2 mai 2018 par Monsieur Bulles
Jermann Chardonnay 2016 Avec l'Alto-Adige, c'est sans doute la région viticole d'Italie qui élabore les meilleurs vins blancs. La maison Jermann fait partie de ses ambassades. Le Frioul borde la frontière autrichienne et slovène, il donne la main à la Vénétie-Julienne et de nombreux cépages blancs septentrionaux sont devenus des références mondiales dans la dernière décennie. Le chardonnay 2016 de cette maison le prouve une fois de plus...


Commentaire du Chardonnay 2016 Jermann :


Ce vin élaboré depuis presque 30 ans est rapidement devenu une référence locale et si l'on reproche souvent à cette région d'élaborer des vins blancs onéreux, c'est parce qu'ils le valent bien. Certes moins classée et moins reconnue que l'appellation Chablis, l'IGT Venezia Giulia rivalise souvent avec cette dernière lorsqu'elle présente des chardonnays tout aussi élégants et vifs.
Le 2016 de Jermann le démontre : expressif au nez (pomme, tilleul, meringue citronnée), sa rondeur en bouche est enveloppée d'une fine acidité qui ne couvre pas le fruité jaune, encore jeune, et qui devrait courir vers des accents de miel d'ici une dizaine d'années.
Les patients peuvent donc coucher cette bouteille dans leur cellier et les plus gourmands vont l'apprécier d'ici quelques semaines, car il arrive le homard (!), qu'ils partageront entre amis, avec un beurre blanc et quelques gouttes de citron aspergées, pour mieux saisir la fraîcheur finalement chablisienne !Contre étiquette Jermann chardonnay
36,25 $ / code 10835853
28 mars 2018 par Monsieur Bulles
Saint James Single Cask 1998 9 fûts enregistrés d'un seul millésime, 2400 bouteilles numérotées, un élevage d'une dizaine d'années en fût de 200 litres, voici le 1998 de la plantation Saint-James qui a fêté ses 250 ans il y a déjà 3 ans. Pour des raisons opaques et bureaucratiques (pléonasme ?) de sécurité sanitaire, le Canada ne permet pas l'entrée des rhums agricoles sur son territoire. L'AOC Martinique étant la seule appellation de rhum dans le monde qui garantit une élaboration à base de pur jus de canne, il y a très peu de marques de cette île françaises, au Québec. Vous voulez goûter la différence ? Recherchez Martinique AOC sur une étiquette.
Il existe plusieurs fûts pour ce millésime : N° 242-12-98 / N° 836-12-98 / N° 885-12-98 / N° 886-12-98 / N° 888-12-98 / N° 889-12-98 / N° 890-12-98 / N° 891-12-98 / N° 892-12-98
La bouteille dégustée est issu du lot 890 avec une date de mise en fût au 31 décembre 1998 et une date de mise en bouteille le 7 juillet 2009.

Commentaire de la cuvée :
Robe de couleur ambré profond aux reflets dorés. Premier nez expressif et puissant, à la fois boisé, subtilement vanillé avec un retour très net de jus de canne après aération.
L'attaque en bouche est vive, les notes de fût accrochent tout en étant rapidement gommées par celles de torréfaction et de fruits doux grillés comme l'amande et la noisette; et comme souvent chez Saint James, ce côté végétal très subtil qui ressort en finale, pour mieux rafraichir les papilles.
Consommé seul, il tutoie les meilleurs cognacs ou armagnacs de fin de repas et si vous avez la dent sucrée, accordez-le avec quelques pistoles de chocolats du Mexique de Cacao Barry qui feront ressortir ses contours épicés.St James 1998
Saint James est représenté par Univins au Québec
23 mars 2018 par Monsieur Bulles
Whisky Gretzky Dois-je présenter Wayne Gretzky en Amérique du Nord ? Moins renommé en Europe puisque le hockey n'en est pas la religion sportive, les footeux vont comprendre si j'écris ceci : l'élégance de Johan Cruyff, la précision de Michel Platini et la solidité de Karl-Heinz Rummenigge sur une carrière professionnelle de 20 ans. Bref, une légende du hockey qui a fait du "Ninety Nine" qu'il portait sur le dos une marque désormais placée à l'avant et développée dans... le vin et les eaux-de-vie ! Associé aux héritiers de Andrew Peller, Wayne Gretzky a lancé une gamme de vins et de whiskies qui semblent marquer autant de points dans les verres que sur la glace !
Commentaire du Whisky Numéro 99 Red Cask de Wayne Gretzky :

Les notes de malt sont très discrètes (ici seigle et maïs), gommées par celle de l'élevage sous bois qui a connu du vin rouge. On décèle donc davantage des notes d'épices douces, un peu indiennes, de caramel blond et de miel. 

