23 sep. 2018 par Monsieur Bulles
Horizontale de Vidal Depuis une trentaine d'années, les vignerons du Québec ont tenté des expériences d'encépagements, plus ou moins heureuses. Des variétés ont démontré leur solide adaptation au terroir Québécois qui, finalement, s'est dessiné avec ce qu'on appelle des hybrides et des raisins issus de la vitis vinifera - dits nobles - communément employés dans le monde. Les cépages hybrides (croisement de vitis labrusca ou/et vitis riparia avec la vinifera) ne sont pas moins aristocrates que les autres, mais l'adjectif qu'on leur a donné - synonyme de bâtard - n'a jamais été pour le moins charmeur, à tel point que même les vignerons de la province semblent gênés, aujourd'hui, de dire qu'ils les utilisent, depuis l'émergence des nobles dans le vignoble... Le débat qui perdure sur l'emploi des cépages est selon moi stérile, car après tout, un vigneron qui assume ses choix de plantation, n'a pas à les justifier auprès d'un confrère, mais plutôt auprès du consommateur. Et la justification est finalement dans le verre : c'est bon ou c'est mauvais ! Et c'est parce qu'il s'agit précisément d'une question de goût, que le débat est stérile. Par contre, quand un vignoble accède enfin, après trente années de labeur, à une reconnaissance officielle de ses caractéristiques et de ses valeurs à travers l'instauration d'une Indication Géographique Protégée, c'est-à-dire la volonté politique d'être observé et contrôlé, le débat n'est plus stérile. Il est la voie vers le meilleur.
Le complexe du p'tit pain qui crée le complexe du p'tit vin

Au cours d'une tournée parfaitement organisée par le Conseil des Vins du Québec pour des journalistes, sommeliers et blogueurs, en ce mois de septembre 2018 (veille de l'obtention officielle de l'Indication Géographique Protégée), plusieurs dégustations et ateliers initiatiques avaient été organisés en vue de présenter le vignoble dans son ensemble. Tout fut parfait, sauf que tous les influenceurs présents (comme on dit aujourd'hui) ont ressenti dans les discussions avec les vignerons ce que j'appelle le complexe du p'tit pain.

"Né pour un p'tit pain"; l'expression populaire au Québec employée pour signifier - et justifier - un complexe de comportement, le plus souvent professionnel, est encore symptomatique dans l'univers du vin de la province, alors que ce dernier a trente années d'existence et qu'une nouvelle génération de vignerons se met en place ! 
En les écoutant présenter l'encépagement de la province, j'avais l'impression d'être sous l'Ancien Régime, au temps de la noblesse, du clergé et du tiers état (le peuple) avec la connotation de mépris pour ce dernier. D'un côté les cépages issus de la vitis vinifera dits nobles (mettons-y le clergé tant qu'à y être), de l'autre, des croisements de ces premiers avec des cépages issus de la vitis lambrusca et/ou riparia, dits hybrides, c'est à dire des bâtards; donc le peuple.

Si j'extrapole un peu en nous comparant à du raisin, pourquoi ces cépages hybrides ne seraient-ils pas devenus, comme nous, citoyens, tout simplement ? Libres et égaux en droit comme disent les textes...

Arrêtez donc, vignerons du Québec, de partager votre vignoble en deux avec la noblesse d'un bord et le peuple de l'autre, arrêtez de mentionner systématiquement le terme hybride dont le consommateur se fiche, de toute façon, puisqu'il ne sait pas ce qu'il en retourne, et dites seulement le nom du cépage sans mentionner son origine familiale. Les bordelais n'annoncent pas "merlot vinifera", les bourguignons ne disent pas "chardonnay vinifera" ! 
Cessez de dire "Vidal hybride" parce que justement, ce cépage n'a pas à rougir de son origine, d'autant plus qu'aujourd'hui, ici au Québec, grâce à vous, il est comme le chenin blanc de la Loire : il permet l'élaboration de vins effervescents, tranquilles, secs, demi-secs et liquoreux, et qu'il offre les meilleurs vins blancs du pays. 

