2 jan. 2015 par Monsieur Bulles
Volaille et Champagne - © Photo Philippe Exbrayat - Comité Champagne L'idée reçue que le champagne n'est pas un vin de garde est tenace. Elle est due à l'histoire commerciale du champagne puisque ses élaborateurs (récoltants et maisons) ont toujours vendu leur vin "prêt à boire", négligeant ou soustrayant, à dessein, son potentiel d'endurance et de bonification en cellier domestique. Pourquoi ? Parce qu'avec la production qui va s'accroître et les marchés qui vont s'ouvrir au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, la Champagne va véhiculer - comme au XIXème siècle - le champagne plaisir, le champagne festif et frivole, donc le champagne qui précède la table plutôt que celui qui l'accompagne...
Pourtant, le champagne se garde avantageusement et le champagne est l'un des meilleurs vins taillés pour la table. Mais, il n'a jamais été vendu en tant que tel.

Si, en effet, toutes les cuvées de champagne sont prêtes à boire dès leur commercialisation, certaines gagnent à être attendues selon les caractéristiques gustatives qu'on s'attend à découvrir. Les cuvées issues d'un seul millésime, de prestige ou non, ont généralement des potentiels de garde de plus de 20 années. Et certains BSA s'améliorent nettement avec le temps...

Un grand champagne évolue comme un grand vin de bourgogne blanc. 
Si un Puligny-Montrachet peut être attendu 20 ans, pourquoi un grand cru d'Aÿ ou de Cramant ne pourrait-il l'être également ?

Les maisons de champagne véhiculent depuis peu cette réalité. Les arguments de vente de leurs commerciaux visent aujourd'hui davantage la table que la fête: le champagne est avant tout un vin blanc dont les paliers d'évolution gustative s'accordent adéquatement à table, sur des mets précis et travaillés. 

Cependant, les publicités de "champagne popé" ont été tellement efficaces pendant un siècle que le produit est devenu naturellement, génération après génération, le détonateur de la fête ou le symbole de son accomplissement : on ouvre le champagne à l'apéritif ou au dessert, mais il n'accompagne pas le repas.

Les bulles sont demandées dans le monde entier; les marchés asiatiques, russes et sud-américains se développent de façon exponentielle, au point que l'offre ne répond déjà plus à leur demande. Le Prosecco et le Cava ont tellement accru leur production pour y répondre qu'ils en oublient actuellement leur identité. 
Les mousseux de toute sorte se multiplient sur des appellations de vins a-priori tranquilles qui justifient leur acte de naissance pétulant à travers des arguments plus stériles que sincères. Pourquoi ? Parce qu'il y a des marchés à conquérir.

Quelle est la parade pour la Champagne ?

Pour mieux démontrer les effets agréables du temps sur leurs vins, certaines maisons de champagne mettent en marché de vieux millésimes tardivement dégorgés, des assemblages longtemps conservés ou vendent leurs cuvées millésimées avec une invitation à l'attendre quelques années avant sa consommation.

Cette mise en marché de flacons spéciaux est encore secondaire, certes. Elle est périphérique à la vente traditionnelle du champagne "à poper". Toutefois, cette mise en marché est pédagogique, et sans doute stratégique à long terme. En effet, si l'avantage de la Champagne sur les appellations de vins tranquilles, est qu'elle peut laisser mûrir son vin dans ses caves pour l'offrir à point au consommateur, elle doit, pour des raisons économiques, vendre du vin pour amortir cette attente et vendre l'esprit de la fête pour rassurer la filière.

Que peut-elle donc faire face aux autres bulles ?
S'étendre pour accroître sa production ? C'est déjà prévu. La Champagne viticole devrait couvrir 45 000 hectares en 2025.
Augmenter ses rendements ? Ils sont déjà suffisamment élevés.  
Bousculer son cahier des charges en matière de vente de bouteilles proportionnellement au stockage ? Ce serait la révision de l'identité même du vin de Champagne. 