Plus fruité en bouche, la texture grasse accompagne une certaine puissance que des saveurs de muësli viennent atténuer en finale de dégustation.

C'est un whisky accessible à tous les niveaux, peu complexe, toutefois très bien équilibré avec un profil "scolaire", idéal pour s'initier aux eaux-de-vie de céréales, et comme toujours en la matière, impeccable avec du saumon fumé ou du chocolat noir.
Code SAQ : 13220070 / 39,75 $
22 fév. 2018 par Monsieur Bulles
Suau 2005 Les grandes étiquettes sont généralement des vins de longue garde. Toutefois, ayant atteint des prix stratosphériques, elles poussent à s'orienter vers d'autres flacons au nom moins renommé. En ce qui concerne le Bordelais et parce que les Médocains classés ou les "Pomero-saint-émilionnais" ont rejoint ces tarifs galactiques, il faut chercher dans leurs environs... Le millésime 2005 du Chateau Suau prouve qu'on peut avoir le plaisir de goûter les effets du temps sur un vin rouge, à moindre frais. Ce domaine était un Premières-Côtes-de-Bordeaux jusqu'en 2009, année où un remaniement des appellations satellites a été instauré. Désormais Côtes-de-Bordeaux, le millésime 2015 est actuellement à 18,25 $ au Québec. Une aubaine pour autant d'endurance que prouve le 2005, décrit ci-dessous.
Commentaire du millésime 2005 du Chateau Suau :

Dans un premier temps, je m'attendais à voir un disque aux reflets quelque peu ambrés à la surface de mon verre et à humer un soupçon de cuir.
Mais rien de tout cela.
J'ai eu devant moi une robe au rouge profond et aux reflets de couleur grenat, presque rubis, et des arômes de baies noires (mûres et cassis) très nets qui, à l'aveugle, auraient n'importe quel dégustateur vers la décennie 2010.

Pourtant, c'est bien un 2005 que je dégustais. 
Justement, c'était un 2005. 
Millésime magnifique à Bordeaux qui, 12 ans plus tard, confirmait ce qu'on attendait de lui : de l'endurance, de la chair et du fruit.
Suau 2005 dégusté en 2017 présente une texture veloutée, au boisé peu marqué et à l'acidité quelque peu en retrait, démontrant l'amorce d'une logique évolution. 
Le fruité noir parcourt la dégustation, aucune note animale; la surprise est de taille. 
Le rôti de boeuf à votre façon sera bien accompagné.  
Ce "petit Bordeaux" comme on dit, prouve que dans les millésimes rayonnants, l'amateur éclairé au petit porte-feuille peut se faire plaisir, facilement.
Ça tombe bien, le millésime 2015 est sur les tablettes. 
Célébré comme le 2009 et le 2010, il devrait nous surprendre autant que ce 2005, vers 2025.
Osez l'achat d'une caisse et... patientez.
Gros plan Suau
18,25 $ / Code SAQ : 10395149
21 fév. 2018 par Monsieur Bulles
Composants Globalement, on peut considérer qu'il y a 5 catégories de vins si l'on ne considère que leurs composants. Le schéma ci-joint vous les présente clairement.

12 fév. 2018 par Monsieur Bulles
La Marinière La marinière est ce tricot rayé que portent les marins du monde entier depuis 150 ans environ... C'est aussi l'habillage élégant du Muscadet Louis Roche qui, en cet hiver glacial et capricieux, pas vraiment exceptionnel au Québec, sera le vin blanc idéal pour vos poissons et vos fruits de mer.





