12 avril 2019 par Monsieur Bulles
faux sirop Depuis bientôt 10 ans maintenant, des distilleries s'érigent au Québec et offrent des eaux-de-vie originales où la créativité est la signature de chaque marque. Les meilleures sont généralement celles issues de céréales, puis celles de pommes ou de poires, de petites baies et enfin d'érable. Et puis, il y a les rhums ! Et oui, dans un pays où la canne à sucre est logiquement absente, on fait du rhum ! En fait, certains arrivent - déjà élaborés - des Antilles en conteneur pour être retravaillés ou épicés, d'autres sont issus de mélasse qu'on fait venir du bout du monde, pour être distillée dans la belle province. Toutefois, ne trouvez-vous pas curieux de faire du rhum au Québec ? Car, ce qui me chiffonne le plus, c'est qu'on nous les présente comme des produits 100 % Québec !


Je pense les avoir tous goûtés. 
Du moins, jusqu'à la semaine dernière, car à la vitesse où les alcools québécois sont lancés sur le marché depuis 2 ans, il se peut qu'il en sorte un nouveau aujourd'hui ou demain.
Je parle ici des rhums du Québec; élaborés au Québec !
Et le simple fait d'écrire rhum du Québec, c'est comme écrire ananas de Suède, citron d'Islande ou papaye d'Angleterre ! 
C'est incohérent. 
C'est incohérent parce que c'est naturellement impossible.
Pourtant, quand j'ai exprimé cette opinion à des élaborateurs de rhum au Québec, ils ont froncé les sourcils. 
On m'a regardé comme un naïf, un conservateur, un pointilleux. 
Je touchais à l'esprit créatif en formulant l'absence d'authenticité, donc j'étais un rabat-joie. Même si je reconnaissais la qualité du produit transformé...
Elle est pourtant bien tangible cette absence d'authenticité ! Il n'y a absolument rien de Québécois dans ces rhums ! Rien !
Sauf la créativité de leurs élaborateurs. 
Et je reconnais ici qu'elle est remarquable.
Il y a certes de la foi dans ces rhums du Québec, mais c'est de la mauvaise foi. 
Oui, je lis sur certaines bouteilles les précisions "affiné", "épicé", "vieilli", signifiant que le produit est transformé ou achevé ici, au Québec. 
Et oui, le consommateur - bien averti seulement - sait que Bacardi, Captain Morgan, Carioca ou Lamb's sont des rhums d'ailleurs, embouteillés au Canada. 
Mais ne jouons-nous pas trop sur les mots, sur la calligraphie, sur la mention d'un pays ou d'une marque en petits caractères qui infusent dans le subconscient du consommateur une authenticité finalement sournoise ?
Appelons-les eau-de-vie de mélasse, eau-de-vie à base de rhum ou eau-de-vie de plantes, mais s'il vous plaît, n'allons pas ternir l'image du rhum, car ces créations, parfois, n'ont pas le goût du rhum. 
Ou lorsqu'elles l'ont, c'est grâce à un embouteillage de vrai rhum, sans artifice ajouté, qui vient d'une île des Caraïbes ou d'Amérique du Sud, avec une étiquette qui elle seule, est Made in Québec
Très peu de distilleries québécoises, aujourd'hui, distillent réellement de la mélasse importée. 
Et aucune ne distille du pur jus de canne à sucre, simplement parce que ce n'est pas possible.
Qu'ils soient agricoles ou traditionnels, il y a suffisamment de vrais rhums ordinaires sur la planète. 
Dispensons-nous d'en allonger la liste. Élaborons des gins, des vodkas, des whiskys, des eaux de vie d'érable ou de petits fruits locaux car là, nous sommes originaux, attirants, compétents, authentiques et faciles à promouvoir. 
Là, nous sommes vraiment 100 % Québec.
Avec le rhum, on brouille les cartes et nous sommes tous naïfs.
"Oui, mais la demande est là" me répond t-on. "Le consommateur est satisfait de ce qu'on lui offre. Il y a un marché".
Certes. Et je reconnais qu'il y a des transformations délicieuses, élaborées dans la province.

Dans ce cas, que l'origine géographique du rhum embouteillé ou de la mélasse transformée soit inscrite sur l'étiquette de la bouteille !

Arrêtons de marcher sur la tête.
Parce que le jour où l'on verra arriver dans nos épiceries du sirop d'érable aux couleurs des Havana Club, Trois Rivières, Saint-James, La Mauny, Dictador ou Diplomatico de ce monde, évidemment produit au Québec, mais "encanné" sous le soleil des tropiques "parce qu'il y a un marché", j'en connais plus d'un, ici, qui manifesteront leur colère, en brandissant un petit drapeau fleurdelisé au nom du respect de l'authenticité.

Et quoiqu'il arrive, si la Martinique élabore demain du sirop d'érable, le buzz est assuré, comme disent les Français. 
Il est certain que le monde entier voudra y goûter ! 
Moi le premier !


2 eaux-de-vie Québécoises issues de mélasse de sucre de cannes à sucre, affichant le terme Rhum, s'approchent par leurs saveurs et leur comportement de  "vrais" rhums : Le Sainte-Marie et le Rosemont. 
Rhum Rosemont
15 fév. 2019 par Monsieur Bulles
Copyright Fred Laurès pour la Villa Bissinger Dans l'univers du vin, il n'y a pas un seul auteur non anglophone qui démentira ce fait : écrire en anglais est l'unique gage de succès dans sa vie professionnelle, l'unique vecteur de reconnaissance populaire, hors de son pays. Que vous soyez français, allemand, italien, espagnol, russe ou même chinois, si vous écrivez dans votre langue maternelle, vous vivrez mal de votre plume. Elle ne sera qu'une légitimation, une valorisation modestement alimentaire qui accompagne un revenu connexe, plus solide et régulier. Alors que si vous écrivez en anglais, vous augmentez les chances de vivre de votre plume et surtout, vous gagnez l'estime de l'intelligentsia internationale du vin. La preuve ? Internet.
À l'exception de deux ou trois auteurs non anglophones qui faisaient traduire leurs ouvrages en anglais dans les années 1980 - tout en sachant les faire distribuer aussi - il a fallu attendre internet et les médias sociaux pour voir des auteurs non anglophones jusqu'alors reconnus uniquement dans leur pays, percer sur le marché international, afin de s'y faire reconnaître grâce à l'anglais qu'ils ont librement employé comme idiome.

