23 oct. 2015 par Monsieur Bulles
Alignement de bouteilles J'aurais pu remplacer le nom de ces deux grandes marques de champagne par Bollinger, Moët, Pommery, Deutz ou Mumm et bien d'autres encore. Bref, par n'importe quelles autres marques, car mon sujet ne concerne pas l'attachement à une marque, mais le constat que les saveurs d'une cuvée d'une marque donnée peuvent varier au point d'entraîner la désorientation du consommateur... Toutefois, ce billet prône la fidélité!


Tout le monde a ses préférences en matière de goût, toutefois, lorsqu'on aborde le champagne, ce goût est souvent conditionné par le message véhiculé par la marque, par la forme de la bouteille, le design de l'étiquette, la couleur dominante, bref, par l'enveloppe et son traitement "markété"...

C'est du moins ce que je constate en tant "qu'intermédiaire" entre le consommateur et le champagne...

Il m'arrive de faire des expériences auprès d'amis ou collègues en leur offrant des dégustations d'une seule cuvée, issue de deux ou trois bouteilles différentes qui n'ont pas, toutefois, été conservées de la même façon. 

Non pas pour les tester ou les tromper, mais pour valider cette thèse: 

si l'on connaît la traçabilité de l'élaboration et de la commercialisation d'un champagne, il est très facile de le faire apprécier ou non à un consommateur dont on connaît les goûts, en le proposant à un moment donné.

Certes, les styles existent et les maisons de champagne travaillent à les construire solidement. Toutefois, il y a des facteurs qui les déforment, notamment dans les phases finales de cette construction: jetting, stockage, transport, entreposage, commercialisation.

Blanc de blancs, blancs de noirs, temps sur lattes, année de dégorgement, extra-brut, brut, millésimé ou rosé sont évidemment parmi les paramètres déterminants de l'identité d'un champagne. 
Cependant, ils sont "dosmestiquables" une fois les vins expédiés.

Les dégustations "à l'aveugle" offertes à la presse spécialisée le prouvent. 
Il n'y en a pas une seule sans qu'un ou plusieurs dégustateurs affirment, une fois les vins révélés, qu'ils ne reconnaissent pas le "style" de tel ou tel échantillon dégusté. 
Et malheureusement, ce sont souvent des constats de déception...

Mais est-ce vraiment un laisser-aller de la marque de champagne ou un véritable changement de style amorcé par la marque de champagne ?
Selon moi, ni l'un, ni l'autre. Le laisser-aller est à exclure: le champagne n'a jamais été aussi bon depuis 20 ans. Quant au style, lorsqu'une maison fait évoluer son vin, elle l'annonce publiquement, car des paramètres d'élaboration ont pu changer (approvisionnement, sélection des tailles, vin de réserve, etc). 

Pourtant, j'entends régulièrement en dégustation: "c'est plus comme avant".
Il n'y a pas de bon vin, il n'y a que de bonnes bouteilles, dit-on. Cette formule est aussi valable pour le champagne que les vins tranquilles.

La Champagne viticole est la région la plus pointue en matière de traçabilité depuis la récolte jusqu'à l'expédition des bouteilles. Les maisons et les récoltants connaissent la date de l'embouteillage et d'expédition de leur vin grâce à un code inscrit sur les bouchons. Ils peuvent donc supposer la cause du souci lorsqu'il y en a un, au moment d'une dégustation, pour mieux l'analyser et le corriger.

Si, par exemple, trois bouteilles d'une seule cuvée d'une même marque dégustées en même temps, présentent des saveurs différentes même si elles sont issues du même lot d'expédition (de la même caisse), c'est qu'un accroc s'est effectivement produit au cours des étapes de leur élaboration et il y a une forte probabilité qu'on le trouve au moment du bouchage des vins.

Si, par contre, trois bouteilles d'une seule cuvée d'une même marque dégustées en même temps, issue chacune de caisses, d'expéditions et/ou de marchés différents, présentent des saveurs différentes, cela n'est que logique et explicable: condition d'achat, condition de conservation et de durée en cave personnelle, etc... Bref, une traçabilité, dans ce cas, connue seulement du consommateur qui pourra envisager la raison des variances alors que l'élaborateur n'en aura plus les moyens précis. 

