30 nov. 2018 par Monsieur Bulles
bouchon stoppeur Je suis sûr que cela vous est déjà arrivé : prendre un verre de champagne* de la bouteille ouverte la veille, qu'on n'avait pas finie, et le trouver meilleur ! En fait de meilleur, on le trouve moins agressif, moins fougueux et surtout, plus aromatique, plus savoureux. Est-ce bien normal ?





Meilleur, je ne sais pas. 
Car c'est une question de goût.
Plus enjôleur par contre, certainement...

Les expériences en laboratoire démontrent que les vins mousseux, issus de la méthode traditionnelle, présentent une surpression de gaz de 4,2 à 5,5 atmosphères au moment de l'ouverture de la bouteille. 

Si j'exclus les cuvées particulières, de prestige ou anciennes, la plupart des champagnes*, versés et dégustés dans les minutes qui suivent leur ouverture, présentent une effervescence fougueuse, voire grossière, qui pourra être perçue comme désagréable. 
De plus, les arômes qui accompagnent ce caractère tonique des bulles sont souvent associés à l'acidité de fruits et à une fraîcheur agressive qui déroutent le consommateur.

En fait, champagnes et mousseux qui ont fait moins de 20 mois sur lattes présentent souvent ce comportement et ces arômes adolescents.

L'autolyse seule, est l'étape qui construit un comportement raisonnable de l'effervescence, entremêlant une complexité aromatique typique (voir le lien sur l'autolyse).

Donc en laissant votre bouteille pendant 24 h au frais, après en avoir soutiré seulement deux verres (il faut idéalement qu'il y ait davantage de vin que d'oxygène  à l'intérieur du flacon), puis en la bouchant avec ce qu'on appelle un bouchon stoppeur, vous dégusterez logiquement, le lendemain, des bulles plus menues, au comportement plus sage qui accompagnent des arômes plus expressifs, plus faciles à reconnaître, avec parfois une sensation beurrée ou toastée (notes oxydatives).

Moins vif, plus pondéré, votre champagne* aura gagné en sagesse, une sagesse qu'on découvre dans les vins effervescents dont ont a étalé les étapes de création.
Les cuvées rares ou de prestige en sont issues, tandis que les cuvées d'entrée de gamme qui forment 85 % de la production, naissent plus rapidement. 

Les laisser ainsi respirer avec cette astuce de 24 h offre parfois d'agréables surprises.
Attention toutefois, je n'écris pas que votre champagne* sera meilleur - puisqu'il s'agit d'une question de goût - mais il sera plus engageant...4 types de bouchons stoppeurs
*Le sujet de l'article concerne tout autant les autres vins effervescents.
11 oct. 2018 par Monsieur Bulles
verres à champagne Influencées par les tendances de certaines époques et les progrès de moulage du verre, les sociétés ont employé toutes les sortes de verres à pieds, depuis la coupe évasée jusqu'à la flûte étroite en passant par le simple ballon. La fameuse coupe « de nos grand-mères » permettait grâce à sa forme d'aérer le vin effervescent, de le rendre moins pétillant. On ne pouvait y apprécier le train de bulles et très souvent, le vin débordait au moment du service ou dans la jubilation de l'événement. La coupe a été populaire du fait que son moulage était facile pour les premières entreprises de cristallerie. Elle est de plus en plus rare dans les boutiques spécialisées.
La flûte est encore très appréciée et reste la plus populaire parce qu'elle offre au dégustateur le spectacle du train de bulles qui monte à la surface. Sa forme allongée et étroite se distinguant forcément des autres verres, tout le monde sait qu'on déguste un champagne ou un mousseux dès qu'on l'aperçoit. Toutefois, elle n'est pas la plus efficace pour apprécier le vin, car son gobelet étroit emprisonne les arômes et accentue l'effet gazeux. 

Les flûtes ont été créées à la fin du 18ème siècle, à l'époque où le vin de champagne ne pétillait pas de façon systématique. 
Devenues classiques dans le service en brasserie un siècle plus tard, les maîtres d'hôtel dépolissaient le fond intérieur de la flûte par une croix gravée afin d'exacerber l'effervescence, puisqu'au contact d'une surface rugueuse, le gaz carbonique naît plus facilement. Encore aujourd'hui, certaines flûtes présentent cette astuce discrète.
Je rappelle par ailleurs que jusque dans les années 1850 - soit 150 années environ après la création "officielle" du champagne - seulement 20 % de la production du vin élaboré en Champagne était vraiment effervescente !  Les maisons perdaient encore jusqu'à 50 % de leur production parce que les bouteilles explosaient en cave.

Partant du principe que champagnes et mousseux sont avant tout des vins blancs (ou rosés) transformés en vins effervescents, je considère qu'un verre à vin blanc classique est la forme la plus adéquate pour les apprécier au mieux, si l'on ne veut pas multiplier les variétés de verres dans son vaisselier. 
Depuis plusieurs années, les flûtes sont d'ailleurs de plus en plus bombées et leur silhouette ressemble à celle de verres traditionnels, plus allongés. 
On les appelle verre Tulipe. 

Le marché étant riche de marques offrant jusqu'à dix formes pour une seule catégorie de vin, c'est au final une question d'esthétique une fois le choix de l'efficacité établie et le budget permis.

Au Québec, vous trouverez les marques conseillées ci-dessous, avec un bon service, dans les boutiques spécialisées tel que Vin & Passion, Vinum Design ou AlambikaVerres Revel
Riedel, Spiegelau, Lehmann, Stölzle, Schott Zwiesel, Eisch ou Veritas offrent le meilleur choix de verres
23 sep. 2018 par Monsieur Bulles
Horizontale de Vidal Depuis une trentaine d'années, les vignerons du Québec ont tenté des expériences d'encépagements, plus ou moins heureuses. Des variétés ont démontré leur solide adaptation au terroir Québécois qui, finalement, s'est dessiné avec ce qu'on appelle des hybrides et des raisins issus de la vitis vinifera - dits nobles - communément employés dans le monde. Les cépages hybrides (croisement de vitis labrusca ou/et vitis riparia avec la vinifera) ne sont pas moins aristocrates que les autres, mais l'adjectif qu'on leur a donné - synonyme de bâtard - n'a jamais été pour le moins charmeur, à tel point que même les vignerons de la province semblent gênés, aujourd'hui, de dire qu'ils les utilisent, depuis l'émergence des nobles dans le vignoble... Le débat qui perdure sur l'emploi des cépages est selon moi stérile, car après tout, un vigneron qui assume ses choix de plantation, n'a pas à les justifier auprès d'un confrère, mais plutôt auprès du consommateur. Et la justification est finalement dans le verre : c'est bon ou c'est mauvais ! Et c'est parce qu'il s'agit précisément d'une question de goût, que le débat est stérile. Par contre, quand un vignoble accède enfin, après trente années de labeur, à une reconnaissance officielle de ses caractéristiques et de ses valeurs à travers l'instauration d'une Indication Géographique Protégée, c'est-à-dire la volonté politique d'être observé et contrôlé, le débat n'est plus stérile. Il est la voie vers le meilleur.
Le complexe du p'tit pain qui crée le complexe du p'tit vin

Au cours d'une tournée parfaitement organisée par le Conseil des Vins du Québec pour des journalistes, sommeliers et blogueurs, en ce mois de septembre 2018 (veille de l'obtention officielle de l'Indication Géographique Protégée), plusieurs dégustations et ateliers initiatiques avaient été organisés en vue de présenter le vignoble dans son ensemble. Tout fut parfait, sauf que tous les influenceurs présents (comme on dit aujourd'hui) ont ressenti dans les discussions avec les vignerons ce que j'appelle le complexe du p'tit pain.