Si internet n'a fait qu'amplifier le phénomène de l'hégémonie anglaise en littérature (de toute sorte), en facilitant la libre diffusion d'écrits d'auteurs qui désirent se faire connaître sans éditeurs traditionnels, il a aussi accentué la domination de l'anglais chez ces mêmes éditeurs.

La preuve ? 

Aucun éditeur britannique (ou nord-américain) ne traduit un ouvrage vinique de langue étrangère vers l'anglais pour le distribuer sur son marché, tandis que les ouvrages anglophones continuent d'être traduits dans une autre langue, pour être distribués dans le pays visé.

L'anglais reste l'idiome autocratique, celui grâce auquel on peut communiquer quel que soit sa langue maternelle, sa culture, ses moeurs, son message... L'anglais est l'unique véhicule possible du verbe sur notre planète quand on veut communiquer avec l'ensemble de cette planète. 
Parfait. 
La langue de Shakespeare a balayé celle de Molière, elle est devenue la langue de la diplomatie et des affaires au début du siècle dernier. Dont acte.

Ce qui est alarmant, c'est que les références non anglophones ne sont plus écoutées, ne sont plus lues, perdent presque de leur crédibilité dans leur propre pays. 
On s'en prive alors que certaines sont plus pertinentes que l'anglophone mondialisante. 
Non seulement la soumission est acceptée, mais elle est de plus, alimentée; alimentée à la fois par le protectionnisme éditorial anglophone et renforcée parce que des éditeurs non anglophones traduisent de l'anglais vers leur langue, mais ils ne font jamais l'inverse, prétextant les difficultés ou les interdictions de distribution et la course vaine à la rentabilité. Ils jugent leur propre langue futile !

Internet n'a fait que confirmer cet état de fait. 

Aujourd'hui, les chroniqueurs qui, comme moi, ont débuté avec du papier et un crayon pour ensuite pianoter devant un écran, tâtonnent dans le cyberespace attractif où même les dégustations sont devenues virtuelles et... anglophones !
Même les grands noms classiques du vin français, espagnol ou italien se sentent obligés de donner des rendez-vous sur le net pour une dégustation virtuelle, toujours offerte en anglais. Eux qui sont les premiers à parler des valeurs du vin, du vin qui rapproche, qui noue, qui humanise, ils sont forcés de jouer les équilibristes en communication électronique, à travers les froids artifices que sont instagram, twitter, facebook et tous les autres que je ne connais pas (encore). Ce rapprochement se faisant bien entendu en anglais !

Quel paradoxe ! Quel contradiction ! 
Mais quelle évidence, aussi ! Quel modernisme !

Comme le vigneron avec son vin, si je veux que mes opinions soient connues au-delà de mon petit périmètre franco-culturel, je me dois d'être virtuel et anglophone. 
Je ne suis pas naïf. 
L'autorité du vin est passée au verbe anglais en 30 ans. Jusqu'aux années 1980, les référents du vin, très rares certes, étaient français ou originaires du pays duquel et dans lequel ils écrivaient. 
L'anglais les a occultés simplement parce que le marché du vin s'est multiplié, qu'il s'est internationalisé et qu'il l'a fait en anglais. Et comme tout au bout de la chaîne vinique, il y a le commentaire du vin, le critique anglophone est né. 
Comme le vin, il s'est multiplié avec la complicité des vignerons, désireux d'être adoubés en anglais, fiers de présenter leur vin commenté et noté en anglais parce qu'il y avait des marchés à conquérir. 
"Nul n'est prophète en son pays" allait être l'adage des journalistes non anglophones...

Dire ou écrire quelque chose en anglais aura toujours davantage de lectorat, d'écoute et d'impact.
Internet, depuis 15 ans, le prouve et ne fait qu'amplifier ce fait.

Même au Québec, les références de la critique vinique ont été anglophones pendant des années, alors qu'elles n'étaient pas locales. 
Il a fallu que quelques voix s'élèvent au milieu des années 2000 pour qu'on crédibilise enfin les avis de Michel Phaneuf, de Jacques Benoît, de Claude Langlois, de Jean Aubry ou de Jacques Orhon, plumes aiguisées et compétentes en la matière, qui s'illustraient depuis la fin des années 1980. 
Ils connaissaient mieux que quiconque le comportement des consommateurs québécois. Pourtant, tous les vins étaient sélectionnés et valorisés à travers la critique et le pointage anglophone. 
Le système dans la belle province a évolué, la critique francophone est montée sur le podium... Sur la deuxième marche.

Puis les blogues sont apparus. 

Désormais, dans le microcosme 2.0 vinique québécois et euro-francophone, les blogues francophiles sont anglophones ! Les blogueurs véhiculent leurs avis en anglais parce qu'ils recherchent un lectorat conséquent, au-delà de leur province; d'abord parce qu'ils savent le faire, parce qu'ils veulent en vivre, et surtout, parce qu'ils savent monnayer leurs écrits. 
Car c'est bien là qu'est la différence avec leurs aînés gratte-papier qui n'ont pas vécu de leur plume : le blogueur peut vivre de ce qu'il diffuse. Et comme le système permet l'achat d'un lectorat potentiel - plus fictif et indéchiffrable que tangible - les blogues affichent leur succès.
La question n'est pas "qui est ton lectorat?"
La question est "how many followers do you have ?" 
"Followeur". Qu'on prononce ainsi, en français aussi. 

Ce terme qui n'existait pas il y a seulement 10 ans est sans doute le plus répété aujourd'hui lorsque j'assiste à des dégustations de vin, entouré d'influenceurs, de relayeurs d'opinion. On parle même, désormais, de décideurs !
Le message doit être court, percutant, ce qui ne signifie pas pertinent, mais subjectif et approximatif; et si possible... en anglais. 
Pourquoi approximatif ? Parce que le blog permet justement de nourrir le propos plus tard. 
Après. 
Après l'avoir lancé sur le web, après avoir analysé son effet... 
Elle est là la force des réseaux sociaux, elle est double : en anglais pour multiplier mon lectorat et en toute liberté, pour maîtriser ce lectorat. 
J'exerce de l'influence, car je peux m'exprimer rapidement, confirmer ou effacer, corriger et répondre en dix secondes, selon les réactions. 
J'alimente selon les besoins. 
Et j'alimente selon mes besoins, car il est facile d'aller emprunter une ligne ou un paragraphe sur internet. Je copie, je colle et le tour est joué. 
Si je suis honnête, je rends à César ce qu'il a écrit en le mentionnant; l'hommage suprême étant le lien électronique. 
Si je suis malhonnête, je change un nom, un verbe ou un adjectif, j'emploie des synonymes et je diffuse sans scrupule.