"C'est plus comme avant" est donc une réflexion qui se doit d'être approfondie en testant plusieurs fois le même champagne... Et si, en effet, elle se confirmait, on optera pour une nouvelle marque, en envisageant aussi que nos goûts évoluent avec le temps qui passe...

Le terme champagne peut ici être changé par une autre appellation établie de bulles.
4 sep. 2015 par Monsieur Bulles
SAQ Privatisation / monopole ? Le débat est constant, plutôt brûlant actuellement et je n'étalerai pas ici une liste comparative de chiffres qu'on peut faire "parler", de toute façon, selon qu'on défende ou qu'on dénonce le monopole. Certains de mes collègues le font mieux que moi, je préfère leur laisser le loisir mathématique d'écrire sur le sujet. J'énonce seulement, ici, des vérités pragmatiques que le consommateur Québécois ignore parfois. C'est donc au lecteur d'en tirer une opinion, de peser le pour et le contre, en toutes connaissances du système.


Avantages/atouts ou inconvénients/embarras, les voici présentés pour les 3 principaux acteurs de la filière : le producteur, le consommateur et le monopole.


PRODUCTEUR:


Les avantages:

La garantie de paiement (des producteurs attendent 6 mois à un an avant d'être payés ou ne le seront jamais en envoyant leur vin dans certains pays)
L'analyse scientifique de son produit par un laboratoire reconnu internationalement (beaucoup de vignerons utilisent les résultats d'analyse pour percer d'autres marchés exigeants dans le monde).
La fiabilité du réseau de distribution.
La visibilité de son produit au sein des succursales.
L'équitabilité de la visibilité du produit par rapport à un autre, selon des normes claires et contrôlées.
La fierté d'être sur un marché de qualité reconnu dans le monde entier (référence de qualité).

Les embarras:
Le délai d'admissibilité de son vin.
Le coût élevé d'admissibilité.
La bureaucratie exigeante et lourde.
Les critères de sélections de produits contradictoires: popularité dans des guides étrangers ou des références impérialistes ou éloignées de la culture du Québec / nécessité d'investissements publicitaires contraignantes.
Les justifications de refus de produit plus opaques que transparentes, rarement pertinentes. 
Les "règles du jeu" sont changées régulièrement en fonction du déroulement de  l'économie mondiale.

CONSOMMATEUR:

Les avantages :

La garantie sanitaire (vérification scientifique de tous les produits).
Le remboursement des bouteilles défectueuses (unique au monde).
La plus grosse distribution d'un même produit dans plus de 150 succursales au Québec, soit sur une surface dite commerciale, inégalée dans le monde.
Le plus grand choix d'appellations de vins et d'alcools au monde (12 000 références).
La qualité du service en succursale (visibilité, orientation, distinction, personnel instruit)
La tarification identique et contrôlé d'un même produit dans toutes les succursales (c'est le principe d'un monopole).
L'achat en ligne (internet et téléphone intelligent).
L'information en succursale et en ligne sur la disponibilité des produits. 
Le tarif des vins au-dessus de 30 $ globalement identique à celui du pays d'origine. 
Le tarif des vins au-dessus de 100 $ généralement inférieur à celui du pays d'origine.

Les embarras:
Le tarif des vins en dessous de 20 $ globalement plus élevé de 15 % comparativement aux autres marchés d'Amérique du Nord.
Le tarif des vins en dessous de 20 $ globalement plus élevé de 30 % comparativement aux marchés de leur pays d'origine.

ÉTAT / MONOPOLE:

Les avantages:

Il offre un travail salarié et syndicalement protégé au citoyen du Québec. 
Il redistribue une partie des profits du monopole à d'autres ministères à des fins de réinvestissement.
Il participe à des causes caritatives majeures.
Il est libre de changer "ses règles du jeu" à tout moment.
Il négocie, vérifie, corrige et embouteille lui-même un volume de vin conséquent et le distribue hors de ses succursales (entre 70 et 90 étiquettes différentes) dont les revenus représentent plus ou moins 1/3 de son chiffre d'affaire annuel. Un gros avantage pour l'état.

