16 mars 2020 par Monsieur Bulles
virus Au jour le jour ou à la semaine, je tiens ce journal un peu spécial, d'une période particulière dans une époque qui va entrer dans l'histoire. Comme toutes les époques, certes. Sauf que la porte d'entrée de celle-ci est unique. La planète a connu des pandémies. Toutes rapportées avec des chiffres sans doute erronés. La pandémie actuelle est une pandémie 2.0. Vécue à la minute sur tous les écrans. Impressionnante, terrifiante et fascinante. Plus seulement commentée par les savants. Commentée par l'humanité entière. Commentée par un humain confiné dans son bureau. Con fini peut-être... Simplement pour vivre. Pour continuer de vivre.
Semaine du 11 mars 2020 
Le président des États-Unis d'Amérique a sous-entendu que le responsable de la pandémie était son prédécesseur. Le livre guinness des records ne suffit plus à Donald. 
Comme dans « le dîner de con », on détient un champion toute catégorie. 

Mi-Mars 2020 
La plupart des gouvernements dans le monde ont décrété une mise en quarantaine de leur population. 
Des pays fantômes se dessinent peu à peu. 
La planète se dégarnit. 
Ça fait peur, mais c'est beau. 
Surtout vu d'en haut. 
Nu de nous, le monde est beau. 

C'est beau une ville chinoise de 15 millions d'habitants, sans ses 15 millions d'habitants. 
Les prises de vue qui défilent à la télé donnent l'impression de villes maquettes qu'on survole. 
Puis on les voit mieux, parce que le voile gris qui les couvre habituellement, semble s'être retiré naturellement. 
Un virus et plus de pollution ! 
Ça fait réfléchir. 
Est-ce que cela fera réfléchir ?  

C'est beau Venise sans ses troupeaux de touristes. 
On voit mieux sa splendeur architecturale. 
La lagune respire, ses eaux sont au niveau de la mer, pas au niveau de la terre. 
Les paquebots ne noient plus la place Saint-Marc. 
À quai d'entrepôts les paquebots vides; loin des rivages les paquebots pleins. 
Vous vouliez une croisière ? 
Tenez, on vous offre 3 semaines de plus en cabine. 
Gratuites. 
Au large. Pour vous protéger. Pour nous protéger.
 
Sur Rome plane un silence monacal. 
Les soutanes ne tournent plus sur la Place Saint-Pierre. 
François prie et exhorte façon 2.0. 
La Kaaba ressemble à un dé posé sur un drap blanc. 
Les lamentations sont filtrées par des masques à Jérusalem. 
C'est beau aussi le vide religieux. 
Encore saint, mais tout seul sur son île le Vendredi.  

Le printemps va sonner dans une semaine. 
On va l'accueillir derrière nos fenêtres, entre quatre murs. 
Avec nos enfants. 
Ah tiens, c'est vrai, on avait des enfants. Là, on doit les garder. Forcément. 
On fait comment déjà pour s'occuper des enfants ? 
On les éduque comment ? 
Ce ne sont pas les profs qui devaient faire ça ? 
Ah non. Un prof, ça instruit. Ça n'éduque pas. Vous aviez oublié ? 
Depuis longtemps, c'est vrai. 
La parentalité est en quarantaine chronique depuis des années. 
Une quarantaine de parentalité, ça peut faire du bien à l'humanité, non ? 

En même temps, on n'a plus à s'occuper de nos vieux. 
Vu que l'état les isole désormais pour les protéger. 
Finalement, ce n'est pas si mal. 
Les plus vieux, ben ils seront peut-être encore là... 
Puis, les moins vieux, on va les appeler par skype ou face time. 
Après tout, c'est facile à faire fonctionner un écran, non ? 
On va leur dire que c'est pour leur bien qu'ils sont seuls. 
Maintenant.  

Y'a un virus qui se promène dans l'air. 
Mais ce n'est pas une promenade. Plutôt une invasion. 

En Orient, il a frappé en lâche. Sans prévenir. Sournoisement. 
Fièvre, toux, suffocation, décès. 
Alerte générale, couvre-feu, réquisition, cloisonnement. 
Stupeur et méfiance. 

En Occident, il a d'abord frappé le cerveau humain. 
Papier-toilette, essuie-tout, boîte de conserve, détergent. 
L'homme naît con, c'est évident. 
Il le reste ou il devient intelligent. 
Le corona est comme un examen : certains l'ont eu avec sérénité, certains l'ont échoué avec leur chariot. 

Plus de sport, plus de championnat.
Ça c'est vraiment angoissant. 
Nos millionnaires de vingt ans vont retrouver leur console de jeu. 
Un peu de lecture pendant votre quarantaine ? 
La Peste d'Albert Camus, vous connaissez ? 
Qui ? Il porte quel numéro ? 
Il joue pour qui ? 

Plus de sport, plus de championnat. À la télé.
Les nostalgiques vont être contents.
En boucle les anciennes victoires. 

L'UFC poursuit ses activités ! 
Elle a consulté D.Trump pour cette décision.
Entre abrutis, on se comprend toujours. 

Ah. L'Europe retrouve ses frontières. 
Solidarité, quand tu nous tiens. 
C'est vrai qu'en 1986, la radioactivité de Tchernobyl n'a pas franchi celles de l'Ukraine. 
Corona, il est pareil. Éduqué. Passeport en règle, mais interdiction de voyager. 
Tu n'as rien compris, ce n'est pas un nuage le corona, c'est un virus. 
Ah oui. 
Comme celui de la grippe espagnole il y a 100 ans.
100 ans.
100 millions de morts.
100 frontières pourtant. 

Des médecins trop âgés pour soigner en hôpital ! 
On n'y avait pas pensé à celle-là. 
C'est un peu le serpent qui se mord la queue. 