Alors qu'il y a encore 10 ans, vous vous chamailliez sur le bien-fondé de l'emploi de la vitis vinifera, il semble que tous, aujourd'hui, partagiez vos hectares avec elle et des hybrides. Arrêtez donc d'être gênés de présenter un vidal, un seyval, un marquette ou un frontenac noir versus un chardonnay, un gamay, un pinot noir ou un cabernet. Assumez l'emploi pertinent de tous, selon votre lieu de production et votre démarche professionnelle sans dévaloriser vos choix.

Après des années de discussions plus ou moins polémiques qui, souvent, m'ont fait pensé à des querelles de cours d'école - soit dit en passant -, les vignerons du Québec sont passés à autre chose, ils ont vu non pas forcément plus grand, mais plus solide, plus cohérent, plus fédérateur, ils ont créé l'Indication Géographique Protégée. Bravo. 
Il faut à présent l'assumer. 
L'IGP, c'est la porte de sortie de l'adolescence.
 
Bien entendu, toute la profession ne va pas immédiatement adhérer à la cause; il faut de tout pour faire un monde, il y aura toujours des voix marginales pour s'élever contre les règles établies, même si ce sont ces dernières qui permettent d'avancer dans n'importe quelle profession. Les procéduriers perdront leur temps en la refusant.
Désormais, grâce à l'IGP, le Québec viticole va être observé de plus loin. Il va être considéré. Je n'entendrai plus en Europe ou ailleurs "ah, vous faites du vin au Québec ?", mais "On a entendu dire que vous faites du vin, que vous avez créé un cahier des charges pour faire avancer les choses. Bravo. En 30 ans à peine, c'est une prouesse." 
Parce qu'elle est là la justification d'un encadrement d'état, l'IGP attire d'abord la curiosité, puis elle force le respect, elle crédibilise, pour enfin se faire inviter aux côtés des autres encadrements officiels.
Il y a 2000 ans, on dit qu'il y a quelqu'un qui a multiplié les p'tits pains. Son histoire a fait le tour du monde. Les vignerons du Québec pourraient s'en inspirer et commencer par éviter, surtout, de penser qu'ils font des p'tits vins.
Vous faites du vin. Point. Et c'est au consommateur de dire s'il l'aime ou pas.

Une reconnaissance publique limitée, tantôt boudée, tantôt plébiscitée

Même si l'on est dans la profession depuis 20 ans - celle qui touche à l'univers du vin et des alcools -, des collègues qui étaient avec moi lors de cette tournée le reconnaissaient : on connaît mal le vignoble de la province parce qu'on ne s'y est jamais vraiment intéressé. 
Il a toujours été considéré comme marginal, ce qui est paradoxal puisque c'est le nôtre et qu'il est là, à notre porte ! Tous les domaines sont dans un périmètre qui ne dépasse pas 200 km depuis Montréal ou Québec, pourtant, certains n'ont jamais reçu la visite d'un journaliste vinique. 
On fait 6000 bornes pour aller voir le vignoble de Toscane, mais on trouve trop loin celui des Cantons de l'Est ! 
Des excuses ? 
Sans doute : le fait d'abord que les vins n'ont pas été distribués en SAQ pendant des années, freinant logiquement la facilité et l'attrait d'y goûter. L'amateurisme des vignerons ensuite, dont beaucoup ont pensé que les raisins étaient comme des tomates dans un potager; qu'il suffisait de les observer, de les cueillir, de faire sa sauce, de la vendre et d'attendre la prochaine saison. Dans l'accueil au domaine, la mise en valeur du produit comme dans la qualité de ce dernier et sa tarification, l'inconsistance l'emportait sur la cohérence. 
Enfin, la qualité inconstante des vins, quelle que soit leur couleur, qui était chronique. 
Confrontée à la critique et à la comparaison de l'offre dans le monopole, le combat était perdu d'avance. On goûtait les vins du Québec, on les comparait, puis on les boudait. Leurs élaborateurs avaient beau les défendre en précisant que leur vin ne pouvaient pas avoir le même goût que ceux de France, d'Argentine ou d'Australie, on leur répondait que malgré tout, cette différence de saveurs pour nos papilles, certes formatées, variait quand même trop selon les millésimes qu'ils nous proposaient. 
Trop de disparités, trop de maquillage et une authenticité limitée ont détourné l'intérêt des influenceurs professionnels.