À votre avis, sont-ils nombreux les scrupuleux de ce merveilleux univers de la plume virtuelle et vinique ? 
Peut-on les démasquer ces blogueurs, curieusement prolixes lorsqu'on lit leur blogue, et étonnement creux, lorsqu'on engage une vraie conversation, de visu ? 
Sans doute. Surtout sur une maladresse...

Récemment, dans un voyage de presse en Europe où l'anglais était forcément la langue des échanges, une conversation au sujet des "Wine Blog", de leur influence et des dérapages qu'ils entraînent, s'est improvisée avec la dizaine de journalistes et de blogueurs invités...

Un blogueur scandinave que je ne connais pas, et qui ne me connaît pas, m'interpelle :
"Do you know the french website MonsieurBulles.com ? I think it's a canadian website. It's about sparkling wines in the world. Unfortunately, it's only in french and i don't understand french language. "
"Indeed" ai-je le temps de glisser avant qu'il poursuive et avoue naïvement :
"So, i copy and translate in english some of his article for my blog. I'm sure he would like that, cause after all, it's advertising him. Could you find his email for me ? We could share our talent to be more effective."

En lui donnant ma carte, je lui ai répondu, certes irrité, dans un anglais approximatif : 
"You do have the talent to use the talent of others and if i only write in french, it's because I'm fluent in that language and I'm not, in english. I have a perfect command of french language in writing, fortunately for you. Do you know Le Misanthrope of Molière, a french author ? I can not tell you in english, but i'm sure you could translate this sentence : "Qu'en termes galants, ces choses là sont mises". That's sum up pretty much the debate we just had."

Il a depuis retiré de son blogue ses traductions charitables... 
Parce qu'elle est là, la puissance de l'anglais : son emploi est toujours perçu comme un don de charité.
8 fév. 2019 par Monsieur Bulles
Borne Recaredo Un mini cataclysme s'est abattu la semaine dernière en Catalogne : 9 vignerons de renom ont quitté l'appellation DO Cava. Cela signifie qu'ils n'associeront plus leur nom à une bouteille de Cava, vin effervescent espagnol, mondialement célébré. Est-ce que cela va bouleverser la vie du consommateur profane de vin. Aucunement. Est-ce que cela va bouleverser l'industrie viticole espagnole. Certainement. C'est un peu comme le jeu des dominos alignés : on pousse le premier de la ligne qui entraîne dans sa chute tous ceux qui sont devant lui. Parfois, parce que l'alignement a été mal établi, la chute progressive s'arrête, laissant des dominos debouts. Cava et Corpinnat, c'est le jeu des dominos.
Tout d'abord, qu'est-ce que Corpinnat ? 

Corpinnat (contraction catalane de "nescut al cor del Penedes" = Cor-Pinnat = Né au coeur du Pénédès) est la marque d'une association de 6 vignerons renommés (Associació d'Elaboradors i Viticultors Corpinnat / AVEC) de Catalogne - aujourd'hui 9 vignerons - enregistrée en 2017, lancée en 2018, dans le but de valoriser un vin effervescent, véritablement catalan. 

On y trouve jusqu'à ce jour, les domaines Recaredo, Gramona, Nadal, Sabaté i Coca, Llopart, Can Feixes, Julia Bernet, Mas Candi et Torelló. 

Pourquoi une valorisation ? 

Simplement parce que les administrateurs de la DO Cava n'ont pas su, depuis 20 ans, faire évoluer leur cahier des charges et niveler par le haut, en tenant compte des avis de leurs meilleurs adhérents vignerons. 
Les alertes à l'interne, administratives et viticulturelles, avaient été envoyées. Rien n'a bougé dans le bon sens. 
Associée à des prix dérisoires (4 euros la bouteille de cava), l'appellation a été discréditée, malgré les efforts de qualité d'une poignée de familles, dont certaines ont d'ailleurs préféré joindre les rangs de l'appellation Classic Pénédès, créée en 2013.

Des lanceurs d'alerte non écoutés.

La sortie de la famille Raventos de la DO Cava en 2010 a été l'étincelle d'un feu assez lent à prendre, mais qui aujourd'hui, embrase une région. 
La création de Corpinnat a été la conséquence logique du laxisme de la DO Cava; Les deux entités ont vécu ensemble quelques mois, cependant, elles ne parlaient plus la même langue. La mention Corpinnat souhaitée par ses initiateurs sur des étiquettes de DO Cava était une revendication d'excellence et d'autonomie. Le message envoyé au consommateur aurait été clair : si vous lisez Corpinnat sur une bouteille de cava, c'est qu'il est excellent. Si Corpinnat n'apparaît pas sur l'étiquette, vous achetez des bulles anodines. 
Le divorce était prévisible.
On parle de sortie de Corpinnat de la DO Cava, mais y a t-il eu réellement une entrée ? 
Car d'un point de vue commercial, les effets de Corpinnat sur le marché des DO Cava ont été pratiquement nuls.
Ce n'est pas une sortie. 
C'est l'annonce officieuse d'une nouvelle appellation vinique, au coeur d'un terroir ancestral.
Elle témoigne des enjeux économiques et politiques dans le secteur agricole local et elle confirme les limites bureaucratiques du système des appellations en Europe. 

Le règlement Corpinnat résumé :

Corpinnat a été créé en vue de simplifier une démarche tout en la précisant. C'est en fait un mousseux européen «Vi Escumós de Qualitat» (VMQ / Vin Mousseux de Qualité) que n'importe quel vigneron a le droit d'élaborer sous certaines conditions : Seulement 46 villages appartenant à la région de l'Alt Penedès, du Baix Penedès, de l'Alt Camp, d'Anoia et du Baix Llobregat peuvent faire du Corpinnat (ce qui représente 22 000 ha). Le vigneron utilise ses propres raisins (il est propriétaire des parcelles), récoltés manuellement, issus de la viticulture biologique, spécifiques à la région historique du Pénédès (Xarel·lo, Macabeu, Parellada, Malvasia en blanc / Grenache, Monastrell, Sumoll et Xarel·lo Vermell en rouge) dans le but d'élaborer son propre vin tranquille et de le transformer en vin effervescent par seconde fermentation en bouteille, chez lui, et de l'élever au moins 18 mois sur lattes (9 mois pour le Cava). 
Il lui est strictement interdit d'élaborer des bulles pour un autre (1/3 de la production du cava n'est pas élaboré par la marque qui est sur l'étiquette). 
Aussi, Corpinnat a instauré une valorisation du prix au kg du raisin, vendu dans le Pénédès, avec un minimum de 0,70 euros / kg, ce qui représente le double du tarif des raisins, employés sur la DO Cava. 
Enfin et c'est, selon moi, le point névralgique de ce dossier : Corpinnat est une appellation de lieu, alors que la DO Cava est une appellation d'élaboration. Si cette dernière avait été une appellation comme celle du champagne ou du franciacorta, la situation serait ô combien différente.