Côté discipline et hygiène domestique, le corona ne touche pas les ados. 
Les chaussettes restent célibataires dans un coin de la maison, les serviettes sèchent en boule, par terre, dans la salle de bain et les verres sales traînent sans identité sur les comptoirs. 
« Papa, on peut inviter nos amis ce soir ? Y'a personne qui tousse ». 
Définitivement, le corona ne bouscule pas encore nos ados. 
3 fév. 2020 par Monsieur Bulles
logo vn Le vin « nature » ou « naturel » existe sans doute depuis que l'homme a pressé des fruits pour en obtenir un moût à transformer... Même si sa définition est opaque, du vin dit nature est commercialisé dans le monde entier depuis une quinzaine d'années. Or, il n'existe pas. C'est-à-dire qu'il n'est pas officiellement et juridiquement reconnu. Il est même interdit d'en faire mention à titre commercial, dans la Communauté européenne, sous peine de poursuites. Jusqu'à aujourd'hui...
Aborder le sujet du vin nature était irrationnel il y a 30 ans, intriguant il y a 20 ans, avant-gardiste il y a 10 ans, à la mode il y a 5 ans, polémiste depuis 5 ans, finalement constructif depuis un an et sans doute commun... dans 5 ans !

Grâce à une poignée de vignerons qui ont misé sur le dialogue plutôt que sur la provocation, et qui ont su parler conviction sans s'aventurer sur la voie (la voix) dogmatique, une charte d'engagement concernant l'élaboration de vins dits nature sera validée le 21 février 2020. 
Toutefois, elle sera sous observation par l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO) pendant 3 années avant sa ratification.
Cet encadrement juridiquement établi évitera, je l'espère, les dérives verbales qu'on entend depuis plusieurs années, à l'occasion, chez des vignerons, dans les salons commerciaux, chez les cavistes et dans les restaurants...
Malheureusement tenues par les acteurs de la filière vin et repris naïvement par le consommateur profane, elles véhiculent parfois des sottises présentées comme une catéchèse. 
Hors le vin n'est pas une religion. 
Et ce sont les religions qui divisent. 
Souhaitons donc que cette charte d'engagement cimente, inspire et diffuse des idées séculières, avant tout.
Comme je l'ai déjà écrit ici : dans vivre et laisser vivre, il y a un peu de boire et laisser boire comme on veut.vin nature
En cliquant sur l'image ci-jointe, vous pourrez lire les 12 points de la charte d'engagement de Vin Méthode Nature
27 jan. 2020 par Monsieur Bulles
Coupe de pinot noir En introduisant les désherbants dans la viticulture au sortir de la Seconde Guerre mondiale, on ne s'attend pas à ce qu'ils anéantissent l'essence même des appellations d'origines contrôlées, instituées 25 ans plus tôt. Que voulait alors démontrer le principe des AOC ? Qu'en un lieu donné et précis, au sol et au microclimat particuliers, un cépage apporterait un goût authentique, inconcevable ailleurs. Qu'un terroir précis avait un goût propre. 60 ans plus tard, faut-il être bio pour respecter les fondements de l'AOC ?
Le viticulteur de l'époque voit logiquement dans le désherbant que l'industrie lui propose, une aide précieuse à son dur labeur lui assurant un gain de temps et un bouclier pratiquement inviolable face aux champignons, aux insectes ou aux microbes. 
Ce que le viticulteur de l'époque omet de voir, c'est que sa vigne vit à partir des micro-organismes et ces derniers vivent et diffèrent en fonction des caractéristiques du micro-climat. En tuant les vies du sol, les désherbants vont progressivement tuer les facteurs nécessaires à la vigne.  
Arrive alors la parade de l'homme : l'engrais chimique pour nourrir cette vigne. 
Comment ? En la déshydratant.  
La vigne ayant besoin d'eau pour survivre, elle va l'emmagasiner à l'excès, provoquant une croissance exagérée donc déséquilibrée; mais la production est là et elle satisfait tout le monde, car tout le monde s'enrichit et le peuple est nourri. 
On sort alors de la Seconde Guerre mondiale, l'Europe crève de faim, il faut la reconstruire et tous les agriculteurs (viticulteurs) vont accepter ces produits systémiques, car ils leur permettront de travailler, d'augmenter les rendements, de vendre leur production, donc de survivre.
Sait-on alors qu'on est entrain de faire perdre la mémoire à la vigne ? Qu'on l'oblige à se nourrir par en haut plutôt que par en bas ? 
La vigne en oublie les solstices et les cycles solaires quotidiens et la seule défense qui lui reste, c'est la pourriture.  
On entre alors dans le cercle vicieux des recherches scientifiques et l'homme, toujours plus avide de conquérir des marchés, lance l'anti-pourriture. 
Réaction de la vigne affaiblie : des nouvelles maladies.  
Réaction de l'homme : les traitements systémiques !  
Ça y est, on y est !  On n'est plus à la surface de la vigne, à son simple contact, on est en elle. On touche la sève. On va enfin pouvoir contrôler son métabolisme.  
Et qu'est-ce qu'il y a au bout du parcours ? Le goût !  
En contrôlant la vie de la vigne, l'homme va pouvoir contrôler le goût, son goût.  
C'est la course aux enzymes et aux levures. Artificielles, bien sûr. 
« Tu veux du cassis dans ton merlot ? »  
« tiens, voici l'enzyme XYZ. Efficace et sans aucun danger. » 
« ah, c'était de la lavande que tu voulais ? » 
« Tiens, ça c'est l'enzyme ZYX. À ta prochaine récolte, ton vin rouge sentira la Provence !! »
« Et pour la cuvaison et le travail dans les chais, vous avez des solutions ? Juste au cas où ? »  
« Évidemment Monsieur, la technologie aujourd'hui, c'est un jeu d'artifices !! » 
Effarant, dites-vous ? Certainement. 
La réalité dépasse toujours la fiction.  

Bio et biody pour qui veut...

