quand on veut communiquer avec l'ensemble de cette planète. 
Parfait. 
La langue de Shakespeare a balayé celle de Molière, elle est devenue la langue de la diplomatie et des affaires au début du siècle dernier. Dont acte.

Ce qui est alarmant, c'est que les références non anglophones ne sont plus écoutées, ne sont plus lues, perdent presque de leur crédibilité dans leur propre pays. 
On s'en prive alors que certaines sont plus pertinentes que l'anglophone mondialisante. 
Non seulement la soumission est acceptée, mais elle est de plus, alimentée; alimentée à la fois par le protectionnisme éditorial anglophone et renforcée parce que des éditeurs non anglophones traduisent de l'anglais vers leur langue, mais ils ne font jamais l'inverse, prétextant les difficultés ou les interdictions de distribution et la course vaine à la rentabilité. Ils jugent leur propre langue futile !

Internet n'a fait que confirmer cet état de fait. 

Aujourd'hui, les chroniqueurs qui, comme moi, ont débuté avec du papier et un crayon pour ensuite pianoter devant un écran, tâtonnent dans le cyberespace attractif où même les dégustations sont devenues virtuelles et... anglophones !
Même les grands noms classiques du vin français, espagnol ou italien se sentent obligés de donner des rendez-vous sur le net pour une dégustation virtuelle, toujours offerte en anglais. Eux qui sont les premiers à parler des valeurs du vin, du vin qui rapproche, qui noue, qui humanise, ils sont forcés de jouer les équilibristes en communication électronique, à travers les froids artifices que sont instagram, twitter, facebook et tous les autres que je ne connais pas (encore). Ce rapprochement se faisant bien entendu en anglais !

Quel paradoxe ! Quel contradiction ! 
Mais quelle évidence, aussi ! Quel modernisme !

Comme le vigneron avec son vin, si je veux que mes opinions soient connues au-delà de mon petit périmètre franco-culturel, je me dois d'être virtuel et anglophone. 
Je ne suis pas naïf. 
L'autorité du vin est passée au verbe anglais en 30 ans. Jusqu'aux années 1980, les référents du vin, très rares certes, étaient français ou originaires du pays duquel et dans lequel ils écrivaient. 
L'anglais les a occultés simplement parce que le marché du vin s'est multiplié, qu'il s'est internationalisé et qu'il l'a fait en anglais. Et comme tout au bout de la chaîne vinique, il y a le commentaire du vin, le critique anglophone est né. 
Comme le vin, il s'est multiplié avec la complicité des vignerons, désireux d'être adoubés en anglais, fiers de présenter leur vin commenté et noté en anglais parce qu'il y avait des marchés à conquérir. 
"Nul n'est prophète en son pays" allait être l'adage des journalistes non anglophones...

Dire ou écrire quelque chose en anglais aura toujours davantage de lectorat, d'écoute et d'impact.
Internet, depuis 15 ans, le prouve et ne fait qu'amplifier ce fait.

Même au Québec, les références de la critique vinique ont été anglophones pendant des années, alors qu'elles n'étaient pas locales. 
Il a fallu que quelques voix s'élèvent au milieu des années 2000 pour qu'on crédibilise enfin les avis de Michel Phaneuf, de Jacques Benoît, de Claude Langlois, de Jean Aubry ou de Jacques Orhon, plumes aiguisées et compétentes en la matière, qui s'illustraient depuis la fin des années 1980. 
Ils connaissaient mieux que quiconque le comportement des consommateurs québécois. Pourtant, tous les vins étaient sélectionnés et valorisés à travers la critique et le pointage anglophone. 
Le système dans la belle province a évolué, la critique francophone est montée sur le podium... Sur la deuxième marche.

Puis les blogues sont apparus. 

Désormais, dans le microcosme 2.0 vinique québécois et euro-francophone, les blogues francophiles sont anglophones ! Les blogueurs véhiculent leurs avis en anglais parce qu'ils recherchent un lectorat conséquent, au-delà de leur province; d'abord parce qu'ils savent le faire, parce qu'ils veulent en vivre, et surtout, parce qu'ils savent monnayer leurs écrits. 
Car c'est bien là qu'est la différence avec leurs aînés gratte-papier qui n'ont pas vécu de leur plume : le blogueur peut vivre de ce qu'il diffuse. Et comme le système permet l'achat d'un lectorat potentiel - plus fictif et indéchiffrable que tangible - les blogues affichent leur succès.
La question n'est pas "qui est ton lectorat?"
La question est "how many followers do you have ?" 
"Followeur". Qu'on prononce ainsi, en français aussi. 

Ce terme qui n'existait pas il y a seulement 10 ans est sans doute le plus répété aujourd'hui lorsque j'assiste à des dégustations de vin, entouré d'influenceurs, de relayeurs d'opinion. On parle même, désormais, de décideurs !
Le message doit être court, percutant, ce qui ne signifie pas pertinent, mais subjectif et approximatif; et si possible... en anglais. 
Pourquoi approximatif ? Parce que le blog permet justement de nourrir le propos plus tard. 
Après. 
Après l'avoir lancé sur le web, après avoir analysé son effet... 
Elle est là la force des réseaux sociaux, elle est double : en anglais pour multiplier mon lectorat et en toute liberté, pour maîtriser ce lectorat. 
J'exerce de l'influence, car je peux m'exprimer rapidement, confirmer ou effacer, corriger et répondre en dix secondes, selon les réactions. 
J'alimente selon les besoins. 
Et j'alimente selon mes besoins, car il est facile d'aller emprunter une ligne ou un paragraphe sur internet. Je copie, je colle et le tour est joué. 
Si je suis honnête, je rends à César ce qu'il a écrit en le mentionnant; l'hommage suprême étant le lien électronique. 
Si je suis malhonnête, je change un nom, un verbe ou un adjectif, j'emploie des synonymes et je diffuse sans scrupule.

À votre avis, sont-ils nombreux les scrupuleux de ce merveilleux univers de la plume virtuelle et vinique ? 
Peut-on les démasquer ces blogueurs, curieusement prolixes lorsqu'on lit leur blogue, et étonnement creux, lorsqu'on engage une vraie conversation, de visu ? 
Sans doute. Surtout sur une maladresse...

Récemment, dans un voyage de presse en Europe où l'anglais était forcément la langue des échanges, une conversation au sujet des "Wine Blog", de leur influence et des dérapages qu'ils entraînent, s'est improvisée avec la dizaine de journalistes et de blogueurs invités...

Un blogueur scandinave que je ne connais pas, et qui ne me connaît pas, m'interpelle :
"Do you know the french website MonsieurBulles.com ? I think it's a canadian website. It's about sparkling wines in the world. Unfortunately, it's only in french and i don't understand french language. "
"Indeed" ai-je le temps de glisser avant qu'il poursuive et avoue naïvement :
"So, i copy and translate in english some of his article for my blog. I'm sure he would like that, cause after all, it's advertising him. Could you find his email for me ? We could share our talent to be more effective."

En lui donnant ma carte, je lui ai répondu, certes irrité, dans un anglais approximatif : 
"You do have the talent to use the talent of others and if i only write in french, it's because I'm fluent in that language and I'm not, in english. I have a perfect command of french language in writing, fortunately for you. Do you know Le Misanthrope of Molière, a french author ? I can not tell you in english, but i'm sure you could translate this sentence : "Qu'en termes galants, ces choses là sont mises". That's sum up pretty much the debate we just had."

Il a depuis retiré de son blogue ses traductions charitables... 
Parce qu'elle est là, la puissance de l'anglais : son emploi est toujours perçu comme un don de charité.

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