La situation actuelle de la DO Cava.

Globalement, 230 millions de bouteilles sont produites annuellement et commercialisées sous la DO Cava, dont 85 % est contrôlé par trois marques, qui s'échangent la direction de l'appellation périodiquement : Freixenet, Codorníu et García Carrión. Même si les derniers chiffres commerciaux de la DO Cava sont flatteurs, le règlement de Corpinnat empêche logiquement la plupart des acteurs de l'appellation de se joindre aux neuf vignerons. 
Certes, la création du Cava de Paratge au sein de la DO Cava, en 2017, aurait pu freiner le mouvement séparatiste, mais il était trop tard. Recaredo et Gramona réfléchissaient déjà, suite à la sortie de Raventos I Blanc, a une solution bienveillante et restructurante. De plus, l'instauration des Paratge a été quelque peu baclée, rapidement pensée pour éteindre un feu déjà trop important, comme si on avait placé la charrue avant les boeufs : on a élevé au rang de références une quinzaine de lieux-dits dont les cavas qui en seraient issus, seraient élaborés avec plus de soin que tous les autres. 
Ce qui revient à dire qu'en-dehors des Cava de Paratge, le terroir et la qualité sont absents. De plus, en considérant les qualités d'un domaine hors de Catalogne, autorisé à faire du Cava, il pourrait revendiquer le terme Paratge, ce qui rend presque caduque l'essence de ce dernier. 

L'avenir de Corpinnat.
 
Si les instaurateurs ont proposé le nom Corpinnat comme une appellation de terroir avec des limites géographiques définies, sur le modèle d'une AOC régionale, qui permettra de faire évoluer son cahier des charges, le point qui m'apparaît délicat pour une reconnaissance publique future est tout simplement le nom : Corpinnat.
À moins de parler le catalan - et encore -, ce nom ne dit strictement rien à personne, car il n'existe pas ! Ce n'est pas une parcelle, ce n'est pas un lieu-dit, ce n'est pas un village, ce n'est pas une région. 
Cherchez le sur une carte du Pénédès, vous ne le trouverez pas. 
Or, donner le nom d'un lieu à un vin, l'ancre immédiatement dans le subconscient populaire, facilite sa reconnaissance et construit progressivement sa renommée parce que le consommateur y trouve facilement un repère. 
En revendiquant Conca del Riu Anoia en 2010, la famille Raventos ne s'est pas trompée sur ce point, même si elle attend toujours la reconnaissance officielle de ce lieu en tant qu'appellation vinique...
A moins donc, que Corpinnat ne devienne une nouvelle entité géographique validée par les instances politiques espagnoles, les vignerons qui l'incarneront ont davantage un travail de marketing à faire aujourd'hui, qu'un travail de vigneron, car de ce côté là, nous savons déjà qu'ils font effectivement les meilleurs vins effervescents d'Espagne.

À court terme, c'est une lutte juridique qui s'ouvre. David a terrassé Goliath, paraît-il...Montserrat, la chaîne de montagnes
1 fév. 2019 par Monsieur Bulles
Château San Salvatore à Susegana (Treviso) Parce qu'en effet, le Prosecco Rosé, ça n'existe pas. Pas encore. Même si je l'entends parfois proposer au client d'une table en restaurant, alors qu'on va lui servir un Spumante Rosé, sans doute élaboré par une maison qui fait du Prosecco. Bref, la demande du vin rosé effervescent est tellement forte actuellement dans le monde qu'il serait opportun aux élaborateurs de Trévise d'en élaborer au plus vite... Et j'ose écrire ici, qu'avant la fin de cette année 2019, les Friuli-Vénitiens lanceront du Prosecco Rosé ! Mais avec quels cépages ?
La DOC Prosecco n'autorise aujourd'hui qu'un seul cépage noir : le pinot noir qui peut intervenir jusqu'à 15 %, s'il est vinifié en blanc.

Il pourrait donc être employé pour colorer le vin et le transformer en rosé.
Toutefois, le pinot noir n'est pas, pour ainsi dire, un cépage local...

Et si le raboso, cépage noir très ancien et typiquement local (Piave et Conegliano) était ce nouveau cépage autorisé dans l'élaboration d'un futur Prosecco Rosé. 
Ce dernier n'en serait que plus authentique, non ?

Certes, il y a tous les cépages autorisés de l'appellation régionale Valpolicella, mais leur introduction dans le cahier des charges du Prosecco engendrerait des soucis...

On parie pour le raboso ?
Paysage vénitien
6 déc. 2018 par Monsieur Bulles
Vignoble sous la neige de janvier au Québec En 2012, chaque édition du magazine Vins & Vignobles proposait un article sur une région viticole du Québec, suite à une tournée que j'avais entreprise l'année précédente dans toute la province, pour mieux prendre le pouls d'une profession, alors encore perçue comme marginale chez nous, celle de vigneron. À l'époque, les vignerons venaient d'obtenir du ministre de la MAPAQ une contribution financière pour soutenir la certification Vin du Québec qui venait d'être lancée. 7 ans plus tard, une IGP Québec vient de voir le jour, une preuve que le travail colossal qui a été entrepris il y a 35 ans par quelques fous, n'était finalement pas si utopique.
Certains chiffres démontrent que les précurseurs comme le vignoble des côtes d'ardoise, le vignoble de l'orpailleur, le vignoble du marathonien ou celui du cep d'argent ont eu raison de s'obstiner, non pas en luttant contre le climat, mais en l'accompagnant et en l'écoutant pour mieux servir leurs vignes. 

Presque 130 vignobles produisent 2,2 millions de bouteilles grâce à 700 hectares plantés, et surtout, il y a eu 30 % d'augmentation des ventes de vins québécois en 3 ans ! 
Certes, me direz-vous, c'est facile, puisque la SAQ ne vendait pas de vins locaux il y a 10 ans. 
En effet. 