Que doit donc faire la Champagne pour répondre et s'adapter aux nouvelles habitudes de consommation dans le monde ?
Elle doit véhiculer une nouvelle image et laisser aux mousseux d'ailleurs celle qui a fait sa gloire au XXème siècle. On ouvrira du cava ou du prosecco à Shangai, Moscou ou Tokyo pour l'apéritif, puis on poursuivra la fête à table avec du champagne.
Elle doit laisser ses concurrents s'engouffrer dans le guet-apens de la surproduction qui dénature n'importe quelle image pour mieux consolider celles qu'elle a toujours eues: le modèle, l'inspiratrice, la convoitée, la dominatrice.

Le champagne du XXème siècle était mondain, celui du XXIème siècle sera culinaire.
On peut lire cet article dans le numéro de Janvier 2015 du magazine Vin & Vignobles au Québec
6 oct. 2014 par Monsieur Bulles
Crayère chez CH La Champagne est en deuil, la maison Charles Heidsieck et la maison Piper-Heidsieck sont en deuil. Je n'aime pas la vendange 2014...
En 2009, alors que Chrystine Brouillet et moi-même séjournions en Champagne pour la rédaction du livre "Couleur Champagne" (Flammarion Québec), Thierry Roset nous avait accueilli et proposé d'assister à la sélection et aux assemblages des vins clairs, véritable étape d'alchimie dans l'élaboration du champagne.

Il nous parlait de sa fébrilité à la veille des vendanges: 


«Une année commence... Quelles surprises nous réservera-t-elle ? J'aime l'automne et l'hiver pour leurs odeurs, pourtant, il n'y a pas une saison plus importante que l'autre, car elles construisent toutes, à leur façon, le champagne. Mon métier me comble; Moi qui n'étais pas à l'aise à l'école, l'oenologie était ce qui pouvait me convenir le mieux; durant mes études, je n'avais pas l'impression d'apprendre, mais de compléter, d'alimenter mon penchant pour la gourmandise...» 

Un gourmand bien modeste qui vient de nous quitter, il laisse aux gourmets des vins exceptionnels dont le Brut Réserve qu'il avait créé il y a 2 ans. Une cuvée magnifique offerte dans un flacon dessiné d'après la silhouette de la crayère 9 de la maison.

Thierry Roset est aux côtés de Charles Heidsieck et de Daniel Thibaut, celui qui l'avait engagé en 1988. Je suis sûr qu'ensemble ils débouchent un Blanc des Millénaires, comme lors de cette belle soirée d'avril 2000 où j'avais mieux compris, à leurs côtés, l'essence même du champagne.
Monsieur Bulles présente ses condoléances à la famille Roset et à toute l'équipe CH - PH
20 mars 2013 par Monsieur Bulles
Portait par Jean Tremblay Ou comment créer un modeste battage médiatique par le mépris et l'interprétation de propos.
Suite à l'article de M Ludovic Hirtzmann pour Le Figaro.fr  (Champagne au Canada : un parfum de prohibition), de nombreux échanges électroniques (facebook, twitter, etc) me sont parvenus m'invitant à préciser ce que j'aurais dit à ce journaliste, invité lors de l'une des soirées que j'anime au Beaver Club de Montréal sur le thème du champagne depuis novembre 2012.

Dans un premier temps, je dois préciser que nous avons créé ces Mardis Pétillants dans le but de démocratiser le Champagne qui, quoi qu'en pensent certains au Québec et en France, se fait plus varié (choix des marques ou des récoltants) et moins dispendieux depuis 5 ans sur les tablettes du monopole québécois parce que justement, le marché mondial, et du champagne, et des mousseux est en croissance.

Dans un deuxième temps, je souligne qu'écrivant moi-même des articles pour la presse, je comprends fort bien la frustration du chroniqueur qui doit écourter ses lignes, raboter sa pensée, vulgariser sa syntaxe ou pire, voir son article maladroitement tronqué par la rédaction en chef pour des raisons de disponibilité d'espace sur le papier, nécessaire à la publicité nourricière. J'imagine donc facilement ces contraintes imposées à M Ludovic Hirtzmann lorsqu'il a écrit cet article. Du moins, je lui souhaite ! Parce que s'il n'a pas rencontré ce frein rédactionnel, il signe à travers ses lignes une dégradation de son travail. 

