20 avril 2018 par Monsieur Bulles
PMG de Julien Fouet Un pétillant naturel, un "Pet Nat" comme on dit désormais, est en fait un vin effervescent issu de la méthode ancestrale; c'est à dire la méthode la plus ancienne pour élaborer des bulles viniques dans un flacon. Donc, rien de bien nouveau. Sauf que depuis une très courte décennie, 2 vins sont devenus à la mode au sein d'une minorité sommelière, plus suffisante qu'attrayante : le Pet Nat et le Vin Orange. Ce dernier pouvant être aussi élaboré comme le premier. Et j'en ai ras-le-bol ! Ras-le-bol d'entendre des inepties au sujet du Pet Nat parce qu'il n'y a pas un seul salon des vins, ni un seul bar à vins qui ne présente pas actuellement un Pet Nat sans le hisser au firmament de la qualité vinique en matière de bulles !
80 % des Pet Nat que j'ai dégustés depuis un an étaient tout simplement de mauvais vins, des vins qui n'apportaient ni plaisir, ni intérêt, sinon celui d'y déceler des arômes désagréables ou inappropriés. Inappropriés à ce qu'on est en droit d'attendre d'un vin, quel qu'il soit.

J'ai même dû répondre à un sommelier - c'est à dire que mon agacement, mêlé sans doute de prétention, m'a poussé à lui affirmer - que si vraiment, il trouvait si excellent le Pet Nat qu'il m'avait servi, c'est qu'il n'avait jamais dû déguster un bon vin effervescent de sa vie, qu'il soit élaboré en méthode traditionnelle, charmat ou ancestrale !

Mais d'où vient cette subite lubie du Pet Nat ?

Alors que la contagion des Extra-Brut se poursuit, la snobmellerie nous inflige à présent le Pet Nat !

Je m'adresse donc ici à celles et ceux qui sont diplômés en sommellerie, qui exercent en restauration ou en agences de représentation de vins. Et même si j'en entends certains crier à la ringardise face à ce ras-le-bol (qui n'est pas que le mien), une question me brûle : 

vous ennuyez-vous vraiment dans votre profession ? Trouvez-vous vraiment qu'il y a un tel manque de diversité sur la planète-vin qu'il faille vanter à l'excès un vin blanc, souvent trouble, aux perles carboniques fugaces et au fruité collant ou occulté par des notes de levures ?

Je ne peux pas y croire. C'est de l'hypocrisie. Ou de l'incompétence.

D'ailleurs, en interrogeant les vignerons qui élaborent ces Pet Nat, aucun d'entre eux ne se prend au sérieux. 
Aucun d'entre eux n'érige son Pet Nat au sommet de sa gamme. 
Ils le conçoivent simplement. 
C'est à dire dans l'amusement, dans un plaisir presque égoïste qu'ils reconnaissent. D'abord pour eux-même et leur entourage. Ensuite pour quelques acheteurs éclairés par eux, sans fanfaronnerie... 
Leur Pet Nat est un jeu, parfois superficiel et souvent éphémère, puisqu'ils ne le répètent pas d'ailleurs, à chaque millésime. Et le faible nombre de bouteilles élaborées indique justement leur humilité. 

N'est-ce donc pas cette dernière qui devrait être véhiculée, plutôt que les commentaires bavards que j'entends dans les dégustations où se loge un Pet Nat, voire dans la vente insistante en restaurant auprès du client naïf, étourdi par trois mots savants du sommelier.

Qu'on ne se méprenne pas. 
Je ne rejette pas les Pet Nat. J'en achète évidemment. Car Il y en a d'excellents. 
Encore faut-il les positionner à leur place sur l'échiquier des vins de ce monde. Un Pet Nat n'est, après tout, qu'un embryon de vin qui poursuit sa gestation en bouteille grâce au sucre et aux levures retenues. Il se fait tout seul, il devient vin pétillant par lui-même; sans trop d'interventions du vigneron.

C'est peut-être pour cela qu'au moins 2/3 d'entre eux sont de mauvais vins, car curieusement, la méthode ancestrale est particulièrement difficile à contrôler, encore aujourd'hui. Parlez-en aux Limouxins qui lui ont donnée quelques lettres de noblesse...

Observez la réaction du consommateur courant après qu'il ait testé pour la première fois un Pet Nat. Elle est toujours consternante. "Vous êtes sûr que ce vin n'a pas un défaut ?" est la remarque qui suit deux fois sur trois, s'il n'est pas intimidé - au point de rester coi -  par la présentation promotionnelle du sommelier.

Pourquoi suis-je aussi agacé, de plus ?

Pour leurs prix ! Pour les tarifs affichés des Pet Nat ! Toujours plus élevés que ceux du vin "déposé" de l'appellation d'où il est issu. Donc illogique.

J'en ai assez parce c'est à cause de ces attitudes et de ces pratiques que la sommellerie a cette image tenace de fatuité auprès des consommateurs, où que l'on soit dans le monde. 
Une minorité l'exerce encore trop souvent le menton relevé et la langue pendue. Et depuis peu, elle pousse les Pet Nat qui finalement, sont comme les bananes d'aujourd'hui : vendues vertes avec une durée de vie sur le comptoir de 48 heures.

Il y en a malgré tout de très bons, comme celui-ci, dégusté dernièrement. Un Pet Nat qui réconcilie !

Cuvée PMG - Dénomination "Pour Ma Gueule" de Julien Fouet -  Méthode ancestrale - VMQS - Loire - France - 22 $ - Représenté au Québec en importation privée par l'agence Bénédictus.

Un chenin blanc aux bulles menues et persistantes qui habillent une texture suave à l'enveloppe juste assez mordante pour rappeler le cépage (pamplemousse, silex) et rafraîchir les papilles sans qu'aucune note de fermentation ne viennent les déranger. Le vin n'est absolument pas sucré, je le préconise donc à l'apéritif avec quelques huîtres ou avec un fromage assez crayeux.
Contre-Étiquette de PMG
23 nov. 2017 par Monsieur Bulles
Cave en Bourgogne Est-ce que les champagnes et les vins effervescents vieillissent bien ? Aussi bien que les vins tranquilles ? Et peut-on les mettre en cave plusieurs années ? Absolument ! Je dirais même qu'ils ont un potentiel d'endurance bien plus élevé que certains vins blancs ou rouges, supposément de garde... Mais comme pendant des décennies, la Champagne n'a pas commercialisé son vin comme un vin de garde et que toutes les autres appellations de bulles dans le monde ont suivi la grande soeur de la Marne, personne ne devine l'endurance de ces vins. Et pourtant...