Commentaire du Muscadet La Marinière 2015 :


Expressif au nez (citron), ce vin l'est tout autant en bouche grâce à une rondeur plus accentuée, plus longue que sur d'autres vins de la même appellation. 
Il mord juste ce qu'il faut à l'attaque et dans son enveloppe qui parcourt nos papilles, juste ce qu'il faut pour accompagner des huîtres si l'on reste classique, juste ce qu'il faut pour accompagner "un chèvre" si l'on est fromage à table, juste ce qu'il faut pour accompagner un ceviche si vous êtes orthodoxe et juste ce qu'il faut pour le porte-monnaie de tous les jours...
13,10 $ / code SAQ 13357640
9 fév. 2018 par Monsieur Bulles
Noe 30 ans Jerez Issu d'une terre que toutes les civilisations méditerranéennes antiques ont voulu conquérir, le vin de Xérès est aujourd'hui négligé du public. Complexe dans tous ses états, depuis sa vinification jusqu'à sa dégustation, il se cache derrière son voile qui fait son mystère et son charme, à l'image des femmes voilées du Moyen-Orient. Qu'il soit appelé Jérez, Sherish, Sherry ou Xérès, souvenirs des langues qui l'ont convoité (espagnole, arabe, anglaise ou française), il est l'un des rares vins de l'époque pré-chrétienne a avoir survécu aux modes et aux goûts de nos époques modernes.
Situé à la porte d'entrée de l'Europe, dans les sables et les marécages de la partie occidentale de l'Andalousie, en Espagne, il est le vin du « Triangle d'or » formé par les villes de Jérez de la Frontera, Sanlùcar de Barrameda et El Puerto de Santa Marià, dans la province de Cadix. Région particulièrement aride (ensoleillement annuel de 290 jours !), c'est grâce au sol de marne blanche Albariza qui emmagasine la moindre goutte d'eau de pluie qui vient à tomber, que les cépages Palomino de Jerez, Pedro Ximénez et Moscatel peuvent être cultivés.    

Deux familles, deux styles   

C'est surtout le processus d'élaboration du Xérès qui est particulièrement complexe et singulier.  

Il y a d'abord deux phases de fermentation et une première classification du vin avant même sa clarification. Cette classification est à l'origine des deux grandes familles de Xérès, les Finos, élaborés sous voile (ou fleur) et les Olorosos, élaborés en contact direct avec l'air.     
En effet, on procède à une dégustation à même les barriques qui sont marquées d'un symbole (un trait, un trait et un point, deux traits et trois traits) déterminant la pureté, l'intensité et la consistance du vin. 
Ce test est pratiqué au moyen d'une « Venencia », un étroit gobelet d'argent fixé à une baguette. Les vins marqués d'un trait seront mutés à l'eau-de-vie de vin de 15% et constitueront trois catégories appelées Fino, Manzanilla et Amontillado. 
Pour les deux premières, Fino et Manzanilla, un voile protecteur (fleur, flor) apparaît spontanément à la surface du vin qui l'isole de l'air, consomme son alcool et le nourrit. L'Amontillado sera obtenu à partir d'un Fino dont la fleur mourra pendant la maturation. Il sera fortifié et soumis par la suite à un vieillissement naturel. 
Les vins marqués d'un trait et d'un point seront mutés à l'eau-de-vie de vin de 17,5 %, ce qui empêchera au voile protecteur de se former. En contact avec l'air, ils donneront la catégorie des Olorosos.   

Le système « Solera »  
 
Le Xérès a été millésimé jusqu'au deuxième tiers du XIXème siècle, mais suite à son succès sur le marché anglais, les importateurs d'alors demandèrent aux producteurs un vin homogène, gardant ses caractéristiques, mais d'une saveur populaire.    

C'est ainsi que le système de « criaderas y soleras » est né. Il s'agit de la superposition pyramidale des barriques dont la base est constituée du vin le plus vieux (solera) et les échelons supérieurs, des vins successivement plus jeunes (criadera). On extrait une proportion de vin de la solera pour la consommation, mais on remplace ce manque par le vin de la rangée supérieure. On procède évidemment ainsi de suite, au fur et à mesure de l'échelle des barriques. Ce mode de vieillissement rotatif doit être de trois années minimum selon la loi, mais les producteurs font vieillir leur vin bien davantage. 
Pour certaines catégories, le vieillissement peut atteindre trente ans. Les barriques d'une contenance de 600 litres, qu'on appelle « Botas », sont toujours issues de bois de chêne américain. Cette échelle originale d'élaboration du vin peut monter jusqu'à quatorze niveaux.    
Les caves de Xérès ont justement cette particularité d'avoir une architecture de type cathédrale qui permet l'entreposage des ces pyramides. Au-delà de l'importance du sol, de l'humidité, de l'emplacement, de l'orientation, de l'éclairage et de la hauteur de ces caves, qui sont capitaux pour le vin, elles sont les écrins uniques qu'il faut visiter simplement pour leur présence majestueuse dans une région aux accents « du bout du monde ».   