Sauf que si la qualité n'était pas là, le consommateur québécois les aurait rapidement délaissés pour revenir au choix des 18 000 autres vins proposés par le monopole ! Ce dernier a galvanisé la profession, car en ouvrant ses portes au vin du Québec, il a envoyé un message clair : soyez vigilant, augmentez votre production si vous le pouvez, faites de meilleurs vins et surtout, qu'ils soient constants en qualité, car vous êtes aujourd'hui confrontés au marché mondial et le juge ne sera pas le distributeur, mais le consommateur. 
On a alors vu des vignerons approcher des agronomes, s'entourer d'oenologues et se mettre au marketing afin que leurs vins et leurs vignobles aient une visibilité. L'oenotourisme québécois est ainsi né : les structures d'accueil sont solides, du personnel est engagé, une vraie restauration est offerte, une publicité est mise en place. On parle régulièrement du vin québécois dans les médias depuis une décennie. 
D'autres signes majeurs démontrent que le Québec est désormais un vrai pays viticole. Alors qu'il y a seulement 15 ans, on discutait toujours au sujet des cépages à planter, à garder, à arracher, à cloner ou à écarter, six d'entre eux sont aujourd'hui définitivement établis puisqu'ils composent 80 % de la production. 

Vidal, seyval, frontenac, vandal-cliche, marquette et maréchal Foch côtoient les marginaux muscat de swenson, adalmiina, skandia ou baltica, prometteurs dit-on, qui donnent de bons résultats selon les vignerons; une autre preuve de la créativité locale. 

Si certains domaines ont du mal à écouler leur production qui, parfois, remontent à trois, voire quatre années de vendanges, certains naissent avec force investissement, évitant les écueils agronomiques de leurs aînés, utilisant facilement les réseaux sociaux, visant une clientèle plus jeune, plus ouverte aussi, et profitant de l'engouement actuel pour les produits locaux. 
Le domaine Beauchemin, Domaine du Nival, Pinard et Filles, vignoble Camy, vignoble La Cantina, vignoble du Ruisseau, vignoble d'Oka ou La seigneurie de Liret n'ont pas 10 ans d'existence alors que leurs produits se trouvent déjà sur les tables préférées de la province ! 

Un autre signe ? 
Pinot noir, Pinot meunier, Gamay, Cabernet franc, Dornfelder, Chardonnay, Riesling et Savagnin sont presque courants dans le vignoble. Les débats acrimonieux entre vignerons, dans les années 2000, au sujet de leur emploi, ont laissé place aux discussions constructives. Seul, assemblés entre eux ou avec des hybrides, ils donnent des vins intéressants qu'on ne compare plus à ceux des pays viticoles dont ils sont les ambassadeurs, mais qu'on déguste simplement, avec l'attrait de la découverte, de l'expérience, du test qu'on reconduira; ou non. Tout simplement. 

Enfin, il y a les bulles ! 
Manne internationale, elles ont également piqué nos anciens et jeunes vignerons. Qu'elles soient issues de méthode ancestrale (Pet Nat), de méthode Charmat ou de méthode traditionnelle, qui ne propose pas un vin effervescent aujourd'hui dans le vignoble québécois ? 
Qu'ils en fassent 200 ou 5000 bouteilles, j'ai remarqué une chose : à chaque fois que j'ai visité des vignerons dernièrement, on m'a toujours proposé de goûter au mousseux de la maison, même lorsqu'il n'était pas officiellement établi ! 
Et ce n'est pas parce qu'on attendait Monsieur Bulles, non. 
C'est bien parce que le vignoble du Québec a enfin compris que le vin effervescent est sans doute la catégorie la plus fiable à élaborer, car le résultat est immédiatement positif. Certes long à élaborer, toutefois, instantanément bon à la commercialisation. 

J'ai écrit il y a 15 ans « que de ne pas élaborer de mousseux au Québec serait une erreur professionnelle ». 
Je persiste et prétend aujourd'hui que de ne pas élaborer un bon mousseux au Québec est une faute professionnelle. 
La connaissance actuelle de ce qui fait le vignoble québécois pousse inexorablement au vin effervescent. Et comme les bulles servent à célébrer, je célèbre ici la nouvelle génération de vignerons qui se met actuellement en place au Québec. 
Qu'elle soit issue des parents qui ont défriché la terre pour elle dans les années 1990 ou qu'elle soit novice, uniquement motivée par le goût du produit authentique bien fait, cette génération a la foi en une signature québécoise du vin qui signe un avenir prometteur. 
C'est là l'essentiel.   Vidal du Québec
30 nov. 2018 par Monsieur Bulles
bouchon stoppeur Je suis sûr que cela vous est déjà arrivé : prendre un verre de champagne* de la bouteille ouverte la veille, qu'on n'avait pas finie, et le trouver meilleur ! En fait de meilleur, on le trouve moins agressif, moins fougueux et surtout, plus aromatique, plus savoureux. Est-ce bien normal ?





Meilleur, je ne sais pas. 
Car c'est une question de goût.
Plus enjôleur par contre, certainement...

Les expériences en laboratoire démontrent que les vins mousseux, issus de la méthode traditionnelle, présentent une surpression de gaz de 4,2 à 5,5 atmosphères au moment de l'ouverture de la bouteille. 

Si j'exclus les cuvées particulières, de prestige ou anciennes, la plupart des champagnes*, versés et dégustés dans les minutes qui suivent leur ouverture, présentent une effervescence fougueuse, voire grossière, qui pourra être perçue comme désagréable. 
De plus, les arômes qui accompagnent ce caractère tonique des bulles sont souvent associés à l'acidité de fruits et à une fraîcheur agressive qui déroutent le consommateur.

En fait, champagnes et mousseux qui ont fait moins de 20 mois sur lattes présentent souvent ce comportement et ces arômes adolescents.

L'autolyse seule, est l'étape qui construit un comportement raisonnable de l'effervescence, entremêlant une complexité aromatique typique (voir le lien sur l'autolyse).

Donc en laissant votre bouteille pendant 24 h au frais, après en avoir soutiré seulement deux verres (il faut idéalement qu'il y ait davantage de vin que d'oxygène  à l'intérieur du flacon), puis en la bouchant avec ce qu'on appelle un bouchon stoppeur, vous dégusterez logiquement, le lendemain, des bulles plus menues, au comportement plus sage qui accompagnent des arômes plus expressifs, plus faciles à reconnaître, avec parfois une sensation beurrée ou toastée (notes oxydatives).

