16 sep. 2019 par Monsieur Bulles
warre's 20 ans William Warre est devenu partenaire de la maison Messr. Clarck & Thornton en 1729. Cependant, celle-ci existait déjà depuis 1670 et W. Warre devint seul propriétaire après quelques années. Il y eut un descendant direct de la famille jusque dans les années 1950, période où la compagnie appartenait déjà au groupe Symington qui s'y était associé en 1905, avant de devenir l'uni­que propriétaire en 1912. C'est grâce à ce dernier que la Quinta da Cavadinha fut rattachée à la marque Warre's en 1980. Ce domaine allait fournir l'essen­tiel de ses vins. Jusqu'alors, Warre's dis­posait des vins de la famille Serôdio et de leur domaine, la Quinta do Bom Retiro Pequeno. Un Single Quinta fut lancé dès le millésime 1978. La particularité de la marque Warre's est de proposer une majorité de types de Vins de Porto de haut de gamme.
Commentaire du Porto 20 ans d'âge - Warre's :

L'opulence habituelle de la maison est ici atténuée par les effets du temps sur le vin qui a séjourné entre 15 et 25 années sous bois : le charme glisse doucement sur les papilles, il laisse un crescendo d'arômes dont le souvenir perdure un long moment en bouche : amandes, oranges confites, caramel blond, grué de cacao...

L'eau-de-vie ne brûle pas, elle soutient un fruité presque rouge, encore bien présent, et accompagne une texture à la fois grasse et fluide, l'apanage des 20 ans signés et réussis.

Amateur de cigare ? Essayez-le avec un Don Tomas Clasico Toro Natural (Honduras)
Porto Otima 20 ans de Warre's (500 ml) à 41,25 $ en SAQ / Code : 10667360
13 juin 2019 par Monsieur Bulles
20 ans Graham's C'est en acceptant d'être payé avec 27 "pipa" de vin de Porto que William et John Graham, deux écossais établis dans le commerce du textile depuis 1820, comprirent qu'il y avait davantage de profits à faire en vendant du vin plutôt que de la laine car, une fois ces fûts facilement revendus, il se lancèrent uniquement et définitivement dans ce nou­veau commerce en 1826. Graham's représente aujourd'hui le fleuron des marques de la famille Symington, avec Dow's, Warre's, Smith Woodhouse, Gould Campbell et Quarles Harris.

Commentaire du Porto Tawny 20 ans de GRAHAM'S : 

Robe translucide et brillante de couleur caramel foncé aux reflets orangés. Le premier nez est net, les arômes de noix de Grenoble sont expressifs. L'aération rappelle la caramélisation des rhums. 

L'attaque en bouche est particulièrement aromatique, les fruits secs (noix, noisettes et écorces d'oranges amères) s'imposent, c'est un vin enveloppant dans les parfums, sa texture est onctueuse, toutefois fine et lisse, sans lourdeur.

La finale est logiquement longue - on déguste un 20 ans - et la puissance, parfois imposante chez Graham's, est bien en place, juste positionnée pour soutenir les saveurs.

Les amateurs d'orangettes ont ici un vin muté tout indiqué, ceux qui préfèrent le fromage se dirigeront vers un vieux Sao Jorge...
Code SAQ : 12299610 / 60 $
18 déc. 2018 par Monsieur Bulles
Vin de Constance 2012 C'est un vin mythique, curieusement peu connu du grand public. Un vin blanc liquoreux élaboré au bout du monde, au bout de l'Afrique, et ce, depuis 3 siècles. Vendu dans un flacon qui rappelle ceux d'alors, le vin doré qu'il renferme a inspiré les plus grands auteurs. Et même s'il est élaboré avec l'un des cépages les plus anciens du monde qu'on retrouve sur maintes appellations, un cépage qui offre le meilleur comme le pire, c'est au Cap que le muscat exprime sa quintessence. Bienvenue dans l'univers du soyeux et de l'édulcoré...
Le domaine Klein Constantia est parmi les pionniers en matière de viticulture sud-africaine puisque la création de la propriété agricole par Simon Van der Stel remonte à la fin des années 1680.
 