Lorsqu'au début du 20ème siècle, après la crise phylloxérique, le vigneron accablé et ruiné, espère une aide des prémices de la recherche scientifique en viticulture, il ne peut se douter que son petit-fils en viendra à manipuler la vigne, plutôt que de la guider. On ne peut pourtant l'en blâmer. On enfermait alors bien les gens qui prétendaient que l'homme volerait et atteindrait un jour la lune ! 
Un siècle plus tard donc, une certaine viticulture s'élabore en laboratoire et face à elle, quelques irréductibles vignerons luttent avec un nouveau concept, qui n'a de nouveau ou de moderne que le nom : la biodynamie.  
Et qu'est-ce que la biodynamie ? 
Simplement le respect du métabolisme de la vigne par le respect de son environnement.
Déjà au Moyen Âge, les moines utilisaient les propriétés médicinales des plantes pour lutter contre les ennemis naturels de la vigne et utilisaient les astres du ciel pour guider les récoltes. Ils avaient compris que seules la vraie lumière, la vraie eau et la vraie terre donnaient une identité, une authenticité à la vraie couleur et au vrai goût du vin. 
Au-delà des modes et du commerce, la biodynamie ne repousse pas la technologie, elle écoute d'abord la nature sans la précipiter. Elle utilise simplement les qualités de la nature sans vouloir les épuiser. Les contrariétés rencontrées ne sont pas anéanties, mais étudiées pour connaître les raisons de leur présence, car dans la nature, tout est complémentaire. 
Il y a encore 30 ans, on a crié aux fous, aux illuminés du cosmos ou aux écolos anti-progrès lorsqu'une poignée de vignerons suisses et français ont revu leur façon de travailler la vigne. 
Curieusement, de grands noms du vin s'intéressent aujourd'hui de plus en plus à la biodynamie et ceux qui en sont devenus adeptes obtiennent de tels résultats, qu'ils deviennent les plus ardents défenseurs de ce mode de culture, inventé dans les années 1920 par l'Autrichien Rudolph Steiner.  
Et cette philosophie de viticulture n'est plus seulement européenne avec des locomotives dans la plupart des appellations (Cazes, Chapoutier, Joly, Pujol, Bizes-Leroy, Trapet, Larmandier, Eymann, Granges-Faiss, Palacios, Albet I Noya, Niccolaini ou Eblin-Fuchs), elle est mondiale (Reyneke-Farquharson, Milton, Castagna, Sinskey ou Espinoza) et pour comprendre les résultats de la biodynamie, il vous suffit de goûter à tous ces bons vins... en cliquant sur le lien vers le volet Bio de la SAQ.       

Quand la nature vous gagne...

Enfin, au début de ce troisième millénaire, un mouvement est apparu. 
Appelons-le Nature puisque c'est le terme employé à travers les vins qui l'illustrent; même si ce terme est désormais galvaudé et utilisé comme une absolution dans les débats entre les vignerons bio et les vignerons non bio...
Rien n'est officiellement déposé avec les vins dits Nature, mais en général, ils sont bio et on a laissé la nature s'arranger avec elle-même, en la guidant le moins possible pour donner des vins qui n'ont pas le goût des autres vins et qui, noeud du problème, ont le goût des vrais vins ! Pour ceux qui les élaborent !
Parce qu'en fait, il est là le problème de la viticulture et de la consommation de ce qui en est issu, aujourd'hui : on boit dogmatique ! Consommer, c'est voter, comme dit l'adage.
On ne demande pas au consommateur s'il aime ce qu'il boit, on lui demande si il sait ce qu'il défend en buvant son verre de vin. Défend-t-il la renaissance de l'agriculture ou défend-t-il la poursuite de l'agriculture industrielle ? On lui demande de choisir un camp !
Il est là aujourd'hui le problème. On boit manichéen ! 
Si tu bois bio et nature, t'es un gentil; si tu bois pas bio, t'es un méchant. Et si, en plus, tu bois pas nature, t'es un ignorant !
Ben non. Ça ne marche pas comme ça. Désolé. 
Je bois bio, je bois pas bio, je bois nature, je bois pas nature. Laissez-moi boire comme je veux. 
Et surtout, laissez-moi boire et ne m'emmerdez-pas, en plus, avec votre mois sans boire. 
Si je veux crever en buvant pas bio, c'est mon droit. Et comme je vais crever aussi, de toute façon, en buvant bio et nature, arrêtez de me donner des leçons de consommation. 
Je bois bio et nature aussi, sans donner de leçon. 
Et parce que je trouve cela bon, d'abord, bio ou pas bio !

On est entré dans le siècle spirituel, paraît-il, dans le siècle où les dogmes refont surface pour mieux nous séparer, pour mieux nous diviser.

J'ai toujours pensé que le vin avait été fait pour partager, pour échanger, pour communiquer, pour rire, pour rapprocher, pour accepter.
J'y crois encore...nature
Un cahier des charges concernant le terme Nature employé à l'usage vinique a été présenté au salon Millésime Bio de Montpellier, ce 28 janvier 2020. Il sera déposé le 21 février 2020. Ci-joint les 12 points de la charte d'engagement.
10 jan. 2020 par Monsieur Bulles
entreillage En 30 ans, la production mondiale de vin effervescent - toute méthode d'élaboration confondue - a augmenté de 40 % ! La plus phénoménale croissance est celle du Prosecco (DOC et DOCG) qui est passée de 30 millions de bouteilles en 1990 à 600 millions de bouteilles aujourd'hui ! Du jamais vu dans l'histoire mondiale du vin. Les appellations champagne, cava, prosecco et crémant sont les plus renommées. Leurs ventes assemblées représentent 1,2 milliard de bouteilles ! Les Sekt d'Allemagne, les mousseux d'appellations italiennes diverses et les mousseux russes, ukrainiens ou brésiliens, surtout connus localement, chez eux, culminent à 400 millions de bouteilles vendues annuellement. Et puis, il y a les autres bulles, celles qui n'ont pas de terroir bien défini; seulement une méthode d'élaboration : elles forment près de la moitié de la production totale de bulles dans le monde ! C'est énorme ! Alors, qu'est-ce qui peut expliquer cet engouement pour les bulles ? Deux évènements politiques majeurs. Deux évènements au cours des trente dernières années qui ont provoqué la frénésie mondiale pour les bulles !
Cette frénésie représente aujourd'hui 2,5 milliards de bouteilles de vins effervescents vendues !

Le premier évènement était prévisible, voire attendu. Ses effets économiques avaient presque été calculés en amont, donc ils pouvaient être contrôlés. Ils l'ont globalement été. 
Personne n'a vu arriver le second évènement. Ses effets économiques n'avaient pas été envisagés. On les subit encore aujourd'hui.