Moins vif, plus pondéré, votre champagne* aura gagné en sagesse, une sagesse qu'on découvre dans les vins effervescents dont ont a étalé les étapes de création.
Les cuvées rares ou de prestige en sont issues, tandis que les cuvées d'entrée de gamme qui forment 85 % de la production, naissent plus rapidement. 

Les laisser ainsi respirer avec cette astuce de 24 h offre parfois d'agréables surprises.
Attention toutefois, je n'écris pas que votre champagne* sera meilleur - puisqu'il s'agit d'une question de goût - mais il sera plus engageant...4 types de bouchons stoppeurs
*Le sujet de l'article concerne tout autant les autres vins effervescents.
11 oct. 2018 par Monsieur Bulles
verres à champagne Influencées par les tendances de certaines époques et les progrès de moulage du verre, les sociétés ont employé toutes les sortes de verres à pieds, depuis la coupe évasée jusqu'à la flûte étroite en passant par le simple ballon. La fameuse coupe « de nos grand-mères » permettait grâce à sa forme d'aérer le vin effervescent, de le rendre moins pétillant. On ne pouvait y apprécier le train de bulles et très souvent, le vin débordait au moment du service ou dans la jubilation de l'événement. La coupe a été populaire du fait que son moulage était facile pour les premières entreprises de cristallerie. Elle est de plus en plus rare dans les boutiques spécialisées.
La flûte est encore très appréciée et reste la plus populaire parce qu'elle offre au dégustateur le spectacle du train de bulles qui monte à la surface. Sa forme allongée et étroite se distinguant forcément des autres verres, tout le monde sait qu'on déguste un champagne ou un mousseux dès qu'on l'aperçoit. Toutefois, elle n'est pas la plus efficace pour apprécier le vin, car son gobelet étroit emprisonne les arômes et accentue l'effet gazeux. 

Les flûtes ont été créées à la fin du 18ème siècle, à l'époque où le vin de champagne ne pétillait pas de façon systématique. 
Devenues classiques dans le service en brasserie un siècle plus tard, les maîtres d'hôtel dépolissaient le fond intérieur de la flûte par une croix gravée afin d'exacerber l'effervescence, puisqu'au contact d'une surface rugueuse, le gaz carbonique naît plus facilement. Encore aujourd'hui, certaines flûtes présentent cette astuce discrète.
Je rappelle par ailleurs que jusque dans les années 1850 - soit 150 années environ après la création "officielle" du champagne - seulement 20 % de la production du vin élaboré en Champagne était vraiment effervescente !  Les maisons perdaient encore jusqu'à 50 % de leur production parce que les bouteilles explosaient en cave.

Partant du principe que champagnes et mousseux sont avant tout des vins blancs (ou rosés) transformés en vins effervescents, je considère qu'un verre à vin blanc classique est la forme la plus adéquate pour les apprécier au mieux, si l'on ne veut pas multiplier les variétés de verres dans son vaisselier. 
Depuis plusieurs années, les flûtes sont d'ailleurs de plus en plus bombées et leur silhouette ressemble à celle de verres traditionnels, plus allongés. 
On les appelle verre Tulipe. 

Le marché étant riche de marques offrant jusqu'à dix formes pour une seule catégorie de vin, c'est au final une question d'esthétique une fois le choix de l'efficacité établie et le budget permis.

Au Québec, vous trouverez les marques conseillées ci-dessous, avec un bon service, dans les boutiques spécialisées tel que Vin & Passion, Vinum Design ou AlambikaVerres Revel
Riedel, Spiegelau, Lehmann, Stölzle, Schott Zwiesel, Eisch ou Veritas offrent le meilleur choix de verres
23 sep. 2018 par Monsieur Bulles
Horizontale de Vidal Depuis une trentaine d'années, les vignerons du Québec ont tenté des expériences d'encépagements, plus ou moins heureuses. Des variétés ont démontré leur solide adaptation au terroir Québécois qui, finalement, s'est dessiné avec ce qu'on appelle des hybrides et des raisins issus de la vitis vinifera - dits nobles - communément employés dans le monde. Les cépages hybrides (croisement de vitis labrusca ou/et vitis riparia avec la vinifera) ne sont pas moins aristocrates que les autres, mais l'adjectif qu'on leur a donné - synonyme de bâtard - n'a jamais été pour le moins charmeur, à tel point que même les vignerons de la province semblent gênés, aujourd'hui, de dire qu'ils les utilisent, depuis l'émergence des nobles dans le vignoble... Le débat qui perdure sur l'emploi des cépages est selon moi stérile, car après tout, un vigneron qui assume ses choix de plantation, n'a pas à les justifier auprès d'un confrère, mais plutôt auprès du consommateur. Et la justification est finalement dans le verre : c'est bon ou c'est mauvais ! Et c'est parce qu'il s'agit précisément d'une question de goût, que le débat est stérile. Par contre, quand un vignoble accède enfin, après trente années de labeur, à une reconnaissance officielle de ses caractéristiques et de ses valeurs à travers l'instauration d'une Indication Géographique Protégée, c'est-à-dire la volonté politique d'être observé et contrôlé, le débat n'est plus stérile. Il est la voie vers le meilleur.
Le complexe du p'tit pain qui crée le complexe du p'tit vin

Au cours d'une tournée parfaitement organisée par le Conseil des Vins du Québec pour des journalistes, sommeliers et blogueurs, en ce mois de septembre 2018 (veille de l'obtention officielle de l'Indication Géographique Protégée), plusieurs dégustations et ateliers initiatiques avaient été organisés en vue de présenter le vignoble dans son ensemble. Tout fut parfait, sauf que tous les influenceurs présents (comme on dit aujourd'hui) ont ressenti dans les discussions avec les vignerons ce que j'appelle le complexe du p'tit pain.

"Né pour un p'tit pain"; l'expression populaire au Québec employée pour signifier - et justifier - un complexe de comportement, le plus souvent professionnel, est encore symptomatique dans l'univers du vin de la province, alors que ce dernier a trente années d'existence et qu'une nouvelle génération de vignerons se met en place ! 
En les écoutant présenter l'encépagement de la province, j'avais l'impression d'être sous l'Ancien Régime, au temps de la noblesse, du clergé et du tiers état (le peuple) avec la connotation de mépris pour ce dernier. D'un côté les cépages issus de la vitis vinifera dits nobles (mettons-y le clergé tant qu'à y être), de l'autre, des croisements de ces premiers avec des cépages issus de la vitis lambrusca et/ou riparia, dits hybrides, c'est à dire des bâtards; donc le peuple.