"Né pour un p'tit pain"; l'expression populaire au Québec employée pour signifier - et justifier - un complexe de comportement, le plus souvent professionnel, est encore symptomatique dans l'univers du vin de la province, alors que ce dernier a trente années d'existence et qu'une nouvelle génération de vignerons se met en place ! 
En les écoutant présenter l'encépagement de la province, j'avais l'impression d'être sous l'Ancien Régime, au temps de la noblesse, du clergé et du tiers état (le peuple) avec la connotation de mépris pour ce dernier. D'un côté les cépages issus de la vitis vinifera dits nobles (mettons-y le clergé tant qu'à y être), de l'autre, des croisements de ces premiers avec des cépages issus de la vitis lambrusca et/ou riparia, dits hybrides, c'est à dire des bâtards; donc le peuple.

Si j'extrapole un peu en nous comparant à du raisin, pourquoi ces cépages hybrides ne seraient-ils pas devenus, comme nous, citoyens, tout simplement ? Libres et égaux en droit comme disent les textes...

Arrêtez donc, vignerons du Québec, de partager votre vignoble en deux avec la noblesse d'un bord et le peuple de l'autre, arrêtez de mentionner systématiquement le terme hybride dont le consommateur se fiche, de toute façon, puisqu'il ne sait pas ce qu'il en retourne, et dites seulement le nom du cépage sans mentionner son origine familiale. Les bordelais n'annoncent pas "merlot vinifera", les bourguignons ne disent pas "chardonnay vinifera" ! 
Cessez de dire "Vidal hybride" parce que justement, ce cépage n'a pas à rougir de son origine, d'autant plus qu'aujourd'hui, ici au Québec, grâce à vous, il est comme le chenin blanc de la Loire : il permet l'élaboration de vins effervescents, tranquilles, secs, demi-secs et liquoreux, et qu'il offre les meilleurs vins blancs du pays. 

Alors qu'il y a encore 10 ans, vous vous chamailliez sur le bien-fondé de l'emploi de la vitis vinifera, il semble que tous, aujourd'hui, partagiez vos hectares avec elle et des hybrides. Arrêtez donc d'être gênés de présenter un vidal, un seyval, un marquette ou un frontenac noir versus un chardonnay, un gamay, un pinot noir ou un cabernet. Assumez l'emploi pertinent de tous, selon votre lieu de production et votre démarche professionnelle sans dévaloriser vos choix.

Après des années de discussions plus ou moins polémiques qui, souvent, m'ont fait pensé à des querelles de cours d'école - soit dit en passant -, les vignerons du Québec sont passés à autre chose, ils ont vu non pas forcément plus grand, mais plus solide, plus cohérent, plus fédérateur, ils ont créé l'Indication Géographique Protégée. Bravo. 
Il faut à présent l'assumer. 
L'IGP, c'est la porte de sortie de l'adolescence.
 
Bien entendu, toute la profession ne va pas immédiatement adhérer à la cause; il faut de tout pour faire un monde, il y aura toujours des voix marginales pour s'élever contre les règles établies, même si ce sont ces dernières qui permettent d'avancer dans n'importe quelle profession. Les procéduriers perdront leur temps en la refusant.
Désormais, grâce à l'IGP, le Québec viticole va être observé de plus loin. Il va être considéré. Je n'entendrai plus en Europe ou ailleurs "ah, vous faites du vin au Québec ?", mais "On a entendu dire que vous faites du vin, que vous avez créé un cahier des charges pour faire avancer les choses. Bravo. En 30 ans à peine, c'est une prouesse." 
Parce qu'elle est là la justification d'un encadrement d'état, l'IGP attire d'abord la curiosité, puis elle force le respect, elle crédibilise, pour enfin se faire inviter aux côtés des autres encadrements officiels.
Il y a 2000 ans, on dit qu'il y a quelqu'un qui a multiplié les p'tits pains. Son histoire a fait le tour du monde. Les vignerons du Québec pourraient s'en inspirer et commencer par éviter, surtout, de penser qu'ils font des p'tits vins.
Vous faites du vin. Point. Et c'est au consommateur de dire s'il l'aime ou pas.

Une reconnaissance publique limitée, tantôt boudée, tantôt plébiscitée

Même si l'on est dans la profession depuis 20 ans - celle qui touche à l'univers du vin et des alcools -, des collègues qui étaient avec moi lors de cette tournée le reconnaissaient : on connaît mal le vignoble de la province parce qu'on ne s'y est jamais vraiment intéressé. 
Il a toujours été considéré comme marginal, ce qui est paradoxal puisque c'est le nôtre et qu'il est là, à notre porte ! Tous les domaines sont dans un périmètre qui ne dépasse pas 200 km depuis Montréal ou Québec, pourtant, certains n'ont jamais reçu la visite d'un journaliste vinique. 
On fait 6000 bornes pour aller voir le vignoble de Toscane, mais on trouve trop loin celui des Cantons de l'Est ! 
Des excuses ? 
Sans doute : le fait d'abord que les vins n'ont pas été distribués en SAQ pendant des années, freinant logiquement la facilité et l'attrait d'y goûter. L'amateurisme des vignerons ensuite, dont beaucoup ont pensé que les raisins étaient comme des tomates dans un potager; qu'il suffisait de les observer, de les cueillir, de faire sa sauce, de la vendre et d'attendre la prochaine saison. Dans l'accueil au domaine, la mise en valeur du produit comme dans la qualité de ce dernier et sa tarification, l'inconsistance l'emportait sur la cohérence. 
Enfin, la qualité inconstante des vins, quelle que soit leur couleur, qui était chronique. 
Confrontée à la critique et à la comparaison de l'offre dans le monopole, le combat était perdu d'avance. On goûtait les vins du Québec, on les comparait, puis on les boudait. Leurs élaborateurs avaient beau les défendre en précisant que leur vin ne pouvaient pas avoir le même goût que ceux de France, d'Argentine ou d'Australie, on leur répondait que malgré tout, cette différence de saveurs pour nos papilles, certes formatées, variait quand même trop selon les millésimes qu'ils nous proposaient. 
Trop de disparités, trop de maquillage et une authenticité limitée ont détourné l'intérêt des influenceurs professionnels.

Aujourd'hui, les vins québécois sont en SAQ et en Épicerie, la plupart des domaines sont ouverts au public et l'accueil est professionnel. Les premiers salons viniques étaient timides, ils sont aujourd'hui attendus par les consommateurs. Les réseaux sociaux entraînent les amateurs derrière leurs réflexions et invitent les profanes à donner leur avis. Bons ou mauvais, pertinents ou vexants, les commentaires nourrissent et font finalement avancer la cause du vin du Québec parce que les vignerons sont mis au courant. Enfin, la tendance du "consommons local", du "buvons local" facilitent la promotion.