Le premier évènement est la chute du mur de Berlin en 1989 causant la dislocation du bloc de l'Est. Les 250 millions de consommateurs confinés derrière le rideau de fer pendant 30 ans, ont décidé que leur libération progressive passerait par les bulles !

Le second évènement est l'ouverture à l'économie des marchés de la Chine populaire. En adhérant à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001, après 15 ans de négociations et de réformes économiques internes, la République populaire de Chine allait faire sauter les bouchons !
Freinés, rationnés et frustrés dans leur mode de consommation par des systèmes politiques despotiques et communistes, des dizaines de millions de consommateurs ont voulu vivre comme ceux des systèmes occidentaux capitalistes. 

L'Est a copié l'Ouest. Frénétiquement.

La demande de bulles a alors dépassé son offre. 
Ces deux évènements ont amorcé un besoin et les trois grands pays viticoles d'alors (France, Italie, Espagne) ont dû y répondre les premiers. Ils en avaient le potentiel agricole, toutefois, l'aspect administratif véhiculé par des valeurs marquées, c'est-à-dire le système des appellations, a rapidement montrer ses limites. À l'exception de la Vénétie qui esquissait alors le cahier des charges du prosecco, la Champagne et la Catalogne étaient aux portes de mésaventures économiques et identitaires. 
L'histoire a été opportune au prosecco.
La conquête de l'Est par les Marnais et les Ibères a été timide. Les nouveaux consommateurs slaves et asiatiques ont dû se tourner vers leur propre production, qu'intensément ils ont accrue.

5 %, c'est l'augmentation de la consommation de vins effervescents dans le monde en 15 ans, de 2005 à 2020. 
Les vins effervescents (champagnes et mousseux) représentent aujourd'hui 8 % de la consommation globale des vins dans le monde.
Si l'Allemagne est le premier pays consommateur de bulles avec 3,3 millions d'hectolitres (1/6e de la consommation mondiale), c'est la Russie qui surprend en venant se placer au deuxième rang des pays consommateurs avec 2,42 millions d'hectolitres, elle qui n'était même pas dans le Top 10 il y a seulement 20 ans. 
Les États-Unis d'Amérique sont troisième avec 1,9 millions d'hectolitres, tandis que la France se place au quatrième rang avec 1,8 millions d'hectolitres dont 90 % est issu de son propre terroir (champagne, crémant, etc). 
La France est passé au deuxième rang des producteurs de vins effervescents dans le monde (550 millions de bouteilles), assez loin désormais derrière l'Italie qui, grâce au Prosecco, frôle les 800 millions de bouteilles (600 millions de prosecco DOC et DOCG) !

Pourquoi cet engouement pour des bulles ? 
Parce qu'elles représentent la fête, l'évacuation des soucis et le partage. 
Aucun autre vin tranquille dans le monde n'a le même effet qu'un bouchon "de champagne" qui saute.
Et sur une planète qui, depuis 30 ans, accumule les crises économiques, les conflits sociaux et les soucis existentiels dont les plus touchées sont les classes moyennes, ce sont les cavas, proseccos, crémants, sekt et autres substituts de champagne qui sont devenus l'exutoire effervescent de ces dernières.

Le champagne, bulles des nantis perçues comme un vin de luxe, assumé et ainsi défendu par ses producteurs, a fait des petits qui se sont multipliés. 

Des pays comme la Russie, l'Ukraine ou le Brésil dont on ne soupçonnait même pas le potentiel viticole, sont entrés dans le Top 10 des producteurs de bulles à l'aube du 3ème millénaire.

Pendant 150 ans, le champagne a été lié à la prospérité et à la paix. On continue de le boire quand tout va bien, quand tout va mieux. Il célèbre, il ratifie, il souligne, il réconcilie, il pardonne.
Depuis quelques années cependant, ce sont les autres bulles qu'on fait étinceler. 
Elles, elles apaisent, elles raniment, elles consolent, elles réconfortent. 
Le temps d'un verre... 
Source des chiffres : OIV / FranceAgrimer / Agrex / Global Trade Atlas / Interprofessions / Federdoc, Wine Institute of California, Wines of Argentina, etc
6 jan. 2020 par Monsieur Bulles
chablis et champagne Je vais tenter d'être élémentaire et clair dans un premier temps tout en étant obligé, dans un second temps de présenter des faits issus de recherches scientifiques. Le terme minéralité est employé souvent à tout va ou pour exprimer une sensation de fraîcheur que se doivent d'avoir, selon moi, tous les vins, qu'ils soient blancs, rosés ou rouges. Qu'il y a t-il derrière ce terme ?
Dans un premier temps, il faut reconnaître que c'est une perception subjective, même si une assemblée d'experts en vins pourra reconnaître objectivement la présence de minéralité dans un vin dégusté. 
C'est pour cela que ce sont des experts...
Elle est ressentie sur les papilles comme une pointe saline qui suit un comportement vinique, droit et pur. Elle est souvent confondue avec la sensation d'acidité, donc d'agressivité. 
On peut différencier ces deux perceptions par le comportement en bouche qu'elles déclenchent : les deux provoquent la salivation, toutefois, l'acidité l'entraîne pour nettoyer les papilles et retrouver une forme de neutralité aromatique, tandis que la minéralité l'entraîne pour mieux révéler les arômes et le volume du vin qu'on déguste. 
La minéralité est donc considérée comme agréable puisque c'est elle, finalement, qui apporte de l'énergie au vin. 
Les termes aromatiques qui s'y rapportent ? Algue, air marin, craie, coquille d'huîtres, silex, pierre à fusil, hydrocarbures sont les plus fréquents. 
Existe t-il une relation entre la minéralité d'un vin et celle de son sol maternel ? 
Sur ce second point, bien des travaux continuent d'être menés par des scientifiques, qu'ils soient géologue, biologiste ou oenologue comme feu Denis Dubourdieu, Geoffrey Orban, Georges Truc ou David Lefebvre. 
Aucun d'entre eux n'a livré de thèse définitive, toutefois, leurs conclusions, selon des approches personnelles, convergent vers au moins trois faits que je résume ici : 
Les pratiques agronomiques déterminent le niveau de minéralité. 
Le facteur millésime influe sur les paramètres de la minéralité du sol. 
Il y a un lien tactile et aromatique entre le sol et le vin qu'on remarquera en dégustant de la roche en solution. 
7 déc. 2019 par Monsieur Bulles
Volaille et Champagne - © Photo Philippe Exbrayat - Comité Champagne L'idée reçue que le champagne n'est pas un vin de garde est tenace. Elle est due à l'histoire commerciale du champagne puisque ses élaborateurs (récoltants et maisons) ont toujours vendu leur vin "prêt à boire", négligeant ou soustrayant, à dessein, son potentiel d'endurance et de bonification en cellier domestique. Pourquoi ? Parce qu'avec la production qui va s'accroître et les marchés qui vont s'ouvrir au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, la Champagne va véhiculer - comme au XIXème siècle - le champagne plaisir, le champagne festif et frivole, donc le champagne qui précède la table plutôt que celui qui l'accompagne...
Pourtant, le champagne se garde avantageusement et le champagne est l'un des meilleurs vins taillés pour la table. Mais, il n'a jamais été vendu en tant que tel.