Si j'extrapole un peu en nous comparant à du raisin, pourquoi ces cépages hybrides ne seraient-ils pas devenus, comme nous, citoyens, tout simplement ? Libres et égaux en droit comme disent les textes...

Arrêtez donc, vignerons du Québec, de partager votre vignoble en deux avec la noblesse d'un bord et le peuple de l'autre, arrêtez de mentionner systématiquement le terme hybride dont le consommateur se fiche, de toute façon, puisqu'il ne sait pas ce qu'il en retourne, et dites seulement le nom du cépage sans mentionner son origine familiale. Les bordelais n'annoncent pas "merlot vinifera", les bourguignons ne disent pas "chardonnay vinifera" ! 
Cessez de dire "Vidal hybride" parce que justement, ce cépage n'a pas à rougir de son origine, d'autant plus qu'aujourd'hui, ici au Québec, grâce à vous, il est comme le chenin blanc de la Loire : il permet l'élaboration de vins effervescents, tranquilles, secs, demi-secs et liquoreux, et qu'il offre les meilleurs vins blancs du pays. 

Alors qu'il y a encore 10 ans, vous vous chamailliez sur le bien-fondé de l'emploi de la vitis vinifera, il semble que tous, aujourd'hui, partagiez vos hectares avec elle et des hybrides. Arrêtez donc d'être gênés de présenter un vidal, un seyval, un marquette ou un frontenac noir versus un chardonnay, un gamay, un pinot noir ou un cabernet. Assumez l'emploi pertinent de tous, selon votre lieu de production et votre démarche professionnelle sans dévaloriser vos choix.

Après des années de discussions plus ou moins polémiques qui, souvent, m'ont fait pensé à des querelles de cours d'école - soit dit en passant -, les vignerons du Québec sont passés à autre chose, ils ont vu non pas forcément plus grand, mais plus solide, plus cohérent, plus fédérateur, ils ont créé l'Indication Géographique Protégée. Bravo. 
Il faut à présent l'assumer. 
L'IGP, c'est la porte de sortie de l'adolescence.
 
Bien entendu, toute la profession ne va pas immédiatement adhérer à la cause; il faut de tout pour faire un monde, il y aura toujours des voix marginales pour s'élever contre les règles établies, même si ce sont ces dernières qui permettent d'avancer dans n'importe quelle profession. Les procéduriers perdront leur temps en la refusant.
Désormais, grâce à l'IGP, le Québec viticole va être observé de plus loin. Il va être considéré. Je n'entendrai plus en Europe ou ailleurs "ah, vous faites du vin au Québec ?", mais "On a entendu dire que vous faites du vin, que vous avez créé un cahier des charges pour faire avancer les choses. Bravo. En 30 ans à peine, c'est une prouesse." 
Parce qu'elle est là la justification d'un encadrement d'état, l'IGP attire d'abord la curiosité, puis elle force le respect, elle crédibilise, pour enfin se faire inviter aux côtés des autres encadrements officiels.
Il y a 2000 ans, on dit qu'il y a quelqu'un qui a multiplié les p'tits pains. Son histoire a fait le tour du monde. Les vignerons du Québec pourraient s'en inspirer et commencer par éviter, surtout, de penser qu'ils font des p'tits vins.
Vous faites du vin. Point. Et c'est au consommateur de dire s'il l'aime ou pas.

Une reconnaissance publique limitée, tantôt boudée, tantôt plébiscitée

Même si l'on est dans la profession depuis 20 ans - celle qui touche à l'univers du vin et des alcools -, des collègues qui étaient avec moi lors de cette tournée le reconnaissaient : on connaît mal le vignoble de la province parce qu'on ne s'y est jamais vraiment intéressé. 
Il a toujours été considéré comme marginal, ce qui est paradoxal puisque c'est le nôtre et qu'il est là, à notre porte ! Tous les domaines sont dans un périmètre qui ne dépasse pas 200 km depuis Montréal ou Québec, pourtant, certains n'ont jamais reçu la visite d'un journaliste vinique. 
On fait 6000 bornes pour aller voir le vignoble de Toscane, mais on trouve trop loin celui des Cantons de l'Est ! 
Des excuses ? 
Sans doute : le fait d'abord que les vins n'ont pas été distribués en SAQ pendant des années, freinant logiquement la facilité et l'attrait d'y goûter. L'amateurisme des vignerons ensuite, dont beaucoup ont pensé que les raisins étaient comme des tomates dans un potager; qu'il suffisait de les observer, de les cueillir, de faire sa sauce, de la vendre et d'attendre la prochaine saison. Dans l'accueil au domaine, la mise en valeur du produit comme dans la qualité de ce dernier et sa tarification, l'inconsistance l'emportait sur la cohérence. 
Enfin, la qualité inconstante des vins, quelle que soit leur couleur, qui était chronique. 
Confrontée à la critique et à la comparaison de l'offre dans le monopole, le combat était perdu d'avance. On goûtait les vins du Québec, on les comparait, puis on les boudait. Leurs élaborateurs avaient beau les défendre en précisant que leur vin ne pouvaient pas avoir le même goût que ceux de France, d'Argentine ou d'Australie, on leur répondait que malgré tout, cette différence de saveurs pour nos papilles, certes formatées, variait quand même trop selon les millésimes qu'ils nous proposaient. 
Trop de disparités, trop de maquillage et une authenticité limitée ont détourné l'intérêt des influenceurs professionnels.

Aujourd'hui, les vins québécois sont en SAQ et en Épicerie, la plupart des domaines sont ouverts au public et l'accueil est professionnel. Les premiers salons viniques étaient timides, ils sont aujourd'hui attendus par les consommateurs. Les réseaux sociaux entraînent les amateurs derrière leurs réflexions et invitent les profanes à donner leur avis. Bons ou mauvais, pertinents ou vexants, les commentaires nourrissent et font finalement avancer la cause du vin du Québec parce que les vignerons sont mis au courant. Enfin, la tendance du "consommons local", du "buvons local" facilitent la promotion.

Vidal, le chenin blanc du Québec

Puis deux phénomènes se sont produits. 
Récemment. En fait, dans la dernière décennie. 