Les types de Xérès   

Ce système complexe permet au vin de garder son identité aromatique et gustative, tout en étant imprégné du style de chaque maison. On peut distinguer le Xérès en différents types, mais chacun d'entre eux comportant des catégories qui désorientent le consommateur, je préfère les énumérer tous et vous inviter à tous les déguster.  
Un peu comme avec le Porto où l'on est amateur de Tawny ou de Late Bottle Vintage, on devient amateur de Xérès avec ou sans « flor ».   

Fino : couleur pâle, paille ou dorée. Arôme d'amande. Délicat. À boire entre 7 et 9 degrés.   

Manzanilla : couleur paille. Arôme amer. Sec et léger en bouche. À boire entre 7 et 9 degrés.   

Amontillado : couleur ambrée. Arôme de noisette. Doux et léger en bouche. À boire autour de 14 degrés.   

Oloroso : couleur ambrée à acajou. Arôme de noix. Sec et puissant en bouche. À boire entre 15 et 17 degrés.   

Palo Cortado (la combinaison de l'Amontillado et de l'Oloroso) : couleur acajou. Arôme de noisette.  Sec, élégant et persistant. Il combine la délicatesse et l'amertume du premier et la vinosité du second. Il est très rare. À boire entre 15 et 17 degrés.   

Pale Cream : couleur pâle. Arôme amer. Doux et délicat en bouche.  À boire entre 7 et 9 degrés.   

Cream : couleur ambre foncé. Arôme puissant. Corsé en bouche.  À boire autour de 13 degrés.   

Pedro Ximénes : couleur acajou foncé. Arôme puissant de fruits secs. Dense en bouche. À boire entre 15 et 17 degrés.      
Cave andalouse
26 jan. 2018 par Monsieur Bulles
Grand Bateau et Amiral de Beychevelle On va dire que c'est, en quelque sorte, le petit frère de l'Amiral de Beychevelle, second vin du Château Beychevelle. Les cépages de ce vin rouge ne sont pas du Médoc, ils proviennent de la rive droite, mais la maison de négoce Barrière Frères qui l'élabore sous la bannière du 4ème grand cru a réussi ici, sur le millésime 2015, une vraie prouesse : offrir un rouge d'appellation Bordeaux où domine le merlot qui, dégusté à l'aveugle, contrarierait bien des Saint-Émilion !

Je vais être honnête : lorsque j'ai vu l'étiquette et l'appellation (AOC Bordeaux), je me suis dit : "encore un énième rouge girondin qu'on va me vendre à un prix de fou et qui va me laisser sur ma faim..."

En fait de faim, ce vin m'a donné faim !

Sa texture est d'une telle suavité tannique que c'est un cas d'école de sommellerie pour faire découvrir les caractéristiques du merlot local : sa rondeur, sa longueur, ses saveurs.

Ces dernières n'étant pas bousculées par les notes de fûts, on capte facilement celles de fruits rouges et noirs mélangés typiques. Quant au boisé tellement discret, on le devine à peine en finale de dégustation.

Et comme j'avais faim donc, un tartare de boeuf juste assez relevé fut un parfait compagnon...

Bref, ce vin rouge de Bordeaux joue la carte de la simplicité et de la franchise qu'on peut découvrir pour l'instant en passant par l'importation privée auprès de l'agence mentionnée ci-dessous, en espérant que les sélectionneurs de notre monopole québécois l'auront testé - et autant apprécié - pour mieux l'exposer sur les tablettes de la SAQ avant la fin de l'année 2018.Contre-étiquette
En importation privée à 23 $ au Québec auprès de l'agence Bénédictus (514 913 54 05)
19 déc. 2017 par Monsieur Bulles
Marqués de Riscal 2007 Gran Reserva À l'exception de celles et ceux qui ont une cave, il est rare aujourd'hui de pouvoir déguster un vin qui a dix ans, sauf quand il est commercialisé à cet âge. C'est le cas de la catégorie Gran Reserva sur l'appellation Rioja en Espagne, puisque le règlement stipule pour celle-ci un minimum de 5 années de vieillissement (2 ans en fût, 3 ans en bouteille) avant sa commercialisation. Selon les désirs de l'élaborateur, un Gran Reserva pourra être ensuite vendu quand bon lui semble selon les saveurs espérées et le marché visé. Et en ce qui concerne notre marché Québécois, le Riscal 2007 arrive justement à point nommé : pour nos festivités !
Certes, les patients peuvent glisser cette bouteille sur les clayettes de leur cellier, elle pourra être ouverte autour de 2022.