Nommé gouverneur de la province du Cap en 1685 par la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales, alors maîtresse des lieux, on ne prête souvent à cet homme qu'un rôle politique, mais ce protestant qui mît les pieds pour la première fois en Afrique du Sud en 1679, était un vrai vigneron puisqu'il avait entamé des travaux viticoles chez lui, sur son propre domaine en Hollande, à Muiderbergh !
 
Le "vin brûlé", le Brande Vjin qui deviendra le Brandy est alors une spécialité des Provinces-Unies (Hollande) et Van der Stel fît quelques aller-retours entre les deux continents avant de s'installer définitivement en 1685 au Cap et d'y construire un domaine agricole grâce aux 763 hectares que la compagnie lui a légué.

Comme la plupart des grandes propriétés aristocrates de l'époque, la vigne n'est pas la seule économie. Ce sont des fermes polyculturelles qui s'érigent, car il y a un pays à construire. Le domaine qui sortira son premier vin en 1692, prît donc le nom de Constantia. 

Plusieurs thèses existent sur l'origine de ce nom : 
l'épouse du gouverneur Van der Stel s'appelait Constance; le navire qui achemina la fille du premier intendant de la Compagnie Rijckloff Van Goen qui soutînt le projet d'obtention de terres au Cap à Van der Stel, s'appelait Constantia; enfin, Constantia est le terme latin signifiant persévérance. Il a pu inspirer le pieux protestant qu'était Van der Stel qui meurt en 1712. 

Deux ans après son décès, le domaine est vendu aux enchères et divisé en trois secteurs : le terrain où était la demeure de la famille Van der Stel est racheté par le Capitaine suédois Oloff Bergh qui nomme la zone Groot Constantia, et un certain Pierter de Meijer rachète les secteurs de Klein Constantia (Hoop Op Constantia en 1783) et Bergvliet (divisé en deux secteurs en 1783, Buitenverwachting et Nova). 
Chaque domaine restera viticole tout en étant administré différemment, selon les archives laissées par les héritiers qui se succèdent pendant 50 ans. Les écrits mentionnent que la production de vin de Groot Constantia était globalement meilleure que celle de Klein Constantia au 18ème siècle.

Alors que Groot Constantia est progressivement laissé à l'abandon, il est repris en 1778, par Hendrick Cloete, un notable de Stellenbosch qui, grâce à ses descendants, va véritablement élever le domaine au rang de propriété viticole incontournable pendant le 19ème siècle. Cependant, dès 1860, l'oïdium, puis le phylloxéra rongent les terres agricoles du Cap, emportant la plupart des vignes. Dévastée, Groot Constantia devient une exploitation du gouvernement sud-africain en 1885, qui la rachète pour une bouchée de pain. 
Le domaine est transformé en institut agricole. Malgré quelques tentatives viticoles grâce aux boutures américaines, la production périclite. Mal administré, donc inefficace, il survit au gré des différents gouvernements d'une Afrique du Sud écartée des grands échanges commerciaux en raison de sa politique intérieure. Groot Constatia et Hoop Op Constantia sont finalement déclarés Monument National en 1984, l'intérêt muséal passant avant la volonté viticole. 

Une époque où les vins sont sirupeux.

Emblème d'une période où les vins étaient généralement sucrés, celui du Cap avait conquis les tables princières d'Europe. Le fait qu'il vienne du bout du monde a forgé l'engouement et le mystère. Pratiquement toutes les caves des cours royales et impériales du vieux continent au 18ème siècle et 19ème siècle possédaient de petits flacons noirâtres renfermant la liqueur. On ne compte plus les références littéraires d'auteurs classiques, dont certains d'ailleurs n'en avaient jamais bu; et Napoléon 1er a même réussi à en obtenir, lors de son exil sur l'île de Sainte-Hélène. Bref, avec le vin de Madère, le vin de Constance était alors le plus recherché.

Par chance, les archives sont assez précises en ce qui concerne ce vin. On peut remonter aux années 1720 pour connaître son parcours qui débute grâce à Johannes Colijn, son premier élaborateur à Hoop op Constantia, dont le chai a été préservé, mais qui a été abandonné et transformé en entrepôt. 