De nouveaux producteurs sont apparus sans parler de projets de retraite dans l'achat de leur domaine. Ils étaient jeunes, instruits et ambitieux. Faire du vin et retrouver la nature oui, mais une business est une business, et il n'était pas question d'attendre 20 ans pour amortir l'investissement. 
Plus cohérents que leurs aînés vingt ans plus tôt ces nouveaux paysans ? 
Plus lucides sûrement. 
Ils ont profité des erreurs de ces derniers, ils ne sont pas tombés dans les mêmes pièges, ils n'ont pas écouté les pépiniéristes avec l'éternel cépage qui va révolutionner le Québec viticole, ils se parlent entre eux, et puis bien sûr, ils ont profité des nouveaux moyens de communication, sachant que leurs futurs consommateurs avaient un écran à la place de la main. 

Côté jardin, le vidal est sorti du lot. 
Après des années de recherches et d'épreuves, le vidal est devenu la police d'assurance du vigneron québécois. Certes enclin à quelques maladies (notamment le mildiou), il s'est révélé être le plus polyvalent des cépages face à la nature, et surtout, le plus unanime face aux papilles des dégustateurs. 
Le cépage vidal a progressivement eu l'attention et la bénédiction d'une majorité de vignerons qui en ont fait le cépage blanc clef de la province. 
La dégustation de vidal mise en place lors de cette première tournée journalistique a marqué les esprits. Qu'elles soient effervescentes ou tranquilles, toutes les cuvées ont été appréciées pour leurs caractéristiques parce qu'on y reconnaissait le vidal et qu'en plus, la patte du domaine était bien présente. 
Et quand la signature d'un vigneron se laisse saisir au sein de cuvées d'un seul cépage, c'est que le terroir a été perçu, qu'on a tenté de le maîtriser et de le mettre en bouteille. 
Les plus grandes appellations viniques du monde se distinguent ainsi... 
Laissons nos vignerons avancer, ils font des pas de géant.


Vidal 2015 Courville
12 jui. 2018 par Monsieur Bulles
B. Bridge 2004, B.Cusiné 2009, Croser 2005, Mumm R. Lalou 1999 Le champagne a la particularité d'être construit par le temps et c'est ce dernier qui lui donne ses saveurs particulières de toasts, de biscuits ou de pâtisseries. Le cahier des charges de l'appellation oblige le respect de paramètres qui créent l'identité marquée du champagne. Sauf exception (comme le Franciacorta), le cahier des charges d'autres appellations de bulles dans le monde est souvent plus souple, entraînant une personnalité moins prononcée au niveau du vin. Alors pourquoi le temps permet-il ce rapprochement identitaire ?
Les fameuses notes de pains beurrés, de croissants ou de toasts blonds, bref, tous ces parfums qui nous rappellent ceux d'une boulangerie ou d'une pâtisserie, sont créés au cours de l'élaboration du champagne par l'étape qu'on appelle autolyse, déjà expliquée ici, dans un précédent billet. 

Il est amusant de constater que ce sont les levures qui sont l'origine et le point commun entre une création pâtissière et la création naturelle des arômes qui se développent dans le vin !

Il est encore plus singulier de constater que si vous laisser une pâtisserie beurrée, sécher sur le comptoir ou ramollir dans un sachet, les sucres et le beurre qui la parfument, seront davantage marqués.
 
Un rancio aromatique d'évolution s'amorce exactement comme pour un vin qu'on aura laisser vieillir en cave; la différence entre le solide et le liquide est que pour le premier, la pourriture gagne et finit par occulter ce rancio à cause de l'oxygène, tandis que pour le liquide, l'alcool et sa protection dans un contenant permettent de le conserver.
Ainsi, lorsqu'on déguste et compare de vieux champagnes avec de vieux crémants, de vieux cavas, de vieux franciacortas ou d'autres mousseux âgés de qualité, on se rend compte que la palette aromatique est toujours tertiaire (empyreume, torréfaction, pâtisserie, etc) et subtile : c'est le temps qui imprègne ces vins de ses saveurs pour en faire des cousins, voire des frères, à la ressemblance souvent édifiante.
    
Faites l'expérience chez vous, en comparant un champagne avec une appellation de vin effervescent dont le temps sur lattes aura été conséquent (au moins 36 mois) ou que vous aurez conservé plus de 5 années dans votre cellier, après son achat : leur goût et leur comportement ne seront pas si éloignés que cela.

Et si vous avez la chance de faire la même expérience avec des bulles qui ont plus de 15 ans, vous ne saurez pas identifier le champagne du franciacorta, du cava ou du crémant.

Le temps les aura, tous, définitivement paré du même habit... Mais l'homme moderne étant impatient, rare est celui qui a goûté à cette expérience.

11 jui. 2018 par Monsieur Bulles
Carafe à eau, verres et champagne Mon opinion sur le passage en carafe d'un champagne ou d'un mousseux est plutôt catégorique : c'est un geste purement esthétique et inutile au regard de la nature seule du produit. Tout d'abord, le verbe « carafer » n'existe pas; du moins, pas encore. Le terme « carafe » vient de l'italien caraffa, qui lui-même viendrait d'un dialecte arabe dans lequel garafa signifiait « verser à la louche ». On passe en carafe pour aérer le vin et l'on décante un vin lorsqu'on veut éliminer les sédiments qu'il peut contenir.

Je ne vois pas l'intérêt de verser du champagne dans une carafe, d'autant moins lorsqu'on me tend l'argument que cela permet de l'aérer, de le rendre moins gazeux et plus digeste ! 

Les chefs de cave mettent quinze mois à trois ans (bien plus pour certaines cuvées) à élaborer leur vin afin que des bulles naissent naturellement dans le vin. Si un consommateur désire une carafe pour atténuer le gaz, retirer des bulles ou mieux digérer, qu'il boive un vin tranquille, il aura davantage de plaisir ! 
Et si la carafe est un argument visant à réduire la sucrosité des cuvées demi-sec à doux, offrez-vous plutôt un vin blanc moelleux !

La carafe est, selon moi, un argument de vente et de marketing créé par les responsables commerciaux des marques - qui la conseillent -, et je ne pense pas que les chefs de cave de ces marques appuient cette démarche, car elle est méprisante envers leur travail. 

Au demeurant, si un vin présente effectivement une effervescence peu soignée et excessive, la carafe peut être une option, même si je pense que le seul fait d'attendre cinq minutes, une fois le vin versé dans le verre, sera aussi efficace que l'oxygénation de l'esthétique carafe. 

Opinion également valable pour les champagnes âgés qu'on veut aérer : un verre bien adapté se révèle le contenant le plus sûr.

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