Aujourd'hui, les vins québécois sont en SAQ et en Épicerie, la plupart des domaines sont ouverts au public et l'accueil est professionnel. Les premiers salons viniques étaient timides, ils sont aujourd'hui attendus par les consommateurs. Les réseaux sociaux entraînent les amateurs derrière leurs réflexions et invitent les profanes à donner leur avis. Bons ou mauvais, pertinents ou vexants, les commentaires nourrissent et font finalement avancer la cause du vin du Québec parce que les vignerons sont mis au courant. Enfin, la tendance du "consommons local", du "buvons local" facilitent la promotion.

Vidal, le chenin blanc du Québec

Puis deux phénomènes se sont produits. 
Récemment. En fait, dans la dernière décennie. 

De nouveaux producteurs sont apparus sans parler de projets de retraite dans l'achat de leur domaine. Ils étaient jeunes, instruits et ambitieux. Faire du vin et retrouver la nature oui, mais une business est une business, et il n'était pas question d'attendre 20 ans pour amortir l'investissement. 
Plus cohérents que leurs aînés vingt ans plus tôt ces nouveaux paysans ? 
Plus lucides sûrement. 
Ils ont profité des erreurs de ces derniers, ils ne sont pas tombés dans les mêmes pièges, ils n'ont pas écouté les pépiniéristes avec l'éternel cépage qui va révolutionner le Québec viticole, ils se parlent entre eux, et puis bien sûr, ils ont profité des nouveaux moyens de communication, sachant que leurs futurs consommateurs avaient un écran à la place de la main. 

Côté jardin, le vidal est sorti du lot. 
Après des années de recherches et d'épreuves, le vidal est devenu l'assurance-vie du vigneron québécois. Certes enclin à quelques maladies, il s'est révélé être le plus polyvalent des cépages face à la nature, et surtout, le plus unanime face aux papilles des dégustateurs. 
Le cépage vidal a progressivement eu l'attention et la bénédiction d'une majorité de vignerons qui en ont fait le cépage blanc clef de la province. 
La dégustation de vidal mise en place lors de cette première tournée journalistique a marqué les esprits. Qu'elles soient effervescentes ou tranquilles, toutes les cuvées ont été appréciées pour leurs caractéristiques parce qu'on y reconnaissait le vidal et qu'en plus, la patte du domaine était bien présente. 
Et quand la signature d'un vigneron se laisse saisir au sein de cuvées d'un seul cépage, c'est que le terroir a été perçu, qu'on a tenté de le maîtriser et de le mettre en bouteille. 
Les plus grandes appellations viniques du monde se distinguent ainsi... 
Laissons nos vignerons avancer, ils font des pas de géant.


Vidal 2015 Courville
14 sep. 2018 par Monsieur Bulles
Ksarak À moins d'avoir des origines libanaises ou moyen-orientales, il est normal que vous ne connaissiez pas l'Arak, sans doute l'une des plus vieilles eaux-de-vie du monde ! Provenant du Liban, cet alcool qui peut atteindre 55 degrés, nous est toutefois offert par notre monopole depuis plusieurs années. Son arôme marqué d'anis le cantonne le plus souvent en dégustation, à l'heure de l'apéritif, tout comme ses cousins Pastis de France, Raki de Turquie ou Ouzo de Grèce. En cette fin d'été caniculaire, laissez-moi vous faire découvrir l'Arak sous un autre angle, à travers celui du plus ancien domaine libanais, le Château Ksara, situé au coeur de la Bekaa.
Château Ksara - Arak :

Seuls les cépages ugni blanc et obeideh sont vinifiés, puis distillés 2 fois pour obtenir l'arak Ksara. On ajoute l'anis de Hina, village des flancs du mont Hermon en Syrie, près de Damas, au cours de la seconde distillation. L'alcool en devenir est ensuite vieilli entre un an et deux ans en jarre d'argile du village de Betchaba. Il est inutile de faire vieillir l'arak au-delà puisqu'il s'agit d'un alcool blanc. 

Il peut se boire pur, mais je vous conseille plutôt de le boire d'abord comme un pastis, c'est à dire avec 2 ou 3 mesures d'eau pour une mesure d'alcool, en tant qu'apéritif. Néanmoins, les Libanais aiment consommer l'arak au cours de tout un repas sur des mets particuliers où souvent, les légumineuses ont une place précise. 