Les embarras :
L'opacité de l'information envers le citoyen au sujet du fonctionnement du système: on peut supposer qu'en dehors des employés de la SAQ (et encore...), 85 % de la population du Québec ne sait pas comment fonctionne la SAQ.
Le citoyen confond le rôle de la SAQ et les obligations de la Régie des Alcools, des courses et des jeux du Québec : c'est souvent "la faute de la SAQ" alors qu'il s'agit d'un problème lié à la RACJQ.
Il négocie, vérifie, corrige et embouteille lui-même un volume de vin conséquent et le distribue hors de ses succursales sur un marché privé, donc non monopolistique (entre 70 et 90 étiquettes différentes) dont les revenus représentent plus ou moins 1/3 de son chiffre d'affaire annuel. Un gros embarras pour l'état, car contradictoire à la notion de monopole.
Je ne défends, ni ne dénonce ici la SAQ. Malgré tout, connaissant bien les divers systèmes européens de distribution des alcools, force est de constater que le Québec est aujourd'hui le "pays" qui propose le marché des vins et des alcools le plus attractif pour les raisons énoncées ci-dessus. Le système idéal n'existe pas, je pense toutefois que dans nos sociétés dites capitalistes, celui qui est instauré et qui évolue au Québec, est actuellement le meilleur. Toutefois, s'il désire le rester, il doit effectivement évoluer: une réforme plutôt qu'une disparition du monopole doit donc être envisagée.
28 avril 2015 par Monsieur Bulles
Joseph Henriot Il a fait partie des bâtisseurs de la Champagne moderne et de son vin. Depuis les années 1960 jusqu'à aujourd'hui, il a participé à la reconstruction du vignoble, au développement de l'appellation et à l'expansion d'étiquettes prestigieuses dont celle de sa famille. Joseph Henriot est aujourd'hui au Panthéon des grands hommes du vin.

Guénaël Revel présente ses condoléances à la famille Henriot.
26 fév. 2015 par Monsieur Bulles
Pascal Plamondon Tonnelier « Pour moi, vendre un tonneau pour du vin, de la bière ou pour de l'alcool, c'est la même chose. Je suis avant tout tonnelier. Je vais évidemment adapter mon travail aux demandes du client et de sa profession, mais ce qui surprend les gens, c'est que je ne vends pas de barrique aux vignerons du Québec. »
En effet... 
Et c'est pour cette raison que je suis allé à la rencontre de Pascal Plamondon qui a installé sa tonnellerie en 2007 à Saint-Césaire en Montérégie, au Québec.   
Ébéniste de formation, il se spécialise dans la futaille à l'École des Vieux Métiers de Longueuil  au début des années 2000 parce qu'il possède un milliers de plants de vignes (marquette et frontenac) dont il vend le raisin à des vignerons. Toutefois, pendant trois années, il récupère quelques litres de vin qu'il entrepose dans ses premiers fûts à titre d'essai d'élevage.   

« Je n'avais aucune référence en matière de vin et de vinification. J'ai surtout fait du vin en tant que tonnelier, pour tester mes fûts, pas en tant que vigneron. Il m'était donc difficile de comparer la qualité d'un vin élevé dans un fût étranger par rapport à un autre, élevé dans un de mes fûts. Les résultats étaient probants, du moins en ce qui concerne l'effet du bois et de l'oxygénation sur le vin. La qualité du vin en tant que telle, ce n'était pas à moi de la juger. C'est une question de goût après tout. Par contre, j'ai su que mes barriques étaient fiables »   

Alors comment expliquer qu'aucun vigneron du Québec ne tente pas au moins une fois, d'élever leur vin dans du Plamondon, eux qui revendiquent tellement l'esprit de terroir ?