Vidal, le chenin blanc du Québec

Puis deux phénomènes se sont produits. 
Récemment. En fait, dans la dernière décennie. 

De nouveaux producteurs sont apparus sans parler de projets de retraite dans l'achat de leur domaine. Ils étaient jeunes, instruits et ambitieux. Faire du vin et retrouver la nature oui, mais une business est une business, et il n'était pas question d'attendre 20 ans pour amortir l'investissement. 
Plus cohérents que leurs aînés vingt ans plus tôt ces nouveaux paysans ? 
Plus lucides sûrement. 
Ils ont profité des erreurs de ces derniers, ils ne sont pas tombés dans les mêmes pièges, ils n'ont pas écouté les pépiniéristes avec l'éternel cépage qui va révolutionner le Québec viticole, ils se parlent entre eux, et puis bien sûr, ils ont profité des nouveaux moyens de communication, sachant que leurs futurs consommateurs avaient un écran à la place de la main. 

Côté jardin, le vidal est sorti du lot. 
Après des années de recherches et d'épreuves, le vidal est devenu la police d'assurance du vigneron québécois. Certes enclin à quelques maladies (notamment le mildiou), il s'est révélé être le plus polyvalent des cépages face à la nature, et surtout, le plus unanime face aux papilles des dégustateurs. 
Le cépage vidal a progressivement eu l'attention et la bénédiction d'une majorité de vignerons qui en ont fait le cépage blanc clef de la province. 
La dégustation de vidal mise en place lors de cette première tournée journalistique a marqué les esprits. Qu'elles soient effervescentes ou tranquilles, toutes les cuvées ont été appréciées pour leurs caractéristiques parce qu'on y reconnaissait le vidal et qu'en plus, la patte du domaine était bien présente. 
Et quand la signature d'un vigneron se laisse saisir au sein de cuvées d'un seul cépage, c'est que le terroir a été perçu, qu'on a tenté de le maîtriser et de le mettre en bouteille. 
Les plus grandes appellations viniques du monde se distinguent ainsi... 
Laissons nos vignerons avancer, ils font des pas de géant.


Vidal 2015 Courville
12 jui. 2018 par Monsieur Bulles
B. Bridge 2004, B.Cusiné 2009, Croser 2005, Mumm R. Lalou 1999 Le champagne a la particularité d'être construit par le temps et c'est ce dernier qui lui donne ses saveurs particulières de toasts, de biscuits ou de pâtisseries. Le cahier des charges de l'appellation oblige le respect de paramètres qui créent l'identité marquée du champagne. Sauf exception (comme le Franciacorta), le cahier des charges d'autres appellations de bulles dans le monde est souvent plus souple, entraînant une personnalité moins prononcée au niveau du vin. Alors pourquoi le temps permet-il ce rapprochement identitaire ?
Les fameuses notes de pains beurrés, de croissants ou de toasts blonds, bref, tous ces parfums qui nous rappellent ceux d'une boulangerie ou d'une pâtisserie, sont créés au cours de l'élaboration du champagne par l'étape qu'on appelle autolyse, déjà expliquée ici, dans un précédent billet. 

Il est amusant de constater que ce sont les levures qui sont l'origine et le point commun entre une création pâtissière et la création naturelle des arômes qui se développent dans le vin !

Il est encore plus singulier de constater que si vous laisser une pâtisserie beurrée, sécher sur le comptoir ou ramollir dans un sachet, les sucres et le beurre qui la parfument, seront davantage marqués.
 
Un rancio aromatique d'évolution s'amorce exactement comme pour un vin qu'on aura laisser vieillir en cave; la différence entre le solide et le liquide est que pour le premier, la pourriture gagne et finit par occulter ce rancio à cause de l'oxygène, tandis que pour le liquide, l'alcool et sa protection dans un contenant permettent de le conserver.
Ainsi, lorsqu'on déguste et compare de vieux champagnes avec de vieux crémants, de vieux cavas, de vieux franciacortas ou d'autres mousseux âgés de qualité, on se rend compte que la palette aromatique est toujours tertiaire (empyreume, torréfaction, pâtisserie, etc) et subtile : c'est le temps qui imprègne ces vins de ses saveurs pour en faire des cousins, voire des frères, à la ressemblance souvent édifiante.
    
Faites l'expérience chez vous, en comparant un champagne avec une appellation de vin effervescent dont le temps sur lattes aura été conséquent (au moins 36 mois) ou que vous aurez conservé plus de 5 années dans votre cellier, après son achat : leur goût et leur comportement ne seront pas si éloignés que cela.

Et si vous avez la chance de faire la même expérience avec des bulles qui ont plus de 15 ans, vous ne saurez pas identifier le champagne du franciacorta, du cava ou du crémant.

Le temps les aura, tous, définitivement paré du même habit... Mais l'homme moderne étant impatient, rare est celui qui a goûté à cette expérience.

11 jui. 2018 par Monsieur Bulles
Carafe à eau, verres et champagne Mon opinion sur le passage en carafe d'un champagne ou d'un mousseux est plutôt catégorique : c'est un geste purement esthétique et inutile au regard de la nature seule du produit. Tout d'abord, le verbe « carafer » n'existe pas; du moins, pas encore. Le terme « carafe » vient de l'italien caraffa, qui lui-même viendrait d'un dialecte arabe dans lequel garafa signifiait « verser à la louche ». On passe en carafe pour aérer le vin et l'on décante un vin lorsqu'on veut éliminer les sédiments qu'il peut contenir.

Je ne vois pas l'intérêt de verser du champagne dans une carafe, d'autant moins lorsqu'on me tend l'argument que cela permet de l'aérer, de le rendre moins gazeux et plus digeste ! 

Les chefs de cave mettent quinze mois à trois ans (bien plus pour certaines cuvées) à élaborer leur vin afin que des bulles naissent naturellement dans le vin. Si un consommateur désire une carafe pour atténuer le gaz, retirer des bulles ou mieux digérer, qu'il boive un vin tranquille, il aura davantage de plaisir ! 
Et si la carafe est un argument visant à réduire la sucrosité des cuvées demi-sec à doux, offrez-vous plutôt un vin blanc moelleux !

La carafe est, selon moi, un argument de vente et de marketing créé par les responsables commerciaux des marques - qui la conseillent -, et je ne pense pas que les chefs de cave de ces marques appuient cette démarche, car elle est méprisante envers leur travail. 

Au demeurant, si un vin présente effectivement une effervescence peu soignée et excessive, la carafe peut être une option, même si je pense que le seul fait d'attendre cinq minutes, une fois le vin versé dans le verre, sera aussi efficace que l'oxygénation de l'esthétique carafe. 