Toutefois, la décennie passée dans les chais du domaine a déjà laissé son empreinte sur ce vin qui se montre d'une immense suavité en bouche.

Les saveurs rappellent les fruits noirs légèrement confits (mûres, cerises, pruneaux); quelques notes d'épices (poivre gris) se laissent saisir en finale de dégustation; le boisé étant logiquement présent puisque c'est la signature de cette catégorie. Il donne ici l'impression d'être un peu mouillé, cependant, le volume du vin présente encore une fine acidité dans son enveloppe, un rappel de sa jeunesse endurante, qui apporte de la fraîcheur.

Entre le départ d'un rancio d'évolution et la puissance contenue des bons vins rouges qui savent vieillir, ce Gran Reserva 2007 est aujourd'hui mûr et son effet sur votre table des fêtes sera assurément conquérant, qu'il soit partagé avec la classique dinde farcie comme il se doit, l'incontournable tourtière selon la recette de grand-maman (forcément la meilleure) ou le ragoût du gibier que vous voulez, qui aura cuit avec du Madère.

Ça vous donne faim ? 

Moi aussi. 

Bon appétit et joyeux temps des fêtes !!  Riscal 2007
55,75 $ en SAQ / code 11665729 / Bodegas de Los Herederos Marqués de Riscal
4 déc. 2017 par Monsieur Bulles
Parcelle du Château Mont-Redon Première appellation d'origine contrôlée française déposée en 1936 avec quelques autres, Châteauneuf-du-Pape est tellement reconnue pour son vin rouge qu'on en oublie qu'elle produit 7 % de vin blanc. Pierre Fabre, directeur général et responsable des vinifications du Château Mont Redon était à Montréal début novembre 2017 pour mieux véhiculer l'endurance du vin rouge chateauneuvois à travers une verticale de son domaine, sans oublier son vin blanc. Terroir de truffe noire, l'appellation dispose de treize cépages autorisés dont six blancs qui, assemblés ou non, forment un partenaire culinaire idéal avec ce diamant noir, convoité par les plus grandes tables étoilées du monde. En ce quatre-vingtième anniversaire de l'appellation qui vient de s'écouler, arrêtons-nous sur cette harmonie odoriférante.
Invité au début de l'année dans le Vaucluse par la Fédération des Syndicats des Producteurs de Châteauneuf-du-Pape en pleine période de cavage (l'action de rechercher la truffe), j'ai pu apprécier les subtilités du terroir châteauneuvois grâce au professeur Georges Truc. 
Oenogéologue-consultant dans la vallée du Rhône, il avait été mandaté par le syndicat pour initier quelques journalistes canadiens à la nature du sol local et à ses effets sur la vigne. 
C'est sur une parcelle typique de cailloux roulés appartenant au Château Mont-Redon que le rendez-vous avait été convenu.
Remarquable pédagogue, il a surpris son auditoire en affirmant immédiatement, pour nous mettre au parfum, que « le sol argilo-calcaire n'existe pas ! Ça ne veut rien dire. » 
« Il nous semble pourtant que ce terme revient à 80 % dans nos conversations pédo-oenologiques, non ? » de lui répondre.
« Certes, mais il embrasse trop de caractéristiques et lorsqu'on est en présence des sols rhôdaniens, que ce soit celui de Châteauneuf, Tavel, Rasteau et d'autres, il faut être plus précis, car l'influence de leur diversité est considérable sur la vigne, donc sur le vin. »   

De la géologie hétéroclite   

Il me faut donc présenter ici les familles de sol du célèbre terroir papal, guidé par la verve de Georges Truc, retranscrite au mieux de ma compréhension. Elles sont ici résumées, car lorsque vous dialoguez avec un géologue passionné, la remontée de l'échelle des temps géologiques reste complexe même lorsqu'on a fait ses humanités.   
On ne reconnaît donc pas seulement quatre types de sols à Châteauneuf-du-Pape, comme très souvent exposé, mais six. Et encore, je vais simplifier...    
Les pierres de calcaire brossé (Beau Renard, Les Pradels, etc) avec banc marneux, issues du Crétacé, constituent les reliefs habillés d'une végétation méditerranéenne dense à chênes verts dominants, situés à l'Ouest de Châteauneuf-du-Pape ; c'est le premier terroir.   