En règle générale, l'arak convient à tous les fruits de mer et à de nombreux poissons lorsqu'on l'emploie pour cuisiner. C'est pourquoi lorsqu'on l'associe à table, avec ces derniers, l'harmonie est toujours au rendez-vous.

Voici quelques idées qui vont épater vos invités. Vous êtes amateurs d'huitres ? Versez-y une goutte d'arak ! L'anis entremêlée à l'eau iodée du mollusque dans son coquillage, épatera vos papilles. Et vos amis !

Tout aussi original, faites flamber des crevettes à l'arak, une fois grillées et frottées à l'ail, puis ajoutez un peu d'aneth, servez-les en apéritif sur un bâtonnet. Vous pouvez faire la même chose avec un filet de saumon ; accompagné de fenouil grillé, on reste dans les saveurs fraîches et anisées, indispensables en ce moment ! 

Tentez l'expérience d'une vinaigrette à l'huile d'olive et au vinaigre de framboise, arrosée d'arak sur une salade de coeur d'artichauts et de poivrons rouges, le tout aspergé d'un filet de jus de lime. Plus rafraichissant, ça n'existe pas !

Enfin, si comme moi l'arak de Ksara vous séduit, c'est un digestif idéal de fin de soirée d'été, sans eau, seulement sur deux glaçons. Si les apothicaires libanais d'autrefois le recommandaient pour la digestion, il n'y aucune raison de s'en priver !Contre étiquette de Ksarak
Alcool anisé - 750 ml Code SAQ : 00471342 / 40,75 $
7 sep. 2018 par Monsieur Bulles
Reserva 2014 de Baron de Ley Depuis quelques années, la SAQ a multiplié ses achats de magnums pour le plus grand plaisir des amateurs qui ont un cellier, car oui, ce format (1,5 L) optimise l'endurance du vin qu'il renferme, qu'il soit rouge ou blanc, et même rosé ! Celui du Baron de Ley est un vin rouge espagnol de la Rioja et comme c'est un Reserva, il a déjà connu les effets du temps qui passe. Il fait partie de ces appellations qui offrent un beau potentiel de garde. Le glisser en cave serait judicieux... On le goûte quand même ?

Commentaire de dégustation du Reserva 2014 de Baron de Ley - Rioja - Espagne :

Je vais être honnête; je m'attendais - comme trop souvent avec les Rioja - à un excès de bois qui viendrait occulter le fruité du vin. 
Mais non. 
Le boisé est évidemment là - c'est la signature de l'appellation - toutefois, il a davantage oxygéné les tanins au lieu de les gonfler de vanille ! Le petit caractère végétal qui rappellerait un bouquet garni est même encore présent, malgré les 20 mois d'élevage en fût et les quelques autres en cave avant sa commercialisation. 
Bref, il a 4 ans, se montre aujourd'hui riche et expressif (confiture de fruits rouges) et pourtant, je le laisserais encore 4 années, couché dans mon cellier. Avis aux amateurs... 
À 45 $, c'est une aubaine !
Pour les impatients et les gourmands, ce joli format taillé pour 6 personnes à table, est à découvrir dès aujourd'hui avec des mets tels que le "gigot du dimanche", des tagliatelles à la puttanesca, une darne de thon façon cajun ou même une jambalaya !
Je vous ai ouvert l'appétit ? Tant mieux.
Bon week end à table !! 