Opinion également valable pour les champagnes âgés qu'on veut aérer : un verre bien adapté se révèle le contenant le plus sûr.
16 juin 2018 par Monsieur Bulles
Orpale 1996 de De St Gall Combien de fois ai-je entendu "c'est fait par une coopérative, ce n'est pas ce qu'il y a de mieux..." Réflexion pouvant venir du profane comme de l'amateur de champagne, du sommelier comme du représentant en vin qui, peut-être, n'a jamais mis les pieds dans une coopérative viticole ! Et bien, savez-vous, il y a des cuvées exceptionnelles élaborées par toutes les coopératives - j'ai bien écrit toutes - et sans elles, le système champenois actuel ne fonctionnerait pas aussi bien. Voici pourquoi.


L'article écrit il y a quelques mois sur les Pet'Nat avait contarié plusieurs sommeliers, car je parlais de la "snobmellerie" dans le milieu de la restauration, au regard des cartes de vins proposées et des comportements professionnels de certains. 
Les réactions nombreuses et passionnées ont prouvé que j'avais mis le doigt sur une situation bien réelle des deux bords de l'Atlantique.
Je ne veux pas enfoncer le clou, mais le sujet des champagnes de coopératives m'oblige une fois encore à écrire qu'il y a une suffisance à leur égard dans la sommellerie actuelle, souvent due à un manque d'information, à de l'ignorance, parfois à de la mauvaise foi. 
Elle est malheureuse, car elle est diffusée à coup de belles paroles auprès du consommateur profane qui enregistre naïvement des propos lancés comme des paraboles telles que : "c'est un champagne de coop, pas d'un vigneron, c'est moins bon", "Les coop font du volume, donc forcément, c'est moins bon", "on ne sait jamais ce qu'il y a dans un champagne de coopérative", "ce sont des champagnes sans personnalité", etc... 
J'en passe et des meilleures.

J'éclaircis ici quelques points :

La majorité des vignerons champenois vendent leur raisin aux coopératives.
La majorité des vignerons champenois font élaborer leur champagne par une cave coopérative.
Les caves coopératives bénéficient du plus grand nombre des meilleures parcelles en Champagne.
Les caves coopératives disposent des meilleurs moyens pour sélectionner les meilleurs raisins en vue d'élaborer un champagne particulier.
Les cuvées de prestige des caves coopératives de Champagne, souvent méconnues, sortent fréquemment parmi les meilleures dans les dégustations à l'aveugle (quand elles y sont invitées).

En résumé, sans les coopératives en Champagne, le système s'écroule. 
Et sans les coopératives en Champagne, le soutien agricole et technique - voire moral - auprès des vignerons n'existerait pratiquement pas.

De plus, ce système mis en place par les champenois, soit celui qui unit le vignoble, la production et la vente, est jusqu'à aujourd'hui, le plus performant sur l'échiquier marchand international. 
Liés les uns aux autres, les récoltants et les négociants sont obligés de grandir ensemble ou de s'écrouler ensemble.

Cela ne veut pas dire que ce système est le meilleur, puisque tout est perfectible, toutefois, il est celui qui est le plus montré du doigt pour ses aspects positifs par toutes les appellations du monde vinique. 
Un vin de coopérative, qu'il soit de Champagne ou d'ailleurs, effervescent ou tranquille, n'est pas un vin moins travaillé qu'un autre. 
Et son origine n'est pas moins floue que celle du vin d'une parcelle renommée. Son origine est seulement celle de plusieurs parcelles assemblées qui pointent davantage vers l'équilibre de leurs caractéristiques additionnées plutôt que vers une typicité unique et marquée, une fois le vin élaboré. 

J'en veux pour preuve cette dégustation organisée à Vérone en novembre dernier, sans médiatisation, avec des collègues italiens mordus de champagne. 
L'Italie étant le 5ème marché du champagne dans le monde, elle est sans doute avec l'Angleterre, le pays où l'on compte les meilleurs dégustateurs de bulles. 

Chacun d'entre nous devait apporter un champagne de son choix, dont la seule exigence était le millésime : 1996.  
Un millésime encensé lors de la vendange, mais qui s'avéra trop rigide, trop incisif avec le temps, lancé trop tôt sur le marché par la plupart des maisons, bref, une sorte "d'infanticide". Certains se dégustent très bien aujourd'hui, d'autres ont finalement déçu.

Pourquoi donc écrire sur le sujet des coopératives de Champagne ? 
Parce qu'à mon étonnement - quand même - c'est la cuvée de coopérative que j'ai apportée qui a été le plus souvent plébiscitée.

Il s'agit de la cuvée Orpale 1996 de la marque De St Gall (la cave coopérative d'Avize). 
Elle a fait l'unanimité en entrant dans le Top 3 de chaque dégustateur. 
Attention, elle n'est jamais arrivée première, mais elle fut à chaque fois deuxième ou troisième parmi les 11 cuvées dégustées ce soir là, que voici :

NPU 1996 de Bruno Paillard
Dom Ruinart 1996 de Ruinart
Zoémie De Sousa 1996 Désirable de De Sousa
Blanc de Blancs 1996 de Palmer & Cie
Grand Cru Brut Millésimé 1996 de Égly-Ouriet 
Les Chétillons 1996 de Pierre Peters
Femme 1996 de Duval-Leroy
La Grande Dame 1996 de VCP
Louise 1996 de Pommery
Palme d'or 1996 de Nicolas Feuillatte

Notez également que le Palmer (coopérative) est arrivé en première place pour deux dégustateurs.
Le vin unanimement reconnu comme le plus frais, le plus jeune, fut Les Chétillons de Pierre Peters. Celui qui fut considéré comme le plus mature fut l'Égly-Ouriet. Le plus délicat fut le Ruinart et le plus riche, La Grande Dame.

Bref, comme d'habitude avec le champagne, il y en a eu pour tous les goûts et tout le monde fut satisfait tout en notant l'excellente prestation des champagnes de coopérative.
Et je retiens finalement que déguster à l'aveugle est toujours la meilleure façon d'avoir l'heure juste.Orpale 1996
Autrefois représenté au Québec, le champagne De St Gall a disparu des tablettes... Avis aux agents.
20 avril 2018 par Monsieur Bulles
PMG de Julien Fouet Un pétillant naturel, un "Pet Nat" comme on dit désormais, est en fait un vin effervescent issu de la méthode ancestrale; c'est à dire la méthode la plus ancienne pour élaborer des bulles viniques dans un flacon. Donc, rien de bien nouveau. Sauf que depuis une très courte décennie, 2 vins sont devenus à la mode au sein d'une minorité sommelière, plus suffisante qu'attrayante : le Pet Nat et le Vin Orange. Ce dernier pouvant être aussi élaboré comme le premier. Et j'en ai ras-le-bol ! Ras-le-bol d'entendre des inepties au sujet du Pet Nat parce qu'il n'y a pas un seul salon des vins, ni un seul bar à vins qui ne présente pas actuellement un Pet Nat sans le hisser au firmament de la qualité vinique en matière de bulles !
80 % des Pet Nat que j'ai dégustés depuis un an étaient tout simplement de mauvais vins, des vins qui n'apportaient ni plaisir, ni intérêt, sinon celui d'y déceler des arômes désagréables ou inappropriés. Inappropriés à ce qu'on est en droit d'attendre d'un vin, quel qu'il soit.