Rien ne précise que seul le muscat était alors employé. Le chenin et le pontac (cépage teinturier qui proviendrait de la Loire) devaient lui être assemblés puisque ces trois cépages étaient alors les plus vigoureux et les plus résistants localement. Le pontac sera vite abandonné.

Deux versions étaient d'ailleurs élaborées selon Boela Gerber, oenologue de Groot Constantia depuis 2001. La première non mutée pour la consommation locale et la seconde mutée, pour les marchés à l'export; thèse on ne peut plus logique puisque jusqu'au milieu du 19ème siècle, on ajoutait fréquemment de l'alcool dans la plupart des vins qui prenaient le bateau, quelles que soient leurs destinations.

Comme la plupart des pays viticoles, l'Afrique du Sud a été touchée par le phylloxéra, toutefois et contrairement à ce qui a été longtemps véhiculé (le fait que la production de vin de Constance a été freinée, puis arrêtée à cause du puceron), Boela Gerber affirme qu'on a poursuivi une mince production avec du muscat de Frontignan puisqu'on a retrouvé des flacons des années 1920. Les conflits et les crises économiques de la première moitié du 20ème siècle qui ont sérieusement freiné la production du vin, ont incité les archivistes à fouiller le passé du domaine, révélant qu'aucune production du célèbre nectar n'a existé pendant 40 ans. 

C'est à partir des années 1980, grâce au rachat de la propriété par Duggie Jooste que le Vin de Constance entame une renaissance. En travaillant avec le professeur Chris Orffer de la Stellenbosch University et en replantant du muscat de Frontignan, le vin de Constance réapparaît sur les marchés, notamment avec un 1986 non botrytisé.

Toutefois, des choix hasardeux de cépages en raison sans doute de l'établissement d'une seule pépinière en Afrique du Sud, contrôlée par l'état, ne vont pas aider le rétablissement d'une identité réelle pour le vin de Constance. Le système politique du pays entraînant de plus, des restrictions commerciales à l'échelle internationale, ce dernier reste absent des marchés. Et curieusement, c'est sans doute en cette fin de 20ème siècle que le vin de Constance s'érige en mythe...  
Comme on ne le voit pas et comme on ne le boit pas, il est convoité.

25 000 bouteilles savoureuses plus tard...

C'est finalement depuis 2011, année de rachat de la marque par Zdenek Bakala et Charles Harman, deux financiers de BXR Group qu'un sérieux plan d'affaires a été initié. On y trouve des actionnaires bien connus dans l'univers du vin bordelais, comme Hubert de Boüard de Laforest et Bruno Prats qui, avec Matthew Day, l'oenologue, et Hans Astrom administrent aujourd'hui le domaine. 

Klein Constantia produit en moyenne 25.000 bouteilles du prestigieux vin de Constance. Le mythe est désormais plus accessible... même au Québec !

Commentaire du Vin de Constance 2014 - sucre: 160 gr / L (dégusté en décembre 2018) :