Oui, le champagne et les mousseux de toute appellation de qualité se gardent ! 
Ils se conservent en cellier et se bonifient comme les autres. 
Cependant, comme les vins effervescents ont toujours été commercialisés comme des vins de célébrations, des vins à consommer dès leur achat - qu'il soit de Champagne ou d'une appellation de bulles - aucune marque n'a véhiculé leur potentiel de garde.

Bien sûr, des nuances sont à apporter. Et comme avec les vins tranquilles, tous les effervescents ne peuvent se conserver avantageusement. 

Si toutes les cuvées de bulles sont prêtes à boire dès leur commercialisation, certaines gagnent à être attendues un certain temps selon les caractéristiques gustatives aspirées. Les cuvées issues d'un seul millésime, de prestige ou non, ont généralement des potentiels de garde de plus de 15 années. 

Celles de Champagne vont évoluer comme un grand vin de Bourgogne blanc tandis que les mousseux d'appellation évolueront comme un vin blanc donné, dont le point commun sera le cépage ou l'assemblage de cépages.

Certaines grandes maisons de champagne véhiculent d'ailleurs, actuellement, cette réalité... ce potentiel de garde.
Alors que pendant des décennies, elles se sont attachées à vendre leurs cuvées pour être consommées de façon frivole, lors de réceptions et de fêtes où l'on tend son verre sans demander ce qu'on y verse, elles prônent aujourd'hui que le champagne est avant tout un vin blanc à part entière dont les paliers d'évolution gustative s'accordent adéquatement à table, sur des mets précis et travaillés. 

Et pour mieux démontrer les effets agréables du temps sur le vin de Champagne, certaines maisons mettent en marché de vieux millésimes, tardivement dégorgés.  
Moet & Chandon propose depuis dix ans ses vieux millésimes dégorgés quelques mois avant leur commercialisation, Veuve Clicquot a sa gamme de Cave Privée, De Telmont se fait connaître avec sa collection Héritage, Lanson offre ses "Vintage Collection" dégorgés à la demande depuis plus de 30 ans et ses Extra-Âge font le bonheur des amateurs. Quant aux Plénitudes de Dom Pérignon, elles sont les ambassadrices de cette évidence. 

Toutefois, ses cuvées restent rares et dispendieuses. 
Et puis, il y a une nuance à apporter : elles ont attendue en cave champenoise avant leur dégorgement tardif. Elles ont donc attendue en tant que vin blanc en phase de champagnisation. Ce sont des vins qui sont prêts à boire pratiquement juste après leur dégorgement.

Les Brut Sans Année, ces cuvées qui composent 90 % de la production, qui passent 15 à 40 mois sur lattes avant leur dégorgement et leur commercialisation, ce sont elles qu'il faut aussi découvrir comme des vins de garde. Ce sont elles qu'il faut oser glisser quelques années dans nos celliers personnels pour mieux apprécier leur comportement et leurs saveurs d'évolution. 

Faites l'essai chez vous: acheter le BSA de votre maison préférée et oubliez-le au moins 7 ans. Vous le retrouverez arrondi par le temps et ce dernier lui aura transmis des arômes insoupçonnables à travers des bulles, certes moins vibrantes que dans leur jeunesse, mais tout aussi persistantes si la qualité initiale était là.

Bref, même non issue d'un millésime ou d'une particularité qui en fait une cuvée spéciale, une bouteille de champagne a une endurance remarquable.Tourneurs dans une cave
14 oct. 2017 par Monsieur Bulles
G. REVEL Il ne suffit pas de savoir goûter pour écrire sur le goût. Le sujet est plutôt tabou. Tabou dans la profession. La profession des testeurs. Des testeurs de vin. Des testeurs de vin qui ont une plume. Une plume officialisée, justifiée, maladroite, opportuniste ou... plagiée.
Officialisée par l'organe de presse, renommé et puissant.
Justifiée par l'apprentissage et le talent. Justifiée par le métier. Le métier de rédacteur.
Maladroite quand le talent est absent; que ce soit le talent de rédacteur ou le talent de dégustateur. Quand les deux talents sont absents, ce n'est plus de la maladresse, c'est de l'insignifiance. 
Opportuniste quand la plume est commerciale. C'est aujourd'hui la plus répandue. Et la plus opaque. Les publicités la payent. Elle est donc la plus défendable dans une société capitaliste; ce qui ne signifie pas qu'elle est la plus justifiable. 

Plagiée quand la plume est volée, copiée ou détournée. Elle est rare - quoique -, mais elle est la plus dérangeante, la plus violente pour l'auteur, le vrai, l'authentique.

C'est finalement elle qui sème le tabou: la plume dérobée, la plume entachée. Celui qui plagie ne sait ni goûter, ni écrire. Il sait semer le doute. Il provoque, il épie. Et il génère la zizanie.
Le sujet est donc tabou parce qu'en parler, c'est dénoncer.
On dénonce quand la goutte a fait déborder le vase, quand l'indifférence ne suffit plus, quand la frustration cède la place à la colère, quand l'excès est atteint.

Depuis que le vin est devenu mondain, mondain dans la presse au point qu'il y a aujourd'hui une chronique vin dans tous les journaux, dans tous les magazines, qu'ils soient gastronomiques, sportifs, juridiques ou "pipoles", le vin est devenu un vrai sujet. 
Un sujet de société.

L'encre a remplacé le vin.

Des sommeliers, des marchands de vin, des cuisiniers ont échangé leur tire-bouchon ou leur spatule pour un crayon. 
Est-ce parce qu'ils étaient mauvais dans leur profession ? Pas forcément.
Sont-ils devenus de bons rédacteurs ? Pas forcément non plus.
Toutefois, une nouvelle profession est née: chroniqueur vin.
Il y a 30 ans, le chroniqueur vin était le chroniqueur "politique" ou le chroniqueur "économie"; il était l'amateur de vin de la salle de rédaction à qui le rédacteur en chef confiait la mission d'écrire dix lignes sur le sujet dans la rubrique "plaisirs de vivre".
Le vin s'est démocratisé, mondialisé, socialisé; la page Art de vivre est née, l'encre du vin est devenue officielle. Mais pas le poste, pas celui de chroniqueur de vin. 
On a continué de laisser la chronique vin à l'économiste, au politique, au vrai journaliste, en fait.

Toutefois, l'attrait d'une spécialité journalistique était née et des vocations allaient naître. Des spoliations aussi.

Les cahiers Arts de la table ont épaissi les journaux, de nouvelles plumes sont apparues : les plumes du vin et de la gastronomie. 
Engendrées dans une société de loisirs, les rubriques vin, gastronomie, décoration, voyage ou famille sont devenues les plus populaires. Donc les plus convoitées sur le marché d'un travail confidentiel, privilégié, niché. 
De la plume au vin, du vin à la plume, il n'y a qu'un pas, non ?