44,25 $ le magnum ! / code SAQ : 13760631
4 sep. 2018 par Monsieur Bulles
Coupe de pinot noir En introduisant les désherbants dans la viticulture au sortir de la Seconde Guerre mondiale, on ne s'attend pas à ce qu'ils anéantissent l'essence même des appellations d'origines contrôlées, instituées 25 ans plus tôt. Que voulait alors démontrer le principe des AOC ? Qu'en un lieu donné et précis, au sol et au microclimat particuliers, un cépage apporterait un goût authentique, inconcevable ailleurs. Qu'un terroir précis avait un goût propre. 60 ans plus tard, faut-il être bio pour respecter les fondements de l'AOC ?
Le viticulteur de l'époque voit logiquement dans le désherbant que l'industrie lui propose, une aide précieuse à son dur labeur lui assurant un gain de temps et un bouclier pratiquement inviolable face aux champignons, aux insectes ou aux microbes. Ce que le viticulteur de l'époque omet de voir, c'est que sa vigne vit à partir des micro-organismes et ces derniers vivent et diffèrent en fonction des caractéristiques du micro-climat. En tuant les vies du sol, les désherbants vont progressivement tuer les facteurs nécessaires à la vigne.  
Arrive alors la parade de l'homme : l'engrais chimique pour nourrir cette vigne. 
Comment ? En la déshydratant.  
La vigne ayant besoin d'eau pour survivre, elle va l'emmagasiner à l'excès, provoquant une croissance exagérée donc déséquilibrée; mais la production est là et elle satisfait tout le monde car tout le monde s'enrichit et le peuple est nourri. 
Sauf la vigne qui perd la mémoire ! Elle en oublie les solstices et les cycles solaires quotidiens et la seule défense qui lui reste, c'est la pourriture.  
On entre alors dans le cercle vicieux des recherches scientifiques et l'homme, toujours plus avide de conquérir des marchés, lance l'anti-pourriture. 
Réaction de la vigne affaiblie : des nouvelles maladies.  
Réaction de l'homme : les traitements systémiques !  
Ça y est, on y est !  On n'est plus à la surface de la vigne, à son simple contact, on est en elle. On touche la sève. On va enfin pouvoir contrôler son métabolisme.  
Et qu'est-ce qu'il y a au bout du parcours ? Le goût !  
En contrôlant la vie de la vigne, l'homme va pouvoir contrôler le goût, son goût.  
C'est la course aux enzymes et aux levures. Artificielles, bien sûr. 
« Tu veux du cassis dans ton merlot ? »  
« tiens, voici l'enzyme XYZ. Efficace et sans aucun danger. » 
« ah, c'était de la lavande que tu voulais ? » 
« Tiens, ça c'est l'enzyme ZYX. À ta prochaine récolte, ton vin rouge sentira la Provence !! »
« Et pour la cuvaison et le travail dans les chais, vous avez des solutions ? Juste au cas où ? »  
« Évidemment Monsieur, la technologie aujourd'hui, c'est un jeu d'artifices !! » 
Effarant, dites-vous ? Certainement. 
La réalité dépasse toujours la fiction.  
Lorsqu'au début du 20ème siècle, après la crise phylloxérique, le vigneron accablé et ruiné, espère une aide des prémices de la recherche scientifique en viticulture, il ne peut se douter que son petit-fils en viendra à manipuler la vigne, plutôt que de la guider. On ne peut pourtant l'en blâmer. On enfermait alors bien les gens qui prétendaient que l'homme volerait et atteindrait un jour la lune ! Un siècle plus tard donc, une certaine viticulture s'élabore en laboratoire et face à elle, quelques irréductibles vignerons luttent avec un nouveau concept, qui n'a de nouveau ou de moderne que le nom : la biodynamie.  
Et qu'est-ce que la biodynamie ? 
Simplement le respect du métabolisme de la vigne par le respect de son environnement.
Déjà au Moyen Âge, les moines utilisaient les propriétés médicinales des plantes pour lutter contre les ennemis naturels de la vigne et utilisaient les astres du ciel pour guider les récoltes. Ils avaient compris que seules la vraie lumière, la vraie eau et la vraie terre donnaient une identité, une authenticité à la vraie couleur et au vrai goût du vin. Au-delà des modes et du commerce, la biodynamie ne repousse pas la technologie, elle écoute d'abord la nature sans la précipiter. Elle utilise simplement les qualités de la nature sans vouloir les épuiser. Les contrariétés rencontrées ne sont pas anéanties, mais étudiées pour connaître les raisons de leur présence car dans la nature, tout est complémentaire. 
Il y a encore 30 ans, on a crié aux fous, aux illuminés du cosmos ou aux écolos anti-progrès lorsqu'une poignée de vignerons suisses et français ont revu leur façon de travailler la vigne. Curieusement, de grands noms du vin s'intéressent aujourd'hui de plus en plus à la biodynamie et ceux qui en sont devenus adeptes obtiennent de tels résultats, qu'ils deviennent les plus ardents défenseurs de ce mode de culture, inventé dans les années 1920 par l'Autrichien Rudolph Steiner.  
Et cette philosophie de viticulture n'est plus seulement européenne avec des locomotives dans la plupart des appellations (Cazes, Chapoutier, Joly, Pujol, Bizes-Leroy, Trapet, Larmandier, Eymann, Granges-Faiss, Palacios, Albet I Noya, Niccolaini ou Eblin-Fuchs), elle est mondiale (Reyneke-Farquharson, Milton, Castagna, Sinskey ou Espinoza) et pour comprendre les résultats de la biodynamie, il vous suffit de goûter à tous ces grands vins... en cliquant sur le lien vers le volet Bio de la SAQ.         coupe de chardonnay
14 août 2018 par Monsieur Bulles
Valdiguié de J. Lohr Les californiens continuent de l'appeler Napa Gamay à cause d'une confusion de pépiniéristes lorsqu'il fut introduit sur la côte ouest-américaine. Le cépage Valdiguié, originaire du sud-ouest de la France serait, en fait, un cousin du malbec. L'université de Davis a révélé son ADN et corrigé l'erreur dans les années 1990. Autrefois très employé pour élaborer des rosés, il s'est éclipsé de l'hexagone pour enchanter certains vins américains. Le domaine J. Lohr est l'un des rares à élaborer une cuvée qui lui est uniquement consacré : une occasion pour nous de le découvrir !
Commentaire du Wilflower 2016 Valdiguié de J. Lohr :