Des arômes de garrigue (typique dans la jeunesse de ce vin quels que soient les millésimes), de raisins secs, de grappa, puis de cire à l'aération sont très nets au nez alors que dès l'attaque en bouche, la concentration s'installe davantage. 
Certes floral, on pense surtout à une marmelade d'oranges et de pamplemousses dans les saveurs qui parcourent la texture grasse et curieusement, pas si longue que cela. Bref, c'est un poupon !!  
Il n'a pas encore la complexité aromatique qu'il gagnera avec le temps, mais le comportement et surtout, la fine acidité qui enveloppe le fruité confit, prédispose ce vin à une garde avantageuse...
En matière d'harmonie culinaire, le foie gras, la crème brûlée ou le fondant au chocolat noir sont des classiques toujours appréciés avec un tel nectar, bu en jeunesse. 
Les fromages à pâtes persillées sont également d'heureux compagnons. Et si vous avez la dent sucrée, le Vin de Constance est un dessert en lui-même... 
Klein Constantia Vin de Constance 2014
Code SAQ : 10999655 / 75,25 $ en SAQ
27 nov. 2018 par Monsieur Bulles
Gamme de portos Parce que le Québec n'importe plus autant de porto qu'il y a 15 ans, parce qu'on en consomme certes moins qu'il y a 15 ans, j'entends parler de mode ! Le porto n'est plus à la mode ! Quelle aberration ! S'il y a bien un vin qui est en dehors des tendances, c'est bien le porto. Depuis trois siècles qu'il existe, il a connu des hauts et des bas selon les époques et pourtant, il est toujours là : noir ou ambré, riche ou soyeux, fruité ou complexe; il est le vin intemporel par excellence. Et parce qu'il est multiple, il offre toujours du plaisir selon ce qu'on recherche comme saveur, comme puissance ou comme souvenir. Suivez-moi, ce sont ces derniers qu'on part collectionner !
Avec les demi-bouteilles, il y a une centaine de bouteilles de porto de 750 ml à l'heure actuelle sur le marché du Québec, réparties en une vingtaine de marques. 
Dans le volume, comme dans la diversité de ces dernières, c'est 4 fois moins qu'il y a 15 ans !!
Le Québec était le premier consommateur de porto au Canada en 2000, qui était le deuxième pays dans le monde à importer la plus grosse quantité de portos, dits de haut de gamme, soient les tawnies et les vintages. 

Bref, le Québec d'alors, était le deuxième consommateur de porto au monde !!

Que s'est-il passé pour que le porto dégringole de nos tablettes monopolistiques le temps d'une génération ?
La réponse est peut-être dans la question : génération.

Une nouvelle génération - bourrée de paradoxes - a pris le marché, a créé les nouvelles tendances, est devenue la référence consommatrice pour les entreprises. 

Cette génération, c'est la Y.

Une génération qui veut du bio, du naturel, de l'extra-brut et moins de sucre, mais qui consomme aussi du Coke, du MacDo, des Smirnoff gazéifiées et qui surfe sur la vague des cocktails édulcorés !  
L'univers du Porto a bien essayé de la conquérir la Y, en lui proposant notamment du Porto rosé; mais c'était trop tard. 
L'image du Porto était dépassée, elle rappelait trop papa et maman avec leur fromage, voire papy et mamy avec leur petit verre de fin de soirée.

Et puis, il y a aussi le fait qu'on nous a tellement imposé le porto avec n'importe quoi à table, qu'on en a fait une indigestion, nous les autres, les moins vieux, les X. 
Quant aux baby-boomers, ils ont tellement collectionné, de façon compulsive, les vintages et les tawnies, que leur cave en déborde aujourd'hui, au point de ne plus savoir quoi en faire... 
Additionnés aux campagnes anti-alcool, à la guerre du sucre et à la dictature chronique du ventre plat, le porto est devenu l'ennemi à abattre.

Et pourtant, et pourtant... 

Le porto est sans doute le seul vin au monde à offrir toute la gamme des arômes possibles et imaginables, selon la catégorie qu'on dégustera. 
Et cette caractéristique vous permet une chose unique : remonter dans le temps - le vieux rêve de l'homme - à travers des parfums qui vous rappellent votre enfance ou des souvenirs heureux.

Depuis les fruits jusqu'aux épices en passant par les accents les plus curieux ou les plus rares, le porto est sans doute le seul vin au monde à offrir de façon aussi intense et reconnaissable, tous les arômes que vous lirez sur une roue des saveurs !

Voici une courte sélection de portos particulièrement accessibles qui vous transporteront dans ces parfums :

FEIST

Fondée à Londres en 1836 par les frères Feist (d'origine allemande), la marque Feist appartient depuis les années 1930 au groupe Barros Almeida. Elle offre de jolis portos de type tawny et colheita dans un style souple, léger, toujours accessible. Comme leur tarif !
Connaissez-vous un vin issu du millésime 1989 à moins de 60 $ la bouteille ? 
Il existe si l'on parle de porto ! Le Colheita 1989 de Feist
(Le 1998 de la même marque est à 34,25 $ !)
Aucun vin ne peut offrir une plongée dans le temps à ces prix.
Et côté parfums qui s'épanouissent dans une texture soyeuse et longue, on se noie dans ceux d'écorces d'oranges, d'abricots secs, de noix, de grué de cacao, de cannelle et de nougat qu'un simple carré de chocolat noir saura accompagner à merveille.