On pourrait le penser.
Je ne le pense pas. 

Il ne suffit pas de savoir goûter pour écrire sur le goût du vin. Il ne suffit pas non plus de savoir écrire pour s'improviser dans le goût du vin. 
Même si, comme le dit l'adage "les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas", quand on décide de parler du goût, de la grande histoire du goût - pas la personnelle, pas sa propre petite histoire - je considère que le goût se discute.
Et pour en discuter, pour lui prêter sa plume, il faut être instruit. Instruit sur le sujet, avoir une base. Et la base du vin quand on écrit à son propos, quelle est-elle ? Non, ce n'est pas la sommellerie. C'est la bonne éducation, le savoir vivre, les bonnes manières. La sommellerie et l'histoire des hommes viennent ensuite. 
Quant à la base en rédaction française puisqu'il la faut quand on se dit chroniqueur, elle coule tellement de source que je ne m'étendrai pas sur le sujet. 
Je préfère sourire et constater que le métier de rédacteur-correcteur est en hausse dans les salles de presse.

Je suis donc estomaqué quand je lis un reportage sur un vin, une appellation ou un domaine viticole, écrit par quelqu'un qui n'y est jamais allé et qui a seulement fait un "copier/coller/détourner" d'un autre article, écrit par l'authentique auteur qui lui, a foulé les lieux et rencontré le vigneron; je suis toujours en colère quand je devine le style d'un auteur en lisant le commentaire d'un vin qui n'est pas écrit par ce dernier.

Ah, il écrit cela parce qu'il a été copié/collé, vous dites-vous... 
Tout à fait. Évidemment. 
Mais cela fait des années que certains de mes commentaires sont repris dans des publications, j'en ai fait le deuil depuis longtemps; comme certains de mes collègues, les vrais, ceux qui savent écrire sur le vin et qui se font également voler depuis des années.
Autant le prendre comme une flatterie et se dire que le copieur incompétent ou paresseux a apprécié votre prose puisqu'il se l'est appropriée.

Je n'écris pas ces lignes aujourd'hui pour me plaindre des tricheurs, mais bien pour envoyer un message aux rédactions en chef, à celles et ceux qui délèguent la mission d'écrire sur le vin à une personne dont ils ne connaissent ni le professionnalisme, ni les compétences, ni le talent, ni les valeurs. 

Malheureusement, depuis que le web est devenu organe de presse, il y a de plus en plus de tricheurs. C'est la loi du web et j'accepte cette anarchie. Le web est incontrôlable.

Toutefois, il est bien dommage, sinon dangereux, de constater que les salles de rédaction des grands quotidiens sont également infiltrées par des tricheurs, voire les mêmes tricheurs du web.

L'encre a remplacé le vin... et ce dernier est parfois bouchonné.
16 sep. 2017 par Monsieur Bulles
Monastère de Rila Les voyages de presse organisés pour les médias par des agences de tourisme sont davantage épuisants qu'épanouissants. Oui, nous sommes gâtés parce que nous voyageons, oui nous sommes gâtés parce que nous cheminons dans un univers attrayant, oui le plaisir des sens est constamment présent dans notre quotidien. Toutefois, cela reste une profession; donc une tâche où la fatigue, voire l'épuisement est possible, naturel, normal, logique et légitime. On attend de nous - la presse du voyage et des arts de la table - des articles qui mettront en valeur ce qui a été visité, rencontré, goûté. Les institutions qui nous invitent le savent. Leur mission est de nous séduire. Parfois, il y a des dérapages...
Bulgarie : Plovdiv - Sofia via Rila et Sandanski : départ imminent. 

Quand j'ai vu le bus, style année 1990 (sans doute acquis juste après la tombée du rideau de fer), mis à notre disposition par l'office de tourisme de Bulgarie, je me suis dit que la tournée allait être pittoresque. 
Une courte tournée de deux jours suivait le plus grand et, selon moi, le meilleur concours de dégustation de vin dans le monde, le Concours Mondial de Bruxelles (CMB), organisé en cette année 2016 à Plovdiv. 
Nous étions une cinquantaine de journalistes du monde entier à avoir accepté l'invitation de l'agence de voyage Bulgare Travel Atelier. Cinq groupes de dix personnes pour cinq bus à l'assaut culturel de la Bulgarie. 

Plovdiv étant la capitale européenne de la culture en 2019, tout le monde a pensé que les guides engagés pour la circonstance, sauraient nous présenter au mieux leur pays.  

Quand j'ai vu le chauffeur (aussi accueillant que Leonid Brejnev devant un défilé de la place rouge) essayer de caser dix valises dans le coffre arrière qui ne pouvait en contenir que sept, j'ai su que le pittoresque allait être pénible. 
Il y a des indices qui ne trompent pas quand on voyage depuis 20 ans. 
   
Trois valises ont donc dû prendre place à nos côtés, dans le mini-bus. Bienvenue dans l'univers routier Bulgare, inconfortable et risqué.   
Puis le guide nous a donné le programme des deux jours de tournée. 
Curieusement, il avait été révisé: le sien démarrait à 8 h, le nôtre à 7 h. Il était 8 h 30, donc le guide s'est présenté avec 1 h 30 de retard. Une fois les vérifications d'usage terminées, on s'est mis en route à 9 h, soit 2 h de retard sur le programme officiel.    
Le groupe de dix que nous formions a alors dégagé une attitude de scepticisme, voire d'agacement, qui devait logiquement s'accroître au cours de la journée. Travel Atelier avait sélectionné pour nous le sud-ouest du pays avec un monastère, une ville historique et trois domaines viticoles à découvrir. 
 
Sur le papier, c'était attractif. Sur une carte géographique, c'était abusif. 

En survolant rapidement la carte, j'ai pronostiqué qu'on ferait au moins 10 h de bus en deux jours. Ce matin, c'est autour de 180 km à faire, à une moyenne de 70 km/h à cause de l'état de la route (aussi impeccable que celles de Montréal), de ses lacets et du monastère à atteindre qui culmine à 1200 m d'altitude. 
On s'est dit qu'on y arriverait vers 12 h 15. 
Ce n'est pas grave, on y était attendu à 11 h 15 sur le programme officiel.  

Au demeurant sympathique, notre guide s'adressa à nous deux fois, entre deux manipulations de son téléphone qui le divertissait d'un jeu de  "candy crush fruit".  Peu bavard, sa première intervention fut pour nous signifier que nous roulions en bordure d'une rivière qu'on ne pouvait pas apercevoir à cause des fenêtres embuées (la clim était en option en 1990). 