« Parce qu'ils préfèrent le fût étranger. » de me répondre Pascal Plamondon. « L'Américain ou le Français, usager ou neuf, alors qu'il est sans doute plus cher, rassure. Il est tellement difficile de faire un bon vin au Québec, de réussir sa vinification, que lorsqu'un vigneron sait que le millésime est excellent - en gros, une fois tous les 4 ans - il préfèrera l'élever dans un fût à l'histoire fiable et garantie, un fût qui rassure plutôt qu'un fût créé au Québec qui représente l'innovation.»   

Alors comment fait-on pour vivre de la tonnellerie au Québec quand l'industrie du vin local se détourne de vous ?   

« Il y a l'industrie brassicole. Il y a davantage de patriotisme chez les brasseurs. Je leur construis des barriques plus petites ou plus grosses, selon les demandes. Une année pourtant - je vais vous étonner - mon plus gros client a été une chaîne de supermarchés qui m'a commandé plus de 50 fûts à titre décoratif. Ce n'est pas la même épaisseur de douelles, mais ça reste un fût aussi bien travaillé. C'est la confiance qui freine l'achat et ce qui est triste, c'est que les rares barriques que j'ai vendues à des vignerons locaux, je n'ai jamais su s'ils en étaient satisfaits ou non. Ils m'achètent des barriques quand ils sont mal pris, quand la livraison de barriques étrangères dépasse le délai d'attente d'une vendange à élever. Mon métier est très jeune dans la province, le leur un peu moins. Nos professions sont connexes et gagnent à évoluer ensemble. On devrait se serrer les coudes, communiquer entre nous pour toujours évoluer vers la qualité. J'achète du chêne américain, du chêne français et même du chêne québécois. C'est le même bois qu'un tonnelier installé hors de la province. Les provenances et les origines du chêne sont les mêmes pour tout le métier. Mais il y a plus de fierté à dire qu'un vin a été élevé en fût de chêne du Tronçais plutôt qu'en fût de chêne du Québec ou qu'il s'agit d'un fût provenant d'une signature de tonnellerie Française plutôt que de la mienne. 
Mon entreprise n'a pas 10 ans, ce métier n'est pas facile physiquement parlant et il est vrai qu'au niveau matériel, je traverse des périodes délicates. Je suis un peu tributaire des saisons comme mes clients. Toutefois, j'adore ce métier qui est l'un des plus vieux du monde, comme celui de vigneron. On est proche de la nature, des éléments, je travaille avec le feu, l'air et l'eau. C'est un métier qui ressource, un métier inspirant et lorsque je livre des barriques, je suis fier de mon travail. Tant que je pourrai physiquement continuer, il y aura des barriques signées Plamondon».   

En quittant Pascal Plamondon, je quittai un artisan bien dans sa peau et conscient de la valeur de son travail, conscient de son métier de compagnon. Et pour le soutenir dans sa foi du métier au Québec et lui confirmer ses dires au sujet des différentes signatures de tonneliers dans le monde, je lui contai cette anecdote qui résume aussi l'enveloppe du marketing commercial de cette profession à l'heure actuelle: alors que j'étais en tournée dans la Loire il y a 6 ans, je rendis visite à Louis-Benjamin Daguenau qui venait de perdre son père Didier, référence mondiale en matière de sauvignon. 

À la question: «que signifie les lettres DSLS sur vos fûts de chêne ? » Il me répondit : « Dieu Seul Le Sait, parce que si tous les fûts qui sont vendus dans le monde provenaient vraiment du Tronçais ou des Bertranges, y'a longtemps qu'il n'y aurait plus de chêne dans la Nièvre ou l'Allier. » 
Absit reverentia vero*...         

*Ne craignons pas de dire la vérité.