Si, en effet, toutes les cuvées de champagne sont prêtes à boire dès leur commercialisation, certaines gagnent à être attendues selon les caractéristiques gustatives qu'on s'attend à découvrir. Les cuvées issues d'un seul millésime, de prestige ou non, ont généralement des potentiels de garde de plus de 20 années. Et certains BSA s'améliorent nettement avec le temps...

Un grand champagne évolue comme un grand vin de bourgogne blanc. 
Si un Puligny-Montrachet peut être attendu 20 ans, pourquoi un grand cru d'Aÿ ou de Cramant ne pourrait-il l'être également ?

Les maisons de champagne véhiculent depuis peu cette réalité. Les arguments de vente de leurs commerciaux visent aujourd'hui davantage la table que la fête: le champagne est avant tout un vin blanc dont les paliers d'évolution gustative s'accordent adéquatement à table, sur des mets précis et travaillés. 

Cependant, les publicités de champagne "popé" ont été tellement efficaces pendant un siècle que le produit est devenu naturellement, génération après génération, le détonateur de la fête ou le symbole de son accomplissement : on ouvre le champagne à l'apéritif ou au dessert, mais il n'accompagne pas le repas.

Les bulles sont demandées dans le monde entier; les marchés asiatiques, russes et sud-américains se développent de façon exponentielle, au point que l'offre ne répond déjà plus à leur demande. Le Prosecco et le Cava ont tellement accru leur production pour y répondre qu'ils en oublient actuellement leur identité. 
Les mousseux de toute sorte se multiplient sur des appellations de vins a-priori tranquilles qui justifient leur acte de naissance pétillant à travers des arguments plus stériles que sincères. Pourquoi ? Parce qu'il y a des marchés à conquérir.

Quelle est la parade pour la Champagne ?

Pour mieux démontrer les effets agréables du temps sur leurs vins, certaines maisons de champagne mettent en marché de vieux millésimes tardivement dégorgés, des assemblages longtemps conservés ou vendent leurs cuvées millésimées avec une invitation à l'attendre quelques années avant sa consommation.

Cette mise en marché de flacons spéciaux est encore secondaire, certes. Elle est périphérique à la vente traditionnelle du champagne "à poper". Toutefois, cette mise en marché est pédagogique, et sans doute stratégique à long terme. En effet, si l'avantage de la Champagne sur les appellations de vins tranquilles, est qu'elle peut laisser mûrir son vin dans ses caves pour l'offrir à point au consommateur, elle doit, pour des raisons économiques, vendre du vin pour amortir cette attente et vendre l'esprit de la fête pour rassurer la filière.

Que peut-elle donc faire face aux autres bulles ?
S'étendre pour accroître sa production ? C'était prévu depuis 10 ans. La Champagne viticole devait couvrir 45 000 hectares en 2025. Ses représentants viennent d'émettre un statu quo. Dossier à suivre...
Augmenter ses rendements ? Ils sont déjà suffisamment élevés.  
Bousculer son cahier des charges en matière de vente de bouteilles proportionnellement au stockage ? Ce serait la révision de l'identité même du vin de Champagne. 

Que doit donc faire la Champagne pour répondre et s'adapter aux nouvelles habitudes de consommation dans le monde ?
Elle doit véhiculer une nouvelle image et laisser aux mousseux d'ailleurs celle qui a fait sa gloire au XXème siècle. On ouvrira du cava ou du prosecco à Shangai, Moscou ou Tokyo pour l'apéritif, puis on poursuivra la fête à table avec du champagne.
Elle doit laisser ses concurrents s'engouffrer dans le guet-apens de la surproduction qui dénature n'importe quelle image pour mieux consolider celles qu'elle a toujours eues: le modèle, l'inspiratrice, la convoitée. 
Sa production n'a jamais été aussi élevée en qualité qu'aujourd'hui.
Le champagne du XXème siècle était mondain, celui du XXIème siècle sera culinaire, taillé pour la gastronomie.
25 oct. 2019 par Monsieur Bulles
vins oranges Ils étaient marginaux il y a une dizaine d'années, ils sont à la mode aujourd'hui. Les vins oranges n'envahissent pas encore les menus des restaurants, toutefois, il y sont bien présents. Pourquoi ? Parce que les bons vignerons en font désormais. Pourquoi un tel engouement ? Sont-ils donc tous bons, ces vins oranges ? Non, puisqu'il y en a déjà des mauvais. Pourquoi cet intérêt alors ? Parce qu'ils plaisent à une génération de consommateurs qui ne peuvent pas acheter les grands noms classiques du vin. À moins que ce soit parce que cette génération n'en ait jamais bu, de ces grand vins ! Formatées au vin "nature", au vin bio, au vin orange, les papilles de ces nouveaux consommateurs seraient-elles unidimensionnelles ? La Y et les milléniaux se détournent des grandes signatures. Toutefois, ce n'est pas une question de goût, c'est une question de coût.
Il y a trois semaines à Montréal se tenait Le Jugement de Montréal, une dégustation annuelle lancée par le Raspipav il y a 9 ans. 
Le Raspipav est l'association des agences de vins d'importation privée au Québec qui tient son salon chaque fin d'octobre à Montréal au Marché Bonsecours. C'est lui qui a permis de faire connaître aux consommateurs québécois la plupart de ces vins encore marginaux; les biody, les macérations pelliculaires, les pet'nat et j'en passe. C'est lui qui a poussé la SAQ à s'y intéresser.
Je ne vais pas revenir ici sur les résultats de cette dégustation 2019 de vins oranges, vous pouvez les découvrir ici.