Mal rapportés mes propos ? Forcément. On ne résume pas un échange verbal de 2 h assez pointu, toutefois distrayant, en 60 lignes. Comme à chacune de ces soirées "pétillantes" donc, je les justifie devant les clients (jamais plus de 15, tel est le concept) en disant qu'effectivement les consommateurs québécois connaissent mal le champagne et que c'est bien pour cela qu'on a lancé les mardis pétillants. La formule fonctionne, elle prouve qu'il y a une attente, voire un besoin. Cette clientèle me semble ravie de ces 6 à 8 pétulants, conviviaux, absolument pas guindés. 

Est-ce une réussite ? Ma foi oui puisqu'il y a des fidèles et des nouvelles têtes chaque mardi. Les mardis pétillants devaient s'arrêter en mai 2013, il y en aura jusqu'en décembre 2013 ! Et le projet de faire un tour du monde des bulles est prévu...
Alors oui, le champagne peut être popularisé malgré son coût et surtout, malgré la clientèle convoitée ou déjà convaincue, qu'elle que soit sa silhouette ou son rang social.

Parce qu'il est là le propos indigne et méprisant de Ludovic Hirtzmann. Quelle désolation de lire des facilités condescendantes envers ma clientèle qui a le droit de s'habiller et d'apparaître comme elle le veut, qui a le droit de ne pas connaître le champagne et qui a le droit de poser des questions naïves. Elle s'est déplacée pour cela! Pour s'amuser et obtenir des réponses en se distrayant ! 

Les mardis pétillants véhiculent l'aura du champagne; je répète chaque soir la puissance du mot champagne qui est utilisé à tort et à travers dans le monde entier  pour mieux valoriser un mousseux banal, une savonnette, un shampoing et même des croquettes pour chien! Le CIVC investit des millions chaque année pour défendre le terme. 

"Tiens, j'ai apporté du champagne" vous dit-on, alors que la bouteille tendue est un prosecco, un asti ou un cava. Qui n'a pas connu cette situation au Québec ? C'est aussi pour cela que les mardis pétillants existent, pour mieux distinguer l'univers des bulles. Sans mépris des appellations. Sans mépris du consommateur.
On parle cuvées, maisons, styles, cépages, crus, bulles, effervescence dans la simplicité et la détente; je conte l'histoire et les anecdotes qui ont créé le champagne parce que c'est comme cela qu'il se démocratise ici, au Québec. 

Des échanges sur Facebook, l'article en a créés, allez vérifier. 

J'en retiens quoi ?

Le plus amusant finalement et une analyse qui m'appartient: les Québécois, selon moi, sont bien plus connaisseurs en matière de vin que les Français, justement grâce au monopole et à la diversité de vins qu'il propose. Les Québécois - même si elles sont modestes - ont davantage de connaissances sur les mousseux du monde entier que le consommateur français ne pourra jamais en avoir. Pourquoi ? Parce que 85 % des vins proposés en France est français. Au Québec ? Plus de 35 pays référencés sur tout le territoire. Les Québécois vont-ils le crier sur tous les toits ? Non. Ils goûtent, ils apprécient, ils testent, ils posent des questions, ils s'interrogent, sans arrogance, dans l'humilité et la joie de découvrir et de partager.

On ne connaît pas le vin parce qu'on naît Français ! Pourtant combien de Français en sont persuadés. Parlez-en aux vignerons de l'hexagone, ils sont les premiers témoins d'autant de vanité. Depuis plus de 18 ans que je vis au Québec, il n 'y a pas eu une seule rencontre avec un vigneron français en visite à Montréal qui ne m'a pas parlé de la simplicité et de la gentillesse des Québécois et toujours, - toujours ! - son étonnement sur la connaissance non étalée du vin. Les vignerons italiens et espagnols me disent la même chose. Mais c'est un autre débat. Il doit y avoir un syndrome latin! Et Ludovic Hirztmann a dû être touché par ce dernier, le temps seulement, je l'espère, de la rédaction de ses lignes.
 
Bref, l'article du Figaro n'est qu'une tempête dans un verre d'eau ou plutôt, un orage dans un verre de champagne.

Je me devais toutefois de rectifier le tir... parce qu'il a failli m'atteindre.

L'article de M Ludovic Hirtzmann est disponible ci-dessous:
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