Sa deuxième intervention fut pour nous proposer un arrêt pipi après 1 h 30 de route, à mi-parcours du trajet.  À mi-parcours, ça signifiait donc 3 h de route. 
Comme la bouteille d'eau ou le café n'était pas offert (et pourquoi pas prévu aussi, c'est un bus touristique, pas une ambulance!), tout le monde en profita pour s'acheter une réserve salutaire de collations diverses à la station-service. 
De retour dans le bus, une vague de siestes s'abattit sur nous; sans doute l'effet du petit déjeuner sommaire de la cantine de l'hôtel.    

12 h 15, monastère de Rila en vue, la première étape.    

Notre guide s'active, il a compris que le retard ne sera jamais rattrapé. Il faut quand même accélérer le rythme. 
Faites crépiter les kodacs rapidement parce qu'après, il y a un musée d'icônes, de croix de bois et de bibles ancestrales. On va le faire en 1/2 heure, c'est suffisant.  Et oui messieurs dames, on est partis très en retard, faut avancer maintenant. 
Après tout, un monastère du XIIIème siècle, tout le monde s'en fiche. Il appartient seulement au patrimoine culturel mondial.   
45 mn, c'est suffisant pour qu'il imprègne votre mémoire.   
En parlant de mémoire, on va y aller parce que les verres de vin et le lunch doivent être déjà servis au vignoble et on est quand même à 2 h de route.  

C'est la deuxième étape de la journée, on y était attendu à 13 h 30, il est 13 h 15.   J'ai bien fait de m'acheter des chips à la station-service.   

Ah tiens, la collègue Luxembourgeoise s'énerve.   Elle aime bien la ponctualité, dit-elle au guide plus blasé que réceptif. À mon avis, elle pète un plomb avant la fin de la journée.   

En effet monsieur le guide, il fait plus chaud qu'à Plovdiv, on est à la frontière grecque.   
Pertinente votre troisième intervention de la journée.  
Ah oui? Il y a aussi une rivière qui délimite les deux pays ? 
Vous avez l'air d'aimer ça les rivières?  Ça tombe bien, je vois sur la carte qu'on va en croiser trois, demain, en remontant sur Sofia, on va avoir de la conversation.   

15 h 15, arrivée au vignoble Orbelus. 
L'heure où l'on devait le quitter sur le programme. 
   
On va peut-être manger tout de suite, avant d'admirer votre chaîne d'embouteillage, parce que voyez-vous, on a la dalle. L'ami Croate a les dents qui rayent le parquet et les deux Italiens hallucinent des spaghettis. On dégustera vos vins pendant le repas monsieur le vigneron, ça va calmer tout le monde. 
   
Tiens, la Luxembourgeoise n'est plus là. Elle a craqué. Elle a demandé au chauffeur de la conduire dès maintenant à l'hôtel.   
17 h 30, fin de la visite du vignoble. Les vins et l'accueil furent excellents. Il faut quand même le souligner.  
Mais, on n'a toujours pas rattrapé les 2 h de retard. Le chauffeur est revenu, il a eu le temps de déposer la collègue du Luxembourg à l'hôtel. Il ne doit pas être très loin ce dernier. En effet, l'hôtel est à 1/2 heure nous dit le guide.    
 
Sur le programme, c'est la visite de la ville de Sandanski, ville natale supposée de Spartacus. Et oui, le héros était Thrace, pas Romain. Sauf que la visite devait commencer à 15 h 30... 
Et il va être 18 h. Spartacus attendra...    

Comme la fatigue et l'exaspération générale ne suffisent pas, la pluie se met de la partie lorsqu'on arrive à l'hôtel. On a tous mal au dos, on a presque fait 5 h de route dans un bus moins confortable que les jaunes canaris des commissions scolaires du Québec. 
Personnellement, je commence à tirer la gueule, celle du collègue Croate est déjà à terre. Le Belge résigné, garde le silence ; la Française a commencé son rapport pour l'agence de tourisme, le Chinois rit jaune, si, si...      

À l'hôtel, Ô surprise, seuls quatre journalistes descendent ici. Trois étoiles sur la porte, c'est comme une étoile à l'ouest du Rhin. On nous annonce que le groupe est divisé en deux.   
C'est con, on avait noué une solidarité conviviale, on se motivait pour ne pas craquer. On allait parler l'espéranto, tout le monde se comprenait, rien qu'en regardant les poches sous les yeux. 
   
J'accompagne donc les six autres collègues dans un autre hôtel... qui n'en ai pas un ! C'est une pension de famille, style soviétique pré-pérestroïka. On a fini par la trouver après avoir tournoyé dans Sandanski in the rain, la ville qu'on devait visiter entre 15 h 30 et 18 h.  Sauf qu'il est 18 h.   

La tournée se transforme en "Retour vers le futur au pays des soviets ».   
Comment dire ? Sandanski by night, sous la pluie, c'est un peu comme Joliette dans les années 1980, sans éclairage dans les rues. Sandanski est sans doute magnifique et attrayante, c'est une ville thermale parsemée d'artères piétonnières. Sauf que nous ne les verrons jamais.   

On découvre nos chambres et là, les Italiens craquent.  
Ça gueule un Italien qui se fâche.   

Et oui, on a tous une salle de bain 3 en 1. Il y a les 5 à 7, maintenant il y a les 3 en 1 : toilette, lavabo et douche dans trois mètres carré où il faut brancher le cordon de la douche sur le robinet du lavabo pour avoir un espace douche dont le support est au-dessus du lavabo !!  
Si t'es fatigué, tu t'assoies sur les toilettes, elles sont juste en dessous! (photo jointe en bas à gauche)    
Le sort s'acharne sur l'Italie : le couvercle des toilettes des Italiens ne s'ouvre pas! Il est bloqué. J'ai cru que le Vésuve et l'Etna allaient exploser en même temps !  
 
Internet ? Vous n'y pensez pas ? Incroyable, il y a internet et ça fonctionne parfaitement.  
Et le programme ? 
Le guide, à peine embarrassé, propose de déambuler dans les rues mouillées où tout est fermé! Non merci, on va plutôt aller se détendre autour d'une bière avant le souper. 
Ah bon, le souper n'est pas prévu ? C'est vrai qu'on est sorti de table à 16 h, mais il se peut qu'on ait faim d'ici une heure, non ? 

Ok, très bien, on se paiera nous-mêmes une pizza tout à l'heure. Une pizza Bulgare, les Italiens vont adorer.    
Tiens, la Française a disparu. Elle s'est achetée trois pêches dans un dépanneur avant de remonter à sa chambre. Elle a raison, la journée fut tendue, un bon matelas la détendra.   
Quoique... Je constaterai deux heures plus tard que le matelas du pensionnat de mon enfance était meilleur.   

Deuxième journée.   