Par contre, je reviens sur les échanges du jury qui ont eu lieu après cette compétition. Plusieurs constats ont été faits :
- les vins oranges sont encore méconnus du grand public, 
- ils font saliver la jeune sommellerie actuelle parce que c'est à elle que les vignerons s'adressent,
- les vins oranges ont une polyvalence en matière d'harmonies culinaires qui facilite le travail du sommelier face à au client qui ne sait pas se décider pour un blanc ou pour un rouge.

Alors qu'il était délicat de le soulever, j'ai suggéré à mes collègues journalistes et sommeliers présents, que le vin orange était peut-être attrayant auprès des jeunes sommeliers et des nouveaux consommateurs parce que, plus simplement, ces derniers n'avaient jamais pu déguster les grandes signatures de vins dit classiques ! 
Vous savez, tous les grands crus classés du Bordelais ou de la Bourgogne, les grands noms toscans, piémontais, castillans, rhodaniens ou ligériens, les étiquettes illustres de Californie, d'Australie ou du Chili. 
Je ne vais pas les citer, vous les connaissez par coeur...

Ils n'en ont jamais bu de ces vins là ! 
Que ce soit au cours de leurs études ou actuellement, dans leur début de carrière professionnelle, ils ne peuvent pas les déguster ces grands noms. 

Simplement parce qu'ils sont devenus inabordables ces grands noms, indécemment inaccessibles ces grandes étiquettes renommées !

Alors que certaines écoles hôtelières trouvaient encore le budget pour faire découvrir à leurs élèves un pinot noir du Clos de Vougeot, un merlot signé de St Émilion, un Premier Cru classé du Médoc, une pointure toscane ou même, une syrah bien née de la Barossa ou un nebbiolo d'une ancestrale famille piémontaise, il est aujourd'hui impossible d'initier avec les vins qui ont séduit les générations antérieures de sommeliers.

Il n'y aura jamais de grands vins oranges, il y en aura des excellents et des mauvais. 
On en verra de très rares. Toutefois, cette rareté aura été acquise par le prix affiché et demandé. 
Pas par leur constance de qualité et de style. Certains sont déjà excessivement dispendieux. 
Leur rareté ne sera pas établie par leur histoire dans le temps...

Comme les vins effervescents, les vins oranges sont, selon moi, une solution pratique, fiable et solide pour remplacer un vin blanc ou un vin rouge dans un accord délicat à table. 
Et c'est bien pour cela que le vin orange a de l'avenir. 
Parce qu'il étonnera toujours le dégustateur ouvert d'esprit.
Qu'il soit salin ou oxydatif le vin orange, il soulèvera la curiosité, il provoquera les conversations. 
Et rien que pour cela, il a sa place à table. 
N'est-ce pas là que les meilleurs échanges se font ?

20 juin 2019 par Monsieur Bulles
Sortie Die C'est une histoire typiquement gauloise. Celle d'une querelle de chapelles futile dont les français ont le secret et l'exemplaire expertise ! Et l'exemplaire bêtise aussi, au point de freiner l'économie locale d'une région viticole et de ruiner un savoir-faire reconnu et disons-le, ancestral. Parce qu'il s'agit justement de la méthode ancestrale, modernisée ici : celle employée pour élaborer la Clairette de Die. Blanche depuis des lustres, les vignerons du Diois l'ont envisagée en rosé il y a quelques années. Lenteur de l'administration oblige, on a finalement abouti à un décret en novembre 2016 : la Clairette de Die Rosé était née. Aujourd'hui, elle est morte. Pas de sa belle mort. Tuée. Presque un coup de poignard dans le dos. Tuée par son voisin !
En France, le grand manitou du vin s'appelle l'INAO (Institut National de l'Origine et de la Qualité). Globalement, toutes les appellations dépendent de ses validations et de ses décisions après les tentaculaires palabres dont l'administration a le secret. Cependant, au-dessus du grand manitou, il y a le Conseil d'État, institution publique qui peut réexaminer un dossier et l'annuler.

En janvier 2018, le Conseil d'Etat français a annulé l'arrêté du Ministre de l'Agriculture homologuant l'extension du cahier des charges de la Clairette de Die au rosé, signé le 16 novembre 2016. Une annulation due à la demande trois fois répétée du syndicat viticole du Bugey-Cerdon.
Plus simplement, les vignerons du Bugey-Cerdon ont réussi à convaincre des fonctionnaires de l'administration politique, au pouvoir plus élevé que celui des fonctionnaires du vin, qu'il fallait tirer un trait sur la création d'un vin rosé effervescent élaboré par leur voisin de la Clairette de Die.
Pourquoi ?
Parce que la "tradition historique de vinification d'une Clairette rosée en méthode ancestrale n'existe pas".

Ce qui revient à dire qu'en France - et ce qui est plus grave, ce qui revient à entériner légitimement - que si votre ancêtre n'a pas eu une idée ou une habitude dans son travail, vous n'avez pas le droit de l'avoir !

La créativité, la création et l'innovation seraient-elles des droits acquis, des monopoles dans l'hexagone ?
Si je reste sur ce principe de la tradition historique, seule Limoux est donc en droit de faire des bulles en France, non ? (quoique Die en faisait déjà à la même époque.)
Ce qui est curieux, c'est que Bordeaux fait du crémant, Saint-Péray de la méthode traditionnelle et la Champagne en est l'impératrice. Pourtant, ces appellations n'ont même pas 3 siècles de tradition vinique en la matière.