Les sables (Rayas, Le Cristia, etc), ces fameux « Safres » du Miocène sont des sables à grains fins, déposés dans la mer Miocène (fin du Tertiaire) entre les Alpes et le Massif Central ; ils occupent de vastes superficies à l'intérieur de l'AOC Châteauneuf-du-Pape (côté Nord et Nord-Est) ; c'est le deuxième terroir. 

Ils se partage la zone avec les « Grès rouges », également du Miocène : un banc de grès très résistant formant un plateau au Nord-Est du village (Rayas, Nalys, Grand-Pierre) ; ici, c'est le deuxième terroir bis (et non le troisième).   

Cette même zone termine sa course sur des sables marins du Pliocène emboîtés dans les safres, uniquement présents dans la partie orientale de Châteauneuf-du-Pape ; c'est lui, le troisième terroir.   
Les fameux galets roulés (La Crau, le Coudoulet, etc) des hautes terrasses alluviales sont, en fait, une accumulation caillouteuse à galets de quartzites (grains de quartz cimentés par de la silice), mise en place dans l'espace rhodanien au début du Quaternaire, alors que le Rhin empruntait la vallée de la Saône et donnait au Rhône une extraordinaire puissance. Postérieurement à ce dépôt, une longue altération climatique a provoqué la dissolution de la majorité du matériel initial (galets de granites, de roches métamorphiques et de calcaires), laissant intacts les galets de quartzites. Les résidus de cette altération (silice, alumine, divers éléments chimiques) se sont recombinés pour donner des argiles (silicates d'alumine) vivement colorées par des oxydes de fer. C'est le quatrième terroir.   

Viennent ensuite ce qu'on appelle les colluvions (dépôts de versants et des terrasses intermédiaires) qui distribuent, sous l'effet de l'érosion, des galets et des argiles qui nappent les versants et contribuent à enrichir les terrasses intermédiaires (altitude 100 m : la Solitude - altitude 70 - 85 m : Les Fines Roches, La Nerthe, Pié Redon - altitude 55 - 65 m, côté Nord : Palestor, Beaucastel). C'est le cinquième terroir.   

Et enfin la basse terrasse du Rhône, située au Sud : une vaste étendue de galets et de graviers de nature variée, de sables et d'argiles avec peu d'altération (altitude 30 - 35 m). C'est le sixième terroir.   
De la complexité sans typicité ou de la typicité grâce à la complexité ?   

Vous l'aurez compris, cette diversité de sols et de sous-sols combinée aux treize cépages de l'appellation confirme la complexité des vins obtenus. 
Et cette apparence d'insolubilité devrait balayer la notion de typicité, tellement répandue dans la littérature vinique contemporaine : il ne peut pas y avoir de typicité dans les vins de Châteauneuf-du-Pape à cause de la nature même des lieux, des cépages et du cahier des charges instauré ; bref, à cause des éléments qui forment ce qu'on appelle le terroir. 
Son terroir est finalement trop opulent pour distinguer le produit qui en découle.   
Un seul cépage sur un sol typé donne un vin reconnaissable, mais treize cépages sur un sol aux multiples singularités donne un vin indiscernable. 

Treize cépages ? Plutôt vingt-deux puisque six d'entre eux existent en noir, en blanc, en gris et même, en rosé !   

Pourtant, lorsqu'on les déguste, les vins rouges castels-papals sont reconnaissables et se distinguent de leurs voisins rhôdaniens. Majoritairement employé dans les assemblages, le grenache noir est peut-être la colonne vertébrale qui permet cette signature, associé à un autre facteur local, le mistral. 
Ce vent froid et violent qui vient du nord est finalement aussi crucial pour l'appellation que ses galets roulés, car il chasse les nuages après les orages, assèche le raisin après les pluies ou le déshydrate pendant les vendanges. 

Finalement aussi dévastateur que salvateur, le mistral représente le souffle identitaire de Châteauneuf-du-Pape. 
Et dans le verre, il s'illustre par le caractère digeste du vin, malgré le titre d'alcool minimal le plus élevé de toutes les appellations de l'hexagone.
   
Dans tous les cas, s'il vaut mieux chercher l'autographe du vigneron dans l'éclectisme des vins rouges, on trouvera davantage de typicité parmi les vins blancs de l'appellation grâce au fait que les 2/3 des six cépages autorisés sont plantés sur les villages de Châteauneuf et de Courthézon, et qu'il est moins rare de déguster un 100 % clairette ou un 100 % grenache blanc qu'un 100% grenache noir. 
L'appellation, rappelons-le, autorise en effet l'emploi unique d'un seul cépage parmi les treize autorisés.   Les cépages blancs castels-papals sont moins tributaires les uns des autres dans la construction et l'équilibre du vin que les cépages noirs.  Reste que le Châteauneuf-du-Pape blanc est complètement méconnu des consommateurs. 
Et pour cause, 225 hectares de vignes sur les 3 230 hectares de l'appellation ; à peine 800 000 bouteilles élaborées chaque année.  