On s'est écouté dormir tellement les murs sont épais, mais on est reposé.  
Le petit déjeuner nous attend, il est 8 h. 
Un verre de yaourt nature liquide (ben oui, on est en Bulgarie) et la spécialité locale nous sont offerts: une pâte à pain frite dans l'huile, à base de fromage caillé. 
Un peu gras et lourd pour commencer la journée, mais à Rome, on fait comme les Romains.  

Vous avez des fruits ? Non ? 
Un café peut-être ? Le café, je vous conseille vraiment de nous en trouver un, sinon les Italiens, ils vous rejouent la dernière scène de « Spartacus ».   

Côté programme, on a deux vignobles à visiter aujourd'hui.  

Le premier est en bordure de la ville, le second, à 100 km d'ici. 
Allons-y, ne nous mettons pas en retard. La nuit a effacé celui d'hier. Le retard d'hier, vous suivez ?   

Domaine Melnik.  
Beau vignoble, belle cuverie rutilante, beau parc à fûts Bulgares et comme toujours, la chaîne d'embouteillage qu'on nous présente comme si c'était l'attraction suprême dans l'univers du vin.  

Il doit y avoir quelque chose de sexuel avec la chaîne d'embouteillage pour un vigneron parce que, que vous soyez à Sydney, à Mendoza ou à Bordeaux, elle est toujours présentée comme le Saint-Graal. 

Les vins du domaine Melnik sont bons, c'est là l'essentiel.  Merci aux subventions européennes qui ont permis des investissements conséquents parce que le contraste est tout de même saisissant entre ces « wineries » qui n'ont pas vingt ans et les maisons délabrées de villages, parfois complètement abandonnés, qu'on croise sur la route.   

12 h 30. On remonte dans le mini-bus. On nous attend au vignoble Uva Nestum. 
Vous avez faim ? Ça tombe bien, le lunch est prévu pour 15 h, là-bas.   

Uva Nestum. 
Ici, c'est 2 en 1 : spa et vin. Hôtel, thalassothérapie et oenotourisme avec restaurant de qualité.   
Hôtel ? Vous avez dit hôtel ?   

Dites voir monsieur le propriétaire, ne pouvions-nous pas être hébergés hier soir chez vous ? 
Oui, bien sûr. 
On l'a même proposé à l'agence de tourisme, car cela nous semblait logique pour des journalistes vinicoles, on voulait passer davantage de temps avec vous, mais on ne nous est jamais revenu. Sans commentaire.   

En tous cas, vos vins sont très chouettes, votre resto super agréable avec un menu typé qui efface toutes nos critiques gastronomiques de la semaine. 
J'ai adoré votre cépage Rubin. Bravo Uva Nestum, grâce à vous, la Bulgarie devient attractive.   
Oui monsieur le guide ? Il est 17 h ?  Vous avez raison, on va y aller parce qu'on a quand même 3 h de route pour remonter jusqu'à Sofia.  

Si je calcule bien, j'avais un peu raison hier, au départ de Plovdiv : on aura fait autour de 10 h de bus en deux jours. Je dis ça parce que mon coccyx est entrain de me le rappeler.   

Vous en voulez une dernière ?   

Dans le mini-bus de scoobidoo, la porte coulissante des passagers s'est ouverte toute seule, tandis qu'on roulait  à 100 km/h sur l'autoroute ! Je vous le jure. 
C'est moi qui l'ai refermée tandis que le chauffeur, placide, a continué de rouler sans ralentir, malgré les cris des collègues.  

Alors oui je suis gâté dans ma profession que je n'échangerais pour aucune autre, mais voyez-vous, il y a des voyages de presse qui sont des voyages de stress et  qui poussent finalement, à rapporter leur forme plutôt que leur contenu.
Salle de bain bulgare
Article paru dans le numéro d'août/septembre 2016 du magazine Vins & Vignobles
15 juin 2017 par Monsieur Bulles
Permis d'alcool On cogne souvent sur la SAQ au Québec lorsqu'un souci administratif surgit ou ralentit le travail en restauration ou en préparation d'évènements bachiques. Or, ce n'est pas la SAQ qui est à l'origine de ces désagréments, mais la RACJQ (Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec), organe ministériel qui pousse à la caricature les mouvements ubuesques de la bureaucratie publique... Bref, qui rend fou ! Depuis cette semaine, il semble que la folie puisse se soigner.
Martin Coiteux, ministre des Affaires municipales et de la Sécurité publique, et le député André Drolet ont annoncé ce mercredi 15 juin 2017 l'allègement du fardeau administratif des titulaires de permis d'alcool.
Seuls les intéressés et les professionnels de la restauration au Québec pourront comprendre cette réjouissante annonce :  un seul permis par établissement ou par catégorie sera désormais la règle !
Logique, pensez-vous ? 
Tout à fait.
Pourtant, depuis des lustres, le règlement en la matière impose autant de permis d'alcool qu'un restaurateur a de lieux de service ou de terrasses dans son établissement.

Une incohérence qui amuse seulement les contrôleurs de permis dans leurs inspections hebdomadaires puisque le but ou du moins, l'intérêt, est seulement lucratif : une pluie d'amendes peut s'abattre sur le restaurateur pour un timbre fiscal décollé ou absent d'une bouteille, un flacon répertorié sur une facture, mais égaré ou exposé sur la mauvaise clayette, un niveau de contenu de bouteille qui ne correspond pas ou peu aux ventes présentées, etc, etc...   
En somme, des distractions courantes de restaurateurs souvent uniquement dues à la gestion et à la crainte de l'imbroglio administratif.

"On devrait passer de 22 000 permis à environ 14 000 à l'échelle de la province" selon André Drolet. "Autour de 50 % des 11 740 titulaires de permis de restaurants et de bars sont désormais concernés par ce changement important. Et le coût des permis passera de 617 $ à 563 $".

Mais surtout, surtout : de "simples" amendes remplaceront les suspensions ou les révocations de permis qui pouvaient conduire un établissement à la faillite ou à la mise en chômage de ses employés : une réalité économique qui semble avoir gagnée les hautes sphères cérébrales de nos dirigeants.

Par ailleurs, les réjouissances attendront puisque ces modifications doivent être soumises à l'approbation du gouvernement Couillard dans 6 semaines.

Espérons que ce dernier soit aussi cohérent, aussi logique que son député libéral qui reconnaissait, par exemple, que l'absence de timbre sur une bouteille puisse être issue d'une inattention plutôt que d'une malhonnêteté... 

Une amende corrige, prévient et freine les erreurs tandis qu'une convocation devant la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec (RACJQ) pouvait sérieusement hypothéquer le travail d'un restaurateur et de son équipe.