Expressif au nez, on y décèle immédiatement des arômes de violettes, puis de chocolat. Des notes de poivres arrivent plus tard, une fois le vin aéré.
En bouche, le crescendo aromatique est identique et pour revenir au gamay, seuls les crus de Morgon ou Chénas auraient pu soutenir la comparaison, car la mâche est bien là. 
La chair est grasse sans être râpeuse, elle est édulcorée à la californienne et le petit côté confituré passe facilement... D'autant plus que, curieusement, le degré d'alcool est peu élevé (12,5 degrés) pour un vin de cette contrée.
Même si les accents de cerises se laisse capturer, il m'a davantage fait penser à une syrah languedocienne.
À moins de 20 $, ce valdiguié est une très agréable découverte qu'une viande rouge grillée, de votre choix, saura accompagner facilement.


Valdiguié
18,60 $ / Arroyo Seco / J. Lohr Winery / Code SAQ : 13486863
13 août 2018 par Monsieur Bulles
La Solitude CdR Florent Lançon représente la 8ème génération de vignerons au Domaine de la Solitude, propriété familiale d'une quarantaine d'hectares, depuis Louis XIV ! En conversion à la culture biologique (l'appellation Chateauneuf-du-pape présente le plus grand nombre de propriétés certifiées Bio en France), le Domaine de la Solitude dispose aussi de l'apport d'une cinquantaine d'hectares de vignes de viticulteurs voisins qui permet d'élaborer un Côtes du Rhône d'une magnifique fraîcheur !

La Solitude 2016 / Côtes-du-Rhône :


Le fruité rouge et noir (framboise, fraise, mûre) est tellement présent au nez et en bouche qu'on croirait prendre une cuillère de confiture dès la première gorgée. 
Tout apparaît frais et pur dans ce rouge du sud où le soleil ne cogne pas, mais enchante les papilles.
La texture est juste assez grasse pour nous rappeler les cépages locaux et juste assez lisse pour nous indiquer qu'aucun fût n'est venu enrayer la netteté du fruit. 
Les épices s'alignent en finale et se font poivrées, tout comme la viande rouge avec une sauce aux trois poivres que je vous suggère de griller au barbecue pour accompagner ce très beau rhôdanien !

Et pour la cave... ou l'exceptionnel cadeau à faire :

Châteauneuf-du-Pape - Réserve Secrète 2007 / Domaine de la Solitude (195,00 $ - 13144185) : 

On entend souvent dire que les châteauneuf-du-pape sont d'une endurance moyenne... Celui-ci a plus de dix ans et il présente une énergie étonnante, digne d'une bouteille qui n'a pas 5 ans.