Un autre point qui prête à sourire : La production totale annuelle, et de Cerdon et de Clairette de Die Rosé, aurait peut-être culminée à 2 millions de bouteilles. 
Sur l'échiquier viticole mondial qui fait plus de 2 milliards de flacons de bulles par année, quelque chose me dit que la concurrence aurait pu venir d'ailleurs... 
Si l'on parle de concurrence bien entendu, parce que dans les faits, ces deux appellations vendent 90 % de leur production chez elles, de part et d'autre du Rhône et du Vercors !

Et pendant ce temps, je connais des vignerons du côté de Venise et de Barcelone qui en sourient et qui se fichent pas mal de la "tradition historique" dans leur conquête des marchés, préférant s'occuper des modes de consommation, bien contemporaine...

Bravo à l'AOC Bugey-Cerdon (AOC depuis 10 ans faut-il le rappeler), merci de prendre le consommateur en otage et d'oublier le simple plaisir du vin. 
Ne changez rien.
Continuez de regarder les rangs de vignes de votre voisin français au lieu de vous informer sur ce qui se fait au bout du monde : vos enfants vous remercieront !
Et vive la France dont la jeunesse se barre à l'étranger !chemin de la clairette
2 juin 2019 par Monsieur Bulles
portrait "Notre domaine est le premier à avoir fait ceci, à avoir fait cela... Nous sommes les seuls à travailler ainsi..." Combien de fois ai-je entendu cette façon de mettre en valeur le travail, de vendre la qualité d'un produit ? Et pourquoi suis-je persuadé que je l'entendrai encore? Comme-ci le fait d'être le premier ou le seul dans une étape ou un choix de travail pour un vigneron garantit systématiquement que son vin est bon, voire meilleur ou le meilleur. Si la primauté en matière de conception était LE gage de qualité et de fiabilité éternelles, il n'y aurait pas de diversité. D'autant plus qu'une innovation ne réside que dans son amélioration...
J'ai toujours été contrarié par les superlatifs en matière de goût. 

Ce que je trouve bon ne l'est pas forcément pour mon voisin. Et si je prétends qu'un vin est meilleur qu'un autre, mes arguments doivent être solides ou justifiés par une grille de valeurs, acceptée de tous (comme dans le cas des concours de dégustation).

Écrire ceci lorsqu'on commente des vins, lorsqu'on écrit des guides de consommation paraît paradoxal. Cependant, le chroniqueur qui s'exprime sur un vin n'est là que pour orienter, offrir une piste, guider. 

Il n'impose rien, même s'il affirme et défend un point de vue.

Le chroniqueur vin n'est finalement qu'un GPS qui ne propose qu'une seule route plaisante au consommateur qui apprécie un certain environnement dans sa conduite de consommation et qui se reconnaîtra sur cette voie du plaisir.

Le commentaire d'un chroniqueur n'est pas meilleur que celui de son confrère, il est différent. Il s'expose parmi la diversité des commentaires dont la valeur de chacun n'est validée que par le lecteur satisfait qui sera - peut-être - le consommateur du vin recommandé.

Sauf que... 

Sauf que cette valeur doit être tout de même justifiée; du moins plus justifiable par la compétence, l'expérience et la chronicité du travail. 
N'est-ce pas ce qu'on appelle l'expertise?

Le même principe doit donc s'appliquer pour le vigneron et son vin. 
Ce n'est pas parce qu'il a été le premier ou qu'il est le seul à élaborer son vin d'une certaine façon qu'il est le meilleur.

Il est, c'est tout. 
Et cet état est tout aussi louable qu'un autre, sauf qu'en la matière, il sera davantage considéré si la fameuse expertise est en amont. 

Compétence, expérience et chronicité. 

La compétence, c'est la reconnaissance par une instruction officielle ou par ses pairs; 
l'expérience, c'est la reconnaissance d'une durée dans l'exercice; 
et la chronicité, c'est le témoignage par un revenu principal plutôt que sporadique.

Et pourtant, comme l'a si bien écrit Pierre Corneille: "Aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années."

On commence le débat ?
19 mai 2019 par Monsieur Bulles
Borne Recaredo Un mini cataclysme s'est abattu cet hiver en Catalogne : 9 vignerons de renom ont quitté l'appellation DO Cava. Cela signifie qu'ils n'associeront plus leur nom à une bouteille de Cava, vin effervescent espagnol, mondialement célébré. Est-ce que cela va bouleverser la vie du consommateur profane de vin ? Aucunement. Est-ce que cela va bouleverser l'industrie viticole espagnole ? Certainement. C'est un peu comme le jeu des dominos alignés : on pousse le premier de la ligne qui entraîne dans sa chute tous ceux qui sont devant lui. Parfois, parce que l'alignement a été mal établi, la chute progressive s'arrête, laissant des dominos debouts. Cava et Corpinnat, c'est le jeu des dominos.
Tout d'abord, qu'est-ce que Corpinnat ? 

Corpinnat (contraction catalane de "nescut al cor del Penedes" = Cor-Pinnat = Né au coeur du Pénédès) est la marque d'une association de 6 vignerons renommés (Associació d'Elaboradors i Viticultors Corpinnat / AVEC) de Catalogne - aujourd'hui 9 vignerons - enregistrée en 2017, lancée en 2018, dans le but de valoriser un vin effervescent, véritablement catalan. 

On y trouve jusqu'à ce jour, les domaines Recaredo, Gramona, Nadal, Sabaté i Coca, Llopart, Can Feixes, Julia Bernet, Mas Candi et Torelló. 

Pourquoi une valorisation ? 

Simplement parce que les administrateurs de la DO Cava n'ont pas su, depuis 20 ans, faire évoluer leur cahier des charges et niveler par le haut, en tenant compte des avis de leurs meilleurs adhérents vignerons. 
Les alertes à l'interne, administratives et viticulturelles, avaient été envoyées. Rien n'a bougé dans le bon sens. 
Associée à des prix dérisoires (4 euros la bouteille de cava), l'appellation a été discréditée, malgré les efforts de qualité d'une poignée de familles, dont certaines ont d'ailleurs préféré joindre les rangs de l'appellation Classic Pénédès, créée en 2013.