Le ministre Coiteux a même parlé d'oxygénation de l'industrie dans cette annonce.

Souhaitons donc que ce souffle se transforme en vent de réforme de la RACJQ, tel qu'annoncé par André Drolet.

RACJQ
20 jan. 2017 par Monsieur Bulles
Le sommelier Depuis une vingtaine d'années, je suis invité à être membre de jury lors de concours de sommellerie de tous les niveaux (scolaire à international). Au-delà des modalités de chacun d'entre eux qui peuvent varier, mais qui, généralement, se rejoignent pour mieux converger vers le règlement du Concours du Meilleur Sommelier du Monde, je remarque une situation depuis quelque temps : les concurrents nomment une multitude exagérée, et parfois irrationnelle, d'arômes perçus dans les épreuves de dégustations dites, à l'aveugle...




Oui, certains cépages ont des personnalités si abouties qu'ils dégagent un, deux, voire trois arômes évidents.
Mais pas 36 !

Dans tous les cas, pas autant au moment d'une dégustation.

Sur le papier, oui.  
Un ou des cépages assemblés, développe une multitude d'arômes...
Mais dans le temps !! 
Parce que c'est justement le temps qui imprègne le vin et fait évoluer ses arômes.

"On décèle des notes de citron, d'agrumes variés, de pommes, de gâteau au fromage qu'on aurait aromatisé aux zestes, puis de miel à l'aération, d'hydromel qu'on aurait laissé trop longtemps sur la table. Il y a une touche beurrée aussi, un peu caramélisée qui rappelle les bonbons butter scotch. C'est un vin d'une belle minéralité. Qui me rappelle la mine de crayon, un peu la coquille d'huîtres... J'y perçois aussi un caractère humide qui rappelle le grenier de ma grand-mère..."

Voilà le genre de commentaire court de l'analyse olfactive seulement, que j'ai déjà entendu dans une épreuve !

Imaginez ce qui a suivi lorsque le candidat à donné son avis après avoir pris le vin en bouche !

Entre les paradoxes aromatiques de cette description et la personnalisation d'un arôme perçu (le grenier de la grand-mère dont je n'ai que faire ! Je ne suis jamais monté dans le grenier de ta grand-mère ! Comment le jury peut-il connaître les parfums de ce grenier !), il est clair que le candidat a ici, joué, d'une certaine habileté. 

Mais il a manqué de perspicacité. Ou il prend les membres du jury pour des truffes.

Pourquoi ?

Parce que pour mieux montrer son savoir, pour mieux se protéger aussi, il énonce en fait, des arômes primaires, secondaires et tertiaires (comme on dit), et même des notes qui connotent un défaut.
Forcément, il y a bien un ou deux arômes mentionnés qui auront été effectivement présents.
"Je vais étaler ma science, je vais y glisser un peu d'originalité, et le tour sera joué." se disent certains sommeliers compétiteurs.

Et bien non.
Je suis désolé, un verre de vin présenté dans un concours ne peut pas présenter autant d'arômes.

En règle générale, le jury a testé le vin avant l'épreuve, noté les arômes évidents pour s'attendre à les lui voir présentés simplement, par les candidats, sans fioriture, sans poésie.

Cependant, les feuilles de correction du jury ne semblent pas proposer des retraits de point face à ce genre de commentaire de vin puisqu'au cours de trois compétitions sommelières auxquelles j'ai assisté en 2016, en tant que spectateur, tous les candidats ont adopté le même comportement avec, évidemment, des nuances dans les analyses et tous, ce sont vus félicités et obtenir la majorité des points pour cette partie d'épreuve.

Pourquoi cela m'a t-il interpellé ?
Parce que nous avons pu, avec quelques collègues du milieu, déguster par la suite, les vins de l'épreuve...
Aucun n'aurait pu recevoir les commentaires pléthoriques entendus. Cela m'a fait penser à la contre-étiquette d'une bouteille qui suggère une profusion de mets incongrus avec le vin qu'elle contient. 
J'apprécie Kafka et Proust, mais je suggèrerais Camus en la matière...


23 oct. 2015 par Monsieur Bulles
Alignement de bouteilles J'aurais pu remplacer le nom de ces deux grandes marques de champagne par Bollinger, Moët, Pommery, Deutz ou Mumm et bien d'autres encore. Bref, par n'importe quelles autres marques, car mon sujet ne concerne pas l'attachement à une marque, mais le constat que les saveurs d'une cuvée d'une marque donnée peuvent varier au point d'entraîner la désorientation du consommateur... Toutefois, ce billet prône la fidélité!


Tout le monde a ses préférences en matière de goût, toutefois, lorsqu'on aborde le champagne, ce goût est souvent conditionné par le message véhiculé par la marque, par la forme de la bouteille, le design de l'étiquette, la couleur dominante, bref, par l'enveloppe et son traitement "markété"...

C'est du moins ce que je constate en tant "qu'intermédiaire" entre le consommateur et le champagne...

Il m'arrive de faire des expériences auprès d'amis ou collègues en leur offrant des dégustations d'une seule cuvée, issue de deux ou trois bouteilles différentes qui n'ont pas, toutefois, été conservées de la même façon. 

Non pas pour les tester ou les tromper, mais pour valider cette thèse: 

si l'on connaît la traçabilité de l'élaboration et de la commercialisation d'un champagne, il est très facile de le faire apprécier ou non à un consommateur dont on connaît les goûts, en le proposant à un moment donné.

Certes, les styles existent et les maisons de champagne travaillent à les construire solidement. Toutefois, il y a des facteurs qui les déforment, notamment dans les phases finales de cette construction: jetting, stockage, transport, entreposage, commercialisation.

Blanc de blancs, blancs de noirs, temps sur lattes, année de dégorgement, extra-brut, brut, millésimé ou rosé sont évidemment parmi les paramètres déterminants de l'identité d'un champagne. 
Cependant, ils sont "dosmestiquables" une fois les vins expédiés.

Les dégustations "à l'aveugle" offertes à la presse spécialisée le prouvent. 
Il n'y en a pas une seule sans qu'un ou plusieurs dégustateurs affirment, une fois les vins révélés, qu'ils ne reconnaissent pas le "style" de tel ou tel échantillon dégusté. 
Et malheureusement, ce sont souvent des constats de déception...

Mais est-ce vraiment un laisser-aller de la marque de champagne ou un véritable changement de style amorcé par la marque de champagne ?
Selon moi, ni l'un, ni l'autre. Le laisser-aller est à exclure: le champagne n'a jamais été aussi bon depuis 20 ans. Quant au style, lorsqu'une maison fait évoluer son vin, elle l'annonce publiquement, car des paramètres d'élaboration ont pu changer (approvisionnement, sélection des tailles, vin de réserve, etc). 