La parenthèse Mont-Redon pour sa verticale à Montréal

1990, 2007, 2010, 2012, 2013, 2014 et 2015 étaient au programme lors de la visite  de Pierre Fabre à Montréal pour accompagner le talent de Jérôme Ferrer dans les assiettes du restaurant l'Européa. 
Une verticale de rouge pour démontrer l'endurance du vin papal, souvent négligée au profit de celle des voisins du nord, Hermitage et Côte-Rôtie.

Pour la mise en bouche, le millésime 2016 en blanc fut juste assez jeune et pointu pour réveiller les papilles et suffisamment gras pour nous rappeler l'ampleur des grands blancs rhôdaniens. Cette chronique est là pour prouver que le blanc local est parmi les plus grands vins blancs de garde...

Un p'tit coup d'rouge donc !
Mont-Redon 2015 : Du gras, une mâche assez ferme avec des tanins pourtant soyeux, donc de l'élégance avec un fruité rouge classique et attendu.
Mont-Redon 2014 : Pas fermé, mais serré et très fin dans l'enveloppe panique, épicé, voire poivré, comme si la syrah dominait le grenache. Superbe de jeunesse, espérons qu'il soit endurant.
Mont-Redon 2013 : Gras en bouche, un tantinet cuit dans les saveurs de fruits rouges, peut-être le plus fermé du lot, le moins exubérant. À redouté rapidement.
Mont-Redon 2012 (il vient d'arriver au Québec à 44,25 $, je détaille donc le commentaire) : Puissant au nez, il se montre plus élégant en bouche autour d'arômes de confiture de fruits noirs et de notes fumées. Les olives ne sont pas loin non plus, elles apparaissent en finale après la découverte d'une texture ronde, déjà en évolution. Très agréable à boire aujourd'hui, il va s'endormir entre 2019 et 2013, pour mieux se réveiller par la suite. Offrez-vous sa générosité aujourd'hui, patientez pour découvrir sa somptuosité.
Mont-Redon 2010 : D'une très grande classe autant dans les arômes subtils de fruits noirs et d'épices que dans le comportement velouté en bouche. Il charme, il est mon préféré du lot et il devrait encore durer dans le temps...
Mont-Redon 2007 : Tout apparaît cuit dans les arômes et pourtant, l'acidité qui enveloppe le volume fondant en bouche, lui donne une énergie manifeste. Il déroute, donc il séduit.
Mont-Redon 1990 : Les pruneaux et le cacao sont bien présents, on s'attend à une logique oxydation et pourtant son côté aérien qui glisse en bouche occulte cette dernière. Il est mûr, il est animal, il est prêt à boire. Il prouve aussi qu'un châteauneuf-du-pape de 27 ans, ça tient encore la route !

Melanosporum et brumale, l'autre trésor châteauneuvois   

Quant à la truffe, elle est l'autre emblème local, même si on la trouvera dans toute la vallée du Rhône. En fait, il existe une centaine de variétés de truffes, toutefois, seulement six sont commercialisées en France et cinq y sont produites. 

Localement, la Tuber melanosporum et la Tuber brumale sont les plus répandues (Périgord, Provence et Tricastin). 

La Tuber magnatum est la truffe blanche d'Alba qu'on trouve en Italie (essentiellement dans le Piémont) et en Croatie. 

La Tuber uncinatum est celle de Bourgogne, la Tuber aestivum est la truffe de la Saint-Jean parce qu'elle se récolte l'été et non l'hiver, comme les autres. 

Et enfin, la Tuber mesentericum qu'on récolte à l'automne sur le même terroir que la melanosporum et la brumale.   
La truffe est connue depuis l'Antiquité et bien des légendes existent à son sujet, toutefois, son origine et sa naissance restent mystérieuses. 
L'INRA (Institut national de la recherche agronomique) en France a dernièrement dévoilé que ce champignon, contrairement à d'autres, se reproduit de façon sexuée : il y a donc une truffe mâle et une truffe femelle. 