J'ai même dû répondre à un sommelier - c'est à dire que mon agacement, mêlé sans doute de prétention, m'a poussé à lui affirmer - que si vraiment, il trouvait si excellent le Pet Nat qu'il m'avait servi, c'est qu'il n'avait jamais dû déguster un bon vin effervescent de sa vie, qu'il soit élaboré en méthode traditionnelle, charmat ou ancestrale !

Mais d'où vient cette subite lubie du Pet Nat ?

Alors que la contagion des Extra-Brut se poursuit, la snobmellerie nous inflige à présent le Pet Nat !

Je m'adresse donc ici à celles et ceux qui sont diplômés en sommellerie, qui exercent en restauration ou en agences de représentation de vins. Et même si j'en entends certains crier à la ringardise face à ce ras-le-bol (qui n'est pas que le mien), une question me brûle : 

vous ennuyez-vous vraiment dans votre profession ? Trouvez-vous vraiment qu'il y a un tel manque de diversité sur la planète-vin qu'il faille vanter à l'excès un vin blanc, souvent trouble, aux perles carboniques fugaces et au fruité collant ou occulté par des notes de levures ?

Je ne peux pas y croire. C'est de l'hypocrisie. Ou de l'incompétence.

D'ailleurs, en interrogeant les vignerons qui élaborent ces Pet Nat, aucun d'entre eux ne se prend au sérieux. 
Aucun d'entre eux n'érige son Pet Nat au sommet de sa gamme. 
Ils le conçoivent simplement. 
C'est à dire dans l'amusement, dans un plaisir presque égoïste qu'ils reconnaissent. D'abord pour eux-même et leur entourage. Ensuite pour quelques acheteurs éclairés par eux, sans fanfaronnerie... 
Leur Pet Nat est un jeu, parfois superficiel et souvent éphémère, puisqu'ils ne le répètent pas d'ailleurs, à chaque millésime. Et le faible nombre de bouteilles élaborées indique justement leur humilité. 

N'est-ce donc pas cette dernière qui devrait être véhiculée, plutôt que les commentaires bavards que j'entends dans les dégustations où se loge un Pet Nat, voire dans la vente insistante en restaurant auprès du client naïf, étourdi par trois mots savants du sommelier.

Qu'on ne se méprenne pas. 
Je ne rejette pas les Pet Nat. J'en achète évidemment. Car Il y en a d'excellents. 
Encore faut-il les positionner à leur place sur l'échiquier des vins de ce monde. Un Pet Nat n'est, après tout, qu'un embryon de vin qui poursuit sa gestation en bouteille grâce au sucre et aux levures retenues. Il se fait tout seul, il devient vin pétillant par lui-même; sans trop d'interventions du vigneron.

C'est peut-être pour cela qu'au moins 2/3 d'entre eux sont de mauvais vins, car curieusement, la méthode ancestrale est particulièrement difficile à contrôler, encore aujourd'hui. Parlez-en aux Limouxins qui lui ont donnée quelques lettres de noblesse...

Observez la réaction du consommateur courant après qu'il ait testé pour la première fois un Pet Nat. Elle est toujours consternante. "Vous êtes sûr que ce vin n'a pas un défaut ?" est la remarque qui suit deux fois sur trois, s'il n'est pas intimidé - au point de rester coi -  par la présentation promotionnelle du sommelier.

Pourquoi suis-je aussi agacé, de plus ?

Pour leurs prix ! Pour les tarifs affichés des Pet Nat ! Toujours plus élevés que ceux du vin "déposé" de l'appellation d'où il est issu. Donc illogique.

J'en ai assez parce c'est à cause de ces attitudes et de ces pratiques que la sommellerie a cette image tenace de fatuité auprès des consommateurs, où que l'on soit dans le monde. 
Une minorité l'exerce encore trop souvent le menton relevé et la langue pendue. Et depuis peu, elle pousse les Pet Nat qui finalement, sont comme les bananes d'aujourd'hui : vendues vertes avec une durée de vie sur le comptoir de 48 heures.

Il y en a malgré tout de très bons, comme celui-ci, dégusté dernièrement. Un Pet Nat qui réconcilie !

Cuvée PMG - Dénomination "Pour Ma Gueule" de Julien Fouet -  Méthode ancestrale - VMQS - Loire - France - 22 $ - Représenté au Québec en importation privée par l'agence Bénédictus.

Un chenin blanc aux bulles menues et persistantes qui habillent une texture suave à l'enveloppe juste assez mordante pour rappeler le cépage (pamplemousse, silex) et rafraîchir les papilles sans qu'aucune note de fermentation ne viennent les déranger. Le vin n'est absolument pas sucré, je le préconise donc à l'apéritif avec quelques huîtres ou avec un fromage assez crayeux.
Contre-Étiquette de PMG
14 oct. 2017 par Monsieur Bulles
G. REVEL Il ne suffit pas de savoir goûter pour écrire sur le goût. Le sujet est plutôt tabou. Tabou dans la profession. La profession des testeurs. Des testeurs de vin. Des testeurs de vin qui ont une plume. Une plume officialisée, justifiée, maladroite, opportuniste ou... plagiée.
Officialisée par l'organe de presse, renommé et puissant.
Justifiée par l'apprentissage et le talent. Justifiée par le métier. Le métier de rédacteur.
Maladroite quand le talent est absent; que ce soit le talent de rédacteur ou le talent de dégustateur. Quand les deux talents sont absents, ce n'est plus de la maladresse, c'est de l'insignifiance. 
Opportuniste quand la plume est commerciale. C'est aujourd'hui la plus répandue. Et la plus opaque. Les publicités la payent. Elle est donc la plus défendable dans une société capitaliste; ce qui ne signifie pas qu'elle est la plus justifiable. 

Plagiée quand la plume est volée, copiée ou détournée. Elle est rare - quoique -, mais elle est la plus dérangeante, la plus violente pour l'auteur, le vrai, l'authentique.

C'est finalement elle qui sème le tabou: la plume dérobée, la plume entachée. Celui qui plagie ne sait ni goûter, ni écrire. Il sait semer le doute. Il provoque, il épie. Et il génère la zizanie.
Le sujet est donc tabou parce qu'en parler, c'est dénoncer.
On dénonce quand la goutte a fait déborder le vase, quand l'indifférence ne suffit plus, quand la frustration cède la place à la colère, quand l'excès est atteint.

Depuis que le vin est devenu mondain, mondain dans la presse au point qu'il y a aujourd'hui une chronique vin dans tous les journaux, dans tous les magazines, qu'ils soient gastronomiques, sportifs, juridiques ou "pipoles", le vin est devenu un vrai sujet. 
Un sujet de société.

L'encre a remplacé le vin.

Des sommeliers, des marchands de vin, des cuisiniers ont échangé leur tire-bouchon ou leur spatule pour un crayon. 
Est-ce parce qu'ils étaient mauvais dans leur profession ? Pas forcément.
Sont-ils devenus de bons rédacteurs ? Pas forcément non plus.
Toutefois, une nouvelle profession est née: chroniqueur vin.
Il y a 30 ans, le chroniqueur vin était le chroniqueur "politique" ou le chroniqueur "économie"; il était l'amateur de vin de la salle de rédaction à qui le rédacteur en chef confiait la mission d'écrire dix lignes sur le sujet dans la rubrique "plaisirs de vivre".
Le vin s'est démocratisé, mondialisé, socialisé; la page Art de vivre est née, l'encre du vin est devenue officielle. Mais pas le poste, pas celui de chroniqueur de vin. 
On a continué de laisser la chronique vin à l'économiste, au politique, au vrai journaliste, en fait.