Pourtant, j'entends régulièrement en dégustation: "c'est plus comme avant".
Il n'y a pas de bon vin, il n'y a que de bonnes bouteilles, dit-on. Cette formule est aussi valable pour le champagne que les vins tranquilles.

La Champagne viticole est la région la plus pointue en matière de traçabilité depuis la récolte jusqu'à l'expédition des bouteilles. Les maisons et les récoltants connaissent la date de l'embouteillage et d'expédition de leur vin grâce à un code inscrit sur les bouchons. Ils peuvent donc supposer la cause du souci lorsqu'il y en a un, au moment d'une dégustation, pour mieux l'analyser et le corriger.

Si, par exemple, trois bouteilles d'une seule cuvée d'une même marque dégustées en même temps, présentent des saveurs différentes même si elles sont issues du même lot d'expédition (de la même caisse), c'est qu'un accroc s'est effectivement produit au cours des étapes de leur élaboration et il y a une forte probabilité qu'on le trouve au moment du bouchage des vins.

Si, par contre, trois bouteilles d'une seule cuvée d'une même marque dégustées en même temps, issue chacune de caisses, d'expéditions et/ou de marchés différents, présentent des saveurs différentes, cela n'est que logique et explicable: condition d'achat, condition de conservation et de durée en cave personnelle, etc... Bref, une traçabilité, dans ce cas, connue seulement du consommateur qui pourra envisager la raison des variances alors que l'élaborateur n'en aura plus les moyens précis. 

"C'est plus comme avant" est donc une réflexion qui se doit d'être approfondie en testant plusieurs fois le même champagne... Et si, en effet, elle se confirmait, on optera pour une nouvelle marque, en envisageant aussi que nos goûts évoluent avec le temps qui passe...

Le terme champagne peut ici être changé par une autre appellation établie de bulles.
4 sep. 2015 par Monsieur Bulles
SAQ Privatisation / monopole ? Le débat est constant, plutôt brûlant actuellement et je n'étalerai pas ici une liste comparative de chiffres qu'on peut faire "parler", de toute façon, selon qu'on défende ou qu'on dénonce le monopole. Certains de mes collègues le font mieux que moi, je préfère leur laisser le loisir mathématique d'écrire sur le sujet. J'énonce seulement, ici, des vérités pragmatiques que le consommateur Québécois ignore parfois. C'est donc au lecteur d'en tirer une opinion, de peser le pour et le contre, en toutes connaissances du système.


Avantages/atouts ou inconvénients/embarras, les voici présentés pour les 3 principaux acteurs de la filière : le producteur, le consommateur et le monopole.


PRODUCTEUR:


Les avantages:

La garantie de paiement (des producteurs attendent 6 mois à un an avant d'être payés ou ne le seront jamais en envoyant leur vin dans certains pays)
L'analyse scientifique de son produit par un laboratoire reconnu internationalement (beaucoup de vignerons utilisent les résultats d'analyse pour percer d'autres marchés exigeants dans le monde).
La fiabilité du réseau de distribution.
La visibilité de son produit au sein des succursales.
L'équitabilité de la visibilité du produit par rapport à un autre, selon des normes claires et contrôlées.
La fierté d'être sur un marché de qualité reconnu dans le monde entier (référence de qualité).

Les embarras:
Le délai d'admissibilité de son vin.
Le coût élevé d'admissibilité.
La bureaucratie exigeante et lourde.
Les critères de sélections de produits contradictoires: popularité dans des guides étrangers ou des références impérialistes ou éloignées de la culture du Québec / nécessité d'investissements publicitaires contraignantes.
Les justifications de refus de produit plus opaques que transparentes, rarement pertinentes. 
Les "règles du jeu" sont changées régulièrement en fonction du déroulement de  l'économie mondiale.

CONSOMMATEUR:

Les avantages :

La garantie sanitaire (vérification scientifique de tous les produits).
Le remboursement des bouteilles défectueuses (unique au monde).
La plus grosse distribution d'un même produit dans plus de 150 succursales au Québec, soit sur une surface dite commerciale, inégalée dans le monde.
Le plus grand choix d'appellations de vins et d'alcools au monde (12 000 références).
La qualité du service en succursale (visibilité, orientation, distinction, personnel instruit)
La tarification identique et contrôlé d'un même produit dans toutes les succursales (c'est le principe d'un monopole).
L'achat en ligne (internet et téléphone intelligent).
L'information en succursale et en ligne sur la disponibilité des produits. 
Le tarif des vins au-dessus de 30 $ globalement identique à celui du pays d'origine. 
Le tarif des vins au-dessus de 100 $ généralement inférieur à celui du pays d'origine.

Les embarras:
Le tarif des vins en dessous de 20 $ globalement plus élevé de 15 % comparativement aux autres marchés d'Amérique du Nord.
Le tarif des vins en dessous de 20 $ globalement plus élevé de 30 % comparativement aux marchés de leur pays d'origine.

ÉTAT / MONOPOLE:

Les avantages:

Il offre un travail salarié et syndicalement protégé au citoyen du Québec. 
Il redistribue une partie des profits du monopole à d'autres ministères à des fins de réinvestissement.
Il participe à des causes caritatives majeures.
Il est libre de changer "ses règles du jeu" à tout moment.
Il négocie, vérifie, corrige et embouteille lui-même un volume de vin conséquent et le distribue hors de ses succursales (entre 70 et 90 étiquettes différentes) dont les revenus représentent plus ou moins 1/3 de son chiffre d'affaire annuel. Un gros avantage pour l'état.

Les embarras :
L'opacité de l'information envers le citoyen au sujet du fonctionnement du système: on peut supposer qu'en dehors des employés de la SAQ (et encore...), 85 % de la population du Québec ne sait pas comment fonctionne la SAQ.
Le citoyen confond le rôle de la SAQ et les obligations de la Régie des Alcools, des courses et des jeux du Québec : c'est souvent "la faute de la SAQ" alors qu'il s'agit d'un problème lié à la RACJQ.
Il négocie, vérifie, corrige et embouteille lui-même un volume de vin conséquent et le distribue hors de ses succursales sur un marché privé, donc non monopolistique (entre 70 et 90 étiquettes différentes) dont les revenus représentent plus ou moins 1/3 de son chiffre d'affaire annuel. Un gros embarras pour l'état, car contradictoire à la notion de monopole.
Je ne défends, ni ne dénonce ici la SAQ. Malgré tout, connaissant bien les divers systèmes européens de distribution des alcools, force est de constater que le Québec est aujourd'hui le "pays" qui propose le marché des vins et des alcools le plus attractif pour les raisons énoncées ci-dessus. Le système idéal n'existe pas, je pense toutefois que dans nos sociétés dites capitalistes, celui qui est instauré et qui évolue au Québec, est actuellement le meilleur. Toutefois, s'il désire le rester, il doit effectivement évoluer: une réforme plutôt qu'une disparition du monopole doit donc être envisagée.
28 avril 2015 par Monsieur Bulles
Joseph Henriot Il a fait partie des bâtisseurs de la Champagne moderne et de son vin. Depuis les années 1960 jusqu'à aujourd'hui, il a participé à la reconstruction du vignoble, au développement de l'appellation et à l'expansion d'étiquettes prestigieuses dont celle de sa famille. Joseph Henriot est aujourd'hui au Panthéon des grands hommes du vin.