C'est une truffe mature qui, grâce à ses spores germés, accroche un filament mâle ou un filament femelle à la racine enterrée d'un arbre. Ainsi naissent des mycorhizes qui, après plusieurs années, fusionnent : un mycélium paternel et un mycélium maternel donneront au printemps une truffe embryonnaire qui arrivera à maturité l'hiver qui suit. 
L'étude a révélé  de plus, que les truffes mâles et les truffes femelles se développent séparément, qu'une truffière présente deux zones séparées, « les femmes d'un côté, les hommes de l'autre ». 
Une étude a donc due être lancée pour déterminer comment ils se rencontraient. Tout simplement grâce aux animaux qui grattent le sol et qui provoquent le mélange des spores. 
Par ailleurs, comme chez les humains, une truffière n'est pas forcément et naturellement féconde, les trufficulteurs ensemencent donc régulièrement le pied de leurs arbres. Ceux-ci, plantés sur des sols calcaires peu acides, peuvent être des chênes verts, des chênes pubescents, des noisetiers, des tilleuls, des peupliers (truffe blanche d'Alba) ou des pins. Il faut en moyenne attendre sept années après ensemencement pour obtenir des truffes.  
Le cavage, l'opération qui consiste à chercher ces dernières, se fait avec un cochon ou un chien. Certains experts y arrivent en repérant la Suillia Gigantéa, la fameuse mouche à truffes, qui y pond ses oeufs !    

Nectar blanc et diamant noir, l'incroyable harmonie   

Le Châteauneuf-du-Pape blanc est particulièrement charmeur dans sa jeunesse, c'est à dire lorsqu'on le consomme dans les six ou sept années qui suivent sa commercialisation. Les habituelles notes de fruits blancs, de tisane, de miel se fondent dans une texture grasse qu'enveloppe toujours une fine acidité ; on déguste alors un vin qui apparaît plaisant, abouti,  prêt à boire, mature donc. 

C'est là qu'il désoriente, c'est là que ce blanc entre dans la cour des grands, car sa structure cache une endurance exceptionnelle que peu de consommateurs devinent. 

« J'ai ouvert un blanc de Châteauneuf qui avait 10 ans, mais il était fatigué. J'aurais dû le boire plus tôt » me confia un ami amateur.  
« Non, il n'était pas fatigué. Il dormait. C'est tout. » lui répondis-je. 
Comme tous les vins sérieusement construits, issus d'une terre particulière, le castel-papal blanc traverse des phases de dormance qui déstabiliseront le consommateur non averti. 
La première phase s'amorce entre six et dix ans, d'où la déception de l'amateur contemporain qui, pensant avoir été suffisamment patient, ouvre généralement ses bons vins à la fin d'une  décennie. 
Il découvre alors une minéralité occultée par la puissance, des parfums floraux, certes charmeurs, et une chair consistante qui habille convenablement le palais, toutefois, le comportement déçoit, car l'ensemble apparaît lourd et fuyant. Il faut attendre au moins douze années avant de découvrir les richesses et le potentiel de garde de ce vin. 
L'oublier quinze, vingt, vingt-cinq, même trente ans, n'est pas un crime, c'est seulement être clairvoyant et l'unique façon de tomber dans les fruits jaunes confits, la lime, le curcuma, la réglisse, le miel, les amandes grillées, le poivre gris, le chocolat blanc, les  cèpes, la truffe et d'autres parfums édifiés par le temps. 
« Comme tous les autres grands vins blancs. » me dites-vous ? 
Absolument. 
Sauf que le Châteauneuf-du-Pape blanc sort rarement dans le top 5 des plus populaires, alors que, à mon avis, il est indélogeable du podium de l'olympisme vinique. 
Et lorsque consommé avec de la truffe, seul les vieux champagnes, peut-être, rivalisent pour la première place. 
Dans une omelette (brouillade), une purée de pomme de terre, une salade d'asperges, un tartare de boeuf ou de poisson, des ris de veau, une volaille, un Vacherin Mont-d'Or fondant, l'incontournable foie gras, des tagliatelles, j'en oublie bien sûr... 

La truffe est, surtout, à employer comme un condiment ; avec parcimonie, toujours subtilement. Et comme l'a écrit Anthelme Brillat-Savarin dans La physiologie du goût, « La truffe n'est point un aphrodisiaque positif ; mais elle peut, en certaines occasions, rendre les femmes tendres et les hommes plus aimables »

Ainsi soit-elle.   Terroir de Chateauneuf

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