KOPKE
Kopke Tawny 30 ans à moins de 100 $ ! 
Le cadeau de Noël par excellence ! Il n'y a que 3 portos de cette catégorie en SAQ, le Kopke est le plus délicat et le plus long en bouche, bienvenue dans l'univers de la torréfaction. 

SANDEMAN
Un porto vintage à 25,75 $ ! 
Même au Portugal, il n'existe pas. 
Le Vau Vintage 2001 de Sandeman ! Ne cherchez pas le même millésime en vin sec en SAQ, il n'existe pas. De la soie et des notes de tabac autour d'un boisé délicat qu'on pourra découvrir avec une joue de boeuf braisée, parce que oui, certains portos se révèlent aussi à table !

RAMOS PINTO
Moins complexe que les rouges et pourtant tout aussi délicieux, le porto blanc Lagrima de Ramos Pinto est à 22 $ ! Le genre de bouteille qu'on a chez soi en permanence et qui peut rester entamée pendant plusieurs semaines sans que le temps ne vienne le corrompre. Agrumes confits, zestes de mandarines et notes de miel dans une fluidité veloutée sauront toujours satisfaire l'invité surprise à l'heure de l'apéritif avec quelques amandes salées ou en sortie de table avec un morceau de vieux cheddar.

CABRAL, la marque phare des Québécois
Depuis 20 ans maintenant, Emanuel Cabral offre toute la gamme des portos (le rosé vient d'arriver sur le marché), exclusivement au Québec. Ne cherchez donc pas cette marque dans le Douro, elle n'y est pas, même si elle est élaborée par la cave Vista Alegre. La qualité est toujours présente et les tarifs appliqués sont incroyablement modestes. Le Tawny 20 ans le démontre : pour 52,25 $, on déguste un vin muté qui conjugue fruité rouge cuit et toffee anglais dans les arômes, au sein d'une texture veloutée qui termine sa course sur une pointe torréfiée. Idéal pour commencer l'initiation aux Tawnies 20 ans, car ce porto est net et sans complexe.

Un petit verre de porto ce soir ?

Paysage du Douro
9 fév. 2018 par Monsieur Bulles
Noe 30 ans Jerez Issu d'une terre que toutes les civilisations méditerranéennes antiques ont voulu conquérir, le vin de Xérès est aujourd'hui négligé du public. Complexe dans tous ses états, depuis sa vinification jusqu'à sa dégustation, il se cache derrière son voile qui fait son mystère et son charme, à l'image des femmes voilées du Moyen-Orient. Qu'il soit appelé Jérez, Sherish, Sherry ou Xérès, souvenirs des langues qui l'ont convoité (espagnole, arabe, anglaise ou française), il est l'un des rares vins de l'époque pré-chrétienne a avoir survécu aux modes et aux goûts de nos époques modernes.
Situé à la porte d'entrée de l'Europe, dans les sables et les marécages de la partie occidentale de l'Andalousie, en Espagne, il est le vin du « Triangle d'or » formé par les villes de Jérez de la Frontera, Sanlùcar de Barrameda et El Puerto de Santa Marià, dans la province de Cadix. Région particulièrement aride (ensoleillement annuel de 290 jours !), c'est grâce au sol de marne blanche Albariza qui emmagasine la moindre goutte d'eau de pluie qui vient à tomber, que les cépages Palomino de Jerez, Pedro Ximénez et Moscatel peuvent être cultivés.    

Deux familles, deux styles   

C'est surtout le processus d'élaboration du Xérès qui est particulièrement complexe et singulier.  