Toutefois, l'attrait d'une spécialité journalistique était née et des vocations allaient naître. Des spoliations aussi.

Les cahiers Arts de la table ont épaissi les journaux, de nouvelles plumes sont apparues : les plumes du vin et de la gastronomie. 
Engendrées dans une société de loisirs, les rubriques vin, gastronomie, décoration, voyage ou famille sont devenues les plus populaires. Donc les plus convoitées sur le marché d'un travail confidentiel, privilégié, niché. 
De la plume au vin, du vin à la plume, il n'y a qu'un pas, non ?

On pourrait le penser.
Je ne le pense pas. 

Il ne suffit pas de savoir goûter pour écrire sur le goût du vin. Il ne suffit pas non plus de savoir écrire pour s'improviser dans le goût du vin. 
Même si, comme le dit l'adage "les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas", quand on décide de parler du goût, de la grande histoire du goût - pas la personnelle, pas sa propre petite histoire - je considère que le goût se discute.
Et pour en discuter, pour lui prêter sa plume, il faut être instruit. Instruit sur le sujet, avoir une base. Et la base du vin quand on écrit à son propos, quelle est-elle ? Non, ce n'est pas la sommellerie. C'est la bonne éducation, le savoir vivre, les bonnes manières. La sommellerie et l'histoire des hommes viennent ensuite. 
Quant à la base en rédaction française puisqu'il la faut quand on se dit chroniqueur, elle coule tellement de source que je ne m'étendrai pas sur le sujet. 
Je préfère sourire et constater que le métier de rédacteur-correcteur est en hausse dans les salles de presse.

Je suis donc estomaqué quand je lis un reportage sur un vin, une appellation ou un domaine viticole, écrit par quelqu'un qui n'y est jamais allé et qui a seulement fait un "copier/coller/détourner" d'un autre article, écrit par l'authentique auteur qui lui, a foulé les lieux et rencontré le vigneron; je suis toujours en colère quand je devine le style d'un auteur en lisant le commentaire d'un vin qui n'est pas écrit par ce dernier.

Ah, il écrit cela parce qu'il a été copié/collé, vous dites-vous... 
Tout à fait. Évidemment. 
Mais cela fait des années que certains de mes commentaires sont repris dans des publications, j'en ai fait le deuil depuis longtemps; comme certains de mes collègues, les vrais, ceux qui savent écrire sur le vin et qui se font également voler depuis des années.
Autant le prendre comme une flatterie et se dire que le copieur incompétent ou paresseux a apprécié votre prose puisqu'il se l'est appropriée.

Je n'écris pas ces lignes aujourd'hui pour me plaindre des tricheurs, mais bien pour envoyer un message aux rédactions en chef, à celles et ceux qui délèguent la mission d'écrire sur le vin à une personne dont ils ne connaissent ni le professionnalisme, ni les compétences, ni le talent, ni les valeurs. 

Malheureusement, depuis que le web est devenu organe de presse, il y a de plus en plus de tricheurs. C'est la loi du web et j'accepte cette anarchie. Le web est incontrôlable.

Toutefois, il est bien dommage, sinon dangereux, de constater que les salles de rédaction des grands quotidiens sont également infiltrées par des tricheurs, voire les mêmes tricheurs du web.

L'encre a remplacé le vin... et ce dernier est parfois bouchonné.
16 sep. 2017 par Monsieur Bulles
Monastère de Rila Les voyages de presse organisés pour les médias par des agences de tourisme sont davantage épuisants qu'épanouissants. Oui, nous sommes gâtés parce que nous voyageons, oui nous sommes gâtés parce que nous cheminons dans un univers attrayant, oui le plaisir des sens est constamment présent dans notre quotidien. Toutefois, cela reste une profession; donc une tâche où la fatigue, voire l'épuisement est possible, naturel, normal, logique et légitime. On attend de nous - la presse du voyage et des arts de la table - des articles qui mettront en valeur ce qui a été visité, rencontré, goûté. Les institutions qui nous invitent le savent. Leur mission est de nous séduire. Parfois, il y a des dérapages...
Bulgarie : Plovdiv - Sofia via Rila et Sandanski : départ imminent. 

Quand j'ai vu le bus, style année 1990 (sans doute acquis juste après la tombée du rideau de fer), mis à notre disposition par l'office de tourisme de Bulgarie, je me suis dit que la tournée allait être pittoresque. 
Une courte tournée de deux jours suivait le plus grand et, selon moi, le meilleur concours de dégustation de vin dans le monde, le Concours Mondial de Bruxelles (CMB), organisé en cette année 2016 à Plovdiv. 
Nous étions une cinquantaine de journalistes du monde entier à avoir accepté l'invitation de l'agence de voyage Bulgare Travel Atelier. Cinq groupes de dix personnes pour cinq bus à l'assaut culturel de la Bulgarie. 

Plovdiv étant la capitale européenne de la culture en 2019, tout le monde a pensé que les guides engagés pour la circonstance, sauraient nous présenter au mieux leur pays.  

Quand j'ai vu le chauffeur (aussi accueillant que Leonid Brejnev devant un défilé de la place rouge) essayer de caser dix valises dans le coffre arrière qui ne pouvait en contenir que sept, j'ai su que le pittoresque allait être pénible. 
Il y a des indices qui ne trompent pas quand on voyage depuis 20 ans. 
   
Trois valises ont donc dû prendre place à nos côtés, dans le mini-bus. Bienvenue dans l'univers routier Bulgare, inconfortable et risqué.   
Puis le guide nous a donné le programme des deux jours de tournée. 
Curieusement, il avait été révisé: le sien démarrait à 8 h, le nôtre à 7 h. Il était 8 h 30, donc le guide s'est présenté avec 1 h 30 de retard. Une fois les vérifications d'usage terminées, on s'est mis en route à 9 h, soit 2 h de retard sur le programme officiel.    
Le groupe de dix que nous formions a alors dégagé une attitude de scepticisme, voire d'agacement, qui devait logiquement s'accroître au cours de la journée. Travel Atelier avait sélectionné pour nous le sud-ouest du pays avec un monastère, une ville historique et trois domaines viticoles à découvrir. 
 
Sur le papier, c'était attractif. Sur une carte géographique, c'était abusif. 

En survolant rapidement la carte, j'ai pronostiqué qu'on ferait au moins 10 h de bus en deux jours. Ce matin, c'est autour de 180 km à faire, à une moyenne de 70 km/h à cause de l'état de la route (aussi impeccable que celles de Montréal), de ses lacets et du monastère à atteindre qui culmine à 1200 m d'altitude. 
On s'est dit qu'on y arriverait vers 12 h 15. 
Ce n'est pas grave, on y était attendu à 11 h 15 sur le programme officiel.  