Des lanceurs d'alerte non écoutés.

La sortie de la famille Raventos de la DO Cava en 2010 a été l'étincelle d'un feu assez lent à prendre, mais qui aujourd'hui, embrase une région. 
La création de Corpinnat a été la conséquence logique du laxisme de la DO Cava; Les deux entités ont vécu ensemble quelques mois, cependant, elles ne parlaient plus la même langue. La mention Corpinnat souhaitée par ses initiateurs sur des étiquettes de DO Cava était une revendication d'excellence et d'autonomie. Le message envoyé au consommateur aurait été clair : si vous lisez Corpinnat sur une bouteille de cava, c'est qu'il est excellent. Si Corpinnat n'apparaît pas sur l'étiquette, vous achetez des bulles anodines. 
Le divorce était prévisible.
On parle de sortie de Corpinnat de la DO Cava, mais y a t-il eu réellement une entrée ? 
Car d'un point de vue commercial, les effets de Corpinnat sur le marché des DO Cava ont été pratiquement nuls.
Ce n'est pas une sortie. 
C'est l'annonce officieuse d'une nouvelle appellation vinique, au coeur d'un terroir ancestral.
Elle témoigne des enjeux économiques et politiques dans le secteur agricole local et elle confirme les limites bureaucratiques du système des appellations en Europe. 

Le règlement Corpinnat résumé :

Corpinnat a été créé en vue de simplifier une démarche tout en la précisant. C'est en fait un mousseux européen «Vi Escumós de Qualitat» (VMQ / Vin Mousseux de Qualité) que n'importe quel vigneron a le droit d'élaborer sous certaines conditions : Seulement 46 villages appartenant à la région de l'Alt Penedès, du Baix Penedès, de l'Alt Camp, d'Anoia et du Baix Llobregat peuvent faire du Corpinnat (ce qui représente 22 000 ha). Le vigneron utilise ses propres raisins (il est propriétaire des parcelles), récoltés manuellement, issus de la viticulture biologique, spécifiques à la région historique du Pénédès (Xarel·lo, Macabeu, Parellada, Malvasia en blanc / Grenache, Monastrell, Sumoll et Xarel·lo Vermell en rouge) dans le but d'élaborer son propre vin tranquille et de le transformer en vin effervescent par seconde fermentation en bouteille, chez lui, et de l'élever au moins 18 mois sur lattes (9 mois pour le Cava). 
Il lui est strictement interdit d'élaborer des bulles pour un autre (1/3 de la production du cava n'est pas élaboré par la marque qui est sur l'étiquette). 
Aussi, Corpinnat a instauré une valorisation du prix au kg du raisin, vendu dans le Pénédès, avec un minimum de 0,70 euros / kg, ce qui représente le double du tarif des raisins, employés sur la DO Cava. 
Enfin et c'est, selon moi, le point névralgique de ce dossier : Corpinnat est une appellation de lieu, alors que la DO Cava est une appellation d'élaboration. Si cette dernière avait été une appellation comme celle du champagne ou du franciacorta, la situation serait ô combien différente.

La situation actuelle de la DO Cava.

Globalement, 230 millions de bouteilles sont produites annuellement et commercialisées sous la DO Cava, dont 85 % est contrôlé par trois marques, qui s'échangent la direction de l'appellation périodiquement : Freixenet, Codorníu et García Carrión. Même si les derniers chiffres commerciaux de la DO Cava sont flatteurs, le règlement de Corpinnat empêche logiquement la plupart des acteurs de l'appellation de se joindre aux neuf vignerons. 
Certes, la création du Cava de Paratge au sein de la DO Cava, en 2017, aurait pu freiner le mouvement séparatiste, mais il était trop tard. Recaredo et Gramona réfléchissaient déjà, suite à la sortie de Raventos I Blanc, a une solution bienveillante et restructurante. De plus, l'instauration des Paratge a été quelque peu baclée, rapidement pensée pour éteindre un feu déjà trop important, comme si on avait placé la charrue avant les boeufs : on a élevé au rang de références une quinzaine de lieux-dits dont les cavas qui en seraient issus, seraient élaborés avec plus de soin que tous les autres. 
Ce qui revient à dire qu'en-dehors des Cava de Paratge, le terroir et la qualité sont absents. De plus, en considérant les qualités d'un domaine hors de Catalogne, autorisé à faire du Cava, il pourrait revendiquer le terme Paratge, ce qui rend presque caduque l'essence de ce dernier. 

L'avenir de Corpinnat.
 
Si les instaurateurs ont proposé le nom Corpinnat comme une appellation de terroir avec des limites géographiques définies, sur le modèle d'une AOC régionale, qui permettra de faire évoluer son cahier des charges, le point qui m'apparaît délicat pour une reconnaissance publique future est tout simplement le nom : Corpinnat.
À moins de parler le catalan - et encore -, ce nom ne dit strictement rien à personne, car il n'existe pas ! Ce n'est pas une parcelle, ce n'est pas un lieu-dit, ce n'est pas un village, ce n'est pas une région. 
Cherchez le sur une carte du Pénédès, vous ne le trouverez pas. 
Or, donner le nom d'un lieu à un vin, l'ancre immédiatement dans le subconscient populaire, facilite sa reconnaissance et construit progressivement sa renommée parce que le consommateur y trouve facilement un repère. 
En revendiquant Conca del Riu Anoia en 2010, la famille Raventos ne s'est pas trompée sur ce point, même si elle attend toujours la reconnaissance officielle de ce lieu en tant qu'appellation vinique...
A moins donc, que Corpinnat ne devienne une nouvelle entité géographique validée par les instances politiques espagnoles, les vignerons qui l'incarneront ont davantage un travail de marketing à faire aujourd'hui, qu'un travail de vigneron, car de ce côté là, nous savons déjà qu'ils font effectivement les meilleurs vins effervescents d'Espagne.

À court terme, c'est une lutte juridique qui s'ouvre. David a terrassé Goliath, paraît-il...Montserrat, la chaîne de montagnes

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