Certes, 2007 fut un grand millésime local qui ici, présente des tanins toujours aussi riches, quoique polissés par le temps. Les épices dominent le fruité noir et la garrigue se laissent encore deviner en finale de dégustation, comme si la syrah voulaient s'imposer sur le grenache pourtant dominant (60 %).

Puissant comme il faut, c'est aussi ce qui lui permettra de prendre quelques années encore; les impatients peuvent dès aujourd'hui le découvrir sur un effiloché d'agneau aux épices indiennes...

contre-étiquette La Solitude
Côtes-du-Rhône La Solitude - 18,60 $ en SAQ - code 13612508
16 jui. 2018 par Monsieur Bulles
Pinot grigio Pratello S'il y a un cépage qui a été galvaudé par le monde viticole au cours de la dernière décennie, c'est bien le pinot gris ! Devenu le cépage blanc à la mode, on le retrouve presque partout et le plus souvent dans des contrées au sol et au climat inappropriés. Le marketing faisant le reste, on nous en imbibe au point d'en avoir oublier ses caractéristiques. Et lorsqu'un pinot gris de Californie est aux antipodes gustatives d'un pinot gris du Chili, d'Allemagne ou d'Australie, on le défend en parlant des caractéristiques du pays plutôt que de ses caractéristiques propres. Bref, on cautionne des ersatz de pinot gris, dont certains ressembleraient presque à du sauvignon. Ce qui n'est pas le cas de celui de la famille Pratello, un pinot gris de Lombardie, certifié bio, qui lui, fait honneur à lui-même !
Mais d'abord, quelles sont les caractéristiques gustatives du pinot gris ?

Si l'on se réfère aux sources européennes et aux appellations rhénanes qui l'emploient, on parle d'un cépage blanc puissant et épicé qui, pourtant, ne se livre par immédiatement dans le verre et qui demande à s'oxygéner. On peut alors le reconnaître grâce à des notes fumées, parfois des notes de miel et de pain d'épices qui se cachent derrière les classiques arômes floraux.
Ce sont dans les zones tempérées et plutôt septentrionales qu'il se comporte le mieux. 
C'est pourquoi la plupart des appellations du nord des grands pays viticoles européens l'ont adopté. 

Je remarque d'ailleurs que deux lignes droites horizontales, de 100 km de largeur, le démontrent : la première de Nantes à Budapest, la seconde de Lyon à Varna. Les pinots gris cultivés sur ces deux bandes offrent les meilleurs résultats.

C'est pourquoi le pinot gris de Lombardie fait aussi partie des bons pinots gris, même si les accents épicés s'effacent dans cette région pour laisser la place aux accents de fruits blancs, tout aussi délicieux.

Commentaire de dégustation du Pinot Grigio 2016 - Azienda Pratello :


De couleur très pâle avec des reflets verdâtres, ce pinot gris du lac de Garde joue la carte de la discrétion et de la précision dans les arômes : poire, melon et zeste de citron s'échelonnent au nez et se retrouvent en bouche au sein d'une chair ronde, voire grasse que la typique acidité vient entourer pour mieux nous rafraîchir.
Il charme parce qu'il est à la fois fin et charnel; il a été bien éduqué en somme : rien dans l'excès, tout dans l'authentique persuasion. Ce pinot grigio perdu dans la masse internationale de ses confrères s'en tire à merveille pour un tarif très raisonnable. Et c'est grâce à ce dernier qu'il est sans doute parmi les meilleurs sur notre marché Québécois.
Appréciez-le seul en apéritif, en duo facile avec des huîtres peu iodées ou en duo gourmand avec un fromage assez gras et parfumé. Pratello
18,55 $ au Québec / Code SAQ : 13623371
19 juin 2018 par Monsieur Bulles
Au fil de soi par le Clos Bagatelle Quand on rencontre Christine Deleuze et Luc Simon, c'est leur sourire qui nous frappe par qu'il est éclatant et constant... Comme la qualité de leurs vins ! Ensemble, ils exploitent la soixantaine d'hectares, héritée de leur mère qui gérait le domaine familial depuis 1963, d'une quinzaine d'hectares alors. Un domaine qui a pratiquement été toujours exploité par des femmes depuis un siècle. Aujourd'hui, Simon le conduit, tandis que Christine le promeut. Un tandem gagnant qui nous permet de déguster plusieurs cuvées d'appellation Saint-Chinian, au Québec, depuis des années. Il allait donc de soi qu'au fil de soi nous soit du meilleur aloi...
Commentaire de Au fil de soi 2015 - Saint-Chinian - France:

La syrah domine certes l'assemblage qu'elle partage avec le mourvèdre et le grenache, mais à ce point, c'est un cas d'école ! 
Toutes les sortes de poivres nous sautent au nez derrière la subtile note de violette, à tel point qu'on se croirait presque dans le Rhône septentrional !
Seule la matière riche aux tanins gras, toutefois polissés, nous indique le chemin des deux autres cépages.
Un 2015 qui ressemble au 1995, donc un très grand rouge, à la fois concentré et frais, comme une salade de fruits rouges et noirs, qui charme dès l'attaque et qui laisse en finale le souvenir indien des épices poivrées. 
Le genre de vin qui rime avec encore !

Pour la petite histoire du Clos Bagatelle, écoutez Christine et Luc vous la raconter dans la vidéo ci-dessous.Étiquette Au fil de soi
20,45 $ en SAQ / code 13298029
18 juin 2018 par Monsieur Bulles
Plan de Dieu 2016 par G. Meffre Plan de Dieu n'est pas l'appellation la plus connue du Rhône et pourtant, son histoire est originale puisque c'est parce que sa forêt de garrigue était périlleuse à traverser au Moyen-Age, en raison des truands qui s'y cachaient, qu'on remettait son âme à Dieu. La légende a complété des récits pour donner le nom Plan de Dieu. Les 1 500 hectares de vignes situées à 110 mètres d'altitude ne donnent qu'une bouteille par cep que se partage une cinquantaine de vignerons ! Que du rouge jusqu'à aujourd'hui, mais il pourrait bientôt y avoir du blanc. En attendant buvez le Plan de Dieu de G. Meffre et remettez votre âme à Bacchus !
Commentaire de dégustation du Plan de Dieu 2016 de G. Meffre :

Le premier nez m'a d'abord dérouté par des notes de papier d'Arménie, puis très vite, elles se sont transformées en tison légèrement fumé, pour enfin s'orienter vers des arômes plus classiques d'épices (paprika), après une longue aération.

En bouche, l'accroche est identique, c'est à dire lente. Ce rouge a besoin de s'ouvrir, car son austérité l'emporte d'abord sur l'expression. 
On est dans le Rhône, on s'attend à des tanins, de la richesse, de la puissance; toutefois, on déguste un fruité rouge facile, de la souplesse et de la fraîcheur.

Le classique assemblage syrah, grenache, mourvèdre nous offre une agréable sensation de tapenade d'olives au niveau aromatique, après un bon quart d'heure dans le verre. Même les accents de violettes, traditionnellement présents à l'attaque, se laissent capter ici, en finale.

Ce vin est donc aussi déroutant que charmant, et pour le prix, on passe à la caisse avec une caisse !! PDL de Meffre
18,95 $ en SAQ / Code : 13286829
15 juin 2018 par Monsieur Bulles
H2B Gin de Bretagne J'en avais parlé il y a un an tout juste, car c'est en passant mes vacances estivales au pays de mes origines qu'un ami épicier m'avait fait découvrir ce produit : un gin à base des baies de genièvre, additionnées dans l'élaboration d'algues locales, de fenouil marin (criste) et d'autres ingrédients gardés forcément secrets. En cette période où les eaux-de-vie blanches sont à la mode, cette dernière qui nous vient du Morbihan devrait faire du chemin chez les amateurs du Québec puisqu'elle vient d'arriver en SAQ !
À titre indicatif d'abord, l'illustration de ce gin Premium Naturellement Marin, représente l'un des fanions de l'alphabet maritime.

Nez de zeste de lime, puis d'iode marine. Attaque céréalière en bouche qui rappelle certains sakés par la finesse de la chair, la puissance en plus (40%). Subtilement poivré, l'ensemble des saveurs est net.

Un gin de facture classique qui joue davantage sur la vivacité et la pureté que la complexité aromatique avec une fraîche longueur en finale. 

Facile avec un tonic, impeccable en cocktail et original avec des huîtres. 
Gin H2B
Code 13597820 / $58,25 en SAQ Signature

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