Au demeurant sympathique, notre guide s'adressa à nous deux fois, entre deux manipulations de son téléphone qui le divertissait d'un jeu de  "candy crush fruit".  Peu bavard, sa première intervention fut pour nous signifier que nous roulions en bordure d'une rivière qu'on ne pouvait pas apercevoir à cause des fenêtres embuées (la clim était en option en 1990). 

Sa deuxième intervention fut pour nous proposer un arrêt pipi après 1 h 30 de route, à mi-parcours du trajet.  À mi-parcours, ça signifiait donc 3 h de route. 
Comme la bouteille d'eau ou le café n'était pas offert (et pourquoi pas prévu aussi, c'est un bus touristique, pas une ambulance!), tout le monde en profita pour s'acheter une réserve salutaire de collations diverses à la station-service. 
De retour dans le bus, une vague de siestes s'abattit sur nous; sans doute l'effet du petit déjeuner sommaire de la cantine de l'hôtel.    

12 h 15, monastère de Rila en vue, la première étape.    

Notre guide s'active, il a compris que le retard ne sera jamais rattrapé. Il faut quand même accélérer le rythme. 
Faites crépiter les kodacs rapidement parce qu'après, il y a un musée d'icônes, de croix de bois et de bibles ancestrales. On va le faire en 1/2 heure, c'est suffisant.  Et oui messieurs dames, on est partis très en retard, faut avancer maintenant. 
Après tout, un monastère du XIIIème siècle, tout le monde s'en fiche. Il appartient seulement au patrimoine culturel mondial.   
45 mn, c'est suffisant pour qu'il imprègne votre mémoire.   
En parlant de mémoire, on va y aller parce que les verres de vin et le lunch doivent être déjà servis au vignoble et on est quand même à 2 h de route.  

C'est la deuxième étape de la journée, on y était attendu à 13 h 30, il est 13 h 15.   J'ai bien fait de m'acheter des chips à la station-service.   

Ah tiens, la collègue Luxembourgeoise s'énerve.   Elle aime bien la ponctualité, dit-elle au guide plus blasé que réceptif. À mon avis, elle pète un plomb avant la fin de la journée.   

En effet monsieur le guide, il fait plus chaud qu'à Plovdiv, on est à la frontière grecque.   
Pertinente votre troisième intervention de la journée.  
Ah oui? Il y a aussi une rivière qui délimite les deux pays ? 
Vous avez l'air d'aimer ça les rivières?  Ça tombe bien, je vois sur la carte qu'on va en croiser trois, demain, en remontant sur Sofia, on va avoir de la conversation.   

15 h 15, arrivée au vignoble Orbelus. 
L'heure où l'on devait le quitter sur le programme. 
   
On va peut-être manger tout de suite, avant d'admirer votre chaîne d'embouteillage, parce que voyez-vous, on a la dalle. L'ami Croate a les dents qui rayent le parquet et les deux Italiens hallucinent des spaghettis. On dégustera vos vins pendant le repas monsieur le vigneron, ça va calmer tout le monde. 
   
Tiens, la Luxembourgeoise n'est plus là. Elle a craqué. Elle a demandé au chauffeur de la conduire dès maintenant à l'hôtel.   
17 h 30, fin de la visite du vignoble. Les vins et l'accueil furent excellents. Il faut quand même le souligner.  
Mais, on n'a toujours pas rattrapé les 2 h de retard. Le chauffeur est revenu, il a eu le temps de déposer la collègue du Luxembourg à l'hôtel. Il ne doit pas être très loin ce dernier. En effet, l'hôtel est à 1/2 heure nous dit le guide.    
 
Sur le programme, c'est la visite de la ville de Sandanski, ville natale supposée de Spartacus. Et oui, le héros était Thrace, pas Romain. Sauf que la visite devait commencer à 15 h 30... 
Et il va être 18 h. Spartacus attendra...    

Comme la fatigue et l'exaspération générale ne suffisent pas, la pluie se met de la partie lorsqu'on arrive à l'hôtel. On a tous mal au dos, on a presque fait 5 h de route dans un bus moins confortable que les jaunes canaris des commissions scolaires du Québec. 
Personnellement, je commence à tirer la gueule, celle du collègue Croate est déjà à terre. Le Belge résigné, garde le silence ; la Française a commencé son rapport pour l'agence de tourisme, le Chinois rit jaune, si, si...      

À l'hôtel, Ô surprise, seuls quatre journalistes descendent ici. Trois étoiles sur la porte, c'est comme une étoile à l'ouest du Rhin. On nous annonce que le groupe est divisé en deux.   
C'est con, on avait noué une solidarité conviviale, on se motivait pour ne pas craquer. On allait parler l'espéranto, tout le monde se comprenait, rien qu'en regardant les poches sous les yeux. 
   
J'accompagne donc les six autres collègues dans un autre hôtel... qui n'en ai pas un ! C'est une pension de famille, style soviétique pré-pérestroïka. On a fini par la trouver après avoir tournoyé dans Sandanski in the rain, la ville qu'on devait visiter entre 15 h 30 et 18 h.  Sauf qu'il est 18 h.   

La tournée se transforme en "Retour vers le futur au pays des soviets ».   
Comment dire ? Sandanski by night, sous la pluie, c'est un peu comme Joliette dans les années 1980, sans éclairage dans les rues. Sandanski est sans doute magnifique et attrayante, c'est une ville thermale parsemée d'artères piétonnières. Sauf que nous ne les verrons jamais.   

On découvre nos chambres et là, les Italiens craquent.  
Ça gueule un Italien qui se fâche.   

Et oui, on a tous une salle de bain 3 en 1. Il y a les 5 à 7, maintenant il y a les 3 en 1 : toilette, lavabo et douche dans trois mètres carré où il faut brancher le cordon de la douche sur le robinet du lavabo pour avoir un espace douche dont le support est au-dessus du lavabo !!  
Si t'es fatigué, tu t'assoies sur les toilettes, elles sont juste en dessous! (photo jointe en bas à gauche)    
Le sort s'acharne sur l'Italie : le couvercle des toilettes des Italiens ne s'ouvre pas! Il est bloqué. J'ai cru que le Vésuve et l'Etna allaient exploser en même temps !  
 
Internet ? Vous n'y pensez pas ? Incroyable, il y a internet et ça fonctionne parfaitement.  
Et le programme ? 
Le guide, à peine embarrassé, propose de déambuler dans les rues mouillées où tout est fermé! Non merci, on va plutôt aller se détendre autour d'une bière avant le souper. 
Ah bon, le souper n'est pas prévu ? C'est vrai qu'on est sorti de table à 16 h, mais il se peut qu'on ait faim d'ici une heure, non ? 

Ok, très bien, on se paiera nous-mêmes une pizza tout à l'heure. Une pizza Bulgare, les Italiens vont adorer.    
Tiens, la Française a disparu. Elle s'est achetée trois pêches dans un dépanneur avant de remonter à sa chambre. Elle a raison, la journée fut tendue, un bon matelas la détendra.   
Quoique... Je constaterai deux heures plus tard que le matelas du pensionnat de mon enfance était meilleur.   

Deuxième journée.   