Il y a d'abord deux phases de fermentation et une première classification du vin avant même sa clarification. Cette classification est à l'origine des deux grandes familles de Xérès, les Finos, élaborés sous voile (ou fleur) et les Olorosos, élaborés en contact direct avec l'air.     
En effet, on procède à une dégustation à même les barriques qui sont marquées d'un symbole (un trait, un trait et un point, deux traits et trois traits) déterminant la pureté, l'intensité et la consistance du vin. 
Ce test est pratiqué au moyen d'une « Venencia », un étroit gobelet d'argent fixé à une baguette. Les vins marqués d'un trait seront mutés à l'eau-de-vie de vin de 15% et constitueront trois catégories appelées Fino, Manzanilla et Amontillado. 
Pour les deux premières, Fino et Manzanilla, un voile protecteur (fleur, flor) apparaît spontanément à la surface du vin qui l'isole de l'air, consomme son alcool et le nourrit. L'Amontillado sera obtenu à partir d'un Fino dont la fleur mourra pendant la maturation. Il sera fortifié et soumis par la suite à un vieillissement naturel. 
Les vins marqués d'un trait et d'un point seront mutés à l'eau-de-vie de vin de 17,5 %, ce qui empêchera au voile protecteur de se former. En contact avec l'air, ils donneront la catégorie des Olorosos.   

Le système « Solera »  
 
Le Xérès a été millésimé jusqu'au deuxième tiers du XIXème siècle, mais suite à son succès sur le marché anglais, les importateurs d'alors demandèrent aux producteurs un vin homogène, gardant ses caractéristiques, mais d'une saveur populaire.    

C'est ainsi que le système de « criaderas y soleras » est né. Il s'agit de la superposition pyramidale des barriques dont la base est constituée du vin le plus vieux (solera) et les échelons supérieurs, des vins successivement plus jeunes (criadera). On extrait une proportion de vin de la solera pour la consommation, mais on remplace ce manque par le vin de la rangée supérieure. On procède évidemment ainsi de suite, au fur et à mesure de l'échelle des barriques. Ce mode de vieillissement rotatif doit être de trois années minimum selon la loi, mais les producteurs font vieillir leur vin bien davantage. 
Pour certaines catégories, le vieillissement peut atteindre trente ans. Les barriques d'une contenance de 600 litres, qu'on appelle « Botas », sont toujours issues de bois de chêne américain. Cette échelle originale d'élaboration du vin peut monter jusqu'à quatorze niveaux.    
Les caves de Xérès ont justement cette particularité d'avoir une architecture de type cathédrale qui permet l'entreposage des ces pyramides. Au-delà de l'importance du sol, de l'humidité, de l'emplacement, de l'orientation, de l'éclairage et de la hauteur de ces caves, qui sont capitaux pour le vin, elles sont les écrins uniques qu'il faut visiter simplement pour leur présence majestueuse dans une région aux accents « du bout du monde ».   

Les types de Xérès   

Ce système complexe permet au vin de garder son identité aromatique et gustative, tout en étant imprégné du style de chaque maison. On peut distinguer le Xérès en différents types, mais chacun d'entre eux comportant des catégories qui désorientent le consommateur, je préfère les énumérer tous et vous inviter à tous les déguster.  
Un peu comme avec le Porto où l'on est amateur de Tawny ou de Late Bottle Vintage, on devient amateur de Xérès avec ou sans « flor ».   

Fino : couleur pâle, paille ou dorée. Arôme d'amande. Délicat. À boire entre 7 et 9 degrés.   

Manzanilla : couleur paille. Arôme amer. Sec et léger en bouche. À boire entre 7 et 9 degrés.   

Amontillado : couleur ambrée. Arôme de noisette. Doux et léger en bouche. À boire autour de 14 degrés.   

Oloroso : couleur ambrée à acajou. Arôme de noix. Sec et puissant en bouche. À boire entre 15 et 17 degrés.   

Palo Cortado (la combinaison de l'Amontillado et de l'Oloroso) : couleur acajou. Arôme de noisette.  Sec, élégant et persistant. Il combine la délicatesse et l'amertume du premier et la vinosité du second. Il est très rare. À boire entre 15 et 17 degrés.   

Pale Cream : couleur pâle. Arôme amer. Doux et délicat en bouche.  À boire entre 7 et 9 degrés.   

Cream : couleur ambre foncé. Arôme puissant. Corsé en bouche.  À boire autour de 13 degrés.   

Pedro Ximénes : couleur acajou foncé. Arôme puissant de fruits secs. Dense en bouche. À boire entre 15 et 17 degrés.      
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