Contact Tonnellerie Plamondon : 450 469-2530
Cet article vient de paraître dans le dernier numéro du magazine Vins & Vignobles au Québec
2 jan. 2015 par Monsieur Bulles
Volaille et Champagne - © Photo Philippe Exbrayat - Comité Champagne L'idée reçue que le champagne n'est pas un vin de garde est tenace. Elle est due à l'histoire commerciale du champagne puisque ses élaborateurs (récoltants et maisons) ont toujours vendu leur vin "prêt à boire", négligeant ou soustrayant, à dessein, son potentiel d'endurance et de bonification en cellier domestique. Pourquoi ? Parce qu'avec la production qui va s'accroître et les marchés qui vont s'ouvrir au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, la Champagne va véhiculer - comme au XIXème siècle - le champagne plaisir, le champagne festif et frivole, donc le champagne qui précède la table plutôt que celui qui l'accompagne...
Pourtant, le champagne se garde avantageusement et le champagne est l'un des meilleurs vins taillés pour la table. Mais, il n'a jamais été vendu en tant que tel.

Si, en effet, toutes les cuvées de champagne sont prêtes à boire dès leur commercialisation, certaines gagnent à être attendues selon les caractéristiques gustatives qu'on s'attend à découvrir. Les cuvées issues d'un seul millésime, de prestige ou non, ont généralement des potentiels de garde de plus de 20 années. Et certains BSA s'améliorent nettement avec le temps...

Un grand champagne évolue comme un grand vin de bourgogne blanc. 
Si un Puligny-Montrachet peut être attendu 20 ans, pourquoi un grand cru d'Aÿ ou de Cramant ne pourrait-il l'être également ?

Les maisons de champagne véhiculent depuis peu cette réalité. Les arguments de vente de leurs commerciaux visent aujourd'hui davantage la table que la fête: le champagne est avant tout un vin blanc dont les paliers d'évolution gustative s'accordent adéquatement à table, sur des mets précis et travaillés. 

Cependant, les publicités de "champagne popé" ont été tellement efficaces pendant un siècle que le produit est devenu naturellement, génération après génération, le détonateur de la fête ou le symbole de son accomplissement : on ouvre le champagne à l'apéritif ou au dessert, mais il n'accompagne pas le repas.

Les bulles sont demandées dans le monde entier; les marchés asiatiques, russes et sud-américains se développent de façon exponentielle, au point que l'offre ne répond déjà plus à leur demande. Le Prosecco et le Cava ont tellement accru leur production pour y répondre qu'ils en oublient actuellement leur identité. 
Les mousseux de toute sorte se multiplient sur des appellations de vins a-priori tranquilles qui justifient leur acte de naissance pétulant à travers des arguments plus stériles que sincères. Pourquoi ? Parce qu'il y a des marchés à conquérir.

Quelle est la parade pour la Champagne ?

Pour mieux démontrer les effets agréables du temps sur leurs vins, certaines maisons de champagne mettent en marché de vieux millésimes tardivement dégorgés, des assemblages longtemps conservés ou vendent leurs cuvées millésimées avec une invitation à l'attendre quelques années avant sa consommation.

Cette mise en marché de flacons spéciaux est encore secondaire, certes. Elle est périphérique à la vente traditionnelle du champagne "à poper". Toutefois, cette mise en marché est pédagogique, et sans doute stratégique à long terme. En effet, si l'avantage de la Champagne sur les appellations de vins tranquilles, est qu'elle peut laisser mûrir son vin dans ses caves pour l'offrir à point au consommateur, elle doit, pour des raisons économiques, vendre du vin pour amortir cette attente et vendre l'esprit de la fête pour rassurer la filière.

Que peut-elle donc faire face aux autres bulles ?
S'étendre pour accroître sa production ? C'est déjà prévu. La Champagne viticole devrait couvrir 45 000 hectares en 2025.
Augmenter ses rendements ? Ils sont déjà suffisamment élevés.  
Bousculer son cahier des charges en matière de vente de bouteilles proportionnellement au stockage ? Ce serait la révision de l'identité même du vin de Champagne. 

Que doit donc faire la Champagne pour répondre et s'adapter aux nouvelles habitudes de consommation dans le monde ?
Elle doit véhiculer une nouvelle image et laisser aux mousseux d'ailleurs celle qui a fait sa gloire au XXème siècle. On ouvrira du cava ou du prosecco à Shangai, Moscou ou Tokyo pour l'apéritif, puis on poursuivra la fête à table avec du champagne.
Elle doit laisser ses concurrents s'engouffrer dans le guet-apens de la surproduction qui dénature n'importe quelle image pour mieux consolider celles qu'elle a toujours eues: le modèle, l'inspiratrice, la convoitée, la dominatrice.