Guénaël Revel présente ses condoléances à la famille Henriot.
26 fév. 2015 par Monsieur Bulles
Pascal Plamondon Tonnelier « Pour moi, vendre un tonneau pour du vin, de la bière ou pour de l'alcool, c'est la même chose. Je suis avant tout tonnelier. Je vais évidemment adapter mon travail aux demandes du client et de sa profession, mais ce qui surprend les gens, c'est que je ne vends pas de barrique aux vignerons du Québec. »
En effet... 
Et c'est pour cette raison que je suis allé à la rencontre de Pascal Plamondon qui a installé sa tonnellerie en 2007 à Saint-Césaire en Montérégie, au Québec.   
Ébéniste de formation, il se spécialise dans la futaille à l'École des Vieux Métiers de Longueuil  au début des années 2000 parce qu'il possède un milliers de plants de vignes (marquette et frontenac) dont il vend le raisin à des vignerons. Toutefois, pendant trois années, il récupère quelques litres de vin qu'il entrepose dans ses premiers fûts à titre d'essai d'élevage.   

« Je n'avais aucune référence en matière de vin et de vinification. J'ai surtout fait du vin en tant que tonnelier, pour tester mes fûts, pas en tant que vigneron. Il m'était donc difficile de comparer la qualité d'un vin élevé dans un fût étranger par rapport à un autre, élevé dans un de mes fûts. Les résultats étaient probants, du moins en ce qui concerne l'effet du bois et de l'oxygénation sur le vin. La qualité du vin en tant que telle, ce n'était pas à moi de la juger. C'est une question de goût après tout. Par contre, j'ai su que mes barriques étaient fiables »   

Alors comment expliquer qu'aucun vigneron du Québec ne tente pas au moins une fois, d'élever leur vin dans du Plamondon, eux qui revendiquent tellement l'esprit de terroir ?

« Parce qu'ils préfèrent le fût étranger. » de me répondre Pascal Plamondon. « L'Américain ou le Français, usager ou neuf, alors qu'il est sans doute plus cher, rassure. Il est tellement difficile de faire un bon vin au Québec, de réussir sa vinification, que lorsqu'un vigneron sait que le millésime est excellent - en gros, une fois tous les 4 ans - il préfèrera l'élever dans un fût à l'histoire fiable et garantie, un fût qui rassure plutôt qu'un fût créé au Québec qui représente l'innovation.»   

Alors comment fait-on pour vivre de la tonnellerie au Québec quand l'industrie du vin local se détourne de vous ?   

« Il y a l'industrie brassicole. Il y a davantage de patriotisme chez les brasseurs. Je leur construis des barriques plus petites ou plus grosses, selon les demandes. Une année pourtant - je vais vous étonner - mon plus gros client a été une chaîne de supermarchés qui m'a commandé plus de 50 fûts à titre décoratif. Ce n'est pas la même épaisseur de douelles, mais ça reste un fût aussi bien travaillé. C'est la confiance qui freine l'achat et ce qui est triste, c'est que les rares barriques que j'ai vendues à des vignerons locaux, je n'ai jamais su s'ils en étaient satisfaits ou non. Ils m'achètent des barriques quand ils sont mal pris, quand la livraison de barriques étrangères dépasse le délai d'attente d'une vendange à élever. Mon métier est très jeune dans la province, le leur un peu moins. Nos professions sont connexes et gagnent à évoluer ensemble. On devrait se serrer les coudes, communiquer entre nous pour toujours évoluer vers la qualité. J'achète du chêne américain, du chêne français et même du chêne québécois. C'est le même bois qu'un tonnelier installé hors de la province. Les provenances et les origines du chêne sont les mêmes pour tout le métier. Mais il y a plus de fierté à dire qu'un vin a été élevé en fût de chêne du Tronçais plutôt qu'en fût de chêne du Québec ou qu'il s'agit d'un fût provenant d'une signature de tonnellerie Française plutôt que de la mienne. 
Mon entreprise n'a pas 10 ans, ce métier n'est pas facile physiquement parlant et il est vrai qu'au niveau matériel, je traverse des périodes délicates. Je suis un peu tributaire des saisons comme mes clients. Toutefois, j'adore ce métier qui est l'un des plus vieux du monde, comme celui de vigneron. On est proche de la nature, des éléments, je travaille avec le feu, l'air et l'eau. C'est un métier qui ressource, un métier inspirant et lorsque je livre des barriques, je suis fier de mon travail. Tant que je pourrai physiquement continuer, il y aura des barriques signées Plamondon».   

En quittant Pascal Plamondon, je quittai un artisan bien dans sa peau et conscient de la valeur de son travail, conscient de son métier de compagnon. Et pour le soutenir dans sa foi du métier au Québec et lui confirmer ses dires au sujet des différentes signatures de tonneliers dans le monde, je lui contai cette anecdote qui résume aussi l'enveloppe du marketing commercial de cette profession à l'heure actuelle: alors que j'étais en tournée dans la Loire il y a 6 ans, je rendis visite à Louis-Benjamin Daguenau qui venait de perdre son père Didier, référence mondiale en matière de sauvignon. 

À la question: «que signifie les lettres DSLS sur vos fûts de chêne ? » Il me répondit : « Dieu Seul Le Sait, parce que si tous les fûts qui sont vendus dans le monde provenaient vraiment du Tronçais ou des Bertranges, y'a longtemps qu'il n'y aurait plus de chêne dans la Nièvre ou l'Allier. » 
Absit reverentia vero*...         

*Ne craignons pas de dire la vérité.

Contact Tonnellerie Plamondon : 450 469-2530
Cet article vient de paraître dans le dernier numéro du magazine Vins & Vignobles au Québec

Haut de page

Recherche d'articles
Par mois
Articles sur les champagnes (208)
Articles sur les autres bulles (280)
Les dégustations horizontales (3)
Les dégustations verticales (1)
© 2019 monsieurbulles.com, Guénaël Revel poc communications Annoncez sur MonsieurBulles.com