On s'est écouté dormir tellement les murs sont épais, mais on est reposé.  
Le petit déjeuner nous attend, il est 8 h. 
Un verre de yaourt nature liquide (ben oui, on est en Bulgarie) et la spécialité locale nous sont offerts: une pâte à pain frite dans l'huile, à base de fromage caillé. 
Un peu gras et lourd pour commencer la journée, mais à Rome, on fait comme les Romains.  

Vous avez des fruits ? Non ? 
Un café peut-être ? Le café, je vous conseille vraiment de nous en trouver un, sinon les Italiens, ils vous rejouent la dernière scène de « Spartacus ».   

Côté programme, on a deux vignobles à visiter aujourd'hui.  

Le premier est en bordure de la ville, le second, à 100 km d'ici. 
Allons-y, ne nous mettons pas en retard. La nuit a effacé celui d'hier. Le retard d'hier, vous suivez ?   

Domaine Melnik.  
Beau vignoble, belle cuverie rutilante, beau parc à fûts Bulgares et comme toujours, la chaîne d'embouteillage qu'on nous présente comme si c'était l'attraction suprême dans l'univers du vin.  

Il doit y avoir quelque chose de sexuel avec la chaîne d'embouteillage pour un vigneron parce que, que vous soyez à Sydney, à Mendoza ou à Bordeaux, elle est toujours présentée comme le Saint-Graal. 

Les vins du domaine Melnik sont bons, c'est là l'essentiel.  Merci aux subventions européennes qui ont permis des investissements conséquents parce que le contraste est tout de même saisissant entre ces « wineries » qui n'ont pas vingt ans et les maisons délabrées de villages, parfois complètement abandonnés, qu'on croise sur la route.   

12 h 30. On remonte dans le mini-bus. On nous attend au vignoble Uva Nestum. 
Vous avez faim ? Ça tombe bien, le lunch est prévu pour 15 h, là-bas.   

Uva Nestum. 
Ici, c'est 2 en 1 : spa et vin. Hôtel, thalassothérapie et oenotourisme avec restaurant de qualité.   
Hôtel ? Vous avez dit hôtel ?   

Dites voir monsieur le propriétaire, ne pouvions-nous pas être hébergés hier soir chez vous ? 
Oui, bien sûr. 
On l'a même proposé à l'agence de tourisme, car cela nous semblait logique pour des journalistes vinicoles, on voulait passer davantage de temps avec vous, mais on ne nous est jamais revenu. Sans commentaire.   

En tous cas, vos vins sont très chouettes, votre resto super agréable avec un menu typé qui efface toutes nos critiques gastronomiques de la semaine. 
J'ai adoré votre cépage Rubin. Bravo Uva Nestum, grâce à vous, la Bulgarie devient attractive.   
Oui monsieur le guide ? Il est 17 h ?  Vous avez raison, on va y aller parce qu'on a quand même 3 h de route pour remonter jusqu'à Sofia.  

Si je calcule bien, j'avais un peu raison hier, au départ de Plovdiv : on aura fait autour de 10 h de bus en deux jours. Je dis ça parce que mon coccyx est entrain de me le rappeler.   

Vous en voulez une dernière ?   

Dans le mini-bus de scoobidoo, la porte coulissante des passagers s'est ouverte toute seule, tandis qu'on roulait  à 100 km/h sur l'autoroute ! Je vous le jure. 
C'est moi qui l'ai refermée tandis que le chauffeur, placide, a continué de rouler sans ralentir, malgré les cris des collègues.  

Alors oui je suis gâté dans ma profession que je n'échangerais pour aucune autre, mais voyez-vous, il y a des voyages de presse qui sont des voyages de stress et  qui poussent finalement, à rapporter leur forme plutôt que leur contenu.
Salle de bain bulgare
Article paru dans le numéro d'août/septembre 2016 du magazine Vins & Vignobles
15 juin 2017 par Monsieur Bulles
Permis d'alcool On cogne souvent sur la SAQ au Québec lorsqu'un souci administratif surgit ou ralentit le travail en restauration ou en préparation d'évènements bachiques. Or, ce n'est pas la SAQ qui est à l'origine de ces désagréments, mais la RACJQ (Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec), organe ministériel qui pousse à la caricature les mouvements ubuesques de la bureaucratie publique... Bref, qui rend fou ! Depuis cette semaine, il semble que la folie puisse se soigner.
Martin Coiteux, ministre des Affaires municipales et de la Sécurité publique, et le député André Drolet ont annoncé ce mercredi 15 juin 2017 l'allègement du fardeau administratif des titulaires de permis d'alcool.
Seuls les intéressés et les professionnels de la restauration au Québec pourront comprendre cette réjouissante annonce :  un seul permis par établissement ou par catégorie sera désormais la règle !
Logique, pensez-vous ? 
Tout à fait.
Pourtant, depuis des lustres, le règlement en la matière impose autant de permis d'alcool qu'un restaurateur a de lieux de service ou de terrasses dans son établissement.

Une incohérence qui amuse seulement les contrôleurs de permis dans leurs inspections hebdomadaires puisque le but ou du moins, l'intérêt, est seulement lucratif : une pluie d'amendes peut s'abattre sur le restaurateur pour un timbre fiscal décollé ou absent d'une bouteille, un flacon répertorié sur une facture, mais égaré ou exposé sur la mauvaise clayette, un niveau de contenu de bouteille qui ne correspond pas ou peu aux ventes présentées, etc, etc...   
En somme, des distractions courantes de restaurateurs souvent uniquement dues à la gestion et à la crainte de l'imbroglio administratif.

"On devrait passer de 22 000 permis à environ 14 000 à l'échelle de la province" selon André Drolet. "Autour de 50 % des 11 740 titulaires de permis de restaurants et de bars sont désormais concernés par ce changement important. Et le coût des permis passera de 617 $ à 563 $".

Mais surtout, surtout : de "simples" amendes remplaceront les suspensions ou les révocations de permis qui pouvaient conduire un établissement à la faillite ou à la mise en chômage de ses employés : une réalité économique qui semble avoir gagnée les hautes sphères cérébrales de nos dirigeants.

Par ailleurs, les réjouissances attendront puisque ces modifications doivent être soumises à l'approbation du gouvernement Couillard dans 6 semaines.

Espérons que ce dernier soit aussi cohérent, aussi logique que son député libéral qui reconnaissait, par exemple, que l'absence de timbre sur une bouteille puisse être issue d'une inattention plutôt que d'une malhonnêteté... 

Une amende corrige, prévient et freine les erreurs tandis qu'une convocation devant la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec (RACJQ) pouvait sérieusement hypothéquer le travail d'un restaurateur et de son équipe.

Le ministre Coiteux a même parlé d'oxygénation de l'industrie dans cette annonce.

Souhaitons donc que ce souffle se transforme en vent de réforme de la RACJQ, tel qu'annoncé par André Drolet.

RACJQ

Haut de page

Recherche d'articles
Par mois
Articles sur les champagnes (214)
Articles sur les autres bulles (291)
Les dégustations horizontales (3)
Les dégustations verticales (1)
© 2019 monsieurbulles.com, Guénaël Revel poc communications Annoncez sur MonsieurBulles.com