Le champagne du XXème siècle était mondain, celui du XXIème siècle sera culinaire.
On peut lire cet article dans le numéro de Janvier 2015 du magazine Vin & Vignobles au Québec
6 oct. 2014 par Monsieur Bulles
Crayère chez CH La Champagne est en deuil, la maison Charles Heidsieck et la maison Piper-Heidsieck sont en deuil. Je n'aime pas la vendange 2014... En 2006, alors que Chrystine Brouillet et moi-même séjournions en Champagne pour la rédaction du livre "Couleur Champagne" (Flammarion Québec), Thierry Roset nous avait accueilli et proposé d'assister à la sélection et aux assemblages des vins clairs, véritable étape d'alchimie dans l'élaboration du champagne. Il nous parlait de sa fébrilité à la veille des vendanges...

«Une année commence... Quelles surprises nous réservera-t-elle ? J'aime l'automne et l'hiver pour leurs odeurs, pourtant, il n'y a pas une saison plus importante que l'autre, car elles construisent toutes, à leur façon, le champagne. Mon métier me comble; Moi qui n'étais pas à l'aise à l'école, l'oenologie était ce qui pouvait me convenir le mieux; durant mes études, je n'avais pas l'impression d'apprendre, mais de compléter, d'alimenter mon penchant pour la gourmandise...» 

Un gourmand bien modeste qui vient de nous quitter, il laisse aux gourmets des vins exceptionnels dont le Brut Réserve qu'il avait créé il y a 2 ans. Une cuvée magnifique offerte dans un flacon dessiné d'après la silhouette de la crayère 9 de la maison.
Thierry Roset est aux côtés de Charles Heidsieck et de Daniel Thibaut, celui qui l'avait engagé en 1988. Je suis sûr qu'ensemble ils débouchent un Blanc des Millénaires, comme lors de cette belle soirée d'avril 2000 où j'avais mieux compris, à leurs côtés, l'essence même du champagne.
Monsieur Bulles présente ses condoléances à la famille Roset et à toute l'équipe CH - PH
20 mars 2013 par Monsieur Bulles
Portait par Jean Tremblay Ou comment créer un modeste battage médiatique par le mépris et l'interprétation de propos.
Suite à l'article de M Ludovic Hirtzmann pour Le Figaro.fr  (Champagne au Canada : un parfum de prohibition), de nombreux échanges électroniques (facebook, twitter, etc) me sont parvenus m'invitant à préciser ce que j'aurais dit à ce journaliste, invité lors de l'une des soirées que j'anime au Beaver Club de Montréal sur le thème du champagne depuis novembre 2012.

Dans un premier temps, je dois préciser que nous avons créé ces Mardis Pétillants dans le but de démocratiser le Champagne qui, quoi qu'en pensent certains au Québec et en France, se fait plus varié (choix des marques ou des récoltants) et moins dispendieux depuis 5 ans sur les tablettes du monopole québécois parce que justement, le marché mondial, et du champagne, et des mousseux est en croissance.

Dans un deuxième temps, je souligne qu'écrivant moi-même des articles pour la presse, je comprends fort bien la frustration du chroniqueur qui doit écourter ses lignes, raboter sa pensée, vulgariser sa syntaxe ou pire, voir son article maladroitement tronqué par la rédaction en chef pour des raisons de disponibilité d'espace sur le papier, nécessaire à la publicité nourricière. J'imagine donc facilement ces contraintes imposées à M Ludovic Hirtzmann lorsqu'il a écrit cet article. Du moins, je lui souhaite ! Parce que s'il n'a pas rencontré ce frein rédactionnel, il signe à travers ses lignes une dégradation de son travail. 

Mal rapportés mes propos ? Forcément. On ne résume pas un échange verbal de 2 h assez pointu, toutefois distrayant, en 60 lignes. Comme à chacune de ces soirées "pétillantes" donc, je les justifie devant les clients (jamais plus de 15, tel est le concept) en disant qu'effectivement les consommateurs québécois connaissent mal le champagne et que c'est bien pour cela qu'on a lancé les mardis pétillants. La formule fonctionne, elle prouve qu'il y a une attente, voire un besoin. Cette clientèle me semble ravie de ces 6 à 8 pétulants, conviviaux, absolument pas guindés. 

Est-ce une réussite ? Ma foi oui puisqu'il y a des fidèles et des nouvelles têtes chaque mardi. Les mardis pétillants devaient s'arrêter en mai 2013, il y en aura jusqu'en décembre 2013 ! Et le projet de faire un tour du monde des bulles est prévu...
Alors oui, le champagne peut être popularisé malgré son coût et surtout, malgré la clientèle convoitée ou déjà convaincue, qu'elle que soit sa silhouette ou son rang social.

Parce qu'il est là le propos indigne et méprisant de Ludovic Hirtzmann. Quelle désolation de lire des facilités condescendantes envers ma clientèle qui a le droit de s'habiller et d'apparaître comme elle le veut, qui a le droit de ne pas connaître le champagne et qui a le droit de poser des questions naïves. Elle s'est déplacée pour cela! Pour s'amuser et obtenir des réponses en se distrayant ! 

Les mardis pétillants véhiculent l'aura du champagne; je répète chaque soir la puissance du mot champagne qui est utilisé à tort et à travers dans le monde entier  pour mieux valoriser un mousseux banal, une savonnette, un shampoing et même des croquettes pour chien! Le CIVC investit des millions chaque année pour défendre le terme. 

"Tiens, j'ai apporté du champagne" vous dit-on, alors que la bouteille tendue est un prosecco, un asti ou un cava. Qui n'a pas connu cette situation au Québec ? C'est aussi pour cela que les mardis pétillants existent, pour mieux distinguer l'univers des bulles. Sans mépris des appellations. Sans mépris du consommateur.
On parle cuvées, maisons, styles, cépages, crus, bulles, effervescence dans la simplicité et la détente; je conte l'histoire et les anecdotes qui ont créé le champagne parce que c'est comme cela qu'il se démocratise ici, au Québec. 

Des échanges sur Facebook, l'article en a créés, allez vérifier. 

J'en retiens quoi ?

Le plus amusant finalement et une analyse qui m'appartient: les Québécois, selon moi, sont bien plus connaisseurs en matière de vin que les Français, justement grâce au monopole et à la diversité de vins qu'il propose. Les Québécois - même si elles sont modestes - ont davantage de connaissances sur les mousseux du monde entier que le consommateur français ne pourra jamais en avoir. Pourquoi ? Parce que 85 % des vins proposés en France est français. Au Québec ? Plus de 35 pays référencés sur tout le territoire. Les Québécois vont-ils le crier sur tous les toits ? Non. Ils goûtent, ils apprécient, ils testent, ils posent des questions, ils s'interrogent, sans arrogance, dans l'humilité et la joie de découvrir et de partager.

On ne connaît pas le vin parce qu'on naît Français ! Pourtant combien de Français en sont persuadés. Parlez-en aux vignerons de l'hexagone, ils sont les premiers témoins d'autant de vanité. Depuis plus de 18 ans que je vis au Québec, il n 'y a pas eu une seule rencontre avec un vigneron français en visite à Montréal qui ne m'a pas parlé de la simplicité et de la gentillesse des Québécois et toujours, - toujours ! - son étonnement sur la connaissance non étalée du vin. Les vignerons italiens et espagnols me disent la même chose. Mais c'est un autre débat. Il doit y avoir un syndrome latin! Et Ludovic Hirztmann a dû être touché par ce dernier, le temps seulement, je l'espère, de la rédaction de ses lignes.
 
Bref, l'article du Figaro n'est qu'une tempête dans un verre d'eau ou plutôt, un orage dans un verre de champagne.

Je me devais toutefois de rectifier le tir... parce qu'il a failli m'atteindre.

L'article de M Ludovic Hirtzmann est disponible ci-dessous:
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